‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 360 sur 454 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Progrès des lettres et des arts dans les provinces du sud de la Gaule. — Hommes célèbres de la Narbonnaise. — Gaulois mêlés à la politique de Rome ; leur caractère. — Valérius Asiaticus. — Situation de la Belgique ; amitié des peuples belges avec les légions romaines. — Incendie de Lugdunum. — Nouveau dénombrement; mécontentement contre Néron. — Insurrection de Vindex; le centre et le midi de la Gaule proclament Galba empereur. — Le nord et les légions balancent; bataille de Vésontio, défaite et mort de Vindex. — Galba reconnu; ses faveurs, ses châtiments dans la Gaule. — Vitellius proclamé par les légions. — Marche de Cécina sur l'Italie par les Alpes pennines; cruautés et pillages. — Marche de Fabius Valons vers les Alpes cottiennes; effroi et calamités de la Gaule centrale. — Discordes entre Lugdunum et Vienne. — Mouvement du peuple pour l'indépendance nationale; fanatisme religieux; mission divine dû Boïen Marie ; il est pris et exposé aux bêtes. — Vitellius à Lugdunum. — Mort de Galba; Othon lui succède. — Victoire de Valons. — Othon se tue. — Vitellius empereur.

De bonne heure, la Narbonnaise avait fourni aux lettres latines de brillants génies. Publ. Térentius Varron, né à Narbonne, et surnommé pour cette raison Atacinus1,

1. Les habitants de Narbonne prenaient aussi le nom d'Atacini, à cause du fleuve Atax (l'Aude) qui coulait dans leur ville.

historien érudit et poëte, avait composé, du temps de César, un poëme épique estimé sur la querelle des Séquanes et des Édues, et la guerre d'Arioviste ' Cornélius Gallus, rival gracieux de Tibuîle et de Properce, et l'historien Trogus Pompéius, avaient pris tous deux naissance dans la Province : celui-ci dans la ville appelée depuis Forum-Julii, le second dans le pays des Voconces. Vairon et Gallus appartenaient sans aucun doute à des familles romaines coloniales ; pour Trogus, il n'était point Romain, son aïeul ; après avoir servi sous Pompée durant la guerre de Sertorius, avait porté dans sa famille le titre de cité romaine obtenu sur les champs de bataille, et son père tenait de César celui de chevalier. Lui-même écrivit, du temps d'Auguste, une histoire universelle non moins remarquable par le talent de l'exécution que parla nouveauté de l'entreprise 8. Sous Auguste, Tibère, Garas, Claude et Néron, la Narbonnaise produisit nombre de grammairiens, de jurisconsultes, de rhéteurs, d'orateurs d'un haut mérite, et un seul poëte et romancier, T. Pétronius, le licencieux auteur du Satyricon 3, Mais, parmi les personnages qui, dans ce siècle, firent briller à Rome la gloire littéraire de la Province, aucun ne fut comparable à Votiénus Montanus et à Domitius Afer.

Votiénus était de Narbonne. Aux dons de la science et du génie il joignait toutes ces vertus civiques, et cette austérité de mœurs que présentait alors la secte stoïcienne. Il ne put voir sans indignation les dérèglements du vieux Tibère ; il parla, et fut dénoncé ; il le fut à la

1. De Bello Sequonico. — Hieronym. Chron. — Sen., Controv., 15. — Serv. ad /En., x.

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