Liv. epit., lxxiii
100 popularité, sa gloire, et sa haine passionnée contre la à noblesse. Sylla, patricien arrogant, s'emparant de la faclion contraire, tenta de rasseoir sur son ancienne base l'aristocratie ébranlée: il lui rendit des privilèges depuis longtemps abolis; il dépouilla le peuple des siens. Tour à tour victorieux et vaincus, les deux partis épuisèrent l'un contre l'autre tout ce que les guerres civiles enfantent d'horreurs. Les proscriptions de Sylla enveloppèrent non pas seulement des individus et des familles sans nombre, mais des villes et jusqu'à des territoires entiers, que le dictateur livrait à ses soldats : ces spoliations collectives furent régularisées sous le nom de colonies militaires. Pour échapper à son ombrageuse et implacable tyrannie, quiconque s'était signalé dans le parti populaire, quiconque avait au fond du cœur quelque amour de la liberté, de l'ordre, de la justice, s'expatria. La multitude des bannis et des exilés volontaires se répandit par tout l'univers; mais la plupart restèrent dans le voisinage de l'Italie, attentifs au cours des événements, et tout prêts à reparaître en armes au midi des Alpes , si quelque chance heureuse venait à se présenter.
Beaucoup se rendirent immédiatement dans la Province, importante à posséder, d'abord à cause de la proximité de l'Italie, ensuite parce qu'elle était maîtresse des communications avec l'Espagne. Mais la colonie narbonnaise s'était déclarée pour Sylla; et Massalie, quoique étrangère aux querelles domestiques des Romains, avait suivi l'exemple de Narbonne et fermé ses portes aux proscrits. Ceux-ci, assez nombreux pour tenter un coup de main, se mirent à recruter dans la population provinciale; mais, avant qu'ils eussent rassemblé de grandes forces, le préleur G. Valérius Flaccus les