‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 383 sur 454 · LIVRE IX. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — CHAPITRE I

cris son supplice : Vitellius résista do peur de s'aliéner 66 les Bataves, et fit évader Civilis.

L'adjonction de Ion les les garnisons gauloises et des troupes de Bretagne à celles du Rhin mettait entre les mains de Vitellius une puissante armée. Il résolut de faire marcher en avant deux divisions sur l'Italie, l'une avec Valens par les Alpes cottiennes, l'autre par les Alpes pennines, sous la conduite de Cécina. Valens eut l'élite de l'armée du bas Rhin (des première, quinzième et seizième légions), avec l'aigle de la cinquième et un corps de troupes légères et de cavalerie formant en tout quarante mille hommes ; Cécina reçut trente mille hommes de l'armée du haut Rhin, savoir : la vingt et unième légion tout entière, quelques corps choisis dans les trois autres, et un grand nombre d'auxiliaires gaulois et germains. Vitellius devait suivre avec une autre légion et l'immense multitude des volontaires de la Belgique *.

Le chef et les soldats offraient en ce moment un frappant contraste. Ceux-ci demandaient leurs armes, et voulaient marcher malgré l'hiver, sans s'arrêter à des négociations ; ils voulaient profiter de l'épouvante des Gaules, envahir l'Italie, prendre Rome, se hâter enfin, parce que rien n'est plus important dans les guerres civiles, et qu'il y faut agir bien plus que délibérer. Vitellius au contraire s'endormait dans de grossiers plaisirs, comme si de lâches dissolutions et des festins ruineux eussent été un préliminaire obligé de son installation à l'empire. Dès midi il était ivre et appesanti de nourriture. Cependant tout allait par la seule ardeur et parle seul courage des troupes. A peine se virent-elles

1. Gallorum auxilia, ingens numerus. Tac, Hist., u, 69; i, 61-

69 réunies, qu'elles exigèrent le signal du départ. Le nom de Germanicus fut décerné sur-le-champ à Vitellius ; quant à celui de César, il le refusa. Le jour même du départ, un présage jugé favorable remplit de joie Valons et son armée. Un aigle, proportionnant son vol à la marche des légions, planait en avant d'elles comme un guide. Aucun mouvement, aucune clameur, ne l'effarouchèrent; et tels furent pendant un long espace de chemin le calme et l'intrépidité de cet oiseau, que tous y crurent reconnaître un augure infaillible de gloire et de succès1. L'armée de Valens traversa en amie le territoire des Trévires, ses fidèles alliés. Mais à Divodurum, ville des Médiomatrikes, malgré l'accueil favorable des habitants, saisie d'une sorte de terreur panique , elle prit subitement les armes, sans cause, sans dessein, non par soif du pillage ou du sang, mais par un accès de frénésie inexplicable 2. Adoucie enfin par les prières de ses chefs, elle s'abstint de saccager la ville ; mais près de quatre mille habitants périrent dans le premier moment de rage. Cet événement causa, même en Belgique, un tel effroi, que, dès que l'armée s'approchait d'une ville, la population entière accourait au-devant avec ses magistrats ; les femmes et les enfants se prosternaient les bras étendus, le long des chemins; enfin on épuisait en pleine paix tous les moyens par lesquels on désarme un ennemi furieux 3. Valens était encore sur le territoire des Leukes quand lui parvint la nouvelle de la mort de

Page 1