Tac, Hist.,i
60 l'intérêt de Néron et de Galba. Lugdunum fut compris dans les vengeances de ce dernier ; il en confisqua les revenus et le frappa de décrets humiliants, tandis que les faveurs et les honneurs pleuraient sur Vienne : de là un surcroît de jalousies et de haines que séparait seulement l'étroite barrière d'un fleuve *. Maintenant que la force était aux mains des Lugdunais, ils s'efforcèrent d'en user ; ils incitaient les soldats en particulier à la destruction de Vienne ; ils représentaient qu'elle avait assiégé leur colonie, secouru Vindex, levé même depuis peu des légions pour le service de Galba '2. Après les considérations de haine venaient les considérations de pillage ; ils exaltaient la richesse de Vienne, le butin qu'y trouverait l'armée. Bientôt, ne se bornant plus à des insinuations secrètes, ils éclatèrent en provocations ouvertes et publiques : « Pourquoi, disaient-ils, les « légions ne vont-elles pas se venger, et détruire ce « foyer de la guerre des Gaules? Tout y est étranger et « ennemi. Mais nous, colonie militaire, nous sommes « des enfants de Rome, une partie de l'armée, les « compagnons inséparables de sa bonne ou mauvaise « fortune. Dans l'incertitude du succès, qu'elle ne nous « laisse pas à la merci de voisins furieux 3 ! »
Ces discours et mille autres semblables échauffèrent tellement le soldat, qu'au moment où les chefs ordonnèrent le départ, ils ne croyaient plus possible de sauver
4. Galba reditus Lugdunensium, occasione ira?, in fiscum verterat : multus contra in Viennenses honor... Tac, Hist., i, 65.
2. Conscriptas nuper legiones in praesidium Galbas. Id., ibid.
3. Irent ultores, exscinderent sedem gallici belli : cuncta illic extern a et hostilia ; se coloniam romanam et partem exercitus et prosperarum adversarumque rerum socios : si fortuna contra daret, iratis ne relinquerentur. Id., ibid.