‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 42 sur 454 · LIVRE V. — CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE IL

ses habitants décimés par de si longues guerres, recul dans son sein les vétérans de la légion Mania, et cette raison lui fit ajouter dès lors au nom de Narbo celui de Martius1. La population, frappée par les décrets, fut expropriée à la pointe du sabre. Pour comble de misère , l'année avait été stérile, et la famine se faisait sentir dans toute la Gaule 2. Des milliers de malheureux périrent de besoin au fond des forêts. Ceux que la mort épargna allèrent se joindre à des troupes d'Aquitains et d'Espagnols , qui , retranchés dans les hautes Pyrénées , y menaient la vie indépendante de partisans et de bandits. Leur nombre et leur force en furent si prodigieusement accrus, qu'au bout de deux années seulement, Pompée avec toutes ses légions eut de la peine à les soumettre. Les ayant enfin comme traqués dans leurs retraites, il les obligea à descendre de ces rocs inaccessibles qui les recelaient, pour coloniser sur les bords de la haute Garonne une vallée qu'il leur abandonna. Ils y formèrent un petit peuple qui s'étendit avec le temps, et auquel les Romains donnèrent le nom de Convenœ, qui signifiait, hommes ramassés de tout pays 3.

A ces coups partiels ne se bornèrent pas les vengeances du proconsul, il en frappa aussi de généraux. La Province fut dépouillée en masse de sa cavalerie ; et toute sa jeunesse, transportée en Espagne, en Italie , en Thrace, en Asie, partout où Rome avait alors la guerre, fut contrainte d'aller répandre son sang sur des champs

4. Cons. au sujet de ce surnom de Narbonne l'Histoire générale du Languedoc, 1. 1, p. 47.

2. Cic, pro Fonteio. — Sall.,Hist. fragm., 1. m, et Epist. Pomp., ibid.

3. Multos latrones et convenas de Pyrenaei jugis déposait, et in unum oppidum congregavit, unde et Convenarum nomen urbs accepit. Hieronym., adv. Vigilant.

1° de bataille étrangers, au profit des tyrans de son pays. Fontéius resta deux ans dans la Gaule, et, comme si ce fléau n'eût pas suffi à la misère des peuples, pendant ces deux années la récolte manqua. Cependant et les contributions en argent et Iijs réquisitions en vivres continuèrent d'être immodérées: tandis que la faim dépeuplait les villes gauloises, l'abondance régnait dans les camps romains des deux côtés des Pyrénées-, et l'adversaire de Sertorius, écrivant une lettre de reproches au sénat , pouvait dire : « C'est l'or et le blé de la Gaule qui alimentent cette guerre *. »

A l'aide de ces mesures politiques, Fontéius exerçait impunément mille exactions personnelles, et sa rapacité précipita la ruine du pays. Aussi y laissa-t-il dans tous les cœurs un profond ressentiment ; et lorsque , six ans plus tard, les factions étant calmées, la république ro-

69 maine parut incliner à la modération, la Province se souvint de son proconsul; elle éleva la voix, et demanda justice de tant de crimes. Ce furent les Volkes et les Allobroges qui se chargèrent de soutenir contre lui l'accusation : ils envoyèrent à Rome une députation présidée par Indutiomar, le plus considérable des chefs allobroges. Comme aucune action publique ne pouvait être intentée contre un citoyen romain que par le ministère d'un autre citoyen romain, Indutiomar s'adressa à M. Fabius Sanga, patron-né de sa nation, en qualité de descendant de Q. Fabius l'Allobrogique : Sanga , homme doux et honnête, souscrivit volontiers l'accusation, et persuada à M. Plétorius de se porter accusateur en son propre nom. Plétorius, alors questeur et édile, était

1. Gallia Metelliexercitum stipendie» frumentoque aluit. Epist. Pomp. ap. Sali., loc. cit.

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