‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 57 sur 454 · LIVRE V.— CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE V.— CHAPITRE III

bientôt clans le nord de la Gaule la même célébrité que 100 celui de Romains avait dans le sud. Ghermanna,dont nous avons fait Germains, devint même, chez les Gaulois, une dénomination collective pour désigner en masse les peuples auxquels ces bandes appartenaient, et par suite la race entière des Teutons. C'est avec cette acception que les noms de Germains et de Germanie figurent vulgairement dans l'histoire, et c'est celle que nous leur conserverons dans le cours de ces récits.

Malgré leur valeur sauvage et la terreur qu'ils inspiraient, les Germains n'étaient parvenus à se fixer à demeure de ce côté-ci du Rhin que difficilement et en petit nombre. Les Sègnes, les Condruses, les Pœmanes, les Cœrèses, débris de tribus écrasées et chassées par une autre confédération de la même race, avaient passé le fleuve et occupé une partie de la forêt des Ardennes, moins par la force des armes, que du consentement des Trévires, dont ils se reconnaissaient tributaires et clients *. D'autres bandes avaient également réussi à s'établir çà et là sur la frontière belgique. Quoique ces Germains cisrhénans, loin de gêner en rien la liberté de la Gaule, vécussent au contraire sous la dépendance complète des nations gauloises, néanmoins leur présence en deçà du Rhin était pour le pays un accident funeste et un présage menaçant qui ne tarda pas à s'accomplir.

Dans le centre de la Gaule, les esprits n'étaient pas plus paisibles que dans le nord et dans le midi. L'ancien équilibre politique avait été rompu par les conquêtes des Romains et l'affaiblissement de la puissance arverne; et

i. Condrusi, Cœraesi, Paemani, qui uno nomine Germani appellahtur. Cses., Bell. Gall., n, 4. — Condrusi qui sunt Treviroruni clientes. Id., ibid., sv, 0. — Segni... Id., ibid., 32. — Oros., vi, 7.

100 les confédérations démembrées travaillaient à se reconstituer. D'ailleurs la révolution populaire fermentait alors dans sa plus grande violence. Elle était terminée chez les Édues, mais non encore chez les Arvernes et les Helvètes. 11 n'y avait pas longtemps que le plus influent des chefs arvernes, Celtill, avait entrepris de rétablir à force ouverte le pouvoir royal ; il avait succombé, il est vrai, et expié par le dernier supplice sa tentative malheureuse l ; mais tous les ambitieux n'étaient pas découragés, et leurs intrigues tenaient sans cesse en éveil le peuple et ses magistrats. La même lutte entre les divers pouvoirs d'origine populaire et le pouvoir aristocratique déchu avait lieu dans l'ouest de la Gaule, et des Alpes à l'Océan armoricain, il existait peu de cités exemptes de factions et de désordres intérieurs. Ces petites guerres domestiques n'empêchèrent pourtant pas une guerre générale d'éclater.

Depuis le triomphe de la république romaine dans le midi de la Gaule, depuis l'asservissement des Allobroges, les malheurs et l'humiliation des Arvernes, un orgueil et une confiance sans mesure s'étaient emparés de la nation éduenne. Fière du titre d'amie et de sœur du peuple romain, sous la sauvegarde de cette alliance redoutée, elle tyrannisait les autres nations galliques, les provoquant par mille prétentions insolentes, et suscitant mille embarras à leur commerce. Ainsi, dans le but de ruiner les Séquanes, elle mit sur la navigation de la Saône des droits excessifs2. Les Séquanes, poussés à bout, organisèrent contre ce despotisme une ligue où les Arvernes

1. Celtillus,... ob eam causam quod regnum appetebat, ab civitate erat interfectus. Cses., Bell. Gall., vu, 4.

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