LIVRE V. — CHAPITRE III
ami1. Il paraît même qu'on parvint à l'attirer à Rome2, 6i où César, alors consul, lui prodigua les marques de sa considération et de son amitié. Dans les murs de cette ville hypocrite, Arioviste put rencontrer son ennemi et sa victime, l'exilé Divitiac, que le même sénat traitait de frère, à qui le même consul promettait chaque jour la délivrance de sa patrie.
Voici le fait qui excitait des deux côtés des Alpes de si sérieuses et si vives alarmes.
Le voisinage des Germains, dont les incursions te- eo liaient la nation helvétienne perpétuellement en haleine, la fatiguait et la dégoûtait de son pays; elle tournait un œil d'envie vers les contrées de l'ouest et du midi de la Gaule, plus fertiles, plus riches et pourtant plus paisibles. Ce dégoût de la situation présente et ce désir d'une autre patrie étaient excités sans relâche par les discours d'Orgétorix, chef considérable, à qui son rang et sa fortune donnaient sur ses compatriotes une grande influence : « Qui nous retient dans ces âpres montagnes « que notre valeur suffit à peine à défendre ? leur disait- « il. Ici nous ne pouvons point nous étendre: nous ne « pouvons point aisément porter la guerre hors de chez « nous; cherchons un théâtre mieux proportionné à « notre vaillance et à la gloire de nos pères 3. » Il fit tant qu'il les persuada. Après avoir passé en revue toutes les contrées de la Gaule où il leur conviendrait de se fixer, ils choisirent le territoire des Santons, compris entre l'embouchure de la Charente et celle de la Garonne :
1. Rex appellatus a senatu, et amicus; munera amplissima missa. Cœs.,Bell. Gall., i, 43.