Cses., Bell. Gall., i
39 l'éblouit. Naturellement vain et turbulent, il se livra à tous les rêves d'une ambition sans mesure ; il corrompit la multitude par des largesses, et à force d'argent il finit par former autour de lui, dans Bibracte, une clientèle assez formidable pour mettre le gouvernement en péril. Comme sa fortune n'eût pas suffi à de telles prodigalités, il se faisait adjuger tous les ans la ferme des revenus publics, à vil prix; car personne n'osait entrer en concurrence avec lui et couvrir ses enchères1. II poussa même l'insolence jusqu'à prendre à sa solde une escorte de cavalerie, qui l'accompagnait partout comme un roi2. Les magistrats le redoutaient et le haïssaient; mais lui, fort de l'affection de la populace, bravait ouvertement les lois, et marchait le front levé à ses desseins. Hors du territoire éduen, il s'était attaché par des alliances de famille tout ce que les États voisins contenaient de chefs entreprenants et forts, de citoyens factieux; à l'un il avait donné sa sœur utérine, à d'autres ses parentes; et sa mère avait épousé, par ses soins, un puissant chef des Bituriges3. Lui-même avait tardé jusqu'alors à se marier. Orgétorix, dès son arrivée chez les Édues, lui proposa et lui fit accepter sa fille4; la trame du complot et celle de l'hymen s'ourdirent en même temps, et les torches de la guerre civile éclairèrent les fiançailles.
Le plan de ce triumvirat gaulois était surprenant
1. Complures aunos portoria reliquaque omnia jEduorum vectigalia parvo pretio redempta habere, propterea quod, illo licente, contra liceri audeat nemo. Caes., Bell. Gall., i, 18.
2. Magnum numerum equitatus suo sumptu alere et circum se habere. Id., ibid.
3. Hujus potentiœ causa, matrem in Biturigibus homini illic nobilissimo ac potentissimo collocasse : sororem ex matre et propinquas suas nuptum in alias civitates collocasse. Id., ibid.
4. Filiam suam in matrimonium dat. Id., ibid., i, 3. Cf. i, 18.