LIVRE V. — CHAPITRE III
d'audace. Dumnorix et Caslic, chacun de son côté, devaient, en excitant le peuple, empêcher l'exécution du traité que leurs gouvernements faisaient alors avec Rome, et, tout au contraire, obtenir aux Helvètes le libre passage sur les territoires séquanais et éduen. Ce premier avantage obtenu, ils profiteraient de quelques accidents inévitables pour allumer la guerre et, par un coup de main, s'emparer de la souveraineté; Orgétorix, sur les lieux, devait prêter secours à ses complices, comme eux aussi s'engageaient à l'assister. Leur ambition ne s'arrêtait pas au trône : « Maîtres de trois nations si formidables, se « disaient-ils, qui empêchera que nous ne soyons bientôt « les maîtres de toute la Gaule1 ? »
Pour Orgétorix, l'illusionne fut pas longue; ses intrigues et le mariage de sa fille ayant enfin éveillé la défiance des magistrats helvétiens, à son retour on le jeta en prison, et son procès fut instruit devant le peuple. Les lois prononçaient contre le crime d'Orgétorix le supplice du feu2; et le peuple, jaloux à l'excès de sa liberté, sévissait contre les coupables, quels qu'ils fussent , dans toute la rigueur des lois. Au jour marqué, l'Helvétien enchaîné 3 fut conduit devant l'assemblée populaire, pour plaider sa défense et entendre son arrêt, mais ses clients, accourus en masse dès la pointe du jour, s'étaient emparés de la place publique. A la vue de leur chef traîné ignominieusement et chargé de liens, ils découvrent leurs armes, écartent la foule, dispersent les magistrats et enlèvent l'accusé dans les montagnes.
Déjà le peuple de la ville courait aux armes; déjà les
\. Per très potentissimos ac firmissimos populos, totius Galliae sese potiri posse sperant. Caes., Bell. Gall., i, 3.
2. Damnatumpœnam sequi oportebat, ut ignicremaretur.Id,,ibid.,4.