‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 85 sur 454 · LIVRE V. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE III

ils partirent. L'assemblée générale fut convoquée, la dé- 58 libération secrète ; rien de ce qui s'y passa ne transpira au dehors.

A l'époque marquée, la députation revint dans la Province auprès de César, qui la reçut sans témoins sous sa tente. A peine les Gaulois furent-ils entrés, qu'ils se jetèrent aux genoux du Romain ; ils le supplièrent avec larmes de garder sur cette conférence un secret inviolable : la vie de leurs enfants, la leur, la fortune du pays, en dépendaient ; si la chose s'ébruitait, aucune puissance humaine ne les soustrairait aux tortures les plus horribles, à la mort la plus inévitable1. Divitiac alors prit la parole ; il récapitula sur la situation de la Gaule les faits déjà connus de César : la vieille rivalité des Arvernes et des Séquanes contre les Éclues, l'appui donné à ceux-ci par les Romains, l'alliance des autres avec Aiïoviste, les défaites et l'oppression de la Gaule inondée par un déluge de Germains. « Séduits par notre cli- « mat, par notre richesse, par la culture de nos mœurs, « ces barbares, dit-il, non-seulement ont renoncé à leur « patrie, mais chaque jour attirent clans la nôtre de nou- « velles bandes de leurs frères2; ils y sont aujourd'hui « plus de cent vingt mille3. Leur présence a coûté au « peuple éduen la perte de sa noblesse, de son sénat, de « toute sa cavalerie ; écrasés par ces revers, ceux que « leur valeur et votre amitié rendaient naguère si puis- « sants ont été forcés de livrer comme otages les pre- « miers*de leur nation ; ils ont été forcés de jurer qu'ils

i. Si enunciatum esset, summun in cruciatum se venturos vidèrent. Caes., Bell. Gall., i, 31.

2. Posteaquam agros et cultum et copias Gallorum homines feri ac barbari adamassent, u-ansductos plures. Id., ibid.

3. IXuuc esse in Gallia ad c et x\ millium numerum. Id., ibid.

58 « ne les redemanderaient jamais, qu'ils n'imploreraient « jamais l'assistance du peuple romain. Seul de tous mes a compatriotes, j'ai refusé de prêter ce serment et de « livrer mes enfants, et c'est parce que je n'avais donné « ni promesse ni otage que j'ai pu solliciter à Rome la « protection du sénat et la tienne, ô César. » Il expose ensuite comment la condition desSéquanes était devenue pire que celle des vaincus ; comment Arioviste, établi sur leurs terres, en avait d'abord pris le tiers, et maintenant ordonnait aux habitants d'évacuer un autre tiers, pour le céder à vingt-quatre mille Harudes, qui depuis quelques mois étaient venus se joindre à lui. « Il arrivera « nécessairement, ajoute-t-il, qu'en peu d'années tous « les Gaulois seront chassés de la Gaule, et que tous les « Germains auront passé le Rhin ; car le sol de la Ger- « manie et celui de la Gaule ne peuvent se comparer « non plus que la manière de vivre des habitants. Si le « peuple romain ne vient à notre secours, il ne nous « reste d'autre parti à prendre qued'émigrer comme les « Helvètes; d'aller chercher loin des Germains d'autres « demeures, une autre patrie," et de tenter, quoi qu'il en « puisse advenir, les chances d'une meilleure fortune1. » Divitiac cessa de parler ; et, les mains étendues vers César, les Gaulois le supplièrent de ne point repousser leur demande. Seuls entre tous, les Séquanes se tenaient à l'écart, muets et les regards fixés vers la terre2. Surpris de ce morne abattement, César leur en demande la cause, mais ils gardent le silence ; César les presse à plusieurs reprises sans pouvoir tirer d'eux aucune réponse. Alors Divitiac reprend la parole : « Tel est, dit-il, le sort

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