LIVRE V. — CHAPITRE III
Sur cette réponse, César fit partir un autre message con- 58 tenant : « que, puisqu'il refusait une conférence relative « à des intérêts communs, malgré la faveur qu'il avait « reçue, sous le consulat de César, d'être appelé par le « sénat roi ami, voici ce que César lui demandait : pre- « mièrement de s'abstenir d'attirer d'autres Germains « dans la Gaule ; en second lieu, de restituer les otages « des Édues, et de ne plus tourmenter ni ce peuple « ni ses alliés; qu'à ces conditions il pourrait compter « pour toujours sur l'amitié des Romai s. Mais que s'il « se refusait à ces justes réclamations, aitendu le décret « du sénat qui chargeait le gouverneur de la Province « de défendre les Édues et les autres alliés, César ne né- « gligeraitpas de venger leurs injures1. » Arioviste répliqua : « que, par le droit de i'épée, le vainqueur dispo- « sait à son gré du vaincu, que les Romains avaient « coutume de traiter les peuples conquis à leur guise « et non à celle d'autrui ; que, s'il ne prétendait pas pres- « crire aux Romains comment ils devaient user de la « victoire, il ne fallait pas que les Romains prétendis- « sent l'empêcher d'user de ses droits comme il lui « plaisait ; que les Édues, ayant voulu tenter le sort des a armes, et ayant succombé, étaient devenus ses tribu- « taires ; que lui-même avait à se plaindre de César, « dont l'arrivée nuisait au payement des contributions « qu'on lui devait ; qu'il ne rendrait point aux Édues « leurs otages, mais qu'il ne ferait aucun mal à eux ni à « leurs alliés, pourvu qu'ils s'en tinssent fidèlement aux « termes de leur capitulation, sinon le titre de frères et « d'alliés du peuple romain leur profiterait peu. Quant « à la déclaration de César, « qu'il ne négligerait pas de
\. Se yEduorum injurias non neglecturum, Cœs., Bell. Gall., i. 35.
58 « venger les Édues, » personne encore no s'était attaqué « à Arioviste sans s'en repentir; ils se mesureraient « quand il voudrait; et César apprendrait alors à con- « naître les Germains, nation aguerrie et indomptable, « qui, depuis quatorze ans, n'avait pas reposé sous un « toit1. »
Dans le même temps que César recevait cette réponse, des messagers des Édues et des Trévires arrivèrent dans la Province. Les Édues se plaignaient que les Harudes dévastaient leur pays ; les Trévires annonçaient que des recrues des cent cantons suèves étaient campées sur l'autre rive du Rhin, et tentaient dépasser le fleuve. César vit qu'il n'y avait pas un instant à perdre; il se mit en marche, traversa à grandes journées le territoire méridional des Séquanes, et occupa à l'improviste Vésontio, leur capitale, place fournie de vivres et de munitions de tout genre. 11 y avait peu de villes, dans toute la Gaule, qu'on pût comparer à Vésontio pour la force de son assiette. Environnée presque entièrement par le Doubs,qui décrivait un cercle autour d'elle, elle était encore garantie,dans la portion que la rivière ne protégeait point, par une montagne escarpée dont la base aboutissait de chaque côté aux eaux du fleuve, et qui, comprise dans l'enceinte des murailles, dominait la place et formait une citadelle presque imprenable. César y mit une forte garnison, et y passa quelques jours afin de pourvoir aux subsistances2.
Pendant ce temps-là, les Gaulois et les marchands étrangers établis dans le pays, questionnés par les sol-
1. Intellecturum qnid invioti Germani, exercitatissimi in armis, qui inter annos xiv tectura non subissent, virtute possent. Cœs., Bell. Gall., 36.