LIVRE VI. — CHAPITRE I
marche. Bientôt il apprit par ses éclairerons que les 57 Belges, avec toutes leurs forces réunies, s'avançaient vers lui et n'étaient plus qu'à peu de distance. 11 se hâta de passer la rivière d'Aisne, située sur les confins de la cité rémoise, et de fortifier son camp sur l'autre bord. Cette position avait l'avantage de couvrir le pays d'où les Romains tiraient leurs subsistances; de plus, la rivière protégeait un des côtés du camp. Comme elle avait un pont en cet endroit, César y établit un poste retranché où il laissa Q. Tituiïus Sabinus avec six cohortes : le camp fut muni d'un fossé de dix-huit pieds de profondeur et d'une palissade de douze pieds de haut1.
A huit milles au nord du camp romain était une ville des Rèmes appelée Bibrax, ou plus correctement Bibracte; les Belges, irrités contre ces traîtres, attaquèrent vivement la place, qui eut peine à se défendre tout le jour. Suivant leur tactique, ils l'investirent d'abord entièrement, faisant pleuvoir sur les remparts une grêle de traits et de pierres, jusqu'à ce qu'ils en eussent éloigné les assiégés; alors ils formèrent la tortue pour garantir leurs têtes, s'approchèrent des portes et se mirent en devoir de démolir la muraille; chaque fois que les assiégés reparaissaient sur les remparts, les traits et les pierres recommençaient à pleuvoir, et les mêmes manœuvres se renouvelaient. La nuit fit cesser l'attaque. Iccius, qui commandait dans Bibrax , trouva le moyen d'informer César de sa situation désespérée : « Je suis hors d'état « de tenir, lui mandait-il ; si demain je ne reçois pas de « secours2, je suis contraint de rendre la ville. » César,
i. Cœs., Bell. Gall., n, 5.
2. Nisi subsidium sibi mittatur, se diutius sustin re non posse. Id., ibid., G.
dès le milieu de la nuit, fit partir sa cavalerie légère composée de Numides, ses archers crétois, et ses frondeurs baléares, leur donnant pour guides les envoyés d'Iccius; le blocus élait si mal gardé, qu'ils pénétrèrent sans obstacle dans la place. Ce renfort ranima la confiance des assiégés et jela le découragement parmi les assiégeants, qui restèrent encore quelques jours autour de Bibrax, à dévaster la campagne, à brûler les villages et toutes les habitations qu'ils purent atteindre; après quoi ils s'avancèrent jusqu'à dix milles des retranchements romains. César, par l'inspection des feux et de la fumée, estima que leur camp pouvait occuper huit milles d'étendue i.
César resta plusieurs jours retranché derrière ses palissades, hésitant à livrer bataille, à cause du nombre des Belges et de la haute opinion qu'il avait de leur bravoure2. Mais après l'épreuve de quelques combats de cavalerie , il crut pouvoir tenter une affaire décisive et marqua un champ de bataille en avant de son camp. Le lieu était favorable aux manœuvres de la tactique romaine. De la plaine où le camp était situé, le terrain s'élevait doucement et s'étendait autant qu'il fallait pour le développement des légions; il s'abaissait aux deux flancs, et se relevait au centre par une éminence qui redescendait en pente douce vers la plaine opposée. D'un côté à l'autre de- la colline, César fit tirer un retranchement de quatre cents pas; aux deux extrémités il éleva des forts et y plaça des machines de guerre, afin de garantir ses flancs pendant la bataille; cela fait, il