‹ Histoire de la grande guerre des paysansChapitre 12 sur 27 · MO · texte numérisé non relu

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d’une fois, — mais un homme dont toute fibre est une idée, toute parole une menace, tout mouvement un fait ; un homme chez qui la haine du mal est à la hauteur do l’amour du bien ; un homme principe enfin, instrument de la révélation permanente dont il est le premier représentant, et pour laquelle il est mort sur la croix, ou, si l’on aime mieux, sur le gibet.

Munzer naquit en M98, dans la ville de Stolberg, au pied du Harz, résidence du seigneur de ce nom. La chronique raconte quo son père fut violemment mis à mort par le seigneur de Stolberg ; elle n’en dit pas la cause, qui, selon toute probabilité, a été purement politique. Quoi qu’il en soit, ce souvenir, si sanglant qu’il fût, n’a eu guère d’influence sur la conduite du fils. Sa haine pour les oppresseurs de son pays était le résultat d'un principe et non d’un sentiment do vengeance. La mort tragique du père n’a été pour le fils qu’une goutte de plus dans le calice d’amertume qu’il a vidé jusqu’à la lie.

Le génie du jeune Munzer s’est révélé de très-bonne heure. A Wiltemberg, où il fit ses premières études, il surpassa par ses travaux et son application tous ses camarades beaucoup plus âgés que lui.

Melanchton, son ennemi, lui donne lo témoignage qu’il savait la Sainte-Ecriture par cœur et qu’il était fort versé dans la science théologique, A l’âge de quinze ans, il obtint le titre de docteur de l’Université de Halle, et là déjà il organisa une espèce de confédération contre les abus du clergé et des princes.

A seize ans, il remplit les fonctions de chapelain dans un couvent près de Halle, où il disait la messe aux

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nonnes. Luther dit de lui : « Déjà dans ce couvent Munzer se montre tout -à-fait acatholique. Il raille la messe et avale les dieux (les pains) sans les bénir. » Tout-à-coup Munzer se retire dans la solitude et se plonge dans l’étude des livres mystiques des maîtres du moyen-âge. Ce fut surtout l’abbé Joachim, dit de Calabre, qui exerça une immense influence sur l’esprit du jeune docteur. Ce prophète (car il se donne ce nom) vivait dans le beau temps de la scolastique, où le clergé, reniant sa sainte mission, commençait à se prêter aux tyrannies des seigneurs. Munzer luimême se charge d’éclaircir les allées touffues des promenades mystérieuses du prophète de Calabre. « Joachim, dit-il, nous montre l’avenir de l’humanité dans un miroir mystique. Il flagelle les exactions cléricales, déclare inutiles et superflues les visites faites par les chrétiens au temple matériel et prédit un dernier jugement, où Christ, le fouet à la main, chassera de nouveau du temple et les vendeurs et les acheteurs. Il viendra une ère spirituelle, ère d’amour et de joie, de liberté et de fraternité, où toute la science de la lettre périra. A sa place jaillira radieux et libre le Saint- Esprit. L’Evangile de la lettre n'est que temporel, sa formo n’est que passagère. Il n’y a que le Saint-Esprit qui soit le véritable Evangile. Grâce à la résurrection de l’Esprit, bien des choses que les contemporains du Christ n’ont pu comprendre seront prédites et s’accompliront dans l’avenir. Il se formera alors sur la terre une association de frères, d’hommes-esprils pour lesquels la Sainte-Ecriture sera une source claire et intarissable, un monument impérissable, gravé, non avec de l’encre sur le papier, mais avec du sang dans le

cœur de tous les hommes. Les prêtres et les savants qui, jusqu’à présent, ont été les organes des choses divines, disparaîtront à tout jamais ; les fils de l’Esprit n'auront plus besoin de ces médiateurs. Le Saint-Esprit sera seul leur maître, la révélation intérieure remplacera la révélation extérieure. La religion sera une contemplation pure et immédiato de Dieu, tous les mystères seront mis à nu et la prédiction de Jérémie (13, 33, 34, 35) s’accomplira : à savoir, que Dieu même sera notre maître à tous et qu'il inscrira sa loi ès-cœurs des hommes. Dans cet heureux temps, oîi le ciel se manifestera dans toute' sa magnificence, les grandeurs terrestres pâliront et disparaîtront de honte. »

Ces idées hardies d’une grandeur future, d’un règno de liberté et d’amour, appuyées sur les textes hébraiques d’Isaïe et de Jérémie, jetèrent de vives étincelles dans l’esprit du jeune Munzer et activèrent le feu de son imagination ardente. Bientôt la Sainte -Ecriture devint pour lui uu thèmo incessant de discours politicoreligieux, et le simple prêtre réformiste s’éleva d’un coup jusqu’au rôle de prophète, disant hardiment la vérité aux princes et aux peuples.

En l’an 1 520, à l’âge do vingt-deux ans, il fut appelé, en qualité do prédicateur, à Zwikau, en Thuringe. Là, pour la première fois, il rompt ouvertement avec Luther* déclare la réforme du culte insuffisante, et oxigo une réforme sociale. « Rejeter le pouvoir du pape, s’écrie-t-il, attaquer les absolutions, nier le purgatoire, abolir la messe, qu’est-ce que tout cela ? Des demimesures I II faut attaquer la société à la racine, en enlever los causes de malheur et d'oppression, fonder

enfin l’Eglise du Saint-Esprit et de la liberté sur des bases solides. Luther n’est qu'un efféminé qui flatte la chair en la couchant sur de doux oreillers, faisant trop de cas de la foi et trop peu des œuvres, laissant lo . peuple dans son ancienne routine, fortifiant surtout lo pouvoir des princes. La doctrine de Luther est plus dangereuse pour le peuple que le papisme; il faut ressusciter le Christ et songer qu’avec Moïse et Jésus, Dieu n’a pas dit son dernier mot. Au contraire, sa révélation est permanente, et de nos jours il peut y avoir des prophètes aussi bien que dans le temps passé. »

Il est hors de doute que ce principe d’une révélation et d’une prophétie en permanence a été le premier germe de la secte des Anabaptistes, qui d’abord ont surgi à Zwikau, berceau oratoire do Thomas Munzer. Déjà, dans la profession de foi des Taborites et des Hussistes, on trouve la prédiction d’un âge d’or, d’un règne d’amour et de joie selon l’Evangile. La Thuringe, pays limitrophe de la Bohême, n’était pas restée étrangère aux doctrines mystiques des Hussites, et les discours de Munzer ne pouvaient que raviver les étincelles qui couvaient sous la cendre depuis la défaite de Jean Ziska. Aussi, peu de temps après l’arrivée de Munzer à Zwikau, les Anabaptistes sortent de leurs retraites et s’organisent à la face du public. Ils rejettent la présence du Christ dans l’Eucharistie, ainsi que toutes les cérémonies religieuses , y compris le baptême des enfants avant l'âge de raison, et prétendent avoir le don de la prophétie et des visions extatiques. Munzer, loin de les attaquer, les laisse faire, parce quo, selon lui, il faut laisser libre cours à toutes les manifestations de

l'esprit et do l’imagination. Il les défend même devant le magistrat qui leur interdit de se réunir; mais en les protégeant, Munzer était loin d’approuver leurs folies extatiques. Dans ses écrits, il les appelle de bons frères, de bons enfants, de bons cœurs, animés de bons sentimeuts et qui peuvent plus tard rendre de bons services h la patrie et à l’bumanité. En effet, au lieu de les poursuivre, Munzer comptait s’en servir comme autant d’instruments pour la propagation de ses vues politiques et religieuses, et en cela il ne s'était pas trompé. Dans la suite, il eut plus d’une fois occasion d’avoir recours à leur ministère. C’est grâce aux nombreux prédicateurs envoyés par les Anabaptistes dans toutes les contrées do l’Allemagne que les idées de Munzer devinrent populaires et que, dans sa fuite, il trouva assez d’accès pour se soustraire à ses nombreux et puissants ennemis.

Laissons parler un instant l’historien Zimmerman, le premier Allemand qui ait rendu justice à Munzer.

« Munzer n’était animé que d’une seule idée, l’avenir de son pays Depuis qu’il pensait, la misère et la honte de sa nation préoccupaient exclusivement son esprit. Les projets de réforme qu’il avait rêvés dans son adolescence mûrissaient en lui et avec lui. Il se croyait appelé au rôle de libérateur et de vengeur du peuple allemand.

» Ses ennemis attribuent toutes ses actions à un seul mobile, à l’ambition. Certes, Munzer n’était pas sans ambition. Il était animé d’un esprit fier, uni à un grand enthousiasme; mais quand on examinera sincèrement sa marche, ses discours et ses actes, on se convaincra facilement que l’envie de briller était un

sentiment tout-à-fait inconnu à son âme. Dans cette âme fortement trempée il y a un je ne sais quoi de sombre, d’épineux, de sauvago même ; mais à travers les broussailles de cette végétation luxuriante, le parfum d’une fleur odorante et purpurine vous charme continuellement. Cette fleur, c’est l’amour du peuple et de l’humanité tout entière.

» 11 avait une haine fanatique contre les oppresseurs du peuple, tant seigneurs qu’évêques, vrais corrupteurs du christianisme , continuateurs des anciens tyrans crucificateurs du Christ, le premier ami du peuple et de l’humanité ; despotes incorrigibles sacrifiant toujours le Saint-Esprit à leurs intérêts cupidos, à leurs caprices éhontés, empêchant enfin le peuple de prendre part au développement et à la jouissance de ses droits imprescriptibles. N’ayant jamais connu un prince animé de sentiments purs d’humanité, Munzer les confondait tous dans sa haine et les regardait comme autant de fléaux, se croyant au-dessus de la loi, au-dessus de Dieu même. Plus il creusait l’ancien et le nouveau Testament, plus il était frappé du contraste entre l’ordre de choses existant et celui qui devrait exister. Ni l’Eglise ni l’Etat ne le satisfirent. Son rêve, son but était de fonder un Etat vraiment chrétien, selon les lois de l’Esprit et de l’Evangile. Il ne comprit pas l’égalité devant Dieu sans l'égalité devant la loi sociale. Bientôt ce principe devint le pivot de toutes ses pensées, de tous ses discours. Il oubliait seulement que cette égalité no devait, ne pouvait s’établir que peu à peu par la marche organique de l’histoire et de la nature, mais non par la violence. Ce n’est pas une guerre de trente ans ni cent batailles ran-

gées qui peuvent rétablir l'équilibre moral de l’humanité et en harmoniser les dissonances : une guerre de mille ans n’y suffirait pas ! C’est par la loi de la réaction do l’intérieur contre l’extérieur, réaction incessante, persistante, que les prédictions do l’Evangile s’accompliront, mais non par la violence de l’extérieur imposé à l’intérieur. C’est ce que l’imagination bouillante de Munzer n’a pas voulu comprendre. Son désir d’affranchir son peuple était si vif, si ardent, que bientôt ce désir s’empara de toute son âme comme une puissance invincible, au point que, poussé aveuglément par ce principo, il n’avait plus de volonté, plus de réflexion, plus de raison. 11 devint l’esclave d’une idée.

» Une fois animé par ce principe, ne vivant, ne respirant que par lui, comme tous les grands hommes forts et logiques, il le poussa jusqu'aux dernières conséquences. Munzer, comme Hutten, n’était pas homme à consoler les faibles et les malheureux par des paroles, par des tableaux de félicité future. Il versait du feu dans l'âme de ses auditeurs, et les excitait à mettre la main à l’œuvre, à s'aider eux-mêmes. C’était à la fois un homme de parole et d'action, d’autant plus logique en ses provocations, que, selon ses principes, le bonheur de l’homme doit se trouver d’abord dans la vie, dans la jouissance entière de tous les droits, de tous los biens de la nature, dans la liberté et dans la joie- Sa nouvelle Jérusalem devait se fonder en Allemagne, puis s’étendre sur toute l’humanité. Il enflammait donc le peuple à détruire tous les obstacles contraires à l’établissement de ce paradis terrestre. Grâce à sa connaissance de l’ancien Testament, le souvenir

de Moïse, d’Elio, d'Isaïe, de Jérémie et de leurs colères foudroyantes flottait toujours devant son esprit. L’élément destructeur, la parole de vengeance et d’extermination le dominait tellement, qu’il ressemblait à une pâle statue vivante, autour de laquelle scintillent continuellement des flammes, qui, portées parle vent, vont mettre le feu à des contrées entières. »

Munzer n’est pas éloquent comme Luther; sa parole n’était point aussi nette, ni aussi claire, ni aussi prête à la saillie. Il luttait au contraire contre l’expression. Au début de son discours, il cherche, il tâtonne; le mot ne lui paraît pas assez énergique, il revient sur ses pas , et le remplace souvent par le latin ou l’hébreu; peu à peu il s’anime, il s’enflamme, il s’enthousiasme; soudain la colère, l'indignation le saisit; il pâlit... les paroles se suivent, se heurtent et jaillissent enfin de sa bouche comme une source rugissante. Il est grand, terrible, foudroyant... Il est prophète dans toute l’acception du mot.

Bientôt Munzer, pour avoir défendu les Anabaptistes, dut quitter Zwikau et se dirigea vers Prague, le berceau do la doctrine des Hussites. Là, en arrivant, il fit placarder aux portes do l’université le manifeste suivant, écrit en latin et en allemand :

« Mes frères en Bohême ,

» Je suis venu après Jean Ziska, le grand héros de Jésus , pour faire résonner d’un nouveau chant les trompettes de justice.

» Malheur aux fsux prêtres, qui n’ont jamais compris l’essence du christianisme ! Dieu même les mau-

dit commo dos faussaires do sa parolo , commo des trompeurs du peuple. Biontôt le Seigneur versera sur eux une nuée de colère, pour avoir blasphémé le but de la foi, qui n'est autre que la liberté et le bonheur. Il les écrasera par ses foudres , car , sur la terre , il n’existe pas une race maudite dont la vie et la doctrine soient plus contraires à l’Evangile que celle de nos prêtres chrétiens. Semblables à des cigognes qui s’en vont dans les prairies verdoyantes chercher des grenouilles pour les apporter dans le nid do leurs petits, les intendants injustes et prévaricateurs de la grâce do Dieu recueillent dans les livres la lettre morte pour en omplir le gosier de leurs élèves. Ni Dieu, ni la foi, ni la vortu, ni l'amour chrétien no leur sont connus. Ils ne savent que diro : C’est la parole du Christ, de saint Paul et des prophètes , s’appuyant sur la lettre morte, au lieu do l’éclairer par la raison. C’est pour cela que tant de peuples ont appelé le christianisme une folie. — Eh I se disent-ils, si le Christ, si saint Paul et les prophètes en ayaient menti! comment savoir qu’ils ont dit la vérité? Ah ! vous êtes trop paresseux pour nous le prouver; vous êtes donc des fourbes ou des automates ?... Hélas! que répondent les prêtres du Christ? « Croyoz, baptisez-vous et vous serez heureux. » Voilà la seule raison qu’ils donnent de la foi ; elle devrait être arrachée par morceaux de leur cerveau, comme les poumons du corps d’un phthisique. Personne, jusqu’à présent, n’a osé attaquer ces sottises monstrueuses qui se sont amoncelées jusqu’aux nues.

» Saisi de douleur et de pitié, je déplore la ruine de l’Eglise divine sur laquelle pèsent les ténèbres de l’Egypte. Le Seigneur l’a visitée de sa colère. Dans la

Sainte Ecriture, je trouve l’Eglise immaculée comme une vierge. Hélas ! elle a été polluée et violée par des prêtres indignes. Sa perte date du moment où le peuple a renoncé à son droit do faire lui-même le choix de ses prédicateurs. Depuis cette malheureuse époque, les doctrines du clergé sont diamétralement opposées à celles de Dieu...

» Mais, réjouissez-vous, je suis maudé par le ciel pour briser vos chaînes. Ma faucille est aiguisée pour moissonner les épis mûrs. Habitants de Bohême, je n’ai d’autre but que de vous communiquer la parolo vivante do mon âme, espérant qu’étant ma vie et ma respiration, cette parole trouvera de l’écho dans la vôtre, et ne retournera pas vide vers moi. Je vous promets gloire et honneur. Ici , sur le sol foulé par Jean Ziska, l’Eglise apostolique posera ses fondements pour s’étendre sur le monde ; ici les prêtres sacrilèges trembleront de frayeur et prendront la fuite. Venez, non à moi , je n’ai besoin de rien , mais à cette nouvelle Eglise, dont la parole sera divine et ailée. Nous n’adorerons plus Dieu muet, mais Dieu vivant et parlant. Si je mens, si je tronque la parole de Dieu qui sort aujourd’hui de ma bouche, malheur à moi! jo suis prêt à subir le supplice de Jérémie, et me présente pour être livré aux douleurs de la croix. »

En lisant ces derniers mots , on dirait que Munzer a eu un pressentiment do sa fin tragique.

Ce manifeste, quoi qu’on en pense, est un témoignage vivant de la foi de Munzer. Il faut avoir plus que du courage pour venir dans un pays étranger s’annoncer de la sorte à toute une population. On voit que

Munzer est pénétré de la sainteté de sa mission et qu’il no reculera jamais devant les conséquences de ses principes. Il s’était trompé à Prague, ville peuplée alors de savants, qui le forcèrent à prendre la fuite ; mais, loin de perdre courage, plus il vit d’obstacles s'amonceler devant lui, plus son esprit et son âme se raidirent contre eux. Il était prêt à mourir pour sa conviction ; il no comprenait pas qu’un homme se donnât le titre de chrétien sans être prêt à mourir comme Jésus-Christ pour les vérités do l’Evangile. Ne craignant donc rien do ses ennemis, plus ceux-ci se liguèrent contre lui, plus il gagna en force et en audace.

En 1522, il retourna à Allstedt, en Thuringe, où il établit une Eglise allemande. Là il compléta ses idées religieuses et politiques. De trente lieues à la ronde, le peuple vint à Allstedt entondre ses sermons. Ce fut un véritable pèlerinage.

Dans ses discours il rejette comme antichrétienne la justification de la foi sans les œuvres, déclare mensongère la doctrine que Jésus en mourant avait tout fait pour l’humanité, pour laquelle il n’y aurait plus rien à faire. Dieu n’est pas en dehors de nous, mais en nous; il se révèle encore aujourd’hui, comme il y a quatre mille ans; il n’y a point d’autre révélation. II n'existe point d’autre Diable que le despotisme religieux et politique. La Foi n’est autre chose que le Verbe de la raison , Verbe qui nous verse l’amour dans le cœur et réveille en nous le Saint-Esprit. Tout homme, fût-il païen, peut avoir la foi. La nature nous apprend à faire à notre prochain ce que nous désirons qu’il nous fasse. L’homme, par cela seul que le Verbe

se manifeste en lui , est une partie de Dieu , et le ciel est déjà à chercher et à trouvor dans cette vie (1).

« Tout homme peut être animé du Saint-Esprit, celuici n’étant autre chose que l’enthousiasme de la raison. 11 n’y a point d’enfer : le péché, c’est tout ce qui est contraire à la raison et à la nature. Le Christ est un des prophètes révélateurs de Dieu, mais conçu comme les autres hommes. »

Passant aux conséquences politiques, qui, selon lui, reposent toujours sur le principe religieux, Munzer proclama le droit de chacun au bonheur. Ilne peut y avoir dans la société ni noblesse ni clergé. Egalité complète devant la loi. Le règne de Dieu doit s’établir dans l’état politique. Dans un de ses discours, il appelle Luther un grand égoïste , un moine ambitieux, un faux prêtre. Aussi celui-ci ne le ménagea-t-il pas. Dans un écrit dirigé contre Munzer, Luther appelle ses articles de foi des articles scélérats , et Munzer lui-même un fantôme vivant du Diable.

En même temps Munzer fondait à Altstedt une société dont chaque membre prêtait serment de travailler au rétablissement du règne de Dieu, de la liberté, de l’égalité, et à l’extermination de tous les corrupteurs du régiment du Christ (c’est là son terme), seigneurs et évêques qui se cramponnent au despotisme de la lettre pour maintenir le peuple dans la misère. On devait d’abord inviter pacifiquement les princes et les évêques à s’associer à la nouvelle confédération ; mais, en cas de refus, leur faire une guerre à outrance. C'est dans cette société que Munzer professa pour la

(I) Munzer a publié sur ce sujet un écrit intitulé la Fausse Fox démasquée.

première fois le principe de la communauté des travaux et des biens. Il se sert même du terme : « A chacun selon ses besoins et selon la possibilité. »

Grâce à une imprimerie spéciale qu'il avait établie à Altsledt, ses écrits et ses principes se répandirent en peu de temps dans toutes les contrées de l’Allemagne.

Les deux princes de Saxe, Frédéric et Jean, vinrent eux- mêmes à Altstedt, et Munzer fut invité à prêcher 1

devant eux. Il leur avait déjà adressé plusieurs provocations, dans lesquelles il les sommait de se mettre à la tête de la vraie doctrine; mais, en leur présence, son audace grandit avec le danger.

Il répéta tous ses principes, en les appuyant sur des textes de la Sainte-Ecriture; il montra aux princes un avenir orageux, gros do dangers et de malheurs. « Le Seigneur, c’est ainsi qu’il termine, le Seigneur jetera enfin sa barre de fer parmi les vieux pots de terre. En disant cela, je suis rebelle. Eh 1 oui, je suis révolutionnaire; je renverserai la société de fond en comble.

Jésus n’était-il pas révolutionnaire ? »

Le lendemain il fit imprimer son discours, le surlendemain l’imprimeur reçut l’injonction do quitter le pays, et son imprimerie fut mise sous les scellés.

C'est dans ce moment que Luther et Melanchton se lovèrent contre Munzer avec une véhémence furibonde.

Celui-ci, dans un écrit, les avait provoqués à quitter la théologie vermoulue. « Chers amis, leur dit-il ironiquement, l’été est devant la porte, ne pactisez pas avec les impies, ne flattez pas les princes, ils vous dévoreront en temps opportun. Savants délicats et vaporeux, vous n’êtes que des niais. »

Luther, pour frapper un grand coup, invita Munzer à venir se mesurer avec lui en face du public. « Je viendrai, répondit celui-ci, quand, à côté de vos Luthériens , vous nommerez pour juges des Romains , des Turcs et des Juifs, c’est-à-dire tous les partis do la conscience religieuse ; je viendrai si vous appelez le peuple devant la barre de la justice. C’est en face du ciel que je me défendrai et non devant des vers rongeurs de livres. Christ lui-même a détesté les savants. Au pontife Hannas, qui lui demandait compte de ses doctrines, il répondit, en désignant le peuple : « Que ne t’adresses-tu, à ceux-ci , ils te le diront. » Tout ce que je demande, c’est de me laisser la permission d’exprimer ma pensée. Cela seul me suffira pour fermer la bouche aux défenseurs du monde renversé. »

A cela Luther répondit par une dénonciation. Grâce à une provocation adressée par lui au prince de Saxe, injonction fut faite à Munzer de ne plus publier aucun écrit ni brochure, sans l'autorisation d’une censure établie à cet effet. Mais Munzer ne tint aucun compte de cette menace. Quelques jours après il fit publier à Mulhouse, ville libre à deux lieues d’Altstedt, une brochure des plus révolutionnaires, dans laquelle il se nomme Thomas Munzer avec le marteau, selon un passage de Jérémie : « Ma parole n’est-elle pas comme le feu et comme le marteau qui broie des rochers ? « Chers frères, s’écrie-t-il , plus que jamais il faut que nous fassions un grand trou dans le monde, afin de faire voir aux nations ce que nous sommes et ce que sont nos prétendus mattres. Le monde, dit-il en terminant, essuiera un choc terrible qui renversera les grands et élèvera les petits. >

Mais la hardiesse de Munzer ne faisait qu’accroître la haine de Luther, qui invita publiquement l’électeur deSaxe, grand vénérateur de la Bible, connu par sa clémence et son indulgence, à chasser de son pays l’infâme Munzer.

Celui-ci fut prié de comparaître devant le prince, dans son château de Weimar. Avec sa connaissance de la Bible , Munzer n'avait pas beaucoup de peine à défendre ses principes religieux , en les appuyant sur des textes de la Sainte Ecriture , mais il fut en même temps accusé d’avoir fondé une société politique. « Eh ! dit-il (et ce fut là toute sa défense), si les Luthériens no sont venus que pour vexer les moines et les curés, ils auraient mieux fait de rester dans leur coque. » On lui signifia de quitter le pays.

En descendant les marches du grand escalier du château , il fut cerné par une troupe de laquais et do valets qui lui jetèrent des pierres en s’écriant : « Grand prophète, où sont maintenant ton esprit et ton Dieu ? » Des chanoines aussi descendirent pour le narguer. Munzer était pâle comme la mort, mais il n’opposa à ces furieux qu’un silence méprisant.

De retour à Altstedt, il apprit que le duc Georg demandait son extradition, à cause d’une circulaire dans laquelle il avait provoqué le peuple à se révolter contre les ennemis de l'Evangile. A l’instant Munzer s'arma d’une lance, d’un casque et d’un bouclier, s’entoura de ses amis et déclara au magistrat qu'il était prêt à s’en aller, mais que si on l’attaquait il se défendrait à outrance.

On le laissa partir, croyant qu’il se rendrait à Mulhouse. Le magistrat do cette 'ville sur une lettre de

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Luther, était décidé à n’accorder aucun réfuge à Munzer, en cas qu’il se présentât.

Mais Munzer s’était dirigé vers la Franconie. Il s’arrêta quelque temps à Nuremberg.

Là il y avait déjà eu plusieurs émeutes de paysans , suivies de quelques exécutions capitales. Munzer fut invité par le parti révolutionnaire à prêcher , mais il s’y refusa : « Je ne parlerai plus, dit-il, j’écrirai. » En attendant, la haine de Luther le poursuivant toujours, il se proposa de publier une brochure contre lui. Il n’est pas étonnant que Munzer lui parle d’un ton exaspéré qui dépasse les limites de la bienséance.

Luther avait écrit au magistrat de Nuremberg : « Satan est parmi vous, l’esprit infernal d’Altstedt. »

« Tu es aveugle toi-même, répliqua Munzer, et tu veux conduire l’humanité ! Tu as trompé la chrétienté, et maintenant, en temps de peine, tu te démènes comme une écrevisse prise dans un filet. Tu es le flatteur, le flagorneur des seigneurs ; lu crois le monde sauvé, parce que tu as happé quelques bribes de gloire. Tu as fortifié le pouvoir des scéléfats impies, sot moine, et tu as maintenu le peuple dans la voie de perdition. N’importe I Tu seras pris comme un renard; le peuple s’affranchira malgré toi, Dieu seul régnera et ton nom sera oublié. »

Le magistrat de Nuremberg fit saisir cet écrit, et l’auteur fut forcé de quitter la ville sur-le-champ.

Munzer, dans la fleur de sa jeunesse, quoique petit de taille, était beau et bien fait. Il portait un chapeau de feutre blanc, une espèce de paletot à capuchon, et toute sa barbe qu'il laissait pousser à la mode orien-

talc. Il avait épousé une pauvre jouno fille qu’il aimait tendrement, et qui, quelques semaines après le ma* riage, l’accompagna dans sa fuite. Elle ne le quitta que lorsque les fatigues et son état de grossesse la forcèrent de demander un refuge chez un ami.

A Altstedt déjà Munzer n'avait que le strict nécessaire que les Anabaptistes lui procurèrent; à Nuremberg, au moment de sa fuite, il était dans un dénuement complet. Cela n’a pas empêché ses ennemis d’attribuer tous ses actes à la cupidité, à l’ambition et même à la débaucho.

En partant de Nuremberg, il écrivit à un de ses amis : « Si vous pouvez m’aider avec quelques sous pour le nécessaire, je les accepterai avec amitié, sinon je vivrai comme je pourrai. » Et, en effet, durant cinq mois, il vécut tant bien que mal, errant de village en village, de province en province. Ce fut grâce à ses nombreux amis et aux prédicatours anabaptistes qu’il parcourut la Souabe, l’Alsace et la Suisse. Ces prédicateurs l’avaient devancé partout; partout les paysans, en écoutant'leurs discours, s’écriaient : « Voilà le véritable Evangile. Ça s’occupe enfin du pauvre peuple. Comme ces anciens curés nous en ont imposé, comme ils en ont menti ! On devrait leur faire faire le saut de carpe à tous (textuel). » Malgré son extrême misère, Munzer ne perdit pas de vue un seul instant son grand but. Lorsqu'on lui apprit que sa femme venait d'accoucher d’un fils, il ne manifesta aucun signe de satisfaction, et quand on lui demanda pourquoi il restait froid à cette nouvelle, il répondit: «Vous le voyez, rien ne m’émeut plus. La nature est morte en moi, je

ne suis plus qu’un principe ; je ne vis plus, physiquement parlant. »

Son courage ne fut pas abattu un instant, et, au plus grand moment de détresse, en recevant l’avis de fuir d’un village où il s’était établi, il écrivit : « Mon cher frère Christophe, notre cause est comme un grain de froment que les hommes aiment à tenir dans la main, mais dont ils se détournent quand il est jeté dans la terre, comme si jamais il ne devait ressusciter. Je sais que mon nom n’est pas en odeur de sainteté chez les hommes; je suis encore un fruit en herbe répandant une forte odeur qui fait mal à la tête; mais patience 1 je mûrirai, et l’épi qui portera les grains aura également des épines. Les justes recueilleront les fruits; quant aux épines, elles piqueront encore les impies et les tyrans dans des siècles reculés. »

Enfin, grâce aux discours de ses amis les prédicateurs, dont bon nombre furent saisis et exécutés par le bourreau, et parmi lesquels se distinguent les noms de Hubemayer, Jacob Wehe et le docteur Carlstadt, les paysans se soulevèrent et s’organisèrent en cohortes.

A cette nouvelle Munzer poussa un long cri de joie : « Enfin, dit-il, ils comprennent. »

Il se trompait. Les paysans n’étaient pas leshommas propres à rétablir le règne de Dieu, comme nous le verrons bientôt. Ils n’étaient pas mûrs pour les idées organisatrices qui bouillonnaient dans la tête de Munzer. Ils n’en comprirent que les paroles foudroyantes de vengeance et de destruction. Le grand élan, après la terreur, fut bientôt arrêté, soit par intérêt, soit par es-

soufflement, soit par trahison, et Munzer lui-même dut en être la victime la plus précieuse.

Mais son erreur, du moins, était pardonnable. Il ne voyait dans les flammes naissantes que de saintes lumières, éclairant l’avenir, purifiant le passé, et il se prépara à les attiser de toutes ses forces. Son œuvre, du moins, n’a pas été stérile : la Guerre des Paysans, si elle n’a pas atteint le Lut suprême de Munzei*, n’en a pas moins produit des résultats féconds pour l’Allemagne et l’humanité entière.

Dès lors donc, c’est-à-dire dès la formation des cohortes de paysans, Munzer se montre partout pour animer de son souffle la torche révolutionnaire. Nous avons cité les douze articles, qui, pour le moins, sont l’œuvre d’un de ses disciples. Voici, maintenant, la circulaire annexée, dont Munzer lui-même est l’auteur. On y verra que l’orateur biblique savait très-bien descendre de son trône prophétique pour parler le langage populaire des paysans.

« Puisque de si lourdes charges, contraires à Dieu et à la justice, ont été imposées par les seigneurs cléricaux et laïques aux pauvres paysans des campagnes et aux artisans des villes, et cela sans aucun droit, aucune cause, uniquement pour le bon plaisir de ce s messieurs, il est de votre devoir de refuser ces charges, à moins que vous ne préfériez être réduits, vous et vos enfants, à saisir le bâton de mendiant. Le but de la Confédération chrétienne est de nous délivrer, avec l’aide de Dieu, de toutes les tyrannies ; pacifiquement, s’il est possible, — sinon, violemment.

» Vous êtes donc invité à vous associer do gré à la Confédération évangélique, afin que l’amour fraternel

et le fruit universel reprennent de nouvelles racines par notre union et notre confraternité. Si vous le faites, la volonté de Dieu, qui nous recommande l’amour fraternel, sera accomplie ; mais si vous vous y refusez, ce à quoi nous ne nous attendons guère, nous vous mettrons au ban, et, en vertu de cette lettre, nous vous y maintiendrons, jusqu’à ce que vous soyez venu à récipiscence, par l’association volontaire à notre Confédération. ,

» Le ban de la Confédération consiste :

» Premièrement : Tous les frères s’engagent à n’avoir aucun commerce avec ceux qui refusent d’y entrer. Ils ne mangeront, ne boiront, ne se baigneront, ne feront la cuisine, ne travailleront ni ne laboureront avec eux; ils ne leur présenteront ni vivres, ni boissons, ni blé, ni sel, ni bois ; ne leur vendront et ne leur achèteront rien. Ils les regarderont comme des membres morts de la société, qui ne savent ni favoriser ni empêcher la paix et l’amour. Les non-confédérés seront également exclus de tous les marchés, de toutes les forêts, de toutes les eaux. En cas qu’un confédéré néglige cette prescription pour entretenir un commerce avec un non-confédéré, il sera également mis au ban et chassé de la société.

» Deuxièmement , en ce qui touche les châteaux, les couvents et les établissements cléricaux ;

» Comme toutes les trahisons, toutes les tyrannies, toutes les corruptions proviennent des châteaux, des couvents et des établissements cléricaux, ceux-ci sont mis au ban.

» Toutefois, en cas que le noble, le moine ou le prêtre renonce volontairement à ses prétendus droits,

qu’il se regarde comme un simple particulier et qu’il désire faire partie de la Confédération, on l’accueillera de bonne grâce, en lui laissant tout ce qui lui appartient de droit.

» Troisièmement : Quiconque accueillera chez lui ou soutiendra un ennemi de la Confédération sera d'abord invité amicalement à laisser là ces coupables menées, mais en cas de refus, il sera également mis au ban. »

Cette lettre fut annexée à chaque exemplaire des douze articles. Ce fut là sa dernière réponse aux invectives de Luther et de Melanchton. Enûn, avant de repartir pour la Thuringe dans le but de former une nouvelle cohorte, il lança dans le public son écrit le plus révolutionnaire. Cet écrit, purement politique et portant pour titre : Comme l'on gouverne et comme l'on doit gouverner , est adressé aux paysans sous les armes. En voici la fin :

« Pour prouver qu’un pays, qu’une commune a le droit de chasser son seigneur injuste, tyrannique ou corrupteur, je citerai treize passages do la Sainte Ecriture, que tous les chevaliers de l’enfer ne pourront ébranler. — Après avoir rapporté ces treize passages, entre autres : Jos., I. 7, 8 ; — Timoth.,-I. 5, 8; — Apôtres, 5. 29; — Cor. I. 7, 21, 22, 23; — Math., 7, 6, il poursuit : Point d'ambages I Tous les seigneurs qui dictent des ordres par leur bon plaisir, parce que cela passe par leur tête, fût-ce un ordre tout-à-fait insignifiant, à plus forte raison quand il s’agit d’impôts, de tarifs, de péages, de corruption, de favoritisme, de malversation, de gaspillage, sont des brigands, des ennemis du peuple qu’il faut étrangler le plus tôt pos-

sible, comme autant de Moab, d’Agag, d’Achab, de Phalaris et de Néron. L’Ecriture ne les nomme pas serviteurs de Dieu, mais serpents, dragons et loups. Ne craignez rien, crie-t-il aux paysans ; soyez unis et ne reculez jamais. Dès que vous reculez, vous êtes perdus, vous, vos femmes et vos enfants. Que ceux qui craignent la mort restent chez eux. Mille hommes résolus à mourir sont plus forts que cinquante mille indécis. Si vous ne sortez pas victorieux de la lutte, malheur à vous et à vos descendants !. Si avant la guerre, vous avez la corvée avec vos chevaux et vos bœufs, après on vous attèlera vous- mêmes h la herse et à la charrue ; si avant vous avez fait une haie autour de vos champs pour les préserver du gibier, après on vous forcera à entretenir le gibier vous-même ; si avant on vous a aveuglés, après on aveuglera même ceux qui vous conduisent; si avant vous avez été serfs, après vous serez esclaves. On vous vendra comme on vend un cheval ou une vache. Au moindre souffle, vous serez appréhendés au corps comme rebelles, privés d’air et de nourriture, mis à la question, et enfin empalés. Vos filles seront les courtisanes do vos seigneurs, et vos fils, leurs laquais, tiendront les mains à leurs sœurs pour être violées et jetées après comme une pelure de citron dont on a sucé le jus... Vous voyez bien que vous ne pouvez pas ne pas être vainqueurs.

» Une telle vie est mille fois pire que la mort, la mort préférable à la vie. N’écoutez jamais la voix de ces hommes qui vous prouvent de par l’Evangile que vous avez le droit d’être libres, en finissant par vous exhorter à courber la tête sous l’esclavage. Ce sont des

demi-hommes qui, de peur de mourir, préfèrent se rendre indignes de vivre...

» Un peuplo qui n'est pas libre n’est pas chrétien!

» Un peuple qui n’est pas libre n'est pas digne de l'être !

» Soyons d’abord libres, puis nous serons chrétiens pour vivre selon la loi de Dieu !... »

Bientôt nous verrons Munzer à la tête d’une cohorte.

Nous voici arrivé au niveau des faits. Hâtons-nous d’y rentrer.

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ouverture des hostilités

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