‹ Histoire de la grande guerre des paysansChapitre 16 sur 27 · WENDEL HIPLER ET GEORG METZLER · texte numérisé non relu

WENDEL HIPLER ET GEORG METZLER

Hipler, chancelier des princes de Hohenlohe, embrasse la cause des paysans et devient chancelier de la guerre. — 11 entretient des relations avec tous les hommes du progrès et songe à l’organisation du mouvement. — Il nomme Georg Meliler chef de la cohorte nationale. — Son explication de la liberté aux comtes de Hohenlohe. — Le mouvement révolutionnaire va toujours croissant.

Le 23 mars 1525, deux hommes étaient assis autour d’une table dans une auberge à Weinsberg. L’un était un lansquenet des comtes de Hohenlohe, l’autre un homme dans la force de l’âge, portant un chapeau à larges bords rabattus.

— J’étais aujourd'hui quelque part, dit ce dernier au soldat, où j’ai taillé de la besogne pour tes maîtres; ils ne s’en battront pas l'œil, je l’en réponds.

L’homme qui prononçait ces paroles s’appelait Wendel Hipler, et c’était un noble.

De tous les hommes qui ont joué un rôle actif dans la Guerre des Paysans, Wendel Hipler est le plus sage, le plus fin et le plus entreprenant. Son coup-d’œil politique est toujours sûr et juste, son dévoûment à la

cause populaire à toute épreuve, sa conduite enfin toujours noble et résolue, aussi modérée après le succès que ferme dans l’adversité. C'est le diplomate , le chancelier de la guerre, mais un diplomate sincère et loyal.

Hipler remplit longtemps les fonctions de chancelier auprès des comtes Georg et Albert de Hohenlohe ; mais soit que son talent de premier ordre portât ombrage aux courtisans, soit que Hipler se dégoûtât de l’outrecuidante médiocrité de ses maîtres ot du mépris des comtes pour le talent, il quitta de bonne heure ce poste et devint l’avocat le plus fervent do la cause de l’opprimé contre les oppresseurs.

Dès les premières lueurs do la réforme, Wendel Hipler se mit en relations avec les hommes du progrès et organisa la propagande dans le Hohenloho, sans faire beaucoup de bruit. Il se concerta avec tous les hommes de talent en dehors du gouvernement, fit amitié avec tous les mécontents parmi les nobles et les ruinés parmi la bourgeoisie ; enfin nous le voyons do bonne heure, avec Georg Metzler, entrer en relations avec les chefs de la grande Confédération évangélique.

Georg Motzler tenait une auberge à Ballenberg. Là passaient et repassaient les chefs de file des conjurés. Dès que les paysans de Souabe s’ébranlèrent, Metzler prit une perche, mit un Bundschuh dessus, et la promena dans le pays, accompagné d’un seul tambour. Cetto perche, dit Hipler, était comme une reine d’abeilles sortant de la vieille ruche. Au bout de vingtquatre heures, un essaim de paysans, fort de deux mille hommes , bourdonnait autour d’elle, et se ru~

ehait dans la vallée de Schumpergrund , véritable confluent du Rottenbourg, du Hohenlohe, de l’évêché de Mayence, de Wurzbourg et du Palatinat. Là, la horde prit le nom d’armée évangélique, sous le commandement de Georg Metzler. Jour et nuit cette armée s’adonnait à l’exercice des armes, et ici comme partout, les douze articles devinrent la charte des paysans.

Les comtes de Hohenlohe, malgré leur langage hautain, furent saisis de frayeur. Ils firent des propositions de paix renfermant quelques concessions. Ces propositions allaient être prises en considération par la majorité des paysans, lorsque Wendel Hipler déclara aux comtes, ses maîtres hautains, qu’à moins de l’adoption pure et sipaple des douze articles, il ne pouvait y avoir de transaction possible.

— Qu’est-ce que les douze articles ? demandèrent insidieusement les envoyés des princes; nous ne connaissons pas cela.

— Je m’en vais vous le faire connaître, répondit Hipler, homme d’esprit avant tout. C'est un être qui, en temps de disette, se nourrit de racines et d’herbes sauvages , mais qui , excité par une faim inassouvie, dévore des princes, surtout des évêques et des bourgeois engraissés. Cet être s’appelle Liberté. Il est déjà très-vieux, mais plus il vieillit, chose miraculeuse ! plus il gagne en force et en saveur, absolument comme le vin. Cet être enfin peut tomber malade, mais jamais il ne meurt. Parfois il quitte son pays natal pour faire des excursions en pays étranger, mais tôt ou tard il revient plus fort, plus jeune et plus vigoureux que jamais. Allez dire aux comtes que cet animal voyage en ce moment en Allemagne, et que présente-

ment il broute dans la vallée de Scliumpergrund. Voilà ce que c’est que les douze articles.

Hipler, du reste, expliqua aux envoyés que los douze articles rendraient les princes plus libres qu’il ne l'étaient dans l’état de choses actuel. Les comtes de Hohenlohe comprirent si bien, qu’ils jugèrent à propos d’entrer plus tard dans la confédération, tout en ayant l’intention de la trahir. Mais n’anticipons pas. Hipler attendait le commencement des opérations des paysans dans la vallée du Neckar. Ces opérations furent terribles... Dès le premier pas nous sommes en pleine terreur !...

/ACQUET ROHRBACH, FLORIAN GEYER , GOETZ DE

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