ARTICLE
En second lieu, nous ne demandons pas mieux que de payer la dîme (du blé) selon les commandements de l’Ancien et du Nouveau-Testament, c’est-à-dire de la donner à Dieu. Si donc nous avons un curé qui nous explique clairement la Parole de Dieu, nous consen-
tons à faire prélever la dîme par les préposés de nos communes, afin de subvenir à tous les besoins du pasteur élu par nous. S'il en reste au-delà de ses besoins, elle doit échoir aux pauvres du village, selon la rétribution de nos préposés. Si après il en reste encore, la commune la conservera pour un temps de besoin, de disette ou de guerre contre l'étranger, afin d’épargner aux pauvres des impôts vexatoires durant ces temps de peine. Dans le cas où une commune, par besoin momentané, aurait vendu sa dtme, l’acheteur honnête, après l’exhibition de ses actes d'achat, n’y doit rien perdre, et nous tâcherons de nous arranger avec lui à l’amiable, selon la justice et la loi chrétiennes ; mais celui qui ne peut pas fournir ces preuves ou qui, soit en sa personne, soit en celle de ses ancêtres, s’est violemment ou subrepticement approprié ce droit, sera par nous débouté de sa demande, car nous ne lui devons rien, la dîme n’étant autorisée par la Sainte-Ecriture que pour l’entretien des pauvres et des curés. Quant à la petite dîme (celle du bétail), qu’elle soit demandée par les seigneurs laïques ou ecclésiastiques, nous ne la donnerons plus. Dieu a créé les'bêtes pour la liberté de l’homme (1, Moïse). Cette dîmo a été inventée par les hommes ; elle est donc injuste et inique, et nous la refusons pour toujours.
article 3 .
Pour le troisième, il a été d’usage jusqu’à présent de nous regarder comme des serfs. Honte et pitié 1 Car lo Christ nous a tous rédimés et rachetés par son sang
précieux, le pâtre aussi bien que le seigneur. Nul n’est excepté I Nous sommes libres, solon la parole de la Sainte-Ecriture, soyons donc libres I Non pas que nous entendions par ce mot de liberté , ne plus reconnaître aucune autorité. A Dieu ne plaise ! Car ce n’est pas là ce que le Seigneur nous ordonne. « Vous vivrez selon la loi et non dans la volonté de la licence charnelle (5-6, Moïse, Saint Mathieu, 4). Vous aimerez Dieu, votre Seigneur; vous l’aimerez dans votre prochain, dans vos frères, et vous leur ferez ce que vous désirez qu’on vous fasse, selon la parole de Dieu dans l’Eucharistio (Saint Luc, 4-6) — (Saint Mathieu, 5) — (Saint Jean, 13). Nous obéirons religieusement à ces commandements, et ces commandements ne nous enseignent nulle part de désobéir à l’autorité. Nous devons nous humilier non seulement devant nos magistrats, mais devant tout un chacun (Epistolæ, Rom., 13). Nous obéirons donc aux préposés élus par nous, selon les lois de Dieu, sous tous les rapports politiques et religieux. Nous ne doutons pas non plus qu’en bons chrétiens vous né nous affranchissiez de toute servitude, à moins de nous prouver par l’Evangile que nous sommes nés serfs et que vous êtes nés maîtres.
article 4.
Jusqu'à présent, il a été défendu au paysan de prendre bête au buisson, poisson dans l’eau, oiseau dans l’air ; ce qui nous paraît injuste, égoïste, contraire à la confraternité des hommes et à la parole de Dieu. Dans certaines localités, on conserve le gibier à nos dépens et à nos dommages, et l’on nous force à voir de sang-
froid ces bêtes déraisonnables manger et ravager ce que Dieu a bien voulu nous donner en échange de nos labeurs et de nos sueurs. C’est là le comble de la folie et de la tyrannie humaine ; car lorsque Dieu créa l’homme, il lui donna pouvoir sur toutes les bêtes, sur l'oiseau dans l’air aussi bien que sur le poisson dans la mer (1. Moïse) — (Apôtres, 19, 1) — (Timothée, 4). Les fruits aussi sont l’apanage de l'homme, et tout pauvre doit avoir le droit de cueillette pour satisfaire sa faim. Si donc quelqu’un possède un étang qu’il a légalement acheté, loin de nous d’employer la force pour lui ôter son bien et lui ravir sa propriété. Il faudra, pour l’amour fraternel, avoir des égards chrétiens et s’arranger avec lui de gré à gré, pour que le bien rentre à la commune ; mais s’il ne peut prouver qu’il l’a acheté, soit en personne, soit par un de ses ancêtres, la commune à le droit de s’en emparer au profit de tous.
article â.
Pour le cinquième, voici nos griefs, par rapport aux bois. Nos seigneurs, de leur propre chef, so sont presque tous approprié nos forêts. Le pauvre qui a besoin de bois est forcé de le payer le double do sa valeur. Nous sommes donc d’avis que toutes les forêts de nos seigneurs cléricaux et séculiers n’ayant pas été régulièrement acquises et payées, doivent rentrer dans le domaine de la commune. Tout communier doit être libre d’y prendre le bois nécessaire au chauffage et à la construction d’une maison, mais au vu et au su des préposés, qui prendront des mesures pour empô-
cher le déboisement et l’extirpation des forêts. Si le bois a été acheté, on doit le racheter à l’amiable. Si celui qui se l’est approprié, même par violence, l’a ’ vendu à un acheteur honnête , on s’arrangera également avec ce dernier, selon les circonstances, d’après les commandements de la Sainte-Ecriture et de l’amour fraternel.
article 6.
Nous avons, pour le sixième, à nous plaindre de l’aggravation des servitudes qu’on nous impose arbitrairement. On devrait avoir plus d’humanité, et ne pas nous accabler de ces servitudes onéreuses et honteuses.
article 7 .
Nous ne voulons plus nous laisser vexer par les travaux que nos seigneurs nous imposent. Quand nous prenons à bail des terres, nous voulons en être maîtres, selon les conventions stipulées. Toutefois , si le seigneur a besoin de nos bras , le paysan doit travailler pour lui de préférence et lui être fidèle en tout, mais pour un salaire convenable, et en des saisons oh le pauvre paysan peut disposer de son temps et de ses bras sans préjudice pour lui-même et sa pauvre famille.
article 8.
Il y a beaucoup de terres amodiées tellement grevées de taxes et d’impôts, que le paysan travaille littéralement en esclave pour son seigneur. Nous deman-
dons qu’on établisse un tribunal d’arbitres honnêtes pour estimer ces terres selon leur valeur et leurs revenus, afin que le paysan no travaille plus pour rien, « car chaque ouvrier est digne d'un salaire. » ( Saint Mathieu, 10.)
article 9 .
Pour le neuvième , nous avons à nous plaindre de la grande partialité des juges et des tribunaux, et de 1 ’écorchement parles avocats. Nous désirons être jugés par nos pairs, avec une sévère impartialité.
article <0.
Nos griefs, pour le dixième , portent sur les terres et prairies que quelques seigneurs se sont appropriées injustement, et qui doivent redevenir la propriété de la commune, à moins de preuves d’une vente en ordre.