‹ Histoire de la gravure en FranceChapitre 1 sur 16 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

Citer les principaux ouvrages, en nommer les auteurs^ et, dans la mention qui sera faite de ces oiwrages, indiquer les numét*os qui les désignent dans les catalogues les plm accrédités.

Depuis quelque temps déjà nous nous préparions à étudier celte question, complètement appropriée à nos goûts; aussi avons-nous cru ne pas devoir laisser passer une occasion aussi favorable de 9oumetti*e le résultat de nos recherches à l'illustre Compagnie qui tient la tête de i'ai U Nous nous sommes mis à Foeuvre avec ardeur, et, le 6 octobre 1860^ l'Académie exprimait ainsi son o{»nion sur notre travail :

« Deux Mémoires seulanent ont été adressés à TAcadémie, qui les a jugés tous deux dignes de récompfflse. Elle a divisé le prix entre les concurrents. Elle déc^e à M. Henri d'Ëscamps^ auteur du n' 2, déjà couronné deux fois par l'Académie, one médaille de deux mille francs, et à M. Georges Duplessis, attaché au département des estampes de la Bibliothèque impériale, une médaille de raille francà,'

AVAiNT-PRUPOS. vii

« L'Académie a regretté que M. Georges Diiplessis ait donné à son Mémoire une forme plutôt critique qu'historique, et en cela il a moins complétanent répondu aux dispositions du programme donno. Il a groupé aiilour de cliaque peintro célèbre les graveurs de dififérentes éiioques qui l'ont interprété^ et ce parti apporte nécessaii enieul quelque confusion dans Tordre chronologique. Il semUe parfois que l'auteur ait écrit l'histoire de la peinture plutôt que celle de la gravure; mais, ce reproche écarté, il reste un bon livre, des apprécialions bien motivées et bien senties, et un travail qu'on lit avec beaucoup d'intérêt. »

Le jugement bienveillant et la haute récouqjcnse dont l'Acadénue avait honoré nos eiforts, tout en nous donnant une certaine confiance, ne laissèrent pas que de nous inquiéter aussi quelque peu. En relisant notre travail, nous aperçûmes des imperfections et des omissions dont nous n'avions plus à BOUS seul toute la responsabilité, et il nous fallut les conseils d'hommes éclairés pour nous décida à mettre au jour notre Ménoire.

Le titre, Histoire de la gramte en France^

vul AVANT-PROPOS.

leurra paraître bien ambitieux au premier abord^ el le mot Esm aurait peut-être dû raccompagner; mais nous avons pensé que, le but de l'Académie étant de faire surgir upe Histoire àe la gravure en France, c était eu partie méconnaître ses inteutions^ que de publier un Essai, alors qu'elle avait couronné une Histoire.

Nous ne terminerons pas sans remercier respectueusement l'Académie des Beaux-Ârts de la haute faveui^ qu'elle a bien voulu nous accorder, et sans adresser nos témoignages de {Mrofonde gralilude aux quelques hommes savants, aux maîtres de Fart qui ont bien voulu nous éclairer de leurs conseils et nous aider de leurs encourageinents.

DE

RliSLMÉ iitiOMCT DE L'ORIGINE DE LA. GRAVIRE

Avant de résumer les phases diverses qu'a traversées

l'école française de gravure, il nous semble indispensable de rappeler en quelques mots les origines de Tari lui-même et d'en rattacher les débuts aux développements qu'il a pris dans notre pays à partir du xv^ siècle. Si nous avions la mission d'écrire l'histoire de la gravure en général , nous trouverions chez les Grecs, chez les Égyptiens, chez les Étrusques et à Rome plusieurs exemj)les de gravures sur pierre et sur métal, qui témoignent de la haute antiquité de cet art ; mais

3 niSTOIRE DE LA GRAVURE

c'est uniqûemenl de la gravure d'oslampes qu'il convient de nous occuper, aussi n*assigneronfr-nous pour point de départ à notre travail que l'époque relativement moderne où les procédés de Timpressioa furent découverts et pratiqués.

11' faudrait plusieurs volumes pour discuter toutes les opinions émises à propos de l'origine de la gravure ^ Pendant longtemps le SauU Ciwistoplw de 1423 fut universellement reconnu pour être la première gravure sur bois avec date certaine ; depuis quelques années, le baron de Reiffenberg a combattu cette opinion reçue, en proposant une estampe datée de 1418^ La gravure sur métal a eu les mêmes péripéties : les Allemands ont tonlé de s'attribuer riionneur de l'avoir inventée ; les Italiens montrent avec une juste fierté le Nielle de Maso Finiguerra, exécuté en 1452 ; les Flamands revendiquent la priorité pour plusieurs estampes

* Avant d*àtre mdbHcs» les caractères d^imprunerie fiirent gravés sur des planches de bois avec les mêmes procédés que les estampes, et le

^ipeeuhum, hxmaxt» salvatUmù, VÀnmoriendit la Bible des pauvres, et autres livres xylograptiiques, donnent de nombroux oxoiiiplcs de l'ulliance de la gravure et de la typographie. L'histoire de ces débuts sîinul' tanés exigerait de longs développements qui ne seraient pas ici à leur

vraie )>lacc.

* La plus ancieiDiC tivivitre connue avec une date, Mcinoire juiMié par le baron do Reirtciibi rg ; 1S4.'>, in-i". il parut encore à roccasion de cette découverte doux autres brochures :

Quelques mois sur la gravure au millésime de 1418, par C. D. B. (Charles de Brou); Bruxelles» 1846 ; n-4*', avec sept plandies;

OpMon «fini bibUophUe sur FetUmpe de 1418, conservée & la Bibliothèque rople de Bruxelles, par H. J. A. L.; Bruxelles, 1846; in-fol., avec fae-nmite.

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non datées, mais d'une ancienneté incontestable ; enlia les Français, eux aussi, auraient voulu voir chez un

certain Bernard Mil net, nom quelque peu problématique, le premier graveur. On en était là récemment, et on semblait avoir abandonné cette question d'origine, assez oiseuse en elle-même, lorsque M. Renouvier publia une brochure^, dans laquelle élail mention née une suite de sept estampes portant la date de 1446 ; ces pièces paraissaient dWigine flamande au savant qui s'en étiît fait l'historien, et arrivaient pour réfuter . Topinion de l'abbé Zani, qui regardait l'année 1452 comme la première date de la gravure sur métal* Cette découverte devait céveiller la question abandonnée momentanément, et M. Passavant- trouva bientôt une (igure de la Vierge, datée de 1451, qui vint troubler encore les esprits inquiets. Ëmoi chez les iconographes', émoi chez les iconophilcs. Mais cette agitation n'avait réellement pas une cause sérieuse, car tous les anciens monuments de Tartque Ton reproduit par la gravure, la photographie ou tout autre procédé, peuvent détruire matériellement l'opinion reçue ; jamais encore on n'a découvert une estampe supérieure, égale

* Une /V/.ssjon (le 1 UO, suite de j;raviires au Imriu, les premières avec dalc, jtar Jules lionou\ier. Montpellier, 1857, in-4'.

• Voir Archiv. fur die xeichnenden Kuîiste, l»erausgegeben von D' Robert Naumann; 4* année, 185S, iu-S% p. 1. bailleur de Tartide 9 fait graver un fac-HmiU de la planche ofiginale.

> DieowÊerU de deux framm moérieuret à la Paix de fïhipierra, par Cb. de Brou, artiele de la Revue univeneUe de$ Àrtt, tome VUl, page 315.

même, comme goût de dessin, comme habileté de

burin et comme élévation de sentiment, à la Ptnx ne Florence j gravée par Maso Finiguerra en 1.452 . On nous permettra donc de considérer celte estampe comme le premier S]jécimen tout à fait significatif de Tart du graveur, et de reléguer dans le domaine de l'archéologie les pièces que Ton expose de tous côtés ; aujourd'hui que la question est soulevée de nouveau, il est probable d'ailleurs que le nombre s'en accroîtra tous les jours.

Si Maso Finiguerra est resté pendant un demi-siècle rinventeur avéré de la gravure sur métal, avant la

découverte par l'abbé Zani de la Paix de florencCy les Allemands n'étaient nullement d* humeur à reconnaître cette antériorité. Un peu trop dociles en ceci aux suggestions do ramour-propn; national, ils opposaient Martin Schongauer à Maso Finiguerra , et la date de 1460 — date que Ton trouve en effet sur plusieurs estampes de Martin Schongauer — fut regardée par les iconographes d'outre-Rhin comme la seule admissible; lîvalité imprudente, tombée d'elle-même aujourd'hui.

lV)iir nous qui avons élargi l'acception du mol gravure et qui entendons par là, pour notre cause, aussi bien Taction de graver que Topération d*ini primer les gravures, nous distinguerons (l(!iix procédés absolument différents quant aux moyens, mais assez semblables par leurs résultats, la gravure sur bois et la gravure en taille-douce : la première consiste à évi-

der sur le bois toutes les parties que ron ne veut pas voir paraître à l'épreuve; la seconde exige un travail diamétralement opposé, c'est-à-dire que tout ce qui

doit jtarailie sur le papier est dessiné en creux sur le métal.

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