LS PH1SI0R0TRACB. — LES GRAVEURS DE PRUDHON
Ce n*est pas sans dessein que nous avons omis les iBuvresde Jean-Baptiste Greuze dans le chapitre précédent : nous n'avons pas voulu confondre cet artiste, dont les compositions, ses portraits exceptés, sont toujours théâtrales et au delà de la vérité, avec des peintres qui, à déîmi d'un goût bien pur, ont au moins pôur eux la grâce et l'esprit. Que l'on examine les uns après les autres tous les tabieaux.de Greuze, il est impossible d'y noter un soitlmentsimplem^t exprimé. Empruntant presque toujours ses sujets à la vie domestique, J. B. Greuze compose la Malédiction palernelky ÏÂccovdée de village, la LeUwre de la Bible, le, Paralytique servi par set enfants^ et une quantité de sujets analogues. Malgré tous leurs défauts, les œuvres
m HISTOIRE DE LA GRAVURE
de Greuze eurent la vogue et furent très recherchées; les graveurs s'empressèrent de transporter sur le cuivre les tableaux qué le peintre produisait, et quelques-uns d'entre eux réussirent parfaitement à rendre Taspect des toiles originales. Le plus habile entre tous fut Jean- Jacques Fliparl, né à Paris en 1 725 et mort dans la même ville en 1782. Cet artiste eut le bon esprit de chercher à rendre par des travaux correspondants en gravure la manière de Greuze. Le peintre procède par plans juxtaposés; ses tableaux ont presque toujours l'aspect de peintures décoratives destinées à être vues de loin. J. J. Flipart avance beaucoup sa planche à i eauforte ; il tente d'imiter avec la pointe les touches mates d*un pinceau épais, et il n'emploie le burin que pour donner plus d'harmonie à la gravure. C'est avec ce procédé qu'il exécuta V Accordée de village, le Paralytique xervi par $et enfanU et le Gâtem de$ Roi»t trois planches qui donnent une idée très-juste du talent de Greuze et qui font plus d'honneur à Flipart que toutes les autres^ estampes qu'il grava. Outre quelques têtes d'expression gravées avec talent par P. G. Ingouf d'après Greuze, la Paix du ménage et la Bonne éducation attestent l'intelligence de ce graveur ; les procédés deGreuse sont fidèlement rendus, et l'expression des figures transcrite avec vérité. Jean Massard, élève de J. G. VVillë, a les mêmes défauts et les mêmes qualités que son maître; une trop grande préoccupation du travail matériel, et une habileté exceptionnelle pour rendre les étoffes et les meubles. J. fiJassard grava
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avec talent, d*après Greuze, la Cruche cassée, la Dame
bienfaisante el la Mère bien-aimée. Si l'on fait abslraotion en eilet du sl^'le emphatique du peintre, le graveur ne mérite que des éloges. Jean-Charles Levasseur a des procédés analogues à ceux de J. Massard, el il traduit avec vérité la Belle-Mère, le Te$lameyil déekiré, le Petit polimn et la Jeunem êtudieim. P. £. Noitte, R. Gaillard, P. P. Molès, Pôrporati et beaucoup d'autres graveurs mirent souvent leur talent au service de Greuze; ils arrivent presque tous, avec leur genre à eux, à reproduire habilement les œuvres de cet artiste, mais ils ne peuvent, et nous ne saurions leur en faire un reproche^ rendre simples les compositions qu'ils sont tenus de copier fidèlement, Greuze mania lui-même la pointe : il grava avec une certaine liberté d'outil deux petites têtes de femmes que M. P. de Beaudicour décrit dans le Peintre-Graveur co)Ui'' nué. Malgré Tadmiration passionnée et les éloges bruyants de Diderot, Greuze n'eut heureusement qu'une médiocre influence sur ses conlemporaii^s ; il avait été le premier à rendre d'une manière conventionnelle les scènes intimes de la famille, il n*eut comme imitateurs que Jean-Eléazar Schenuu, Aubry et Pierre-Âiexandre Wiile, trois peintres qui exagérèrent encore les défauts de leur maître, et qui sont justement oubliés aujûurd liui.
Le retour aux saines traditions de l'art antique ne s'opéra pas tout d*un coup : après les écarts désor-
donnés d'une société, louglemps opprimée, usant avec licence de la liberté, il était impossible qu^une <:onverjion radicale s'obtînt immédiatement ; l'art subit la loi îTt^nérale et fut encore bien faux avant de <levenir véritablement élevé. Nous avons signalé les «efforls tentés par le comte de Gaylus pour faire admirer l'antiquité et la Renaissance ; Peyron vint ensuite, «et, après avoir gravé, d'une façon médiocre, il est vrai, •quelques toiles de Nicolas Poussin, il inventa luiinêmo quelques compositions que lui suggérèrent les œuvres du grand maître français. Puis apparut Joseph- Marie Vien, artiste de talent qui aborda plus francbetnenl la question et qui tenta un mouvement de Renaissance; mais sa voix ne fut pas encore écoutée, ses <£uvres étaient trop faibles d'ailleurs pour assurer le succès de Tentreprise, et c*est à Jacques-Louis David que doit revenir l'honneur d'avoir tire Part d'une roule que le mauvais goût menaçait d'envahir. Après avoir été pendant la seconde moitié du xvni* siècle l'esclave servile d*une peinture simplement élégante, après avoir été pratiquée mollement par Peyron luimême et par Jacques Beauvarlet pour multiplier des œuvres sans valeur, la gravure retrouva son ancienne îsplendour dans quelques estampes de Bervic, de Tardicu et de Bouclier-Desnoyers.
11 est un fait bon à noter : c*est que David ne forma pas une école de gravure ; il inspira aux graveurs un ^oût différent de celui qu'ils suivaient depuis longtemps, mais il ne put, comme ses prédécesseurs^ atta-
cher h sa personne quelques artistes d'un fort S( rieux latent. Antoine-Âlexandre Morel, né à Paris en 1765 et mort dans la même ville en 1829, pourrait seul être iîité comme gravQur de David; encore cet artiste exé- €uta-t'il un grand nombre de planches d'après d'autres maîtres. 11 est vrai de dire cependant que le SermerU des Horaces, Bélisaire et Marat dans sa baifjïioire^ en môme temps que ce sont les meilleures planches que Morel ait gravées, sont aussi celles qui transmettent le plus exactement l'aspect des tableaux de David. More! rmpluyail des tailles symétriques auxquelles on a reproché une uniformité un peu grande ; mais la peinture toujours sévère de David exigeait précisément c<»tte austérité de travail et excluait toute interprétation pittoresque. Louis David eut un rôle assez important dans la Révolution française ; il fut membi^e de la* Convention, vota la mort du Roi, et, outre un certain nombre de discours sur la réforme à apporter dans la direction des beaux-arts, il ùi les portraits de deux des principaux chefs de la Terreur : il peignit Marat dam sa baignoire et Lepelletier Saint-Faryeau mort *. Ces
* Le tableau do David rcprcscnlant Leiiolletu r Saitit-Fargcau mort a été égaloincnt gravé. La gravure du moins vu a été cuuimencée jiar Alexandre Tardieii; mais la plauche fui détruite avant d'êire terminée, et les quelques épreuves qui avaient été tirées |>our le graveur furent lUdiirées. Le Gabinet des estampes de Paris possède une de ces ^prewres déchirées, et c'est grâce i a«tte estampe que nous pouvons indiquer la compositioii de David. Lepellelier Saint-Fargeau est étendo sur son lit : la téte est appuyée sur deux oreillers; |e haut du corps, absolument nu, laisse voir une largo blessure dans la région du cour; un large poignard, duquel le sang dégoutte, cet suspendu au-dessus du
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deux œuvres révolutionnaires furent gravées pnr Morel et par un anonyme : ce dernier grava en fac-similé^ avec une eau-forte nenreuse, le dessin qui avait servi au maître pour Texécution du tableau, et donna à soa estampe le cachet de grandeur lugubre que David avait imprimé sur le visage de son héros.
Jean Massard était élève de Jean-Georges Wille ^ taillait le cuivre avec moins de dureté que son maître; en revanche, il ne possédait ni la même souplesse de dessin, ni la même ampleur de travail. Souvent un pen timide, il grava sans énergie Charles 1" et sa famille^ d'après Antoine Yan Dyck, alors que la peinture exigeait un burin puissant et un goût de dessin distingué. Agar prétemée à Abraham ^ d'après Phil. YaB Dyck, et Adaui et Ève^ d'après Carlo Cignani, sont exécutés d'une façon analogue; ces deux planches manquent de vigueur et rendent mollement les œuvres originales. 11 en est de même d'une Erigone^ gravée d'après W. Van Miéris, et àaDépart de Priam, d** après J. M. Vien. Mais la meilleure estampe de Jean Massard est gravée d*après J. Louis David et représente la Mmî de Socrate; ce tableau est rendu fidèlement, et leiravail de la gravure rappelle ici plus que nulle ftA ailleurs l'élève de J. 6. Wille; les tailles sont hakile» ment conduites et le dessin bien observé.
Raphaël-Urbin Massard fut élève de son père Jeaa Massard ; il grava comme lui au burin et semble avoir
corps. L'eslampe de A. Tardiea est gravée avee une remanjuaU* énergie.
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tuua travail Icnl et pénible, car on ne connaît de lui ^Q*ii|i petit nombre de planches réellement împor* tûtes : la Sainte Cécile^ d'après Raphaël, Homèrej il^a^rîîs François Gérard, la Sépulliirc (rAlala, d'après 4iMrodet, et VEnlèvemeiU des Sabiim^ d'après David. Cette dernière estampe est grafée d'une façon à la fois sobie et expressive, et, de même que le tableau, elle lise son principal mérite de la précision du dessin. En lénéial, les planches que grave H. U. Massard sont jiessinëes correctement, et elles placent leur auteur au rang dos uicillcui's gravent^ français de la Du du ivui" siècle.
Charles^lément Bervic (mai i756; mars i8^2) montra de bonne heure une aptitude toute spéciale pour le dessin; il apprit les premiers éléments de cet art de J. B. Leprince; mais, non content de s'en tenir an dessin, il voulut étudier la peinture. Son père s'opposa à ce désir et préft'ra ICnvoyer à Paris, dans l'atelier du graveur J. G. Wiile. On ne^nnaît pas les easaifr de fiervic, mais la première planche que Bervic osa signer estd*après Pierre-Alexandre Wille et représente un Petit Turc. Le travail dénote une main inexfénmentée, mais non pas malhabile; les tailles, quoique bien symétriques, sont conduites avec une certaine liberté, et le dessin de la figure est soigné. Kotts ne pouvons passer en revue toutes les œuvres de Bervic; il sufGra de dire que les meilleures plandies qu'il ait produites sont VEducatmn (V Achille^ d'après Begnault, VEnlècemetU de Déjaniief d'après Guido
Reni, le groupe du LaocooH, et surtout le portrait dr Louit XVI f d'après CuUet, un des meilleurs morceaux de la graTure moderne. Le Roi est vâtu d'un grand manteau de velours fleurdelisé et doublé d'hermine; il s'appuie sur son sceptre et est entouré de tous cdlés^' de vastes draperies. Le graveur a sa attirer Tattenlion sur la âgure du monarque^ et, au moyen d'un travail savant et moelleux, il a rendu avec un véritable bonheur l'aspect des chairs; quant à l'hermine et aux draperies de y^urs et de soie, c'est dans l'exécution de ces accessoires que les graveurs au burin de la fin du xviu' siècle excellent; ici Servie a su donner à chaque ob}ot sa valeur relative, et les parties secondaires sont suffisamment sacrifiées pour laisser à la figure de Louis XVI et à l'aspect général de la planche rimportance qui convient. Le Laocom possède ^le* ment d'excellentes qualités, mais le travail de l'outil, plus apparent ici, nuit au groupe lui-même en forçant l'œil à être distrait. En résumé, Bervic fut un des graveurs les plus hahiies des temps modernes; il eut, de plus que la plupart de ses contemporaîM, le talent de former une école d'où sont sortis quelques-uns de nos plus habiles graveurs. Une notice nécrologique sur Bervic, placée en tête du Catalogue de vente de oel artiste, nous a conservé les noms des élèves qu'il forma, ci parmi lesquels on distingue ceux de MM. Adolphe Garon, Joseph Goiny, Fran^ Garnier, Henriquel-Dupont, Zachée Prévost, Joseph Meu* lemeester et Paolo ïoschi.
De même que Bervic, Pierre-Alexandre Tardieu fut élève de i. G. Wiile. Né à Paris le 2 mars i 756, il sut prendre ehes son mattre oe qu'il y avait de hon^ et commença, avant de se livrer à des œuvres person* nelles, par copier les estampes de Nanteuil et de GoHiius, pour habituer sa main à m travail facile; il osa bientôt aborder la libre interprétation, et, après^ avoir exécuté un certain iionibie de planches estimables, il grava un véritable chef-d'œuvre, le portrait du Cûmie d^Àrundd. Soit que la peinture distinguéede Van Dyck l'ait inspiré d'une façon toute spéciale, soit que le personnage, grand protecteur des arts, lut ait paru mériter une attention particulière, P. Â. Tar* dieu semble avoir gravé ce portrait avec amour : il a dessiné avec une précision extrême la ligure tout entière, et a donné à sa gravure, au moyen d'un travail moelleux et accentué, un aspect sévère qui rend parfaitement la couleur de l'œuvre originale. Nous^ sommes môme tenté de préférer ce portrait à une estampe bien plus célèbre du même artiste, la Communion de saint Jérôme^ d'après leDominiquin. Cette planche, plus importante, il est vrai, n'offre pas à un même degré une harmonie complète; quoique dessinée avec une fermeté fort louable; elle présente un aspect un peu monotone, et le travail lui-même nous paraît rendre d*une façon moins vraie la peinture originale. Après avoir produit plusieurs autres beaux ouvrages, entre autres Ruth et BooZy d'après M. Hersent, Pierre-Alexandre Tardieu mourut à Paris le 5>
août iSH; il avait formé un élève illustre, le baron Au^ate-Gaspard-Louis Boucher-DesDoyers.
Le commencement da m' siècle a le droit de s'enorgueillir d'avoir vu vivre et fleurir un graveur d'histoire du plus grand talent, qui, heureusement doué,, s'attacha à faire revivre le culte du beau, et qui parvint à reproduire dignement les œuvres de RaphaM : nous avons nomme M. Boucher-Desnoyers. Né à Paris en 1779» Boucher-Desnoyers ne promettait pas à ses débuts ce qu'il tint dans la suite : il commença par graverai! pointillé quelques compositions sans valeur qui ne supportent pas Texamen; mais, dès qu'il eut senti son talent arrivé à sa maturité et dès que la tourmente révolutionnaire eut laissé son esprit calme, il se livra à une étude sérieuse du dessin et commença à aborder la gravure d'histoire. Ses débuts en ce genre furent * signalés par un chef<d'cBuvré, la Belle Jardinière. CeitB œuvre sublime, devant laquelle plusieurs artistes du \\n siècle étaient restés impuissants, attacha tellement Boucher-Desnoyers, qu'il épuisa tous ses soins à- la rendre simplement et sans commentaire d'aucune sorte. Ce culte pour le grand peintre valut à l'art de la gravuroun chef-d'œuvre, et à l'artiste une distinction immédiate. L'attention se porta aussitdt sur l'auteur <rune planche aussi heureusement réussie, et, lorsqu'il s'agit de désigner un artiste capable de graver le portrait de l'Empereur, que le baron Gérard v^ait de terminer, l'opinion publique ftit unanime pour charger Boucher-Desnoyers de cette tache difiicilc. Le choix ne
pouyflit èlve plus heureux et fut pleinement justifié par le résultai. C'est vers la même époque, c'est-à-dire vers 4804, que parurent BéHmirn et le portrait de If. de Talleyrandy égalenient d'après Gérard, les vêlements et les accessoires qui accompagnent le portrait du prince de Bënévent sont gi avës d'une façon trop mcUalliquc, la ItHo un pou hautaine du personnage est dessinée avec une (elle précision el gravée avec une telle science, que nous pensons qu'elle soutiendrait la comparaison avec les œuvres du même genre produites par l'école française au xvh*" siècle. Rendu indépendant par ces travaux sucoessils, Boncher-DesBoyers se remit à Fétude de ses œuvres de prédilection : il grava en l'espnce de quelques années la Vierp à la Chaise, la Vierge de toiujno^ la Vierçie au Linge^ la Vierge de la maûen d'Albe, d'après Raphaël» et, d'après Léonard* de Vinci, la Vierge Hochera» Jamais, depuis Édelinck, le graveur de la Vierge de François t'^ aucun artiste français n'avait itt roidre avec une justesse semblable la grâce infinie des œuvres de Hapliaël. Celte douceur surnaturelle que le divin maître, comme on l'a nommé, mettait sur le visage de la Vierge, fioueher-Desnoyers sut l'exprimer avec une habileté digne des plus grands éloges. Enfin, la dernière œuvre gravée de Boucher- Desnoyers fut encore consacrée à Raphaël ; c'est par la Tramfiguration que le célèbre artiste termina sa carrière de graveur. Sa vue s*affaiblissant de jour en jour, Boucher-Desnoyers fut forcé d'abandonner l'art qu'il
avait illustré; mais, toujours lidèle n ses anciennes prédilections, il dessinait à l'aquarelle les principales compositions de Raphaël, et quelque temps avant sa mort, arrivée le 48 février (857, Roueher-Oesnoyer» publiait encore un appendice à l'histoire de Uaphaël qu'avait composée M. Quatremère de Quincy.
La Révolution française al)sorba tellement les esprits que l'art fut exclusivement occupé k retracer les événements qu'elle enfantait tous les jours; les graveurs désireux (le se tenir au courant du mouvement général employèrent un procédé expédilif qui n'a qu'un rapport éloigné avec l'art, mais qui leur permettait de produire promptement.
C'est Sergent qui inaugura pour ainsi dire la gravure révolutionnaire : il grava en manière de lavis le Convaide tréi'haid et irk^fumaniSeigneur ia Aku»y mort WH/« le rèfjve de Louis XVI ^ le'21 avril 1780, estampe de funèbre augure, bien faite pour inspirer des inquiétudes qui ne furent que trop réàlisées dans la suite. Le 4 mai 1780, h rouverture des états généraux, Laurent Guyot grava, sur le peu d'énergie du Roi, quatre médailles allégoriques qu'avait dessinées le chevalier de Saint-Macaire, capitaine de cavalerie Basset publie une vue de la procession des étals généraux à Versailles, estampe on couleur, peut-être bien gravée par Patas, qui signe de son nom la première séance des états généraux^ le 5 mai i789 ; la même séance fut également dessinée d'après nature
par Monnet, puis fut gravée par un artiste lillois justement estimé, Isidore-Stanislas Helman. Ces deux artistes se réunirent encore pour bire connaître la représentation du serment du len de Paume, et la célèbre composition de David, après avoir été indiquée par M. Denon ^ ne fut gravée d'une façon digne d'elle que de nos jours par M. J. P. M. Jazet. L'allocution que fait au peuple Camille Desmoulins dans le jardin du Palais-Royal donne le signal de la révolution dans la rue, les graveurs constatent ce fait ; mais, soit par prudence, soit par négligence, ils omettent de signer les planches qu'ils produisent, et Ton se trouve quelquefois fort embarrassé d*en nommer les auteurs. C'est encore Laurent Guyot qui nous montre un des premiers le prince de Lambesc chargeant à la tête d'un détachement de cavalerie la foule qui ne veut pas quitter les Tuileries; d'autres planches paraiâsent sur le même sujet, et c'est encore la petite estampe de Duplessi-Bertaux qui est la plus q[>iriluelle et la mieux composée. L. Guyot, après^ avoir gravé une planche où est représentée la dévastalion de l'hôtel des Invalides, nous conduit devant la Bastille et nous fait assister à la prise de la forteresse. Le 14 juillet, la Bastille tombe au pouvoir du peuple, et
• DomÎBiqiw Vif«!i|piteiMm(4ja^ 1S95) Ait plutôt
an amateur éclairé qu*un artiste de grand talent. Les nombreuses eaox- Ibrtes qu'il mil au jour sont péniblement dessinées et «iravées sans adresse, et les travaux que M. Denon publia sur TEgyptc et sur les œuvres d'art qui formaient son cabinet le mettcat à un rang que ses estampes n'auraient su lui assigner.
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chacun veut consacrer cette victoire. Parmi les nombreuses planches publiées à celte occasion, nous en avons noté plusieurs qui sont signées et intéressantes. Oampion grave un dessin de Tétar, et Genfot fils reproduit une esquisse faite d'après nature, dans le moment même de 1 action, par Ërmenef. Le peintre Garnerai dessine également une vue de la Prite de la Bantille^ et Charles Thévenin, le futur conservateur du cabinet des estampes, exécute à l'eau-forle une grande planche sur VArrmliUùm de Delaunayy estampe d'un- dessin bien roide, mais gravée avec une certaine verve. Les prisonniers sortent de la Bastille ; on ne devait pas manquer de conserver le souvenir de cet acte, et fiCcarpentier grave, dans le goût de Moreau le jeune, une planche qu'il intitula V Heure première de liberté; puis un patriote nommé Cent compose et grave une allégorie sur la liberté, planche d*un mauvais dessin et d'une exécution trèS'faible. Aussitôt que la Bastille est prise, on n'a rien de plus pressé que de la démolir, et il parait de tous côtés des estampes qui .montrent les ouvriers occupés à jeter par terre les murs de la prison. Mais les événements se succèdent avec une telle rapidité, que les artistes ne peuvent suffire à tout. Touzé compose sur le tiers état une vignette peu spirituelle que grave lourdement Allais à Taqua* tinte. Ilclman grave d'après Monnet la mémorable séance de l'Assemblée nationale du 4 au 5 août 1 789; puis apparaissent de temps à autre quelques allégories en faveur du Roi. Monsiau en dessine une que
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grate Vangelistîf et de Varenne, huissier d'honneur
de rAssemblce nationale, en dessina une autre que grava en couleur Janinet en 1790. J. B. Huet, le peintre d'animaux, devint révolutionnaire avec la Révolution; il s'amusa à composer quelques vignettes dans lesquelles des enfants célèbrent la liberté, (jautfaier, graveur au pointillé, bien peu oonniifTeproduisit, à Toccasion de la proclamation'des droits de l'homme, un dessin de Yangorp; puis quelque froid imitateur de l'antique s*avisa de faire une caricaturé coptre les aristocrates, le Pied de nez dédié am ari9U)€rate9^ et Dieu sait si l'anliquo se prèle à la caricature. Nie. Ponce grave un joli dessin de Borel qui représente les dames artistes ayant à leur tête la femme de Moitte venant, le 7 septembre 4789, à FAssemblée nationale faire don de leurs bijoux; bientôt, ce qui est moins généreux, c'est le tour du banquet donné à Versailles parles gardes-françaises le 5 octobre 1789 et l'arrivée dos dames de la halle qui font prometire au Roi de venir à Paris avec sa famille. Ph. Caresme dessina et grava lui-même cette émeute féminine, et son estampe a un grand cachet de vérité. Le Roi vint à Paris, et une estampe d'un dessin roide nous montre l'arrivée de la famille royale. On publie à cette époque une quantité prodigieuse de caricatures contre le clergé, contre les moines et contre les religieuses, estampes inspirées par le parti tout-puissant alors.
Le 18 février 1790, l'exécution de Favras inspira à Ph. Caresme un dessin qu'il grava lui-même. Le
10 mai 1790 eut lieu à Montaulnin une émeute contre in garde nationale, érënement queB. Espi nasse s'empressa de dessiner et que grava d'une pointe très-spirituelle i. B. Simonnet. Un artiste nommé Âlbane compose et grave lui-même avec une vâritable habileté la Fèdn'atioH et un banquet civique donné par les gardes nationalf^s de Lille aux troupes de la garnison les 27 et 28 Juin 1790. 11 est inutile de dire que, le jour de la fédération, 44 juillet 1790, nombre d'estampes reproduisent la cérémonie au Champ de Mars, et entre toutes on distingue la planche que grava finement IjC GcBur d'après Swebacb. Les deux mêmes artistes associèrent leur talent pour conserver le souvenir des bals publics dressés sur les décombres de la Bastille ; l'estampe est curieuse en ce que non-seulement elle mentionne un fait, mais encore parce que les danseurs et les danseuses portent le costume bien exact du temps. Les femmes elles-mêmes font des caricatures contre le clergé, et Marie-Anne Groîsier montre • dans une fine gravure au burin un prêtre prêchant à des paysans assemblés la liainedu gouvernement qui veut s*établir. Un des moins inconnus dans cette foule de graveurs de la Révolution, P. L. Debucourl, publie au commencement de l'année 1791 un Almanach iMUional qu'il dédie aux amis de la constitution. Rien de plus agréablement composé que les petites scènes intimes entre l'acheteur et le marchand d'almanachs, entre le patriote et le soldat. Les gravures de Debucourt sont tirées en couleur avec une habileté dont le secret
semble perdu aujourd'hui ; le graveur oblient des demi-teintes qui amènent naturellement les transitions
entre les différeuls tons. La journée du 28 février 1 791 fut féconde en événements : une l'ouïe armée se rendit dans la journée è Vincennes poUr démolir le donjon, et le soir eut lieu un envaliisseinent des Tuileries par la garde nationale, qui massacra plusieurs nobles venus chez le Roi. Jourdain nous a conservé le souvenir de cettt journcc dans une estampe gravée assez facilemeol, mais dessinée sans verve et sans eutrain. Après avoir fourni les sujets de mille caricatures plus grossières les unes que les autres, Mirabeau meurt, etsa mort lui vaut phisiiMirs allégories. La plus prétentieuse de toutes est celle où Pierre Lelu nous montre la Monarchie voulant arrêter la Mort qui eulève Mirabeau à la France, estampe composée et gravée avec une fantasque liberté. Claude lloin publie une autre estampe de -son invention sur la mort de Mirabeau; celle^ïi n'est guère préférable à la première. C'est un graveur au burin nomnii' Meunier qui nous conserve le souvenir de la suppression des droits d'entrée dans la ville de Paris ; l'estampe est Onemeni des* sinée et librement gravée. L'événement de Tannée est le départ du Roi et de sa famille, et l'arrestation à Varennes; nombre d'estampes paraissent à cette occasion, mais elles sont anonymes pour la plupart, etne^ peuvent, pour celte cause, cire facilement distinguées. Le 25 juin 1791, Louis XYl rentre à Paris et est accueilli par une populace ameutée autour du Roi pri-
sonnier : une estampe de P. L. GermaÎD, estampe fine et bien composée, nous permet d^assisler k cette
triste scène. Le lendemain du retour du Roi, les graveurs se mettent à l'œuvre ])our insulter leur souverain, et on voit paraître d'infâmes caricaUires, telles que le Mastiiie levé, la Grande colère de Capet Vainé, Lmiis le parjure, etc., etc. Le peuple qui injurie son Roi ne tarit pas d'éloges pour ses soi-disant amis ; on transporte solennellement au Panthéon le corps de Vollaire (11 juillet 1791), et Miger grave d'après un dessin de L. Lagrénée iils la Procession patriotique* Puis, le jour où le Roi accepte publiquement à l'Assemblée nationale la nouvelle constitution, un semblant de réaction en sa faveur se fait sentir. Taudis que Th. Le Clerc en conserve le souvenir et que Prudhon constate le fait dans un beau dessin que grave L. Copia, Phil. Aug. Hcnm quin et Monsiau composent deux allégories purement prétentieuses qui ne sont pas défavorables au Roi. Le 20 février 1 792, le peuple pénètre aux Toileries et veut assassiner la reine ; madame l:iisabeth s'offre à remplacer la victime désignée, le peuple recule devant le crime, et Louis XVI apparaît et prend la main d*un garde national pour faire voir qu'il est sans inquiétude et que son cœur ne bat pas plus fort que de coutume ; Bouillon dessine ces deux épisodes et Vérité les grave sans talent au pointillé.
Le Roi avait, h la suite de cette scène, subi sur sa tête le bonnet rouge et la cocarde tricolore : plusieurs graveurs ne manquèrent pas de conserver le souvenir
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de cet acle de faiblesse. Le 22 juillet i 792, la patrie est dëcisrëe en danger : les engagements volontaires
sont nombreux et les enfants quittent leur famille pour courir, au son de la Marmllam^ secourir la France. Greuze eAt, sans aucun doute, peint quelqu'une de ces scènes qui prêtent au sentiment, mais il ne se montre pas révolutionnaire et il laisse ce soin à un artiste nommé Simon Petit. Celui-ci nous montre lin père bénissant ses deux enfants qui le quittent, et trouve moyen de faire une œuvre d'un sentiment faux, alors que ce sujet nécessitait une simple expression de douleur. L*acte en lui-même de la déclaration de la patrie en danger produit un effet extraordinaire, et la Marseillaise t de Rouget du Lisle, inspire aux graveurs plusieurs planches qu'ils accompagnent de couplets empruntés au chant national. La meilleure représentiUion du siège el de la prise d^*s Tuileries, le 10 août 1792, est gravée par Helman d'après Monnet. Villeneuve grave le même sujet, qu'il dédicaça; braven mm-culottefty etd*antres artistes, peu dignes de ce nom, ont le courage de sanctionner par de faibles estampes la mutilation des statues de Henri IV, de Ijouis XIY et de IjOuIs XV. La famille royale est emmenée à la prison du Temple, et les graveurs se plaisent à inventer mille caricatures nouvelles contre le Hoi prisonnier : Villeneuve le représente buvant le sang du peuple, et d'autres IMmilent ou le copient. Les 2, 5, 4, 5 et 6 septembre, les massacres de l'Abbaye et du couvent des Carmes enfantent plusieurs gravures dans
lesquelles le mérite d'art est absent, et la République proclamée feit naître des allégories que eouservent
Copia, Darcis et Ant. Quatremèrc. Vérité grave, toujours d'après Bouillon, la séparation de Louis XVI de sa famille, et nous montre bientôt le Roi se promenant sur la petite terrasse du Temple. Les batailles de Valmy el de Jemmapes, le siège de Lille, sont généralement assez faiblement représentés par les graveurs, qui trouvent une occupation suffisante dans les événements qui se passent sous leurs yeux. PSous ne connaissons pas en France d'estampe importante qui nous donne Taspect de la Convention pendant le procès royal, et une planche gravée en Angleterre par il. Vendraniini, d'après Pelegrini, constate uniquement ce fait. Ënûn, le grand moment approche, et les adieux suprêmes de Louis XVI à sa femme et à ses enfants ne trouvent pas un graveur qui sache exprimer toute la tristesse de cette scène déchirante; 4;hacun semble, au contraire, voir dans cette séparation un acte ordinaire et prévu, et, lorsque cette composition n'est pas vulgaire, elle est ridicule. L'exécution du Koi a lieu le 21 janvier 1 7Q5, la guillotine est •dressée sur la place de la Révolution, et une gravure anonyme, mais qui semble faite d'après nature et qui •a un véritable caractère d'authenticité, nous montre Tx>uis XYl sur l'échafoud, recevant les dernières paroles de son confesseur. Renazech fit un autre dessin de cette lugubre cérémonie et choisit le moment où le Roi va monter sur Téchafaud. Cette seconde compo-
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sillon fui gravée lourdement par Cazcnave cl par SohîavoneUi. Monnet nous monlre le moment où l'acte est accompli et où la téte du Roi est présentée au peuple. Villeneuve ne veut pas perdre l'occasion de publier une estampe, et il compose et grave la /im'/>UoH de Louii Cap^ aux mfert par un qrwnd nombre de briga$^' ei-4eoant €Ottronné$ : le Roi est représenté dans le costume des condamnés à mort, tenant sous son bras sa téte souriante et s' avançant dans les enfers. Nous ne serions pas surpris de relrouYcr cette estampe, alore que les esprits furent calmés, représentant l'arrivée du Roi aux Ghamps-Élysées. Les graveurs de la Révolution sont ooutumiers du fait, et les opinions révolutionnaires des éditeurs d*estampes n'étaient pas ai profondes ni si bien raisonnées, qu'une semblable supercherie fût impossible. Le Roi mort» les comités révoiutiimnaires commencent à fonctionner, et les graveurs nous ont conservé les costumes peu olliciels des présidents et des membres de ces comités. Les guerres de la Vendée occupent un instant les graveurs, et un d'entre eux, dont le nom ne nous est pas connu, exécute, d'après un fort joli dessin de Taunay, la mort du général Daropierre. Le 51 mai 1795, le peuple veut changer ce qu'il a installé luimême; il assiège les Tuileries, dans lesquelles la Convention est réunie. J. J. F. ïassaert, ciluyen fiwiçaà^ grave à cette occasion, d'après un dessin du citoyen F. J* Harriet,. une planche qui ne vaut que par ce qu'elle représente : elle est au pointillé et retrace une
faible esquisse d'un mauvais imitateur deDaTid. Outre râstampedeMoreid'aprèsDavid, qui représente Maral mort dans sa baignoire^ on connaîl une autre gravure sur la même scène; l'ouvrage, à défaut d'habileté, parait ne manquer ni de fidélité ni d'exactitude ; il est signé de Brion, artiste dont le nom est lui-même tOQt à fait oubKé aujourd'hui. Marie -Antoinette, avant de passer en jugement, est séparée de sa famille; Bouillon fait à cette occasion un dessin que Vérité gra^ au pointillé avec sa mollesse habituelle; puis apparaissoiU une quantité d'allégories sur le triomphe de la montagne, de la république, sur le despotisme foudroyé, et parmi celles-ci les plus extravagantes sont signées des noms de Pierre Lélu, de Car9ffe, de Uuotio et de Boizot. C'est décidément la gravure au pointillé qui est le plus en honneur pendant la Révolution française; c'est ce procédé qu'emploie Ca/,enave pour nous montrer, d'après un dessin de Bouillon, la reine devant le tribunal révolutionnaire, et Monnet et Helman s'associent pour conserver le souvenir de l'exécution de Marie-Antoinette. Tandis que récbafaud est dressé sur la place de la liévolulion, les graveurs ne manquent pas de faire le portrait des victimes, et, singulier contraste, les fêtes à la Raison et à la Vérité apparaissent presque en même temps; chacun s'empresse de composer son allégorie, et nous ' avons compté des centaines d'estampes publiées à Toecasion de ces réjouissances ridicules. Ces planches sont signées des noms de (-arré, de Darcis, de la ci-
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toyenne Bcrgny, de Villeneuve, de Copia, de Ruotte, du ciloyen Wicar, de la ciloyonnc Dcmouchy, de la citoyenne Liogée, de Debucourl, de Allais, deJaninet, de Ghapay et de fiernier. Ghacon comprend à sa façon la liberté el l'égalité, mais chacun veut faire preuve de patriotisme. A partir de cette époque, la gravure ré- Tolulionnaire cesse presque subitement. Si Ton excepte TestampedeC. Silanio, (jui représente Madame Élistahiili isiw Vêchiiland^ V Arrestation de Robeupirri gravée par Tassaert d'après F. J. Uarriet, et une petite estampe funèbrement allégorique représentant le bourreau Samso7i ne trouvant plus personne à guillotiner, se Irauchaiil la tèteii lui-même, on ne connaît, plus guère d'estampes contemporaines des événements, r^es guen*es commencent, et le peuple, fatigué de sang, songe à faire dos confjiièles. Mais, avant de clore rénumération des estampes gravées pendant la Révolution, nous devons mentionner de petites planches faites le jour même des cvrnemenls, sans art, il est vrai, mais avec un C(utain caractère de vérité, planches qui paraissaient dans les RécoliUiom de Pwris^ de Prudhomme. Une autre suite importante parut également vers la même époque, mais celleci nous semble un peu postérieure et n'offre pas d'ailleurs la même apparence d*authentidté : noua voulons parler des estampes gravées par BerthauH d'après les dessins de Prieur; la gravure est trop soignée pour avoir été exécutée vite, et nous avons d'ailleurs surpris quelques copies d*estampes gra-
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Yées an moment même de révénement représraté.
Il nous reste à mentionner deux arlisles qui surent véritablement donner à leurs estampes le oôté artiste qui manquait à presque toutes les œuvres que nou»
venons d'indiquer, et dont la nomenclature nous était imposée en raison de Tabstenlion même ou de la suppression des talents : nous voulons parler de Duplessi- Bertaux et de Debuconrt, tous deux dessinateurs spirituels et graveurs habiles dans un genre différent.
Les contemporains de Duplcssi-JBertaux voulurent voir en* lui un émule de Jacques Gallot, comparaison flatteuse pour un artiste, mais accablanle |)Our Du- ' plessi-Bertaux. J. Callot est remarquable par une verve qui tient du génie, tandis que Dnplessi-Berlaux compose avec habileté; mais il dessine souvent froidement et grave quelquefois de même. Sa pointe est souvent trop sèche, et, tandis que Callot donne aui Mnèrei de h gfierre un aspect saisissant^ Duplessi-Bertaux se^ montre historien plutôt qu'artiste dans les nombreuses vignettes quil invente et qu'il grave sur la Révolution française. Il serait injuste cependant de ne pas reconnaître que Du[>lessi-Bcrt;îux fut le miroir le plus fidèle des scènes de la Révolution : il sut dans de très-petits cadres montrer de grands événements, et grouper avec art et sans confusion une multitude de personnages en aciion. Les peliles estampes que Duplessi-Bertaux grave sont toujours spirituelles, tandis que celles qu'il fit en grand sont souvent lourdes et dénuées d'élégance; il se rapproche par là de tous les graveurs de vignettes, plus
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habitués à composer un ensemble harmonieux qu'à soigner beaucoup le dessin de chaque figure.
Louis-PhilibcTt Debucourt, né en 1755 et mort en 1852, dessina avec esprit un certain nombre de costumes et de scènes de mœurs, qu'il grava lui-même en couleur. On ignore le nom de son maître, et il est pro* bable d'ailleurs que, quel qu'il fût, il eut une médiocre influence sur le jeune débutant, doué d'une originalité bien complète. La Promenade de la galerie du Peilan- Royaly la Promenade du jardin du Palais-Royal y le Café Froicaii et quelques scènes intimes ou galantes,, telles que les Bo$quet$f le Compliment et Annelte et Luhin^ donnent la plus juste idée du talent spirituel» de Debucourt. C'est en couleur que cet artiste grava ces estampes, et il obtint au moyen de plancheshabilement disposées des tons fort harmonieux. Au commencement du xix" siècle, la manière de Debucourt se transforme tout d un coup, et ce changement n'est pas heureux. Âu lieu des compositions toujours ingénieuses qu'il inventa dans sa jeunesse, il devient prétentieux et semble sous l'iniluenced'un maître qui l'opprime; il grave alors uniquement à l'aqna-tinte V Incendie, le Soldai pendant et après la hataille^ plusieurs planches d'après Carie Yernet; et autant ses premières estampes sont distinguées et charmantes, autant celles-ci manquent de transparence et de vie. Chose singulière ! la première manière de Debucourt ne trouva pas d'imitateurs, tandis que la aeopnde, d'une exécution plus facile, il
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est vrâi, paraît aujourd'hui avoir alliré à elle uae grande partie de nos graveurs.
Il semble que le xtiii* siècle, en introduisant dans la gravure quelque procédé mécanique, ait amené
une décoiivorle qui devait onvaliir l'nrt lui-même et porter une atteinte sérieuse aux portraitistes. Le physionotrace, instrument au moyen duquel on reproduisait mathémaliqueraent le profil humain, semble être un précurseur du daguerréotype et de la photographie, les deux moyens de reproductions si fort en vogue aujourd'hui dans toute TEurope. Un graveur nommé Quencdey inventa ce procédé matériel et réussît si bien à faire accepter son invention, qu'il eut bientôt en France le monopole de la gravure des portraits. Après lui vint Chrétien, qui continua le procédé mis en lumière par Quenedey, et plus tard un élève de ces artistes, SaintrMesmin, se rendit en Amérique et exécuta dans ce pays avec le physionotrace plus de quatre cents portraits. Ces portraits, dont la silhouelte est vivante et ne manque pas de caractère, sont, ou légère* ment esquissés, ou bien terminés à Teau-forte, avec une science réelle ; le graveur venant en aide à Tinstrumenl, on peut encore ranger ces estampes au nombre des œuvres d'art, tandis que dans la photographie, la descendante directe de la gravure au physionotrace, la machine seule opère, et l'art est tout à fait absent.
Ce n'est pas ici la place de donner une biograj^ûe
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de Pierre-Paul Prudhon ; il nous suffira de dire que deux graveurs, atlirës sans doute par la grâce exquise
des œuvres tlu maîlro, s'attachèrent à reproduire les dessins ou les tableaux qu'il mettait au jour. L. Copia et Barthélémy Roger contribuèrent en effet autant h la gloire de Prudhon que Prudhon lui-mi^jne contribua à leurs propres succès. Louis Copia travailla en France pendant la Révolution, et, qu*il soit Italien ou non, — les renseignements biograiihiq 11 es font absolument défaut sur cet arlisle, — il <loil nécessairement, à cause de son habileté à rendre les œuvres de Prudhon, être compris dans une étude sur Pécole française. .Après avoir gravé quelques planches d'après Sicardi, Corne la Trovale^ d'après Sablel, le Maréchal [tirraiU de la VendéCy et, d'après Devosges, Vlwnoemce en dmger^ Copia fit' son chef-d'œuvre 'en gravant, d'après Prudhon, le célèbre dessin de IsiConstituûon frauraise^ une des compositions les plus considérables et les mieux réussies du peintre. Cette planche est exécutée au burin avec des tailles symétriques qui, n'était l'extrême harmonie avec laquelle elles sont fondues , courraient grand risque de paraître monotones; mais, au moyen de quelques contre-tailles placées à leur vraie place, Copia obtint les effets correspondants en gravure au modelé puissant et en même temps vaporeux des tableaux de Prudhon. On ne conçoit guère comment le même artiste qui rendait d'une façon si élevée les CBUvres d'un grand peintre put graver aussi faiblement quelques vignettes, telles que le Caudiemar
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amlocratique, estampe sans valeur que Sauvage composa en un jour de délire; dans ces planches on ne re> trouve ni le charme hahituel au graveur ni la même facilité de burin.
Barthélémy Roger fut peut être le seul élève de Copia ; mais en même temps qu'il apprenait son métier de graveur chez cet artiste, il écoutait les conseils de Prudhon, et, sans faire injure à Copia, nous croyons pouvoir dire que les avis du peintre furent d'un bien plus grand secours pour Barthélémy Roger que les leçons du graveur. 11 est impossible en effet de rendre avec un talent plus vrai que ne le fit Roger les dessins de Prudhon, dessins dans lesquels le diarme des cour. tours le dispute à l'harmonie de la couleur, la puissance de conception à l'élégance des formes. Outre un certain nombre de Vignettes composées par Prudhon pour les têtes de pvigcs des papiers officieb, B. Roger reproduisit par la gravure les délicieux dessins que Prudhon avait composés pour l'iifiunto du Tasse, pour Paul ei Virginie y pour Daphnii ei ChM et pour un roman inédit de Lucien Bonaparte, Stelline et Edouard. C'est ce dernier ouvrage qui devait contenir la Soif de Par, une des conceptions les plus heureuses de Tari moderne : Tavare, ivre de cupidité, foule aui pieds sa femme ot son enfant pour aller remplir d'or un vase qu*il tient étroitement serré contre lui ; le dieu, rempli d'une joie sordide, semble lui-même mépriser l'homme qui l'adore, il nous semble impossible de montrer avec une vérité plus Irappante toute l'hor-
nmv de l'amrioe. Roger ne se tint pas à ces compositions de petite dimension ; il sut rendre avec le même talent les œuvres plus grandes de Prudhon, et l'Amour Muit l'Innœmce^ le Plaint l*entraim^ le Repentir *Mtf, et VInnocenee préfère l' Amour à la Richemy estampes qui valurent à leur auteur une médaille d'or en 1810, possèdent les mêmes qualités d'exacte interprétation et de gravure habile ; lo charme des peintures originales existe à un degré presque semblable dans les estampes, et Roger semble s'être tellement identiGé avec son modèle, qu*il parvint h en deviner les secrets les plus cachés et à en rendre les beautés les plus réelles. Ën même temps qu'il consacrait son talent à reproduire les œuvres de Prudhon, B. Roger gravait également un assez grand nombre de vignettes d*après Moreau le jeune et d'après Desenne; celles-ci sont exécutées sèchement, sans charme et presque sans esprit. Quant aux nombreux portraits que B. Roger grava pour les éditeurs Firmin Didot et Lefebvre, ibsont dessinés mollement et exécutés d'une fagon monotone.
P. P. Prudhon voulut lui-même essayer l'art de la
gravure: guidé sans doute dans le travail matériel par Louis Copia, il parvint à rendre à l 'eau-forte avec une véritable habileté la vignette célèbre de Daphnii et Chloé qu'il avait composée, et il envoya son œuvre au Salon de 1 797 . Si la critique, singulièrement laconique cette année-là, ne lit aucune mention de l'estampe gravée par Prudhon, les véritables amateurs recher-
396 UlSTOiaE D£ LA GRAVURE £14 FRÀJXCE.
chent avec raison cette vignette, qui , outre une extrtoe
rareté, a le mérite de donner la pensée même du maître ; le travail en lui-même est assez rude, mais Vamour extrême des deux amants est exprimé avec cet
accent parfait de vérité que I^rudlion sut toujours répandre dans ses compositions.
Nous nous arrêtons à cette époque ; avant de clore défiaitivemenl noire travail, nous croyons devoir récapituler en quelques mots les différentes phases que la grayure française a trayersées avant d'en venir au point où elle se trouve aujourd'hui. A ses débuts, la gravure ne sait à quel pays elle doit demander des modèles ; se tournant tantôt vers la Flandre, tantôt vers Tltalie, elle demeure quelque temps sans caractère, et il faut que les maîtres italiens appelés à Fontainebleau par François 1" viennent en France pour donner aux graveurs une initiative qu'ils n'auraient su avoir d'euxmêmes. La grande école de gravure qui se forme à Fontainebleau est elle-même bientôt remplaoée par une école toute française qui a pour représentants les graveurs de Nicolas Poussin et de Simon Voucl ; après ceux-ci commence la période la plus glorieuse pour la
398 HISTOIRE DE LA tiUÂVLKE £.N ffiA.NCË.
gravureau burin en France. Gérard Andran et G. Ëde»
linck font atteindre à cet art le premier rang, qu'il a toujours conservé depuis celte époque. Non-seulement Gérard Âudran est le plus habile graveur que la France ait TU naître, mais il eut encore le talent de former une école qui, pendant la première moitié du .win' siècle, interpréta avec un savoir réel toutes les œuvres vraiment dignes d*étre reproduites. Puis pendant un moment la gravure se restreint dans un genre secondaire, la vignette, ou se contente d'esquisser à la pointe quelques compositions sans grandeur, mais tout au moins spirituelles. Une Renaissance s'opère bientôt : Bervic, Tardieu, Massard et Boucher-Desnoyers rendent à la gravure une partie de sa splendeur passée, propagent le goût du beau par leurs savantes œuvres et préparent le progrès que nous voyons se poursuivre aujourd'hui.