‹ Histoire de la gravure en manière noireChapitre 2 sur 83 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

venteur et les progrès de son invention sont dus à de laborieuses recherches faites par moi en 1 834 et *835 dans les archives de l’Allemagne et de la Hollande. Mon opinion s’est trouvée fortifiée par les travaux que je poursuis depuis bientôt dix ans sur tout ce qui concerne les arts de l’impression : j’espère donc ne m’être pas trompé dans mes assertions; cependant, j’ai cru devoir, dans l’intérêt de l’amateur, indiquer tous les ouvrages des auteurs qui ont traité ce sujet avant moi et toutes les planches les plus curieuses à recueillir. Ce dernier catalogue pourrait être plus complet dans l’énumération des épreuves et mieux ordonné dans leur description, mais on n’oubliera pas que c’est bien plutôt une liste des artistes qui ont gravé en manière noire à une époque rapprochée de l’invention , qu’un catalogue complet de leurs travaux.

Ces recherches, malgré leur minutie, ou peut-être à cause de cette minutie, ne seront pas sans utilité; dans le domaine des arts, on s’arrête plus volontiers à la contemplation des oeuvres qu’à ce qui peut concerner leurs auteurs; un retour à l’étude de la biographie et un examen scrupuleux des faits ont du moins l’avantage de réparer quelques injustices et de restituer la gloire des inventions utiles aux véritables inventeurs. La postérité quoi qu’on en dise n’est point toujours juste, et l’activité habile des plagiaires a jeté dans l’oubli bien des noms dignes de mémoire»

Les communications plus faciles, les rapports sociaux multipliés, la presse surtout, ne permettront plus ces envahissemens de la médiocrité ; mais il est utile encore de lui disputer ses conquêtes passées.

Le cercle des développemens de la gravure semblait parcouru, le cuivre paraissait impuissant à créer davantage, on pouvait croire que la découverte de l’impression appliquée à tous les genres de gravure avait trouvé sa limite, et qu elle ne pouvait dorénavant que perfectionner ce qu’elle avait acquis ; on apprit au XVIIme siècle qu’il y avait encore dans cet art une ressource, et dans l’esprit inventif de l’artiste un procédé nouveau.

Nous avons vu comment le burin , la pointe et l’eau forte rivalisaient au XVIme siècle d’efforts et de productions remarquables, comment s’opéraient l’association de leurs procédés et la combinaison de leurs effets; il nous reste à examiner une nouvelle invention1 qui dans la gravure, pour être la dernière, n’en est pas la moins remarquable.

On se rappellera que la découverte de l’impression avait trouvé l’art de la gravure dans un grand développement; on se servait au XIV me siecle , avec une etonnante habileté, du burin pour graver des portraits sur les planches de cuivre destinées aux tombeaux ; de la pointe pour tracer des sujets religieux sur les plaques de métal, qu’on encadrait dans les riches reliures des livres, et dans les parois des reliquaires; de l'eau forte pour creuser des ornemens dans le 1er des armures. L’impression vint animer ces œuvres mortes, en en multipliant les empreintes; mais ce quelle ne pouvait rencontrer et ce qui restait à produire, c’était une gravure inventée pour l’im-

1 Campagnola , au commencement du XVI™ siècle, et après lui plusieurs artistes italiens et allemands, ont pointillé leurs gravures, et la roulette était annoncée comme un instrument en usagedéjà en 1662 par Evelyn, qui en indique le procédé, ainsi donc bien long-temps avant la réunion de ces moyens par François , Demarteau, etc., en France ; J. Bylaert et Bartholozzi , en Angleterre. Daniel Hopfer, H. Zeghers , plus tard , Sclnveickard, Ploos van Amstel, A. Scacciati et d’autres avaient des procédés approchant de ceux que Le Prince et Flooding mirent en pratique. C’est pourquoi je ne vois dans ces inventions que des perfectionnemens successifs , tandis qu’à Siegen, de même que plus tard à Sennefelder, appartient l’honneur d’un art réellement nouveau.

pression, une gravure cl un genre d’exécution entièrement nouveau qui s’appliquât et qui pût se façonner à sa nature même et en développer tous les avantages.

Pour la créer il fallait avoir la connaissance des procédés de gravure alors employés , et en même temps comprendre ce qui leur manquait et ce qu’il fallait y ajouter.

L’idée de préparer une planche de cuivre, de telle sorte, qu’imprimée dans cet état elle pût donner le plus beau noir velouté ; l’idée d’enlever ensuite le dessin par les clairs au moyen de râcloirs qui , en usant la surface du cuivre, empêchaient le noir d’y adhérer; la combinaison enfin qui consistait à prendre à rebours tous les procédés suivis jusqu’à ce jour, pour créer une reproduction de la nature, mieux colorée et plus vivante; cette invention mérite l’attention, et son inventeur quelque célébrité.

Un Anglais, collecteur passionné d’estampes, s’est occupé de recherches sur ce genre de gravure, appelé en France gravure en manière noire1. Il publia un volume sous ce titre: « A History of the art of engraving in mezzo tinto from its origin to the présent times including an account of the vvorks of the earliest artists. » Winchester, 8°, 1786.

.Mezzo tinto, black art, ars nigra , l’Art noir, zwartekonst , gravure en manière noire, Schwarzkunst , Samrnetstich , Schraapkonst , incisione a fumo , a foggia nera, gravure d’épargne.

Siegen l’inventeur de cet art, l’appelait a Eine sonderbare invention » ; Evelyn , le plus ancien auteur qui en fasse mention, le nomma « Mezzo tinto * , dénomination qu’il avait prise des camaïeux de l’Italie. Sandrard le désigne par « Schwartzkunst » , les Français a manière noire » ; les Italiens , qui du temps de Lairesse ne lui avaient pas encore donné de nom, traduisirent a Maniera liera •- , et se servirent plus tard des expressions a Incisione a fumo, a foggia nera s .

La Schwarzkunst de Sandrart fut traduite en latin par ars nigra , puis , à cause du velouté de ses tons , par Samrnetstich; enfin d’après les procédés par Schabkunst, cette expression est la seule juste et la seule qu’on doive employer ; elle est tout naturellement traduite en français par gravure au ràcloir. Le râcloir est l’instrument qui opère l’effet, qui remplace le crayon, et qui, dans un sens inverse, correspond au burin. On dit gravure au burin , à la pointe sèche, au maillet , à la roulette ; pourquoi dirait-on gravure en manière noire , surtout lorsque cette expression doit désigner des gravures couleur sépia, bleues, ou de différentes teintes comme celles de Le Blon ? J’ai donc employé les deux expressions : l’une reçue et fautive, l’autre nouvelle , mais juste.

Mariette , de même que d’autres auteurs , avait adopté la dénomination de manière anglaise. Dans le discours préliminaire de la deuxième édition du Cabinet de Boyer , il dit des deux planches de Barras : « Ce morceau et le précédent ont été gravés dans la manière qu’on nomme d’Angleterre ». Heinecke le suivit.

Ghelsum est le nom de l’auteur. Un manque de connaissance pratique se trouve, dans cet écrit , compensé par une critique sage, et une manière de présenter les choses simple et lucide3 ; mais les cinquante ans qui nous séparent de l’époque où l’auteur écrivait, rendent cet ouvrage incorrect et incomplet : sans être rare, il est cependant difficile à trouver, et il eut été bon d’en faire une autre édition ; mais , depuis lors, on n’a rien publié.

Lorsqu’il écrivait, c’était l’époque brillante de ce genre de gravure. Encore enthousiaste des chefs-d’œuvre d’Earlom, le public applaudissait aux efforts des Green, Smith, Dixon , Dickinson, W. Petber, etc. , et, bien qu’ils n’atteignissent pas à la hauteur du talent de leur maître, ils conservaient la faveur dont il avait joui. Chelsum habitait Droxford-Hants , et avait réuni une collection considérable de tableaux et de gravures. Parmi ces dernières se trouvait une suite d’estampes au racloir, qu’il avait divisée chronologiquement. En 1792, il s’occupait d’une seconde édition de cet ouvrage4, et écrivait en Allemagne pour obtenir des renseignements; mais la mort l’empêcha d’accomplir ce projet.

La gravure en manière noire tombait déjà en discrédit; des hommes, peu dignes du nom d’artiste, l’avaient compromise; leur médiocre facilité avait prévenu les amateurs même contre les œuvres

3 Voici un passage d'une annonce de son correspondant, que l’on trouve dans le journal de Gotha : Die Erfindung der Kunst gebührt wahrscheinlich einem Deulschen. Zu gcwisscrer Eestsetzung dieser noch sehr schwankenden Behauptung, wünscht II. Dl. Chelsum beyde Sliicke als Original Dokumente zu besitzen um bey einer nahen zvveilen Ausgabe jener Ilistory desto zuverlæssiger entscheiden zu kœnnen. — Gothaische Gelehrte Zeitungen Jahrgang 1792, page 510, sous le titre Kuntsnachfrage.

“*11 en a été publié une traduction en hollandais : k Historié der zwarte kunst prenten uit het Engelseh vertaald gedrukt te llaarlcm by G. B.V. Brussel, 12" 1791. » Je me suis donné toutes les peines possibles pour examiner si cette traduction contenait quelque addition ; j’ai parcouru les plus anciennes boutiques des libraires et des vendeurs de bouquins de Rotterdam , Leyde , Amsterdam, Haarlem, La Haye, Utrecht, etc. , etc. ; j’ai cherché dans les bibliothèques publiques et les collections particulières de MM. Enschede, baron Verstolk, Apostol, And. van der Willigen, baron Westreenen, etc., et tout cela inutilement. Il parait, et c’est l’opinion des libraires d’Haarlem, que, le fonds du libraire Brussel ayant été vendu à sa mort, les exemplaires de cet ouvrage, presque intégralement restés sa propriété, passèrent au pilon et furent détruits.

de mérite, car il faut un goût bien assuré pour se prémunir contre toute prévention, et pouvoir démêler l’art sous quelque forme qu’il se présente. Cependant on trouve de nombreuses exceptions, et je n’en citerai qu’une, parcequ’elle suffira. Longhi, graveur d’un si grand talent, ne craint point d’avancer qu’on doit placer les ouvrages d’Earlom à côté des plus belles gravures au burin. « Gli artisti e gli amatori le accolsero avidamente fra le piu belle del Bulino. » (Pag. 202 de sa Calcografia.)

L’histoire de ce genre de gravure lui donne pourtant quelque attrait, ne serait-ce que par les noms des premiers amateurs qui s en sont occupés : un major, d’une famille noble (Siegen); un prince du sang, duc et amiral d’Angleterre (Rupert); un colonel (Furstenberg) , un gentilhomme (d’Eltz), un savant renommé (Evelyn) , un architecte célèbre (Wren), un jurisconsulte (F. Place), etc., etc. Ne dirait-on pas, à cette suite de noms, qu’il s’agit d’une prérogative de rang? et cependant ce n’était que la pratique du nouvel art5.

Et en lui-même n’est-il pas d’une ingénieuse conception? L’ancien graveur procédait par ombres, celui-ci par clairs; sa pointe était un crayon noir; Siegen prend l’usage à rebours, rend sa planche noire, et se sert de son instrument comme dun crayon blanc6. C’est d’ailleurs une mine féconde en ressources qui fait de ce moyen un genre digne de l’artiste. Depuis Sandrart, qui croyait que W. Vaillant avait atteint la perfection, il n y a pas d’époque où quelque artiste de talent n’ait mérité pareil éloge de ses ouvrages. Aujourd’hui même nous pourrions citer quelques productions qui semblent le plus haut point de perfection ; mais nous nous garderons de fixer une limite a cet art; une etude de

5 Laircsse considérait déjà cette circonstance comme un mérite; il disait avec satisfaction , de cet art , que des princes en jetèrent les fondements , et que de grands seigneurs mirent la main à son érection.

6 Diderot exprime ainsi cette idée : Dans la gravure noire , la nuit est profonde, le travail . fait poindre le jour dans cette nuit. — Essais sur la peinture, Paris, 8°, 4 de la république, page 397. J’ai tâché de rendre cette même idée par la gravure placée en tête de cet ouvrage. La lumière perce l’obscurité, écarte les nuages, fait fuir les oiseaux nocturnes.

ses moyens nous fait entrevoir d’autres perfectionnements par une union plus heureuse de ce genre de gravure avec les autres.

Je ne traiterai dans ce premier essai que ce qui concerne l’histoire ; dans un autre ouvrage, qui s’adresse spécialement au graveur, je m’occuperai de la partie technique7.

Nos renseignements sur l’auteur et l’époque de cette invention étaient non seulement bornés , mais ils se contredisaient entre eux: ils se réduisent, en fait, à une gravure datée; en renseignements, aux ouvrages de deux auteurs contemporains; mais la gravure ni les renseignements ne sont d’accord.

Un portrait de femme, gravé au racloir, porte en titre :

Amelia Elisabetha , D. G. Hassiæ Landgravia , etc.

Comitissa Hanoviæ muntzenb :

Illustrissimo ac celsi88imo Pr. ac Dno. Dno. Wlihelmo VI. D. G. Hassiæ Landgr. , etc. Hanc serenissimæ matris

Et incomparahilis Heroinæ effigiem, ad vivum a se primum depictarn novoqz jam sculpturæ modo expressam dedicat conse cratqz L. a S.

A° Dnj. CIG. IC. CXL1I.

La gravure, comme je le démontrerai plus loin, fut terminée au mois d’août de cette année; mais, comme Siegen n’en confia la vente à un débitant8 que dans le courant de 1643 avec le portrait d’Elisabeth de Hongrie en pendant; celui-ci, pour lui donner l’apparence d’une même nouveauté, ajouta à la plume un I à la date déjà gravée. — Cette addition manuscrite, qui existe

7 La seconde partie comprendra une description des procédés qui furent en usage chez les premiers graveurs et de ceux dont on se sert aujourd’hui; les planches roulées, bercées soit à la main, soit à la mécanique, l’emploi du cuivre ou de l’acier, l’imitation en lithographie et en zing par des moyens analogues, trouveront place dans ce guide de l’artiste. — Pour l’historien, j’émettrai une opinion sur les précurseurs probables de cette invention. — Pour l’amateur je formerai un catalogue général et raisonné des planches de chaque artiste avec leurs monogrammes et des remarques sur le mérite de leur exécution , sur la valeur des perfectionnements techniques qu’ils y ont successivement apportés, et les prix auxquels leurs ouvrages passent dans les ventes souvent contre toute justice.

8 Je ne sais pourquoi Beverel (et Malpez, notice sur les graveurs, tomel, page 223) prétend qu’aucune des gravures de Siegen n’est entrée dans le commerce.

sur tous les exemplaires que j’ai rencontrés, n’a été remarquée par personne; elle valait cependant la peine d’un examen attentif, puisqu’elle fixait l’époque de l’invention 9.

Toutefois c’est la plus ancienne gravure connue exécutée par ce procédé.

9 II existe deux états de cette planche : l’un (le premier) porte l’année 1642 marquée à droite, tandis que la fin de la dédicace L. a. S. est à gauche. Dans l’autre (le second) cette cinquième ligne a été effacée et gravée de nouveau , mais réunie au milieu dans cette forme :

portant donc réellement l’année 1643; en outre la planche a été reprise et retouchée. Dans l’un, premier état, les broderies de la robe vont en lignes droites, dans l’autre elles forment des losanges.

Voici comment je m’explique le fait des deux états de cette planche : Siegen fit tirer peu d’épreuves de sa planche (voir sa lettre) dans le mois de juillet et d’aoùt 1642 ; il en fit présent à de hauts personnages et peut-être à quelques amis; ce n’est qu’en 1643 qu’il se décida, lorsqu’il eut terminé le portrait d’Élisabeth d’après Honthorst, à les abandonner à quelque éditeur ; celui-ci, pour donner une nouveauté égale à ces deux publications , changea le titre, y mit la date de 1643 et ajouta à l’encre un I aux exemplaires déjà tirés que Siegen lui céda.

J’indiquerai en son lieu combien d’exemplaires de l’un et de l’autre état sont venus à ma connaissance. 11 suffira de remarquer ici que celui de la collection royale de Dresde (sur lequel Heinecke a fait sa notice) est du premier état ; et que les ouvrages suivants semblent indiquer des épreuves du second.

Vertue, qui connaissait le passage de Sandrart, copia exactement le titre de cette planche; Granger, qui possédait son manuscrit et publia cet extrait (Biogr. Hist. class. X , tome IV, in-8°, et V, in-4°), marque l’année 1643. Le catalogue de Winckler, estimé pour son exactitude, porte au n° 4572 le titre au long de cette planche et cette même date. Bartsch (Kupferstichkunde, page 235) marque la date en chiffres romains , mettant Anno Domini en toutes lettres , ce qui est une erreur. Duchesne, dans sa notice des estampes exposées à la Bibliothèque du roi (n's 102 et 128 de l’édition de 1819, 8°, Paris , et n°‘ 80-85 de celle de 1823, 8% Paris), le cite également ; et enfin Brulliot (Dict. des monogrammes, tome I, n" 1823) donne le titre entier et cette date en chiffres romains.

Raspe, qui fut quelque temps directeur du musée de Cassel, et qui quitta celte place convaincu d’avoir vendu des médailles du cabinet pour une somme assez considérable ( Slrieder, Histoire des savants de la liesse), se réfugia en Angleterre (1781-94). 11 rencontra le D. Chelsum et lui dit que la bibliothèque de Cassel possédait des épreuves et la planche même de cette gravure. L’auteur de l’History s’adressa à M. Heathcote , alors ministre d’Angleterre dans ce cercle de l’Allemagne , pour s’assurer de la vérité de ce renseignement, et il reçut pour réponse qu’on

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John Evelyn 10 (né en octobre 1620, mort en février 1706), un des esprits les plus universels de son époque, avait consacré les premières années de sa jeunesse plus particulièrement aux arts, et trouvait leur culture facilitée par ses voyages et ses rapports avec les artistes des différents pays qu’il parcourait. Ayant passe quelque temps à Pans, il grava lui-même plusieurs planches sous la direction ou d’après les conseils de Nanteuil. Plus tard, partisan fidele de la royauté malheureuse, il s’employa utilement dans des négociations avec Charles II, lors de son séjour en Belgique, et, recherché de ce souverain après sa restauration, il fut, dans toute occasion , en position de rencontrer et de se trouver en rapport avec les pei sonnes qui formaient la cour d’Angleterre. Le pi ince Bupert était de ce nombre, et son goût pour les arts devenait un motif de plus de s’attacher à lui. A l’époque où J. Eve- !yn préparait son ouvrage sur la gravure, celui-ci lui communiqua le secret de la nouvelle manière au racloir ; voici comment il en parle dans sa Sculptura 1 ( pag. i3o, prem. édit. , et ii5 delà seconde):

n’avait ni l’une ni l’autre (journal de Gotha, année 1792, page 510). J’ai fait les même recherches; elles ont été également infructueuses. Raspe, par sa conduite, inspire trop peu de confiance pour s’arrêter à son témoignage.

Sur la vie d Evelyn , on peut consulter: — Memoirs of John Evelyn comprising his diary from 1641 to 1705, London, 4% 1822, 2« édit. 8”, 1827.- La Biographie à la tête de la seconde édition de son ouvrage: Sculptura. — Granger, Biograph. Hist., tome II , pages 366 et 408. — Un article étendu et très bien fait, dans le Y' vol. de la Biogr. Brittanica. — Collin’s Baronetage.

Biographie universelle, art. Suard. — General Dictionnary. — New biogr. Dict. — Walpole. Vertue, Catal. of Engravers.— Les Dict. Biogr. Hist., et Encycl., etc., etc.

Sculptura or the history and art of chalcography, and engraving in copper; with an ample énumération of the most renowned masters and (heir works; to which is annexed a new manner of engraving or mczzo tinto , communicated by his Highness prince Rupert to the authour of this treatise.

London, pet. 8°, 1662.

Avec un fiontispice J. E. (J. Evelyn ), inv. A. H. (A. Hertocks) scu. Aussi pauvre de dessin que d’exécution ; la page 121 est occupée par une gravure sans intérêt, et aux pages 144-145 se trouve la gravure ( tête de l’exécuteur) du prince Rupert.

Cette édition est rare, sur-tout avec la gravure qu’on a souvent arrachée pour l’intercaler dans les collections.

De meme que Hume , Brunet (Manuel du libraire) commet une erreur en appelant eau-forte la planche du prince Rupert. Ebert n’avait pas plus raison lorsqu’il dit , peut-être d’après Laii esse ou Fuessli (Lex. art. l'falz) , que cette planche est la première qu’on ait gravée dans ce genre

« It was in the former chapter that we made rehearsal of the most renowned Gravers and their works; not that we had no more to add to that nuinber, but because we would not mingle these illustrions naines and qualities there , wliich we purposely reserved for the crown of this discourse; we did therefore forbear to mention what his Higness Prince Rupertsown hands bave contributed to the dignity of that art; performing this in graving (of which some enricb our collection ) comparable to the greatest Masters , such a spirit and address there appears in ail that lie touches and especially

(Allg. Bibliogr. Lexicon, 4°, Leipzig, 1821. 30 n° 7, 218). On conçoit d’ailleurs que dans des ouvrages autant fournis de renseignements, de semblables notices échappent.

Sculptura or the History, etc. , etc. , etc.

The second édition.

Containing some corrections and additions taken front the margin of the author s printed copy ; an etching of his head by M. Worlidgc; an exact copy of the mezzo tinto done by prince Rupert, by M. Houston ; a translation of ail the greek and latin passages; and Memoirs of the author’s life.

London, 8\ 1755.

La Biographie est assez intéressante et bien écrite, les notes et corrections sans aucune valeur, portant sur l’ancienne orthographe et quelques noms propres comme Georgioon. — Georgione , etc. Le portrait assez bien gravé à l’eau-forte , d’après celui de Nanteuil , dont Evelyn parle dans une note marginale trouvée sur son exemplaire : « Insert the following note on line: G. Florent le Comte in his singularity d’architecture etc. gives a catalogue of the works of Nanteuil in which he mentions my eftigy gravcn by ibis rare sculptor with this impertinent mistake. Yvelyn dit le petit milord anglais, ou le portrait grec parcequ’il y a du grec au bas, où est écrit aussi meliora retinete; il est en ovale, p. XXXIV. »— La planche pages 108-109 en contre-partie, la copie de la planche de Rupert, exacte, mais sur un fond plus uni que l’original ; le texte conforme à la première édition.

Jusqu’à nos jours, il a paru diverses éditions d’un ouvrage qui , parcequ’il porte à-peu-près le même titre, a été placé sous le nom du même auteur ( Catalogue de la bibliothèque du roi d’Angleterre, folio ) ; c’est une erreur, Evelyn est étranger à cette publication.

Sculptura-historico-teclinica — or the History and Artof engraving, 8°, 230 à 240 pages.— Faithorne est, je crois, le premier auteur de cet ouvrage, qui fut augmenté successivement ; il ne contient sur la gravure au racloir que quelques détails techniques sans intérêt.

Enfin je trouve dans le Dictionnaire de M. Nagler : Evelyn sculptura.— Die Original Ausgabe mit 1*4 kupfern in Schwarzer Manier, ist von 1662, in England sehr gesucht und sellen. — Je sais combien de désordre s’introduit facilement dans les notes éparses d’un grand travail; je n’attribue donc cette erreur qu’à un hasard de ce genre; mais un pareil ouvrage n’a jamais existé.

in that of the Mezzo tinto , of which we shall speak here after more at large, having first enumerated those incomparable gravings of that his new and inimitable stile in both the great and little décollations of St. -John Baptist, the souldier holding a spear and leaning his hand on a shield, the two Mary Magdalens, old-mans head, that of Titian,etc. , etc.; after tlie saine Titian, Georgion and others. »

Le chapitre YI ( i ’ e édit, page i45,2e édit, page 127) porte en titre :

« Of the new way of engraving , or Mezzo Tinto , invented and communicated hy his Highnesse prince Rupert, count Palatine of Rhyne , etc. »

We hâve already advertis’d the reader in one of our Præliminaries why we did omit what had been hy us prepar’d for the accomplishment of the more mechanical part of the chalcographical art : But it was not out of the least design to abuse him in the Title at the frontispiece of this history ; since we believed he would most readily commute for the defect of a mystery so vulgar, to he gratified with another altogether rare, extraordinary , universally , approv’d of, admired by ail which hâve consider’d the effects of it and which (as yet) has by none been ewer publisli d.

Nor may I without extraordinary ingratitude conceal that illustrious name which did communicate it to me; nor the obligation which the curious hâve to that heroic person who was pleas’d to impart it to the world , though by so incompetent and unworthy an instrument.

It would appear a paradox to discourse to y ou of a graving without a graver, burin, point or aqua fortis ; and yet is this perform’d without the assistance of either ; that what gives our most perite and d extrous artists the greatest trouble and is longest finishing (for such are the hatches and deepest shadowes in plates ) should be here the least considérable and the most expeditious ; that , on the contrary the lights should be in this the most laborious , and yet perform’d with the greatest facility :

that what appears to be effected with so little curiosity, should yet so accurately resemble what is generally esteem’d tbe very greatest; viz. That a print should emulate even the best of drawings . chiaro e Scuro, or (as tlie Italians terni it) pièces of the Mezzo tinto so as nothing either of Vago da Carpi ( Ugo da Carpi ) or any of thosè other Masters who pursu’d his attempt and whose works we hâve already celebrated, hâve exceeded, or indeed approch’d ; especially, for that of Portraits, Figures, tender Landskips and History, etc.,to which it seerns mostappropriate and applicable.

This obligation then we hâve, to his Highness prince Rupert count Palatine of Rhyne, etc. Who has heen pleas’d to cause the instruments to be expresly fitted, to sliew me with his own hands,how to manage, and conduct them on te plate, that it might produce the effects I hâve so much magnified , and am here ready to shew the world, in a piece of his own illustrious touching, which he was pleas’d to honour this work witliall, not as a vénal addition to the price of the Book(though for which alone it is most valuable)but a particular grâce, as a specimen of what we hâve alledged,and to adorn this présent chapter.

It is likewise to be acknowledged , that his Highness did indulge me the liherty of publishing the whole manner and address of this new way of engraving with a freedome perfectly generous andohliging:butwhen I had well consider’d it(somuch havingheen already expressed , which may suflice to give the hint to ail ingenious persons how it is to he perform’d), I did not think it necessary that an art so curious, and (as yet) so little vulgar (and which indeed does not succeed where the Workman is not an accomplished designer, and has a competent talent in painting likewise) was to be prostituted at so cheap a rate , as the more naked describing of it here , would too soon hâve expos’ d it to.

Upon these considérations then it is, that we leave it thus ænigmatical; and yet that this may appear no dissingenuous rodomontade in me, or invidious excuse, I profess myself to be alwaves most ready (suh sigillo and by his Highnesse’s permission) to gratifie any curious and wortliy person with as full and perfect a démonstration

of the entire art, as my talent, and adresse will reach to; if what I am now præparing to be reserv’d in the archives of the royal Society concerning it, be not suffîciently instructive.

L’ouvrage de J. Evelyn , quel que soit le peu d’usage qu’on en puisse faire aujourd’hui, prouve dans son auteur, à l’époque où il l’écrivait, une étude particulière de son sujet, et donne de la valeur aux éloges qu’il fait de la nouvelle manière qu’il appelle incomparable , inimitable.

Il serait difficile de démêler dans ce récit la part que le prince Rupert s’attribuait dans le mérite de l’invention; mais nous avons un autre témoignage , c’est celui du prince Rupert lui-même qui , au dire d’Evelyn, dans un mémoire qu’il devait adresser à la Société royale, explique comment Siegen , un militaire allemand, avait découvert ce moyen. Evelyn , dans son ouvrage , omit cette particularité, d’un coté pour relever le mérite de l’invention par le rang de l’auteur, de l’autre ne voulant point entrer dans des détails techniques qui eussent mis sur la voie de la découverte, et, jusqu’à l’année 1771 '% le monde littéraire fut induit en erreur.

Voici comment il s’exprime 13 :

« This invention, or new manner of chalcography vvas the resuit of chance and improved by a German soldier who espying some scrape of barrel of his musquet and heing of an ingenious spirit re fined upon it, till it produced the effects you bave seen and which indeed is, for the delieacy thereof, much superior to any invention extant of this art, for the imitation of those masterly drawings,

,2IIeinecke est le premier auteur qui dirigea l’attention générale sur le passage de Sandrart.

■3 Ce mémoire, écrit en entier de la main de J. Evelyn, faisait partie de ses manuscrits, et passa dans la possession de M. Richard Middleton Massey ; il est intitulé : <1 Prince Rupert new way of engraving communicated by his highness to Mr. Evelyn. i> Celui-ci avait écrit en marge : ■■ This I prepared to be registered in the royal Society, but I hâve not yet given it in , so as it still continues a secret. » On s’explique de cette manière les recherches inutiles de plusieurs auteurs dans les archives de la Société royale et les Trans. philos. ( voir aussi Walp. Vertue by Dallaway, p. 166 ). A. Kippis publia l’extrait qui précède ( dans sa Riog. Rrilt. London , folio 1793 , vol. 5 , p. 616 ) ; mais il laissa de côté la partie du Mémoire qui traite au long de la technique alors en usage ; j’espère me procurer ce manuscrit , qui me serait utile pour la seconde partie.

and as the Italians call it that morbidezza expressed in the best of their designs. I hâve had tbe honour to be the first of the english to whom it lias been yet communicated and by a spécial indulgence of his Highness, who with his own hands was pleased to direct me with permission to publish into the world, but I hâve esteemed it a thing to curious, that I thougt it vvould be to profane it , before I had first offered it to this illustrions Society. »

Les paroles du prince Rupert étaient sans doute plus explicites sur le compte de l’inventeur; il l’avait appelé un militaire, et c’est ainsi que le mot « soldier » doit être entendu, car il n’est pas probable qu’Evelyn lui-même crût qu’un simple soldat fût l’auteur d’une découverte qui supposait nécessairement la science du dessin; c’est donc une confusion faite aux dépens de Siegen, mais c’est ainsi que la tradition se fait jour.

Nous pouvons voir ce qu’elle devient plus tard. Vertue avait consigné , dans ses notes , cette particularité ; il l’avait apprise de M. Killigrew qui l’avait reçue de la bouche même de J. Evelyn. Walpole , dans la rédaction du Catalogue des gravures ( vol. Y , p. 137, édit. 4°), nous l’a conservée ainsi rédigée :

« The Prince going out one morning observed the centinel at some distance from his post ; very busy doing some thing to his piece. The Prince asked him what he was about? He replied the dew had fallen in the night , had made his fusil rusty and that he was scraping and cleaning it. The Prince looking at it , was stuck with sometlîing like a figure eaten into the barrel , with innumerahle little lioles close together, like friezed work on gold and silver, part of which the fellow had scraped away ; the genie fécond en expériences from trifling an accidend conceived Mezzo tinto ‘4. »

■4 II existe en Angleterre une autre prétention ; la voici , et sur quoi elle se fonde :

Chr. Wren (né en 1632, mort en 1723), architecte de Saint-Paul, du monument et d’une multitude d’édifices, avait montré dans sa jeunesse une aptitude singulière à toutes les sciences et à tous les arts ; il était lié d’amitié avec le prince Rupert qui lui envoyait de ses meilleurs vins du Rhin (Elme, Parentalia, etc.), et se trouvait collègue d’Evelyn à la Société royale , à la Commission de l’édification de Saint-Paul, etc., etc.; et la conformité de leurs goûts les rapprochait naturellement. On comprend que l’un d’eux , possesseur du secret de l’amiral, le communiqua à l’autre, et qu’ayant exécuté plusieurs pièces, on lui en attribua l’in-

C’est ainsi que les droits s’établissent contre la justice, contre la volonté même de celui qui en profite. Le temps consacre les erreurs

vention par ignorance des autres productions déjà parues dans les Pays-Bas. Le Journal de la Société royale de Londres du 1" octobre 1662 porte que : « Dr. Wren presented some cuts done by bimself in a new way of etching; whcreby, lie said, lie could almost as soon do a subject on a plate of brass or copper as another could draw it with a crayon on paper. ( Birch’s tlistor. Royal Soc., vol. 1, p. 114.) » Cinq ans plus tard, l’auteur du Parentalia en tirait cette fausse conséquence : '

« He (Dr. Wren) was the first inventor of the art of graving in Mezzotinto which was afterwards prosecuted and improved by bis royal Highness Prince Rupert in a metliod somewliat different, upon tlie suggestion (as is said) of the learned and ingenious John Evelyn Esq. — Of this art some original essays are extant : viz. the head of a Moor, etc., etc., ( page 214). »

J. Evelyn, en parlant de la pratique du dessin (drawing and designing) en Angleterre , célèbre les talents de son ami dans ce genre ( p. Î33 de la 1” édit., p. 117 de la 2' ), mais il ne cnit pas nécessaire de parler de ses essais sans conséquence en gravure; il est meme probable qu’il ne lui communiqua ce secret qu’après la publication de son ouvrage. Comme Chr. Wren quitta Londres dans le courant de 1665 pour faire un voyage à Paris, et ne revint à Londres qu’en 1666, lorsque le grand incendie avait rempli sa tête de projets et occupé son temps de plans de constructions, il est à croire que ses travaux en gravure au racloir sont de 1662 à

Malgré l’assertion positive de Granger qui cite la tête de Maure, on avait douté, jusqu’à présent, de l’existence d’aucune gravure de Wren (a print which does not actually appear to be preserved in the cabinets of any of the curious. History, p. 19), et l’on avait rejeté les prétentions qu’on élevait en sa faveur. Comme on l’a vu, nous avons montré facilement l’erreur qui attribuait à cet artiste l’invention de la gravure en manière noire ; quant à ses gravures , nous avons fait précéder ce travail d’une copie exacte d’une épreuve bien rare de cette tête de Maure. Elle est aujourd’hui dans la possession de M. R. Weigel, et je n’en connais pas d’autre épreuve. Vaillant l’a copiée.

Toutes les assertions d’un écrivain comme Ileinecke méritent l’attention ; c’est pourquoi je citerai un passage de ses manuscrits qui tendrait à bouleverser les faits les mieux établis. On sait que cet homme laborieux a publié quatre volumes d’un Dictionnaire des artistes; le reste de l’ouvrage , mis au net de sa main , était prêt a être imprimé , mais l’indifférence du public rendit impossible sa continuation ; le manuscrit, relié en quinze volumes in-folio, est conservé dans la bibliothèque de Dresde. On en permet l’usage à chacun, mais il est rarement demandé , et cependant , malgré des lacunes que les recherches postérieures ont remplies, c’est un travail intéressant et toujours utile. Lors de mon séjour à Dresde , je l’ai consulté attentivement. A l’article Siegen j’aitrouvé : « On a cru, et moi-même j’ai cru jusqu’ici , que la première planche gravée en manière noire était le portrait de la princesse Amélie Élisabeth , veuve du landgrave de Hesse en 1643 ; mais je trouve un portrait du Titien avec cette inscription :

11 vero ritratto del unico Titiano dicato al Impératrice Eleonora da Giovan Thomaso pittore dieto in luce con questa nova invenzione ( manière noire ) in Vienna , li 30 mars , l’anno 1631, gr. 4°. »

L’authenticité de cette date, en contradiction avec les faits historiques, serait contestable

jusqu’à ce qu’on ose l’attaquer lui-même ; heureux quand on peut, comme ici, lui opposer des preuves de la vérité !

Examinons maintenant le document que nous trouvons en Allemagne. Sandrart naquit en 1606, c’est-à-dire un siècle trop tard; il n’a point, comme auteur, le mérite d’un contemporain du grand siècle, et n’avait pas assez de talent comme historien, pour donner une valeur aux renseignements qu’il puisait dans un passé reculé. Quoi qu’il en soit, il prend place immédiatement après Vasari et Cari van Mander, qu’il a souvent mis à contribution. La meilleure manière de juger son mérite, c’est de se représenter la lacune qu’offrirait cette partie de l’histoire des arts, s’il n’eût pas existé. Sa biographie est par-tout; je ne songe pas à la reproduire; je remarquerai seulement qu’élève d’Eg. Sadeler en gravure , de Honthorst en peinture , il fit un vogage en Angleterre; qu’après un long séjour en Italie, il revint en Allemagne vers l’année i636, et s’établit à Amsterdam mais pour peu de temps, car il alla bientôt demeurer dans son château de Stockau. Les ravages de la guerre le forcèrent à s’éloigner de cette résidence ; alors il passa successivement dans les villes d’Augsbourg, Nurnberg et de Vienne, où il s’occupa de son art. Il mourut à Augsbourg en 1688, recherché comme peintre, tandis qu’il ne devait occuper la postérité que comme auteur.

Les ouvrages qu’il a publiés traitent des arts; la première partie de son académie de peinture parut en 1675, la seconde en 1679,

par la raison que le même artiste, dans une planche de 1661 exécutée également à Vienne, ne revendique nullement l'honneur de l'invention ; mais elle tombe d’elle-méme devant ce résumé : Thomas, en 1631, voyageait en Italie, et ne pouvait être à Vienne. La princesse de Mantoue Éléonore, fille du duc Charles II, n’avait qu’un an, étant née en 1630, et l’on ne se doutait pas plus que vingt ans plus tard elle deviendrait impératrice, qu’on ne songeait à lui dédier autre chose que des hochets. — L’empereur Ferdinand III l’épousa en troisièmes noces dans le courant de 1651; et ce n’est point encore à cette année qu’on peut reporter la dédicace de Thomas qui ne vint à Vienne que cinq ou six ans plus tard; mais comme celte princesse est citée par les historiens pour ses connaissances étendues et la protection qu’elle accorda aux arts, il est probable que c’est en reconnaissance d’un pareil appui que cette planche lui fut dédiée en 1661. ( On peut consulter toutes les Histoires et Tableaux généalogiques de l’Autriche, les historiens universels et l’Art de vérifier les dates, tome II, 2e partie. )

Depuis que j’ai écrit ceci, j’ai fait des recherches pour trouver ce portrait, et j’y suis parvenu; il porte, comme je le supposais, la date 1661. C’est une superbe planche qui est fort rare ( voir au Catalogue ).

à Nurnberg. Dans le premier volume (I Theil, III Bueh, XVI Cap. p. ioi ), il parle ainsi de la gravure au racloir et de son inventeur :

Von der sogenannten Sehwarzen Kunst in Kupfer.

Die sogenannte Schwarze Kunst in Kupfer zu arbeiten deren liierbey auch billig zu erwehnen, ist eine Kunst vermittels seharffer spitziger Instrumente von Stahl und Eisen, auf den gepollirten Kupfern zu fahren, reiben drucken and rollen : da dann durch die harte des Zuegs ein Bild oder Figur in das linde Kupfer hinein geritzet wird. Diese Arbeit, gibt etwan 5o oder 60 saubere Abdruecke bernach aber schleift es sich bald ab, weil es nicht tief ins Kupfer geht. Sie wird für keine grosse Kunst gehalten und ist nur eine zierliche Uebung : wer diese in Hand und Verstand hat, deme sind diese und andere der gleichen Wissenscbaften nur ein Spiel.

Der erste Erfînder dieser Kunst war anno 1648 nach beschlossenem teutschem Krieg ein hessischer Obristleutenant, Namens von Siegen, welcher auf solche Weise Ihro Durchl. der regirenden Frau Wittib von Hessen Cassel Contrafaet in halb Lebens-Grœsse, ' wie auch den Prinzen von Oranien, gebildet. Nach solchein haben Ihr Durchl. Prinz Robert Pfalzgraf bey Rhein , als die in der Zeicben und Mahlerey Kunst perfect erfahren, diese Wissenscliaft herrlich und zu solcher Vollkommenheit erhoben, dass darinn ein mehreres nicht zu erfinden ist : wie unterschiedliche Werke von deren fuertrefflicher Hand als eine Magdalena ettliche Contrafaete, ein sich umsehender Soldat mit seinem glanzenden Harnisch Schild und Spiess ailes unverbesserlich , vorzeigen. Hiernaechst hat W. Vaillant , als ein guter erfahrner Mahler, in der Zeichnung meisterhaft beschlagen, diese Manier fortgesetzt und eine Menge lierrlicher Werke davon in Kupfer zu bringen angefangen, die zu erzehlen gar zu lang fallen würde, welcher durch continuirliche Uebung und Fleiss liierinn fast Wunder thut. Es ist aber diese Art den zierlichen Schraffirungen und andern Mühsamkeiten , die zum Kupferstechen erfordert werden nicht untergeben, sondern wann der Umriss neben dem Schatten und Licht; accurat ist, die Schraffirung Striche oder Tüpfel moegen gehen wie sie wollen so

istderqualitet dadurch nichts benommen.Sonsten gibet diese Arbeit an die Hand, eine ueberaus grosse lieblicbe Natürlichkeit, Kraefte des Liechts und Schattens dermassen hocb und angenehm in allen Theilen, besonderlieh in den Bildern, dass dergleichen weder mit dem Grabsticbel noch durcb Aetzen im Kupfer zu erhalten ist.

On voit évidemment par ce récit 15 que Sandrart était au fait de tous les procédés de cette invention, et, d’après la manière dont il les communique, qu’ils n’étaient déjà plus un secret; ce qui doit intéresser, c’est le cas que ce peintre fait de ce nouveau moyen, et le jugement sain qu’il se forme de sa portée ; ce qui peut étonner, c’est de le voir se tromper ainsi sur la date d’un fait aussi rapproché, sur-tout lorsqu’il cite une gravure de l’inventeur, qui porte une date certaine. La facilité, dans un grand travail, de confondre deux chiffres comme 1 643 et 1648, peut être la cause de cette erreur.

Ces trois renseignements ont servi de texte à tous les auteurs, qui, au milieu de l’incertitude , cherchaient la donnée la plus probable. J’en citerai quelques uns; cette liste pourra être considérée comme un répertoire des ouvrages qui traitent de ce genre de travail, et qu il est inutile de consultei.

Les auteurs se divisent en deux séries, les uns appuyant les prétentions attribuées au prince Rupert, qui aurait inventé, vers i656, la gravure au racloir, à Bruxelles. On trouve jusqu’en 1 835 des ouvrages spécialement consacrés aux arts , qui soutiennent cette opinion.

Evelyn. — Sculptura, 120, 1662. J’ai rapporté les passages où il cite Rupert comme inventeur.

W. Vaillant. — Il publia un portrait du prince Rupert, avec ce titre : Prins Robbert , vinder van de Swarte Prent Konst.

Lairesse Schildercoer.— Amsterdam, 4°, 1716, part. Il, pag. 398. Hier (en Angleterre) is 00k deze Konst gebooren en opgevoed : vvant

,5 La SCConde édition, qu’il corrigea et augmenta de plusieurs notices, fut traduite en latin. Nurnberg, folio 1683; elle contient ce même passage avec une addition, dans le nom deSiegen qui est désigné alors par N. Siegen. La troisième édition, publiée par J.-J. Volkmann à Nurnberg, folio 1768-1775 , est retravaillée sans aucune autorité ; elle parle de Siegen , vol. I , partie 3% page 54. J’omets ce passage comme inutile.

Prins Robbert is de eerste geweest die ons een voorbeeld daar van gegeeven heeft. — Trad. française (par Jansen); Paris, 4°, 1787, tom. II, pag. 646. — Deutsch, Nurnberg, 4°, 1730, vol. Il,pag. 425. Dernière édition, 1818-19. — Édition anglaise ; London , 4°, i83o.

Descamps. — Vie des peintres; Paris, 8°, i653, tom. II, pag. 33 1. Le prince Robert, grand-amiral d’Angleterre, qui a trouvé ce secret.

Houbraken. — De groote Scbouburgh, 2e édit. Gravenhage, 8°, 1 7 53, tom. II, pag. 1 o3. — Prins Robbert, groot admirai van Engeland, die hetzelve (de Schraapkonst of Swartekonst) uitgevonden heeft.

R. P. Doissin. — La Gravure, poème; Paris, 8°, 1753, pag. 9. Scalptura; Parisiis, 8°, 1753, pag. 8. Des phrases assez peu poétiques et fort inutiles.

Gaultier de Mont d’Orge. — Éditeur de l’art d’imprimer les tableaux; Paris, 8°, 1756. Avant-propos, pag. 79.

(Gilpin.) — An Essay upon Prints; London, 8°, 1768, pag. 54.

(Gilpin.) — Abhandlung von Kupferstichen; Francfort et Leipzig, 8°, 1768, pag. 47, Traduction du précédent.

Granger. — Biograph. History of England ; London, 4°, 1767. loin, II, pag. 4°7j et en Dote , il attribue cette invention à l’architecte Wren.

Hume. — History of England; London, 40, 1770, tom. 8, pag. 346. La grande édition de 1806, tom. Y, et d’autres éditions 8°. « Prince Rupert was the inventor of etching. »

J. G. Fuesli. — Raisonirendes verzeicbniss; Zurich, 8°, 1771, pag. 54.

Walpole Vertue. — Anecdotes, Cat. of Engr. vol. 3, p. 2 . pag. 72. Strawberry. Hill. ,8°, 1771. Une autre édition avec les mêmes portraits et l’addition de plusieurs autres, in -8°; la plus utile par J. Dalla way, avec notes et gravures. London, 8°, 1828.

Felice. — Dictionnaire Universel, Yverdon, 4°, 1773 , à l’article gravure en manière noire.

L’abbé de Fontenay. — Dictionnaire des Arts; Paris, 8°, 1776, tom. I, pag. 667.

J. G. Sulzer. — AUgemeine Théorie der Schœnen Iiünste; Leipzig, 8°, 1779- licite les prétentious de Louis de Siegen et de Ch. Wren, mais il se range à l’assertion de Evelyn, tom. 3 , p. iôp. Autre édition; Leipzig, 8°, 1787, tom. II, pag. 280. « Aber wenn aucli der Prinz Rupert sie eben so gut, als Hr. von Siegen enfunden haben sollte, so bleibt demi doch die Elire im Grunde mimer den Deutschen. »

Ludwig Fronhofer. — Ueber das Studium der Ivupferstecherey (München), 8° (1781). « Dieser umstand(le secret divulgué par Vaillant), maeht es am meisten wabrscheinlicb dass gedachten Prinzen (Rupert) und sonst keinem derer, die auch Anspruch darauf machen , die Ehre der Erfindung gebühre, » pag* 3 29, voir aussi pag. 252.

Cyclopædia. — London, folio 1 78 1 . Au mot Mezzo-tinto, il dit que Rupert en est l’inventeur. « Thougli Mr. Leblond is said to bave introduced it into practice. »

Strutt. — Biographical Dict. London, 4°> 178a. Aux mots Rupert et Siegen. En citant Evelyn et Heinecke. « I must leave the reader to décidé for himself.

Encyclopédie des Sciences de Diderot, art. de G. de Mont dOrge à l’art. Gravure en manière noire; edit. Paris 1757? Amsterdam, Genève , fol. Il l’appelle l’art noir ou Meza tinta. On prétend que le premier qui ait travaillé en manière noire est un prince Rupert ; quelques auteurs parlent avec éloge d’une tête qu’il grava avant qu’on eût jamais connu cette manière de graver.

(Chelsum.) — History of tbe art of engraving in Mezzotinto. Winchester, 8°, 1786, et Gotliaische gelebrte Zeitungen Jahrgang 1792, page 5 1 1 -

Krünitz.— Encyklopedie. Berlin, 8°, 1792, tome 56. Siegen et Rupert. « Der erfinder sey wer er vvolle. »

— Dict. des Beaux-Arts. Paris, 8°, 1806, I, 776. « Si l’in-

Millin.

vention n’est pas due au colonel de Siegen, du moins est-ce lui qui l’exécuta le premier. L’opinion commune est quelle prit naissance en Angleterre, » II, p. 587.

Dictionnaire universel. Paris, 8°, 1811, vol. XY, à l’art. Rupert.

James Caulfield. — Calcographiana; London, 8°, 1814. A la fin, pag. 1 1 4 î d traite de la gravure au racloir.

Abraham Rees. — Encyclop.; London, 4°? 1819. Au mot Mezzotinto : «First invented by prince Rupert about the yeari649-” Et au mot Engraving.

Ebert. — Bibliog. lexicon , n° 7218 et Gesch. und Beschreibung der K. Bibl.; zu Dresden, Leipzig, 8°, 1822, J. Evelyn, Sculptura, enthælt den ersten Versuch in schwarzer Kunst.

J. Heller. — Monogrammen lexicon, pag. 242. Praktisches Handbuch für Kupfersticbsammler. tom. 2, pag. 106.; Riipert Miterfinder der Schwarzkunst.

Dezot de la Roquette. — Biographie universelle; Paris, 8’, 1825, tom. XXXIX, à l’article Rupert.

M. Boutard. — Dictionnaire des Arts, du Dessin; Paris, 8°, 1826, pag. 343. « La manière noire dont on attribue l’invention aux Anglais. »

Encyclopædia Metropolitana; London, 4°, 1826. Au mot Mezzotinto, cite le passage d’Evelyn.

W. Luedemann. — Gesch. der Kupferstechkunst; Dresden, 8% 1828, pag. 69.

John Gould. — Biographical Dict. of eminent Artists; London, 8°, 1 835 ; 2e édit.

Quandt — Entwurf einer geschicbte der Kupferstecherkunst ; Leipzig, 8°, 1826, pag. 1 55. Wobl mœglich dass zwei Personen ein und dieselbe Erfindung machten.

Pierer’s. — Encyclopœdisches ; Wœrterbuch, 8°, 1 835. Au mot Ruprecht.

Les autres appuient Sandrart ou l’invention par Louis de Siegen

(Sichem, N. deSieghen, L. C. Siegen, L. van Sigen), lieutenant-colonel au service de Hesse en 1648. Amendant ce renseignement par la date de 1 643, indiquée fautivement par Heinecke, comme se trouvant sur le portrait d’Amélie Élisabeth, et le faisant naître sans autorité à l’appui vers 1620.

J. J. Apin Anleitung wie man die Bildnisse sammlen soll; Nurnberg, 8°, 1728. Il copie Sandrart, pag. 16.

J. G. Doppelmayr. — Histor. Nachricht; Nurnberg, folio 1780. Il copie Sandrart, en note, dans la vie de Léonhard, pag. 235.

Humbert. — Abrégé histor. de l’origine de la gravure; Berlin, 8°, 1752, pag. 17.

F. Basan. — Dict. des graveurs anciens et modernes; Paris, 8°, 1789. «Siegen(La), officier au service du prince de Hesse est, dit-on, l’inventeur de la gravure en manière noire, en 1 6 4 3 . » Dans l’édition de 1 767 , Paris , 1 2 , il ne mentionnait ni Siegen , ni Rupert.

Busciiing. — Entwurf einerGeschichtederzeich,sehoenen Künste;

Hamburg, 8°, 1781, pag. 344*

Almanac de Gotha. Principales découvertes faites en Europe depuis plusieurs siècles. « La manière noire est l’invention d’un lieutenant-colonel hessois'nommé de Siegen, en 1648, qui la communiqua au prince palatin Robert, pag. 95 et 110. Gotha, 18°, 1781.

Huber et Rost. — Manuel des curieux et des amateurs de l’art; Zurich, 1797, vol. I,pag. 275.Trad. Handbuch für Kunstliebhaber; Zurich, 8°, 1796-1808, tom. I, pag. 84; tom. IX, pag. 16. Encyclofædia. Philadelphia, 4°, 1789. Au mot mezzotinto. (Heinecke.) — Idée générale. Leipzig, 8°, 1771, pag. 208 et 235. Huber. — Notices gén. des graveurs; Leipzig, 8", 1787, pag. 5g. J. C. Guttle. — Kunstin Kupfer zu stechen; Nurnberg, 8U, 1795. Van Siegem oder L. van Siegen, Hessencasselscher, Obrist-lieutenant Erfmder der Schwarzkunst, 1643, pag. 101, tom. I.

De Murr. — Journal , tom. I, pag. 388; Nurnberg, 8°, 1798. Der wahre Erfinder ist unstreitig Ludwig von Siegen von dem sie Prinz Rupert von der pfalz lernte.

Gori Gandellini. — Notizie istoriche; Siena, 8°, 1771-1809. Il copie Sandrart, tom. III, pag. 235, dans les suppléments par l’abbé L. de Angelis, tom. I, pag. 128, cap. XVII, et au mot Siegen , etc., etc., il copie Heinecke et appelle l’art Mezzatinta. Siena, 8°, 1808.

Watelet et Lévesque. — Dict. des Arts; Paris, 8°, 1792. Au mot gravure, tom. II, ils nomment l’inventeur Sieghen ou Sichen, et le traducteur allemand K. II. Ileydenreich aesthetiscbes Wœrterbuch. Leipzig, gr. 8°, 1798-94, vol. II, pag. 571.

Bartsch. — Cat. raisonné de Rembrandt. P. XXXVII. Vienne, 8°, 1797. — Kupferstichkunde. Vienne, 8°, 1821. P. 233, vol. I, n° 628. Man ist über den Erfinder dieser Sticbgattung nicht vœllig gewiss.

Huber. — Cat. Winckler. Leipzig, 8°, 1802. Tome I, page 8o5.

Ch.(Offard). — Noticehistorique sur l’art de la gravure. Paris, 8‘, 1804, page 44.

K. H. L. Poelitz. — Die Aesthetik fur gebildete Leser. Leipzig, 8°,

1807. H Th., p. 348.

Cicognar a. — Catalogo rag. dei libri d’arte. Pisa, 8°, 1821. T. I n° 268, p. 43. Mariette fait de Siegen un gentilhomme de l’électorat de Mayence.

Jansen. — Essai. - — Paris, 8°, 1808. T. 1, p. 159.

T. B. Emeric David. — Discours historique sur la gravure. — Paris, 8°, 1808, p. 72. Le Musée français, in-folio, en tête, p. 5o.

(Beverel et Malpez). — Notices sur les graveurs. Besançon, 8°,

1808. T. II. p. 223.

Basan. — Dict. des Graveurs. Paris, 8°, 1809. T. I. p. 44*

Lipowsky. — Baierisches Künstler lexicon. München, 8", 1810. T. II, au mot Ruprecht.

Seroux d’Agincourt. — Hist. de l’Art. Paris, folio, 181 1-20. Peinture, p. 1 53.

Justi. — Amalie Elisabeth Landgraefin von Hessen. Giessen ,

8°, 1812. « Hessischer Obristleutnant Ludwig von Sigen ein geborner Kœlner» (dans la préface).

Zani. — Enciclopedia delle belle Arti. Parma, 8°, 1819-24. Au mot Siegen et en note.

Fiorillo. — Geschichte der zeichn. Künste in Deutscbland. Hannover, 8°, i8i5-20.T. III, page 174* » Es istvœllig ausgemacht dass diese Erfindung dem berühmten Ludwig von Siegen , einem hessischen lieutenant ira Jahre 1648 angehoert. »

Joubert. — Manuel de l’amateur d’estampes. Paris, 8°, 1821. T. II, p. 77, et à la page 6 il l’appelle L. C. de Siegen.

Duchesne aîné. — Notice des estampes exposées à la Bibliothèque du roi. Paris, 8°, 1823, p. 44 et 42* Texte du Musée français. Nouv. éd. Paris, Galignani, gr. fol., 1829-30. T. III, p. 16.

Michael Bryan. — A biog. and crit. Dictionary of painters and engravers, London, 4 » 1816. A l’art. Rupert, il cite l’opinion de Venue Walpole, et à l’art. Siegen, qu’il appelle lieutenant-colonel hessois, l’opinion de Heinecke.

M. Malaspina di Sannazaro. Catalogo di un raccolta di stampe antiche « Si attribuisce a certo Luigi van Siegen o Sichem, tedesco. » Milano, 8°, 1824. T. I, p. XLIV.

Dictionnaire technologique. Paris, 8°, 1827. — «Elle fut inventée (la manière noire) par un certain Louis de Sieghen , ou Sichen lieutenant-colonel au service du prince de Hesse Cassel. » T. X, p. 346.

London, Encyclopædia, 8°, 1 835. Au mot Mezzotinto : « It was a lieutenant colonel de Siegan who first engraved in this manner. »

James Dallaway. — Walpole-Vertue, cat. of Engravers, tom. V, des anecdotes. London, 8°, i828,p.ioien note, fait de Siegen l’inventeur, et de Rupert le patron ou protecteur.

(Th. Wilson.) — A Catalogue raisonné of the select collection of engravings of anamateur. London, 4°> 1828. (Private printed), page 124. lt is now very generally acknowledged that the lieutenantcolonel Ludwig von Siegen is the inventor of engraving in mezzotinto.

G. Longhi. — La Calcografia. Milano, 8°, i83o. L’invention par Louis de Sieghen fut portée en Angleterre par Robert, sous Charles Ier, p. 201.

R. Weigel. — Cat. von Kunstsachen und Bûchera. Leipzig, 8°, 1 833- 35, p. I, n° 984* 85, p. If, n° 2808.

Theodor Thon. — Lehrbuch der Kupferstecherkunst, formant le 54e vol. du Neuer schauplatz der Künste. llmenau , 8°, i83r. « Welche Erfindung mit Sicherheit dem hessischen Oberstleutnant Ludwig Siegen zugeschrieben werdenkan, » p. 288, § 1 43-

D. C. (Düchesne). — Encyclopédie moderne de Courtin, t. i3, 8°, i832. «La gravure en Mezzotinte. L’invention de cette manière de graver est due à Louis de Siegen , lieutenant au service du prince Robert, vers ijSi 1; on ignore ce qui a pu l’amener à la découverte de ces procédés. » Cette même phrase est répétée dans le Dictionnaire de la Conversation et de la Lecture, au mot gravure. Paris , 8°, i836.

Stef. Ticozzi. — Dict. degli architetti, scultori etc, etc. Au mot Siegen qu’il appelle Sichem, et à l’art. Robert, plein d’erreurs. Milano, 8°, 1834.

Moritz Henrici. — Die Kupferstechkunst und der Stahlstich. Leipzig, 8°, i834. Il copie Quandt : Mœglich uberhaupt dass zwei Personen (Siegen et Rupert), diese Erfindung zu fgleicher Zeit gemacht haben.

Dot. Giulo Ferrario. — LeClassiehe stampe. «Nata in Germania per opéra di Luigi de Sieghen e portata in Inghilterra dal principe palatino Roberto di Baviera sotto il regno di Carlo I, » page 1 19 et page XXVII de l’introduction. Milano, 8°, i836.

Une multitude d’ouvrages lG ne font que répéter en abrégé le peu qu’on trouve dans ceux que j’ai cités; d’autres, sur-tout en France et en Italie , omettent complètement ce genre de gra-

*6 Cette chasse aux livres , à des ouvrages si peu connus et pour la plupart si peu utiles à connaître, était très fastidieuse. Je l’ai cependant poursuivie en conscience, parcequ’elle me servait à compléter le catalogue des livres qui traitent de l’art d’imprimer. Voir au I" volume.

vure '7. Les dictionnaires et ouvrages encyclopédiques sur les inventions n’ont été véritablement en vogue qu’à une époque où ils ne pouvaient faire mention de l’invention de Siegen. Sans rappeler les livres plus anciens, on a sur ce sujet les ouvrages de L. Contarini, G. Pastregicus , Bruno di Melfi, J. Matthæus, Polydor Yergil, Al. Sardi, M. A. G. Sabellicus. Celui de Michel Mayer (Verum inventum , hoc est munera Germaniæ ab ipsa primitus reperta, Francofurti , 8°, 1619 et en allemand, même lieu, même date) eût été sur-tout intéressant, puisque l’auteur avait servi sous le landgrave Moritz , et se serait attaché à célébrer l’invention de l’un des serviteurs de ce prince; mais son ouvrage parut en 1619, et lui-mêmermourut en 1622. D’autres livres ne traitent que de la partie technique (Abrah. Bosse, Alex. Brown e , A general Dictionnary of arts, the Handmaid to the arts, etc., etc. , etc. ) J’aurai l’occasion de les citer et de m’occuper de leurs définitions plus tard.

Enfin 18 une erreur avait engagé plusieurs auteurs à chercher l’origine de la gravure en manière noire dansun petitnomhre de planches

‘7 Je pourrais citer ces ouvrages pour prouver le peu d’intérêt que depuis plus d’un siècle on montre pour cette espèce de gravure. Je ne mentionnerai que les plus modernes. M. Duchesne ( Voy. d’un Iconophilc, Paris* 8°, 1 834 ) a publié en 1834 le résultat de ses observations dans les Cabinets les plus remarquables; on n’y trouve pas la mention d’une seule gravure au racloir ; l’explication qu’il donne lui-même du titre de son ouvrage aurait fait espérer une attention plus générale sur toutes les branches de l’art. — M. G. Rathgeber, dans sa description des collections de Gotha (Beschreibung der herzog. Muséums zu Gotha. — Gotha, 8°, 1835), ouvrage qui porte en titre: Beim Studium der Geschichte der neuerenKunst als Leitfadeu anwaenbar, donne une description chronologique des planches des différentes collections de Gotha depuis l’origine de la gravure jusqu’en 1C75 , et il passe sous silence cinq des plus belles planches de Siegen et deux de Rupert, sans doute comme objets indifférents et n’appartenant pas à l’art. — Guilo Ferrario, dans sa Collection choisie des plus belles productions de la gravure depuis son origine jusqu’à nos jours 1836, trouve dans son goût assez de libéralité pour vanter comme classiques les ouvrages de plus de 300 gravures , et ne réserve pas, dans ce nombre, une seule place pour des noms comme Siegen , Rupert, Vaillant , Place , Verholje, Barras, Huchtenburg, Cousin, etc., etc.

18 Millin, en s’exprimant d’une manière trop peu précise, semble avancer que G. And. Wolfgang est l’inventeur. Zani, Encyclop. méth. part. lre, tome XIX, page 371, note 9, réfute déjà cette opinion par l’objection toute naturelle de la date de la première planche 1643 ( 1642) rapprochée de celle de la naissance de Wolfgang 1631.

de Rembrandt, qui en ont l’effet. Gersaint disait : « On le doit regarder comme l’inventeur de cette dernière gravure, qui n’est devenue en usage que depuis lui. » (Cat. raisonné. Paris, pet. 8°, 1761, publié par Helle et Glomy, pag. XXX. )

Dan. Daulby ( A descript. Catalogue of tlie works of Rembrandt, Liverpool, 8°, 1796); John Smith (A Catal. raisonné of tbe Dutch and Flemish artist, vol. VII, Rembrandt , 8°, 1736), ne font à cet égard aucune remarque importante.

Depuis cette opinion a été réfutée (Bartsch Cat. raisonné de Rembrandt, p. XXXVII, Vienne, 8°, 1797; Barthsch Kupferstichkunde, Vienne, 8°, 1821, pag. 233; Claussin Cat. raisonné de Rembrandt, Paris, 8°, 1824-28, Supplément, avant-propos, pag. VIII). Et en effet, c’était une singulière confusion introduite dans les classifications , que de ranger dans ce genre de gravures des estampes seulement parcequ’elles étaient d’un effet vigoureux. Gilpin (Essay, p. 62); Jansen (Essai, 1. 1, p. 49); Josi (Beredeneerde catalogus der Werkœn van Rembrandt van Rhyn, Amsterdam, 8°, 1810, page IX), et d’autres pensaient que Rembrandt ayant vu des gravures au racloir chercha à les imiter. S’ils ont entendu par-là qu’il adopta en tout ou en partie les procédés de Siegen, ils se sont évidemment trompés, et j’aime mieux penser qu’ils croyaient seulement que Rembrandt fut mené à l’idée de laisser sur le relief de sa planche une partie du noir pour créer ce velouté des ombres et de demi-teintes que la gravure au racloir lui montrait.

Je ne sais toutefois m’expliquer pourquoi ce hardi novateur ne s’empara pas de cette nouvelle invention pour rendre plus puissamment ces effets surprenants qu’il s’usait à faire ressortir de moyens longs et imparfaits.

Deux de ces gravures ainsi traitées furent exécutées en 1 654 et 55, mais, comme le S' Jérome est de 1642, il est plus simple de penser qu’un aussi grand maître que Rembrandt n’avait pas besoin de l’impulsion de nouvelles découvertes pour comprendre les moyens de rendre des effets d’ombres et de demi-teintes qu’il saisissait dans la nature.

Voici, au surplus, quelques unes des planches qui pourraient

tromper un amateur peu au fait des moyens techniques de la gravure.

L’Adoration des bergers ;l’un d’eux éclaire toute la scène avec sa lanterne placée au milieu. Une des Fuites en Egypte éclairée de la même manière. Un Savant assis devant un livre; la scène est éclairée par une seule lumière fixée au mur. Un autre lisant un papier; la scène est éclairée par la fenêtre de droite.

La Pièce de ioo florins, le Grand Copenole, le Jeune Harring 1 655 , le fameux bourguemestre Six, dans les bonnes épreuves et aussi l’Étoile des rois etc., etc. Ses élèves, Bol sur-tout, adoptèrent cette manière et y réussirent.

Ces planches n’ont, je le répète , aucun rapport avec la manière de graver qui nous occupe; aussi les catalogues de Rembrandt ne connaissent point de gravures en manière noire19, et les œuvres de ce maître les plus célébrés que j’ai consultées, à la Haye (baron de Yerstolk), Amsterdam, Paris, Berlin , etc. , n’en admettent aucune.

Et cependant la question subsiste : Rembrandt a-t-il gravé au racloir? Ce grand artiste ne termina son active carrière qu’en 1674 à Amsterdam , dans cette ville où trente deux ans avant L. de Siegen exécutait et donnait au public sa première planche. On s’expliquerait qu’il fît peu d’attention à une invention qui, dans son origine, semblait d’une exécution pénible et bornée. Mais que depuis 1660 jusqu’à sa mort il ne l’ait pas jugée digne de plus d’attention, ceci semblerait impossible, sur-tout lorsqu’on sait que ce peintre se trouvait en rapports directs avec le prince Rupert, qu’il faisait2" son

*9 Plusieurs graveurs, comme J. van de Velde, P. deMolyn , Bary,M. Wilmann et d’autres , ont donné à leurs gravures un ton foncé, et à l’exécution de leurs travaux une manière quia été tenue par plusieurs pour de la gravure en manière noire; il n’est pas nécessaire de s’attacher à contredire cette opinion. On a été même jusqu’à supposer que Cranach avait eu connaissance des procédés du berceau et du racloîr. Le fait est que sa planche du Christ, gravée au burin, est mal ébarbée, mais n’offre rien de particulier; la seule singularité qu’elle présente, c’est que l’inhabileté de l'artiste donnait à sa planche un genre d’attrait que Rembrandt acquit à force d’habileté.

20 J’ai cherché vainement la peinture originale à la Haye ; deux têtes conservées au Musée ne correspondent point avec les traits du prince. Green a gravé une planche au racloir d’après l'original.

portrait, et que celui-ci n’a sans doute pas manqué de profiter des connaissances d’un aussi habile praticien.

Je n’ai trouvé, il est vrai, malgré des recherches attentives, aucune planche que j’aie pu lui attribuer avec certitude, bien que des productions anonymes présentent quelques particularités de son talent. J’ai donc renoncé au plaisir de le placer dans ma collection, mais je n’en persiste pas moins dans l’opinion qu’il a gravé de cette manière, et s’il n’en subsiste aucune preuve, c’est qu’il les aura détruites, soit qu’il craignît de faire du tort au débit de ses planches antérieures, ou qu’il fût peu content de ses premiers essais.

Telle était la situation de nos connaissances sur un point intéressant de l’bistoire de l’art; obligé de faire entrer dans une histoire générale de la gravure cette branche historiquement trop négligée, je dus m’occuper de recherches plus fructueuses que celles qu’on avait essayées jusqu’à ce jour; j’eus recours aux deux sources des documents authentiques, les archives pour les actes, les collections pourle monuments. Je commençai par Cassel que je croyais être la patrie, et le lieu de séjour de l’inventeur Louis de Siegen. Malheureusement je ne trouvai pas dans cette ville la protection que je devais attendre du successeur de tant de princes éclairés. Les actes les plus intéresssants concernant les Siegen doivent se trouver dans les archives du cabinet du régent de Hesse à Wilhelmshoehe : l’entrée m’en fut refusée.

Repoussé de ce côté , je m’adressai au ministre de l’intérieur, M. Hassenpflug, et à M. de Rommel, directeur des archives. Je ne puis assez louer la bonté avec laquelle ils me firent ouvrir tous les dépôts appartenant à l’état.

L’absence de toute notion rendait précieux le moindre document, mais en même temps difficile la direction à donner aux recherches. Il s’agissait de trouver des actes concernant une famille particulière pour laquelle je n’avais d’autre guide qu’un nom, et cela dans des archives rangées par époques politiques dans un ordre d’autant plus précaire qu’il est question depuis nombre d’années de fondre et de réorganiser les différents dépôts. Ce travail fut pénible, le résultat peu satifaisant. Après avoir parcouru les parties des archives

deCassel qui pouvaient présenter quelques chances de découvertes, j’écrivis à Wolfenbiittel à monsieur Schœneman21, et j’allai à Fulde, où je ne trouvai rien d’intéressant; de là je passai à Darmstadt; le ministre de l’intérieur et des affaires étrangères m’introduisit lui-même dans les archives de l’état; les papiers concernant le fief de Sechten se trouvaient réunis et enregistrés régulièrement au catalogue , le travail fut facile. Je partis alors pourLeyde afin de rechercher quel pouvait être le procès dont parle Jean de Siegen dans l’une de ses lettres; j’espérais qu’il aurait nécessité la production de quelque papier de famille. Deux jours passés dans les archives du greffe de cette ancienne ville me convainquirent de la difficulté des recherches et de la probabilité qu’elles auraient peu de succès, puisqu’il s’agissait d’une seconde instance qui ne pouvait avoir été jugée qu’à Amsterdam ou à la Haye. Je fis les mêmes recherches dans les archives du royaume, conservées dans ces deux villes; je ne fus pas plus heureux , bien qu’on me permît de consulter des registres bien tenus, depuis le milieu du XVIe siècle jusqu’à nos jours.

Telle a été la marche que j’ai suivie dans mon travail ; et si je la fais connaître ici, c’est afin de prouver que je n’ai rien négligé de ce qui pouvait éclairer cette histoire.

21 M. Schœneman a eu la bonté de faire faire des recherches dans les archives de cette ville ; on n’a pu retrouver que les pièces d’un procès sans intérêt , dont je donne le résumé plus loin.

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