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NAISSANCE ET ÉDUCATION DE LOUIS DE SIEGEN

Le nom de Siegen , originaire de la Westphalie, dans le Westerwald , appartient à une ville , à un comté , et désigne une des branches de la maison de Nassau. Il apparaît à une époque reculée dans les actes de ce pays en rapport avec la maison de Hesse. En outre, en i45o,un Jean Egyehard de Siegen , secrétaire du comte Philippe de Nassau , se reconnaît vassal du landgrave Louis de Hesse, et reçoit six florins de rente, affectés sur Giesen,et payables à la Saint-Jean. L’acte est passé dans les formes ordinaires. Il y est dit qu’il reçoit cette somme pour services rendus au père et au frère du landgrave et à lui-même. Ce Jean Egyehard vint-il s’établir à Cologne , et le nom de sa ville natale devint-il celui de ses enfants, serait-il alors un des ancêtres de celui auquel ces pages sont consacrées? je ne sais; ce n’est que près d’un siècle plus tard, en i523, que Godart de Siegen et Helena sa femme, habitants de la ville de Cologne, paraissent dans les actes. Sept ans après, leur fils Arnold, bourguemestre de la ville, achète d’Adam Kœse le fief de Secliten22, et relève, par ce fait, et l’inscription au Manbucli, du landgrave de Hesse, Philippe-le-Magnanime.

Leur noblesse, la place de bourguemestre, les rentes qu’ils touchent , font supposer à cette famille une position élevée , honorable et aisée. Arnold leur fils, malgré les contestations de son plus jeune frère Jérome, hérita du fief deSecbtenàla mortde son père en 1679; cinq ans plus tard , lui-même meurt, et laisse à ses trois fils Jérôme, Jean et Frédéric, la succession^ de ses biens.

Mais avant cette époque les deux plus jeunes de ces enfants ne voyant pas dans la fortune de leur père une existence assurée pour l’avenir, avaient été chercher fortune ailleurs; l’un était entré au service de Hollande, l’autre paraît s’être établi en West-

21 Voir , au résumé qui précède , l’origine de ce fief, qui était situé près du village de Keldenich , dans l’évêché de Cologne. Des Scherffgen , Dœrnberg, etc , l’avaient possédé.

phalie. Ils avaient abandonné à leur frère aîné l’administration du fief de Sechten contre une rente.

Jean rencontra à Utrecht, qui lui servait peut-être de garnison , la veuve d’un sieur Hermann de Breil , fils d’un vieux militaire mort au service du prince Guillaume d’Orange. Cette veuve était espagnole d’origine, et s’appelait Anna Ferez l3; elle avait un fils de son premier mari que Jean éleva comme un des siens , malgré les neuf enfants qui remplirent bientôt sa maison. Cette famille vivait ainsi tranquillement en Hollande lorsque la mort vint dissoudre les liens qui l’unissaient. Jean perdit sa femme en 1619; vers cette époque son fds adoptif, Marcus de Breil, avait été pour lui l’occasion d’un rapprochement avec la cour de Hesse, dont il se reconnaissait vassal.

C’était alors le règne du landgrave Moritz , fds du savant et respectable Guillaume IV. Vénéré dans l’histoire de la Hesse comme souverain paternel, il prend sa place , dans l’histoire générale, comme politique habile , sinon heureux ; il y brille sur-tout par une foule de connaissances variées. Un auteur contemporain disait de lui : « Poeta est, Orator est, Philosophus est, Jurisconsultus est, Theologus est, Musicus est, et quis non est 14 î » En

23 Voici la descendance telle que je suis parvenu à 1 établir :

1450. Jean Egyehard.

1523. Godard (Helcna).

1579. Arnold-le-Vieux. — ( Catharina Wulff. )

1584. Arnold-le-Jeune. — (Gertrude Oberlingk. ) — Ilieronymus.

Branche de Secuten. Branche de Hollande. Branche de Westpiialie.

15G4. Ilieronymus. 1569. Jean (Anna Ferez). 1570. Friederic.

Hildebrandt. — Jean-Guillaume. 1603. Jean. 1606. Philipp.

| . 1607. Frédéric. 1609. Louis. 1615. Benjamin.

Boniface. |

| Plusieurs enfants.

Jean-Guillaume. — Engelbrecht.

| Famille des Perez.

Joseph Clamor. Marcus Perez. — Lopez de Villanova. — Son frère Martin Lopez.

Le fief de Sechten, à l’exlinc- 1619. Anna Perez. — De Breil. Jean de Siegen.

tion du dernier des Siegen en 1762 , passe aux Monschau.

Lanzius (Fred. Arch. duc de Wurtemberg) in consult. Europ. pag. 48 cilédans l’Hist. générale, tome II, page 23.

effet, il savait toutes les langues 25 et cultivait toutes les sciences 26 ; la poésie même, ainsi que la musique 27 , firent diversion à ses études sérieuses.

Ce prince, en mettant, à la vérité, quelque prétention à l’universalité des études , semblait cependant avoir été disposé plus particulièrement à l’éducation de la jeunesse; il y consacra son temps, ses soins et l’activité de ses pensées23. La première impulsion lui fut donnée par l’examen de l’éducation que recevaient ses pages et autres jeunes seigneurs destinés à la cour; il vit com-

25 On peut consulter, sur le caractère et les connaissances de ce prince, les nombreux documents et manuscrits conservés dans les archives. Parmi les ouvrages imprimés , je citerai : Combach , Stegman , Jœcher, Gasparson, Weber, Strieder, Justi, etc., etc.

26 Les arts semblent avoir été étrangers à ses goûts et leur pratique à ses habitudes. Il ne se trouve rien dans l’organisation des écoles communales qui ait rapport aux arts, les musées hessois ne conservent aucun souvenir remarquable de cette époque, et enfin la quatrième de ses lois ou ordonnances ecclésiastiques ordonne 1 d’arracher les images s de toutes les églises.

J’ai parcouru , à la bibliothèque , deux fortes liasses de plans de sa main et de nombreux projets d’architecture dessinés à vol d’oiseau , avec facilité , mais sans talent et pas même en perspective. Les nombreuses constructions du Weissenstein (Moritzheim, Mauritiolum, Leucopetraeum, Julianenburg, Napoleonshœhe, Wilhelmshœhe) n’indiquent rien d’original dans le goût, et seulement un intérêt vif pour la magnificence dans l’architecture.

27 Dans les nominations , par Moritz , de plusieurs comédiens, je lis qu’ils exécuteront toutes sortes de pièces : Wie wir dieselbenn selbst erfindenn undt ihme angebenn werden. ( Voir Strieder et Gasparson pour quelques unes de ces pièces.) Moritz, comme son père, aimait beaucoup la musique. Les archives sont pleines de nominations d’instrumentistes, Musikanten , etc. , etc., qui formaient la chapelle. J’ai compté une douzaine de Capellmeister. J. Combach, dans son éloge de Moritz (de exitu, vita, ac virtutibus Mauritiij , parle de ses compositions qu’il traduit par motetas , concertas , madrigalas, intradas, pavanas, courantas, etc., pag.75.

On trouve aussi les dépenses de ses nombreuses constructions et les appointements de quelques artistes; parmi ceux-là j’ai remarqué le nommé Lueneman Steinschreiber. Ce dessinateur sur pierre n’est autre qu’un de ces graveurs en relief sur pierre lithographique tels qu’ils existaient en Bavière et en liesse au seizième siècle. Je me suis occupé de ce procédé dans le plan d’une Histoire de la lithographie depuis le seizième siècle jusqu’à nos jours. J’ai pensé que plus nous nous éloignions de l’origine de cette invention utile , plus il fallait s’attacher à conserver les notions historiques que nous en avons.

28 On peut voir , à la bibliothèque et aux archives de Cassel, des preuves de cet intérêt et de cette direction de fait. Les détails les moins importants sont le sujet de ses observations. — Depuis 1604, l’école transférée à Marburg avait perdu la direction puissante de son fondateur et exigeait par son état même une réorganisation.

bien l’instruction qu’on leur donnait était imparfaite pour l’existence à laquelle ils étaient destinés , et il résolut d’y remédier. La Hesse avait eu la première université protestante , fondée à Marburg en 1627 ; elle devait aussi avoir le premier collège de la noblesse et les premières écoles communales dirigées sur un plan uniforme. Un premier essai fut le collège de la cour (Hofchule scola aulica) qu’il établit à grands frais’9 dans le château en iâqâ, et auquel il admit des pages et quelques jeunes nobles.

La vivacité de son esprit habitué aux recherches et à la réflexion , fixant toujours davantage son attention sur cette partie si utile du gouvernement, lui permit vers la fin de 1617 de fonder sur des bases toutes nouvelles un établissement plus vaste en même temps que mieux entendu 3o. C’est à cette époque que Jean de Siegen lui écrivit de Hollande pour lui demander la faveur d’admettre dans sa nouvelle école le fds de sa femme, le jeune Marcus de Breil.

Ce collegium Mauritianum, le premier établi, sur ce pied et dans ce but, en Allemagne, avait eu pour modèle, je le rappelle avecplaisir, notre ancien collège de 31 Navarre et celui de Soroe 32 en

29 Er wandte dreymal Hundert Tausend Gulden auf dessen Einrichtung ( Stegmann , § 5, p. 6. Justi , p. 37.) Ceci me parait ridiculement exagéré ; rien ne motiverait de pareilles dépenses. Je ne trouve dans les comptes que les frais de réparations; l’ameublement (lits, tables , etc. ) est porté dans les registres comme fourni par les magasins de la cour.

30 Tous les écrits de Moritz montrent cette connaissance de l’état des études à l’étranger et , pour ainsi dire, de la topographie de la science. On doit consulter l’instruction qu’il donna au précepteur de deux jeunes gens ( Dœrenberg et Ivendcl ) au moment de leur départ pour un long voyage ; dans chaque pays , et presque à chaque ville il leur indique les savants qu’ils doivent visiter, les études qu’ils doivent suivre. — Passim tum in Belgio tum alibi rebus mathematicis, quæ ad usum bellicum spectant, tum dimensionum rationes et ejusmodi artificia pingendi et delineandi ut addiscant, curabis. Page 19, § De studiorum rationc, dans Gasparson.

31 Fondé en 1304 par la royne Jeanne, femme de Philippe-le-Bel. — La pluspart des jeunes princes, seigneurs et gentilshommes, sont coustumierement nourris et instruits en ce collège plustot qu’en autre, tant pour son assiette bien aérée et pour la netteté en laquelle on l’entretient que pour l’esgard de sa royale fondation. Antiquités de Paris , page 307. Paris , fol. 1640; et les diff. ouvrages sur l’histoire de cette ville.

32 Soroe dans l’ile de Seeland. Frédéric II, et plus tard, son fils, y fondèrent, au lieu d’une abbaye sécularisée, un coll. de la noblesse qui, à cette époque, servait de modèle. Voir les Descriptions du Danemarck , etc., etc.

Danemarck ; il admettait la noblesse de tous les pays , et l’on trouve encore, dans les actes et les nombreux états conservés dans les archives , les noms et les souvenirs des fds de grands personnages de l’Angleterre, de la Hollande, de la France et de l’Espagne, qui venaient profiter entre égaux d’une éducation que des ordonnances sages et pleines de réflexion pratique avaient annoncée à toute l’Europe 33.

Si les sciences étaient également enseignées à tous, les arts étaient réservés pour ceux qui s’y montraient disposés ; on y apprenait lequitation, la voltige, les armes, la danse, le dessin, la peinture (Abrissen und Malerey), etc. , etc.

Le landgrave dans les premiers temps fut le véritable directeur 34 ; plus tard il fit venir un sieur de Borstell qui avait déjà l’habitude de ce genre de surveillance. Vers la fin de 1619 Jean de Siegen perdit sa femme; il dut songer à l’avenir de ses neuf enfants et à leur donner une éducation digne du nom, sinon de la fortune qu’il pouvait leur laisser; l’admission du jeune Marcus de Breil dans le collège des pages du landgrave et ses rapports avec ce prince éclairé lui firent tourner les yeux vers la Hesse , et ce ne fut point en vain, puisqu’à peine arrivé à Cassel avec une partie de sa famille 35, il fut admis parmi les conseillers de la chancellerie, et il eut l’honneur bientôt après (ier avril 1620) d’être nommé à la place de précepteur en chef, poste d’autant plus flatteur que le prince y attachait plus de prix. Les appointements étaient considérables; il avait uniforme, et trois chevaux dans son écurie; en même temps deux de ses fils, Philippe et Frédéric, nommés pages

33 On fera bien de rechercher ces ordonnances. Ausschreiben Unsers von G. G. Moritzen L. zu Hessen gedruckt zu Cassel durch Wilhelm Wessel 4°, 1618, et réimprimé dans : Kurze Historié der Gelehrtheit derer Hessen, page 429. Cassel, 8°, 17 25.

34 Simultanément avec cette fondation il publia une suite d’ordonnances en latin et en allemand (Schuel Ordnung , Cassel , 4°, 1618, plus tard dans les Landes Ordnung , Cassel, f. , 1767 , pages 593-605) pour l’organisation des écoles dans tout le pays ; on y trouve des institutions pleines de justesse et d’à-propos qui, de nos jours , seraient regardées comme ordinaires , mais qui à cette époque pouvaient passer pour remarquables.

35 II avait laissé en Hollande ses filles et le plus jeune de ses fils , chez les parents de sa femme.

du landgrave, furent admis dans l’établissement à titre de boursiers (stipendiarii nobiles).

En mars 1621, Jean de Siegen va à la foire de Francfort pour ses affaires; il veut se faire remplacer par un des professeurs, mais le landgrave s’y oppose et répond qu’un noble seulement peut être à la tête de cet établissement scientifique; n’oublions pas qu’il y a de cela deux cents ans. Dans cette même réponse , le prince lui permet de faire revenir de Hollande, où il l’avait laissé près des siens, le troisième de ses fils, Louis; il lui promet de le nommer page près de l’un des jeunes princes, et de le placer dans le collège aux mêmes titres que les autres.

C’était une situation douce pour un si excellent père que cette direction obligée sur l’éducation de ses enfants; je chercha à me représenter le temps où Louis de Siegen dans son petit costume fourni par le « Hofschneider , » ses livres sous le bras, venait un des premiers profiter, sous la protection paternelle, de cette noble institution.

Il descendait alors par le Marck, la vieille Fuldegasse, et, laissant à gauche l’ancien pont, il entrait par la porte cintrée que surmonte encore son ancienne inscription 36.

Car ce quartier semble avoir voulu conserver quelque chose de son aspect du moyen âge ; ce sont bien ces pignons avancés , ces étages en surplomb, ce désordre de lignes, et ce manque d’aplomb; on voit bien que , lorsque Siegen passait, ces vieux édifices, contemporains d’une autre époque, étaient déjà là.

C’est dans le courant de 1623, à la suite de quelques difficultés, que la direction du collège lui fut otée ; ses fils y continuèrent leur éducation, tandis que , accompagné de Jean , l’aîné , il passa l’année

36 Voir, pour l'ancien Cassel, le plan de celte ville dans M. Scheffern genannt Dillicli. — Ilessische Chronica. — Cassel, 4°, 1(105, 1" partie, p. 155.

Cet ouvrage sort des presses de W. Wesel; les gravures, exécutées sur cuivre, sont imprimées dans le texte. Une seconde édition a paru sans gravures. Ce Dillicli était historiographe et géographe de Moritz ; il publia , outre cette description , aussi celles de Brème et de Constantinople ; le temps commence à donner du prix à ces compilations. Voir aussi Schmincke Bescli. Voir Cassel , à la fin , dans le plan , aux n°' 57, 58 et 59. Il donne aussi l’inscription.

1 624 en mission tant en Hesse qu’en Iiolstein Mecklemburg et Poméranie jusqu’à Dantzig.

A son retour, il écrit une longue lettre en italien à Moritz, qui aimait à mettre en pratique ses connaissances philologiques. Il sollicite pour lui, mais plus instamment encore pour ses fils. II desirait voir l’un d’eux attaché au fils du landgrave , qui devait , disait-on, voyager en France et en Hollande; de cette manière, sur-tout s’il eût étudié à Leyde, il aurait pu poursuivre un procès que les Siegen avaient devant la cour d’appel de Hollande ; mais ce projet ne put se réaliser. Le prince ne voyagea pas; la peste était à Leyde, et les fils de Siegen restèrent à Cassel 3?.

L’année suivante , ne 38 pouvant obtenir pour eux l’appui qu’il desirait, il les envoie, l’un à Herborn 39 en Westphalie, l’autre en France, pour étudier et terminer ainsi une éducation qui les rendît aptes à toute carrière. C’était une charge d’autant plus pesante pour lui, que la guerre en ravageant ses terres dans lePfalz avait supprimé les revenus du fief de Sechten que son frère lui payait; qu’en outre on refusait, que l’on différait au moins le réglement de l’arriéré de ses comptes. Dans ses sollicitations en 1625, 26 et 27, toutes les fois qu’il réclame un emploi soit à la direction de l’hôpital, soit à la place de bailly de Wolfshangen, c’est toujours par la seule raison de soutenir sa famille, de donner à ses fils les moyens de voyager et de s’instruire, et enfin de présider à l’éducation de ses filles. On voit le père qui ne vit plus que dans l’avenir de ses enfants.

37 Ils y restèrent jusqu’en 1626, c’est-à-dire aussi long-temps qu’ils en avaient besoin et par hasard aussi long-temps que l’établissement fut en prospérité , car bientôt tous les éléments de dissolution vinrent le ruiner à l’envi. En 1626, la peste se déclara à Cassel ; professeurs et élèves en furent frappés ou dispersés par la crainte. En 1627, Moritz, par son abdication, en abandonne la direction protectrice; et enfin un fléau plus funeste, pour les sciences et les arts, que la peste et l’abandon , s’étendit avec toute sa fureur sur l’Allemagne ; la guerre de trente ans , pour n'avoir que dix ans alors, était déjà de belle venue. À la fin de 1627, Guillaume V se fait présenter un mémoire (GeneraliaCam. Arch.) suri état du collège, et se décide a le suspendre totalement, parla raison assez simple qu’il n’y a plus d’élèves, et que seulement de vieux professeurs infirmes y demeurent (Jacques le Page , Schœnfeld], Grobius et Seiler ).

3S L’aîné , Jean , était déjà placé ; il s’agit ici de Philippe et de Louis.

3£> Fameuse école du temps.

Rien ne lui fut accordé ; aussi cessa-t-il toute sollicitation lorsque son ancien protecteur vint à lui manquer. Moritz, rebuté par les discussions qui s’élevèrent à la suite de la malheureuse succession de Marburg, avait abdiqué 40 ( 1627; il mourut le i3 mars i633), et laissa le gouvernement à Guillaume V, son fils.

Jean se décida alors à quitter la Hesse, et il retourna en Hollande où il avait toutes ses relations de famille tant par sa femme que par sa sœur qui s’était mariée dans ce pays en 1626. Après être resté quelque temps dans le pays de Juliers ( Jülischland), il s’établit à Kampen 4‘. C’est là qu’il continua à vivre tranquillement, réclamant de temps à autre le paiement de soldes arriérées qu’on accordait plutôt à l’ancien serviteur qu’à ses droits rigoureux. Vers 1 655 il mourut âgé de plus de 80 ans.

Louis deSiegen avait quitté le collège noble de Casselen 1626, et jusqu’en 1637 nous le perdons de vue sans autres renseignements sur sa vie que l’indication de voyages en France, en Hollande et en Westphalie,pour terminer son éducation et commencer sa carrière militaire 4\ Pendant ces dix années il forma ses goûts et développa ses talents. Les Pays-Bas durent encourager de préférence ses dispositions, et c est dans cette contrée précoce où les arts furent de tout temps pratiqués avec succès qu’il put exercer la peinture et s’initier à la gravure si généralement en usage dans les ateliers des plus grands artistes. Aussi bien n’aurais-je pu établir quel’éducation artistique de Louis de Siegen ait pris son origine en Hesse, où les arts trouvèrent peu d’encouragements. Les actes des archives, de mê-

40 M. deRommel, dans son Histoire de la Hesse , M. Bernhardi dans un Répertoire spécial des historiens ou auteurs qui traitent de la Hesse, fourniront l’indication des sources à consulter. Les documents que j’ai réunis n’appartiennent point ici.

41 Je ne sais trop quel est ceKampen. J’en trouve un près de l’embouchure de l’Yssel dans le Zuidersce; cette ville fut prise par les Français en 1672, et les fortification rasées l’année suivante. — ( N. G. von Kampen Staat en Aardrykskundige Beschryving van het Konigrijk der Nederlanden. Haarlem, 8°, 1727, p.406). L’autre, qui s’écrit toujours Kempen , est situé sur la rive gauche du Rhin dans les Pays-Bas.

42 II ne serait point impossible que L. de Siegen se fût enrôlé dans les troupes qui firent la première campagne pour soutenir les droits du prince Charles-Louis, et que de celte époque datât sa liaison avec le prince Rupert; mais je n’ai rien trouvé qui m’autorisât à l’affirmer.

me que la direction morale des landgraves depuis Philippe-le-Magnanime, prouvent que les arts n’ont jamais été auxseizième et dixseptième siéclesà Cassel qu’un objet fort secondaire, non seulement soumis aux influences de l’époque, les discussions religieuses, les guerres, les épidémies, etc., etc. , mais aussi qu’ils furent repoussés parmi les objets futiles et inutiles par une tendance scientifique qui disposait tous les fonds à l’achat de montres, d’instruments de mathématiques ou d’astronomie.

Je publie en appendice ce que j’ai trouvé dans les archives de la Hesse qui peut avoir rapport aux arts; on verra que l’imprimerie vint à Cassel i5o ans après son invention; que les peintres étaient sans mérite, de même que les monuments qui subsistent de cette époque sont sans intérêt 43 ; qu’il n'y eut pas un seul graveur hessois dans tout le 17e siècle; que Wessel , graveur en bois, était de Brême, et que les estampes publiées par Dillich, d’ailleurs très médiocres, étaient exécutées par des étrangers hors Cassel.

Malade de la poitrine, selon les uns, empoisonné, selon d’autres 44, le landgrave de Hesse mourut (21 septembre i63y)au milieu des champs de bataille et des ravages de ces guerres du dixseptième siècle, qui semblaient renaître de leurs sauvages dévastations.

Par bonheur pour la Hesse, à côté d’un enfant veillait une mère , femme plus forte que son sexe, aussi grande que son époque. — Amélie-Elisabeth de Hanau était fdle de Philippe-Louis II , comte de Hanau, et de Catherine Belgique, princesse d’Orange45. Mariée en 1619, elle avait eu quatorze enfants en dix -huit ans, et n’était

4 3 Dans un article sur les monuments de la Hesse, de Rornmel convient que les arts furent peu protégés. Malereien, eine in vaterlandischer Hinsicht seit der Reformation sehr uncrgiebige quelle.

Ueber Quellen undHülfsmittel der Hessischen Geschichte Zeitschrift des Hess. Vereins, 2 cah. , page 115. Cassel , 8”, 183G.

44 Puffendorf , Hartmann, Mylius, etc. , etc. , sont de cette opinion, qui devient vraisemblable lorsqu’on se rappelle le genre de mort de tant de hauts personnages de ce temps. La rudesse des événements habituait les esprits à la violence des moyens.

45 Comme influence morale sur son caractère, je remarquerai que son grand-père était le prince d’Orange, et que sa mère fut aussi régente dans des temps critiques.

âgée que de trente-cinq ans , lorsque son mari lui laissa par sa mort les devoirs de l’autorité46 et les charges d’un avenir orageux; elle s’en acquitta avec une adresse de femme jointe à un courage d’homme , prenant ainsi dans les deux sexes les qualités bien nécessaires à ces temps difficiles.

lies préoccupations du gouvernement ne la détournaient pas des soins domestiques; elle suffisait à tout, et l’éducation de son fils était dirigée de manière à assurer à l’état un régne non moins habile.

Dé retour de ses voyages, Louis de Siegen fut nommé page près du jeune prince 47 qui venait d’arriver à Cassel (1637); en 1639, il reçut le titre de Kammerjunker, et occupa cette charge jusqu’en

46 II avait institué un conseil consultatif de régence dont elle fit peu d’usage. Il se composait, dans l’origine, de cinq membres choisis parmi les plus grands noms du pays, les Malsburg, Dalwigk, etc., etc., et qui, dans certains cas, pouvaient s’adjoindre seize conseillers. — VoirCurlius historischc und polilische Abliandlungcn , p. 161. Sa Geschichte und Statistik von Hcssen Marburg, 8°, 1793, p. 193. G. F. Tenthorn, Neuere Geschichte der Ilessen, loin. X, p. 280. Biedenkopf, 8“, 1779, et les autres historiens de la Hesse.

*7 Guillaume VI était né le 23 m. 1629.

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