INVENTION
Ce sont les trois années, de 1637 à 1641 , qui ont pour nous de 1 importance, car cet espace de temps renferme la découverte de la nouvelle manière de graver. Nous savons que le landgrave Guillaume VI était entouré de maîtres de toute espèce; mais sur-tout que de lionne heure le dessin occupa ses moments 4S. Rien de plus naturel que Louis ait été chargé de le diriger dans cette étude , et qu’il ait rempli ses loisirs par des travaux de gravure. La date de la lettre dont nous allons parler prouve évidemment qu’avant de quitter Cassel , il avait du déjà s’occuper long-temps de cuivre et de hurin, et que l’idée de la gravure au racloir, non seulement lui était déjà venue, mais aussi qu’il avait fait des essais. Cependant l’ignorance, où il laissa le landgrave de la découverte qu’il venait de faire, prouve qu’il tint ses tentatives cachées, et partit de Cassel avec son secret.
En effet, a cette époque et sans que nous en connaissions le motif, Louis de Siegen quitta le service de Hesse, et passa en Hollande 49. Il faut se rappeler que des négociations de paix étaient alors entamées, que les ministres des différentes puissances s’étaient rendus aux conférences ; mais aussi que la guerre se continuait avec plus de fureur, caron semblait vouloir accumuler les désastres, pour
48 Bey Seiner Zurückkunft nach Cassel ( 1637 ; il avait huit ans, étant né le 23 mai 1629 ) wurde er in der Religion , in Sprachen, Wissenschaften, Künsten und ritterlichen Ucbungen unterrichtet. In der Zeichnenkunst , in der kriegs-und burgerlichen Baukunst brachte er es bald so weit dass er selbst gute Zeichnungen und Risse zu vertigen im Stande war. — Amalie Élisabeth Leben, von Justi, p. 57.
4» Rien ne prouve que Siegen entra au service militaire hessois; tout indique, au contraire, qu’il resta plusieurs années sans emploi et 11e s’engagea que plus tard sous les drapeaux de Wolfenbüttel ; c’est donc à tort que plusieurs auteurs en font un guerrier de la guerre de trente ans.
montrer plus évidemment la nécessité de la paix. La victoire éclatante de Kempen, 17 janvier 1642 , correspond avec le passage de Siegen; les troupes hessoises , sous le commandement du comte de Eberstein, avaient eu la plus brillante part à ce combat, et gardaient, comme trophée de leur valeur, le général ennemi Lamboy , prisonnier, ainsi que plusieurs milliers de ses soldats.
J’avais cru d’abord que Siegen était passé en Hollande pour remplir quelque mission secréte , mais je n’en ai trouvé aucune preuve ; il me paraît plutôt que, se trouvant sans emploi , il desira se rapprocher des parents de sa mère et des alliés de sa tante , et qu’il s’établit à Amsterdam dans cette seule intention. C’est là qu’il continua ses essais de gravures , qui lui avaient assez bien réussi pour qu’il entreprît, ou peut-être continuât, un grand portrait d’Amélie-Élisabeth , dont il avait certainement fait , avant son départ de Cassel , le dessin original d après natuie
s» La ressemblance de ce portrait est remarquable; et, comparé aux autres , tant gravés que peints à l’huile que l’on possède encore en Hesse, on trouve que le talent de l’artiste a su ajouter de la noblesse à des traits d’ailleurs difficiles à rendre par leur platitude. Voici les différents portraits que je connais d’elle, peints, gravés ou lithographiés.
Le plus ancien est perdu; elle l’avait donné en présent à la ville de Melsungen : Rommel dit: Es ist meines Wissens nicht mehr vorhanden , p. 116, Zeitschr. Cassel, 8°, 1836. J’ai été à Melsungen pour le chercher, et j’ai parcouru l’hôtel-de-ville inutilement; on se rappelait seulement l’époque où de vieux tableaux furent k ausrangiit. »
Dans la grande salle du Rath-haus de Cassel , qui donne sur le marché , se trouvait (cet édifice intéressant doit être abattu aujourd'hui ) près de la fenêtre , à gauche en entrant, le portrait d’Amélie-Élisabeth à mi-jambes. Elle est assise , tournée vers la gauche , la main droite appuyée sur une table ; son costume de soie noire est le même que celui qu’elle portait lorsque Siegen la peignit. Sa collerette seulement remonte sur le cou et cache un collier de perles. Elle porte sur le front la pointe de sa coiffure, et ses cheveux bouclés pendent sur ses épaules. Sur la gauche sont écrits dix vers latins qui résument son éloge. Ses traits semblent de deux ou trois ans plus âgés que le portrait de Siegen ; ils ont quelque chose d’aplati qui excuse cet amateur du peu de relief de sa gravure , d’ailleurs une ressemblance parfaite. Comme objet d’art ce tableau est sans intérêt ; il est du peintre G. H. Jobst , qui a signé le portrait du land-
grave Guillaume V, de cette manière :
En hauteur 4 pieds 6 pouces. — Largeur 3 pieds 9 pouces.
Ce portrait in-folio était terminé au mois d’août 1642; il le dédia au langrave, qu’il avait servi, et lui écrivit la lettre suivante , en lui envoyant quelques épreuves :
« Monseigneur,
« De même que l’affection , plutôt que l’idée d’une récompense, m’a toujours porté à vous servir, de même ai-je voulu, sans considération de mes services passés ( qui sont assez nombreux quoiqu’on ait voulu en diminuer le mérite), employer mon zélé, mes peines, mon travail et mon temps à vous servir, comme le morceau ci-joint , que j’ai l’honneur de vous présenter humblement, le prouve.
Dans le musée de Çassel , salle des armes , sont accrochés cent vingt-cinq portraits à l’huile représentant à mi-jambes ( d’à-peu-près un pied de hauteur ) la famille de Hesse et plusieurs rois et princes étrangers. Amélie-Élisabeth y figure dans les premières années de son veuvage; assez pauvrement exécutée et rappelant le portrait suivant.
Dans le château de Wabern, à six lieues de Cassel, dans la direction de Francfort,
On voit , dans une sorte d’antichambre , sur le palier du premier étage et entre deux fenêtres, sous le n” 401 , un portrait en buste qui porte en marge : Amelia Lantgrefin. C’est l’original exact de la gravure de Kilian , et peut-être celui d’Engelhart lui-même. Je ne connais aucune production de cet artiste, aussi n’ai-je pu comparer. Le faire est dur, la couleur brique.
Dans le même château, au rez-de-chaussée , sous le n° 137 , elle est représentée de grandeur naturelle à mi-jambes, assise dans un jardin , coiffure â la Sévigné, costume de satin élégant. Ressemblance souriante et désagréable , mauvaise imitation des écoles de Louis XIV. — On trouve une répétition en petit de ce portrait dans l’escalier du second.
Dans le monumentum sépulcrale Francofurli, folio 1638, fig. 32 , gravé au burin, debout en pied sur une même planche avec Guillaume V, son époux, et leurs douze enfants, tous dans les costumes empesés de leur temps. Comme ressemblance, inexact , comme art, sans intérêt. Folio en longueur.
Dans la Ehrenseule dem D. F. und H. H. Wilhelmen VI. Rinteln folio. — Gravé au burin , portant autour : Amel. Elisab. D. G. II. Landgr., etc., etc., heroina toto orbe celebratissima.
J. Engelhard Schæffer pinxit. — Philipp Kilian sculp. Folio ressemblant et assez bien exécuté.
« Cette gravure est ce que je n’ai pu m’empécher d’exécuter, en souvenir de votre mère, afin de pouvoir procurer son portrait aux différents personnages importants qui connaissent les actions louables d’une princesse si célèbre.
« Mais, comme j’ai découvert une invention toute nouvelle, étonnante , et qui n’a jamais été vue , je n’ai à vous offrir que quelques épreuves , parcequ’on ne peut imprimer de ce cuivre (non comme des planches ordinaires à’milliers) qu’un petit nombre d’épreuves, à cause de la subtilité du travail. Avant tout, j’ai pensé devoir commencer par votre Altesse , et particulièrement, comme il est écrit dessous , le lui dédier. Par ces raisons : premièrement par-
Dans le Theatrum Europæum, tom. V, p. 42-43 , et tom. VI, p. 101. La même planche a servi pour les deux volumes ; c’est une médiocre copie au burin de la planche de Siegen. 4'.
Amalia Elisabetha. D. G. Hassiæ , Landgravia, etc., etc., comitissa Hanoviæ et Münlzenb. Peter Aubry sculpsit, 4°.
C’est une copie du portrait précédent, sans valeur d’exécution.
.Emilie Élisabeth, D. G. Lanlgraue de Hesse , comtesse de Hannau et Muntzenb.
B. Moncornet ex cum priv.
En médaillon 8°, médiocre.
Amelia Elisabetha Dei gratià Hassiæ Landgrauia, etc., etc. Anselmus van Huile pinxit. — Petrus de Jode sculpsit. Folio, expression bien rendue, assez belle gravure.
Dans lüevenhüller’s Annalen.
Dans Schiller’s Geschichte der Dreisigjahrigen Ivrieges gravé par Geyser.
Dans Justi Amalie Elis. Giessen , 8°, 1812.
Et enfin lithographié dans : die Aushebung der BIokade, der Stadt Hanau im Jahr 1(336 von L. Weinrich. Hanau, 8°, 1836.
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ceque ce portrait de votre mère , comme fils unique et prince régnant , ne peut que vous être agréable ; secondement parceque je n’ai pu m’empêcher de dédier à un si grand amateur de l’art une pièce aussi rare et qui n’a jamais été vue.
« Il n’y a pas un seul graveur, un seul artiste quelconque , qui puisse rendre ou deviner comment cet ouvrage est fait, car, comme votre Altesse sait fort bien , on ne connaît en gravure que trois manières de travaux, qui sont: i° buriner ou couper; 2° faire mordre à l’eau-forte ou graver; 3° une manière très peu commune qu’on appelle poinçonner , qui est ainsi exécutée avec de petits poinçons, mais d’un travail différent et si pénible , qu’il est de peu d’usage. Ma manière d’opérer est tout autre que celles-là, bien qu’on n’y remarque que de petits points et pas un seul trait; et si dans quelques endroits ce travail semble être exécuté en hachures, il est cependant entièrement pointillé, ce que je n’ai pas voulu cacher à votre Altesse , qui d’ailleurs est si bien au fait de l’art.
« Agréez , etc. »
« Amsterdam, 19/29 août 1642 , etc.
« LOUIS DE SlEGEN. »
Cette lettre montre comment Louis de Siegen était au fait de toutes les manières de graver, et comprenait l’importance de sa découverte. Malheureusement il voulait encore garder son secret , et c’est cette réserve qui nous empêche de connaître par quelle suite d’essais il était arrivé àce nouveau procédé. Mais cette suite de tentatives a dû exister; on n’arrive pas à exécuter pareille gravure sans s’être essayé en plus petit et de différentes manières ; il doit s’être conservé quelques fragments de cette première tentative , mais où les trouver ? Je me suis assuré que dans la Hesse on ne possédait pas une seule gravure de lui, et j’ai tout lieu de croire qu’il les porta avec son secret en Hollande , et que c’est là qu’elles sont restées. Mes recherches dans les collections de ce pays n’ont pas été plus heureuses.
Toutefois je réserve , pour la deuxième partie de ce travail 5', quelques remarques sur cette lettre, et cette gravure, la plus ancienne que nous possédions. Je démontrerai quelle différence il y a entre l’exécution au racloir et cette gravure, qui préparée dans le sens du dessin , est en grande partie roulée et pointillée, et j’expliquerai comment elle mena tout naturellement l’auteur par l’abandon d’un travail pénible et trop consciencieux à la préparation plus uniforme de la planche, à l’emploi plus complet du racloir , et à l’exécution à l’effet.
Vertue avait donc raison d’appeler cette gravure , « some thing litke mezzotinto. »
5> Cette deuxième partie n’étant qu’un manuel du graveur , pourra faire suite à cet ouvrage , mais n’y appartient pas , et se vendra séparément.