PAR DES ARTISTES QUI ONT VÉCU AVANT
Il n’existe pas un seul catalogue de graveurs au racloir, et l’on peut concevoir la difficulté d’en former un, lorsque l’on songe que pas une seule collection n’a encore arrêté une classification à part pour cette manière de graver. Je dis pas une seule, parceque celle que le roi de Saxe a assemblée lui-même n’est accessible qu’à un petit nombre de personnes, et qu’elle n’appartient pas au domaine public; autrement j’aurais cité la série de planches que ce prince, en amateur éclairé, a fait ranger chronologiquement depuis l’invention jusqu’à nos jours. Les gravures de Siegen, Rupert, Furstemberg, Eltz, etc., etc., et celles des peintres, en font partie; et la faveur que j’eus de les examiner me fut d’autant plus précieuse quelle facilita les travaux préparatoires dont cet ouvrage est le résultat.
Dans les autres collections, j’ai été obligé d’en entreprendre la revue entière, et de feuilleter même une grande partie des portefeuilles des peintres. Les grandes collections de portraits ont été mises à contribution. Malgré mes efforts, ce catalogue général est loin d’être complet; la raison en est simple : il y a, dans le nombre de ceux qui ont gravé en manière noire , deux classes d’artistes : ceux qui se sont voués à cet art, puis ceux qui s’y sont essayés. Je crois avoir réuni assez exactement les premiers, que j’appellerai les graveurs; quant aux autres, qu’on peut nommer amateurs, quelle que soit d’ailleurs leur profession, il est impossible de découvrir toutes leurs planches éparses. J’ai dit ailleurs comment, depuis 1670, il n’y eut que bien peu de graveurs, et
certainement pas un seul peintre qui ne s’essayât dans la nouvelle manière de graver, sorte d’amusement vanté parSandrart et Lairesse , et que l’on considérait comme un dessin exécuté sur cuivre. Mais de ces essais, dont aucun ouvrage ne parle, peu de planches nous sont parvenues, et dans ce nombre beaucoup sont restées anonymes, ou du moins ne portent que le nom de l’éditeur. En effet, on comprend qu’un peintre ne plaçait pas volontiers son nom sous une planche qui ne répondait pas à ses espérances; que souvent meme il la détruisait, après un petit nombre d’épreuves; qu’enfin, si un éditeur obtenait la permission de la mettre en vente, le petit nombre d’exemplaires qu’on en imprimait devait disparaître, dans le dédain dont était frappée toute gravure qui ne montrait pas le jeu de ses tailles, sorte de passe-port qui autorisait son entrée dans les portefeuilles.
Cette déconsidération date de long-temps; depuis plus d’un siècle on laisse traîner sur les quais, dans les boutiques nomades de pauvres antiquaires, les pièces les plus intéressantes des peintres, ou bien, et ce n’est pas la moindre cause de destruction, on les destine à ce barbare amusement, qui a déjà tant coûté à l’art; j’entends ce passe-temps qui consiste à découper en silhouette, pour coller sur fond blanc, des figures que l’artiste s’était donné bien de la peine à harmoniser avec le fond. Toutes les anciennes collections, sur-tout celles des anciennes cours , portent des traces de ces ravages. A Gotha, je trouve sur le catalogue un déficit de neuf volumes, pleins de gravures; un des anciens directeurs a écrit à côté de cette lacune : « Nos 102, 1 10, Fallen aus weil selbige auf des Durcbl. Hochst seelige Herr Hertzog Friederichs I Befehl, der Frau Oberlioffmeisterin von Ruxleben zum Ausschneiden vor dero durcbl. fr. Gemahlin sind ausgehændiget worden. »
Je n’indique point ici sur quel plan j’entends que l’on forme une collection spéciale de gravures au racloir; je n’ai cité que quelques planches86 dont la plupart font partie de ma collection,
86 On peut rechercher dans l’ouvrage de Chelsum l’indication d’une suite plus considérable de planches.
et qui pourront satisfaire la curiosité d’un amateur ou lui servir de base pour une collection à laquelle il ajoutera à son gré tout ce qu’il rencontrera de bon. En effet, un amateur qui ne peut ambitionner de réunir les quelque 60 mille estampes qui ont été produites avant 1720, doit avoir pour son choix deux directions; i° le mérite, 20 la curiosité. Ce que je place en second lieu envahit trop souvent le premier rang, et, bien que je fasse grand cas de toutes ces différentes particularités qui augmentent le prix d’une estampe , cependant, comme valeur d’estime, le mérite doit se maintenir en première ligne. Dans les gravures au racloir, ce mérite ressort plus évidemment du dessin, de l’effet et de la touche; c’est en cela que ce genre de gravures tient si intimement à la peinture. La bonté des épreuves est encore plus difficile à atteindre que dans les collections des productions du burin et de la pointe , parcequ’elle est plus subtile et plus rare; elle est plus indispensable que dans ces manières de graver, parceque ses avantages sont complètement perdus dès que la planche se fatigue. Les particularités qui font des gravures au racloir une curiosité sont nombreuses; il est facile d’en indiquer quelques unes : toutes les planches d’une date antérieure à 1680, qu’on peut appeler les incunables. — Les épreuves d’essai; on sait que l’artiste pour exécuter sa planche a besoin de l’imprimer plusieurs fois et de revenir à son travail. — Des épreuves avant ou avec la lettre , avec la lettre noire , puis avec la lettre blanche. — Des planches datées dans les premières et les dernières années du travail de chaque artiste ; elles ont un intérêt historique, car, dans la pénurie des renseignements, elles servent à fixer quelques points de sa biographie. — Les planches d’après les différents peintres; chaque collection devraitavoir l’œuvre de W. Vaillant, Blooteling, Smith, etc., etc., composé d’au moins une planche de chacun des maîtres qui leur ont servi de modèles. — Les planches dessinées et gravées par l’artiste; on les placerait en première ligne. — Les belles contre-épreuves. Une foule d’autres particularités ressortiraient d’un catalogue général et pourraient servir de guide aux amateurs, selon leurs goûts ou leurs moyens. Il faudrait encore y joindre les trois ou quatre premiers ouvrages qui parurent ornés de gravures au racloir.
car cette manière, après avoir fait ses preuves isolément comme objet d’art, dut aussi prouver de son utilité et venir en aide aux libraires. Le plus ancien ouvrage est celui d’Evelyn, avec la tête de l’exécuteur, gravé par Rupert; London, 120, 1662. Après nous trouvons un volume in-folio, sans texte, à la vérité, mais formant corps d’ouvrage et portant en titre :
Icônes legatorvm — qui — ex mandatorvm plenitvdine — noviomagi
— in restitutione — pacis universalis — felici cum successu — laborarunt — prœsentis notitiœ — futur æ q. memoriœ — ergo — ad vivum
— pictœ sculptœ et expressœ — ah Herm. Henr. Qviter — noviomagi apud dictum Quiterum — A. V. Æ. C. cioioc lxxix.
Les planches , au nombre de 4o, et dont j’ai cité quelques unes (Gat. art, H. H. Quiter), sont exécutées avec peu de talent; elles prouvent cependant une assez longue habitude de ce genre de travail.
En 1691, un libraire d’Amsterdam, qui a le soin de ne pas se nommer, publia, en un volume, une suite de portraits-caricatures des personnages du temps. Voici le titre gravé : Les Héros de la Ligue ou la Procession monacale, conduite par Louis XIV, pour la conversion des protestants de son royaume. — A Paris, chez père Peters, à l’enseigne deLouis-le-Grand, M. DGLXXXXI. 4°- Voici la liste des planches : Le roy de France. — Le roy Jacques Déloge.
— Le père La Chaise. — Le père Petres. — Guilleaume de Furstemberg. — L’archevêque de Rheims. — L’archevêque de Paris. — L’évesque de Meaux. — L’évesque de Saintes. — Mainbourg. — M. Le Tellier. — Louvois. — Boufflers. — Marillac. — Pelisson. — La Rapine-de-Mevin. — Beaumier. — Du Viger. — De La Regnie.
— Le Commissaire Lamarre. — M. Le Camus. — Mme de Maintenon.
— Un sonnet gravé au recto du feuillet.
Deux ans plus tard , le même libraire réunit en un volume cinquante scènes de mœurs monacales , ridiculisées, sous ce titre :
Renversement de la morale chrétienne par les désordres du monachisme.
Format in-quarto , sans nom de lieu ni d’auteur.
Gole ou Schenck sont probablement les graveurs de ces deux suites, mais ils n’ont eu garde de se faire connaître; l’exécution en est médiocre, l’intention toujours grossière, et l’on y cherche vainement l’esprit qui doit accompagner ces sortes de satires.
Vers la fin du dix-septième siècle, Boyer d’Aiguilles, grand amateur des arts et graveur lui-même, fit reproduire au racloir plusieurs tableaux de son cabinet; il en grava lui-même quelques uns et chargea Barras des autres. Cet artiste les exécuta avec assez de talent; mais la difficulté de les tirer également et en assez grand nombre engagea le conseiller de Provence à les faire recommencer au burin, par J. Cœlemans. Il en parut une première édition, grand in-folio, sous ce titre :
Becueil des plus beaux tableaux du cabinet de messire Jean- Baptiste Boyer, seigneur d’Aiguilles, conseiller au parlement de Provence.
A Aix, chez J. Cœlemans, marchand et graveur en taille-douce,
1 709. On lit sur le frontispice : Tableaux du cab. etc. etc. gravez par Seb. Barras et Jac Cœlemans, à Aix.
Cette édition contient quarante et une planches au racloir , avec le double au burin de presque toutes.
Trente-cinq ans plus tard, le savant Mariette en fit une seconde édition.
Recueil d’estampes, d’après les tableaux, etc., qui sont à Aix dans le cabinet deM. Boyer d’Aiguilles, etc. Paris, chez P. G. Mariette, 1744? gr- folio. — Il ne conserva des gravures au racloir que les deux marines de Barras, d’après Renaud-Montagne (Montagnie, Montanie pinxit — S. Barras sculpsit; en largeur 9-3, hauteur 7-7), parcequ elles n’avaient point été recommencées au burin comme les autres.
Basan, marchand plus actif que connaisseur éclairé, et sur-tout qu’auteur judicieux, se chargea d’une troisième édition. Recueil d’Estampes, d’après les tableaux, etc., qui composaient le cabinet de M. Boyer d’Aiguilles, etc. Paris , chez Basan et Poignant, marchands d’estampes, rue et hôtel Serpente. Les planches sont numérotées;
les deux marines de Barras portent les n°‘ ioo et ioi ; elles sont complètement usées par le tirage.
L’ouvrage de J. Smith, des suites de portraits, costumes, scènes de mœurs, parurent à cette époque en Angleterre, en Allemagne et en Hollande; mais ils n’ont pas le meme intérêt que ces premières publications.
LISTE ALPHABETIQUE
— — ~wooo©eo<xw«~ —
Les Initiales , Chiffres, et Monogrammes se trouvent dans le Catalogue, à côté de la description des planches auxquelles ils servent de signature; pour la facilité des recherches, on les retrouvera dans FAppendice, page rangés alphabétiquement avec leur signification.
Pages.
Pages.
Pages.
Aa, P. van der
Biberger, J. U.
Broedet , J.
Aenea, P.
Bickart , J.
Brouwer , J.
Allard , Cari.
Biquet, D.
Browne, Alex.
Aquila.
Blakewell,
Bruggen , J. van der