‹ Histoire de la gravure en manière noireChapitre 28 sur 83 · S’ETEND EN EUROPE · texte numérisé non relu

S’ETEND EN EUROPE

Telles sont les circonstances qui entourent la vie des deux hommes qui se rattachent le plus immédiatement à l’invention de la gravure au racloir. Examinons maintenant dans quelle situation ce nouveau moyen de reproduction surprit les arts, quelle influence il eut sur leur progrès.

Il suffirait d’avoir suivi superficiellement la marche de la gravure depuis son invention jusqu’à la fin du seizième siecle pour se convaincre que, malgré quelques efforts isolés, la tendance générale n’avait d’autre but que d’atteindre par une opération plus ou moins adroite la reproduction des dessins et des peintures dans les lignes du dessin et le caractère de l’expression; mais, lorsqu’on en fait une étude particulière , lorsque l’on recherche, dans les gravures des peintres ou dans celles , plus rares à cette époque , des graveurs de profession, une comparaison avec les tableaux de leur temps, on voit qu’ils étaient restés en arrière du peu de couleur de leurs originaux.

Après l’effort , il y a repos ; après l'époque créatrice viennent les temps d’imitation; à la fin du seizième siècle on en était là; il y eut alors dans les arts une sorte d’influence générale, d’éclectisme salutaire qui plana sur les deux grands foyers, l’Italie et la Hollande. En Italie l’école des Carraches, en Hollande Rubens, conçurent simultanément une sorte de renaissance des arts par un choix dans la manière ou, autrement, le style de toutes les écoles, mais plus particulièrement par la puissance du coloris. Ils poursuivirent cette idée heureuse, les uns avec tout le sérieux, le grave de leur style sévère; l’autre avec la fougue de son génie et la liberté que lui laissait le mélange des différents genres traités de tout temps dans son pays.

Il eût été naturel que la gravure suivît cette voie et adoptât aussi une exécution plus sentie; elle l’eût fait certainement d’elle-même ,

bien que lentement, péniblement, comme toute réforme qu on s’impose sans influence ou obligation extérieure ; mais les Carraches d’un coté, Rubens de l’autre, se mirent à la tête de cette révolution; de ce moment elle était faite. Comme ces aperçus doivent se borner à traiter des précurseurs de la gravure au racloir, nous abandonnerons l’Italie, qui y resta étrangère, son influence d’ailleurs sur les Pays-Bas et l’Allemagne était nulle, tandis que celle de Rubens fut toute-puissante.

Ce grand artiste, qui couvrait la toile avec plus de rapidité que les anciens les murs de leurs fresques, qui employait plus libéralement qu’eux le secours d’une école nombreuse, voulut encore faire servir à sa renommée la gravure, ce populaire interprète ;mais il trouva que l’adresse portait alors le masque du talent, et la pratique mécanique celui du sentiment ; il entreprit de ce moment une réforme.

Il comprenait que la gravure avait tout atteint, excepté la couleur, et qu’elle était aussi susceptible de ce prestige par la puissance de 1 effet. La pointe et l’eau-forte étaient trop grêles pour ses compositions, le grandiose ne s’exécute qu’au burin; il s’empara du burin; malheureusement il ne put que le diriger, car Louis de Siegen vint dix ans trop tard pour que son invention prît sous la main universelle de l’artiste l’essor qui lui est réservé. Rubens s’entoura donc de graveurs, les anima de ses encouragements, les inspira de son exemple , les guida de ses conseils, j’oserai dire qu’il trempa leur burin dans sa couleur, car, à côté de l’atelier de Van Dyck, il eleva celui des Pontius Wostermann, Boswelt, Suyd.erhof, etc., etc.

On sait les merveilles de cette école et le pouvoir de son burin ; cependant l’impulsion donnée par Rubens n avait pas épuisé toute sa force , elle produisit encore Rembrandt. Cet autre génie comprit que le sentiment, animant de toute sa force la main de 1 artiste, pouvait créer avec des moyens moins puissants que le burin, mais plus faciles, plus variés, pouvait créer, dis-je , des productions plus senties, plus originales, parcequ’ elles traîneraient avec elles moins de ce souvenir toujours pénible, quelque bien déguisé qu il soit, de travaux lentement et laborieusement exécutés. Il se mit à l’œuvre, et

prouva qu’avec un peu de vernis, une pointe et de l’eau-forte on pouvait se faire comprendre. Une nombreuse école le suivit.

Telle était la situation, telle avait été la suite des efforts , lorsqu’un autre homme de génie trouva encore dans la pointe trop de difficulté, dans l’eau-forte trop d’incertitude, dans leur résultat trop de maigreur, et un cadre trop borné. Cet homme inventa le berceau et le racloir; vous savez que c’est de Siegen que je veux parler.

Voyons rapidement dans quel état cette nouvelle manière d’exprimer sa pensée surprit les quatre grands pays qui l’adoptèrent, quels furent leurs artistes, quels ont été leurs progrès

Sera-t-il toutefois nécessaire de discuter d’abord une contestation puérile qui s’est élevée dans quelques ouvrages ? On a dit que la gravure au racloir n’était pas de la gravure ; il faut laisser à Joubert l’honneur de s’être attaché à cette idée; il croyait fort honnêtement faire du patriotisme en refusant aux Anglais toute part dans les arts, et à la gravure au racloir, un de leurs moyens de succès , toute possibilité à exciter quelque admiration.

Ce moyen est puissant, voilà le fait, et ce sera toujours une mauvaise marche dans les arts que de procéder par comparaison. L’art de sa nature s’isole par ses qualités et ressort seulement par sa vérité. Dürerle sentait bien lorsqu’il écrivait de Venise à son ami Pirkheimer , à propos des critiques qu’excitaient ses travaux : « Sy scheltn das Ding und sagn es sey nit antigisch art dorm sey es nit gut 7\ » Cependant, s’il faut absolument comparer, prenons le burin comme le moyen le plus complet; rapprochons-en le racloir, nous trouverons, ce me semble, comme dans toute création tendant à la perfection, différents degrés de succès. La médiocrité abonde; les productions passables , cette monnaie courante qui a sa valeur sans être un objet précieux, prennent leur place après; mais alors au-dessus d’elles s’élèvent les chefs-d’œuvre. Dans ces trois divisions, si nous prenons la première, il me semble qu’on doit préférer les

78 a Ils critiquent l’ouvrage en disant qu’il n’a pas de style, et croient pour cela qu’il n’est pas bon. » F. Campe Reliquien von Alb. Durer p. 13 , avec le fac simile de l’écriture. Nurnberg, 18°. 1828.

gravures au racloir, car on éprouve moins de chagrin en pensant aux pénibles travaux qu’il aurait fallu pour les exécuter avec d’autres instruments. Dans la seconde il n’est pas douteux que la difficulté de produire avec le burin des demi-teintes, de combiner des travaux , donne à ce degré de réussite quelque chose de pénible, de conventionnel; aussi bien à ce point préfèrera-t-on la gravure en manière noire, car on y remarque avec peu d efforts des effets bien rendus, qui tiennent du dessin et en meme temps de la nature; on y trouve de la couleur, on y démêle la main de l’artiste dans sa touche plus ou moins facile. Nous arrivons alors aux chefs-d’œuvre: ici la question change d aspect. J ai beau admnei l’effet des uns, m’étonner de l’habile emploi du clair-obscur, de la savante harmonie de l’ensemble , il me manque cependant cette pureté savante et fidèle, parcequ’elle est calculée et sure d ellemême ; je ne trouve pas cette fidélité de reproduction dans les lignes du dessin et le caractère des expressions. Toutefois cette supériorité du burin renfermée dans les chefs-d’œuvre n ote rien de son prix à l’invention de la gravure au racloir, ni de leur valeur , aux magnifiques productions quelle a mises au jour dans les deux derniers siècles; on peut même espérer que la combinaison de cei tains piocédés et l’avantage de l’acier 79 lui donneront un nouvel essor, et

79 Ces différents procédés seront détaillés dans un autre ouvrage. L’usage des planches d’acier introduit généralement aujourd’hui dans les ateliers de gravure, soit qu’on emploie le burin , la machine Collas ou le berceau , a fait une sorte de révolution dans cette dernière manière. Voici en quoi elle consiste et comment on peut la juger heureuse : La planche d’acier préparée de même que celle de cuivre est soumise à l’action des mêmes moyens . mais elle se prête beaucoup plus lentement au frottement du racloir ; elle s’oppose entièrement à ces touches hardies et presque de premier jet qu’on remarque dans les anciennes planches; mais, en revanche, tout en permettant au talent patient d’arriver peu à peu et par des frottis répétés à donner l’apparence de la hardiesse , elle fournit des tons d’une transparence, d’une variété et d’une vigueur d’autant plus supérieures à ceux du cuivre qu’ils maintiennent plus long-temps leur harmonie. J’en donnerai un exemple : la planche de Mazeppa , d’après H. V ernet par Reynolds, a fourni plus de 2500 épreuves sans retouches importantes. Terme moyen, faisant entrer en ligne de compte , la qualité du papier, du noir ou l’inhabileté de l’imprimeur, on peut compter sur 1500 bonnes épreuves d’une planche d’acier, on n’en obtenait que 250 dune planche de cuivre. Le tirage peut donc aujourd’hui compenser les peines de l’artiste, et, si l’on veut exécuter hardiment quelque sujet d’un effet et d’un faire un peu heurtés , rien n’empêche de se servi r du cuivre.

que, tout en devenant plus populaire, elle se rapprochera encore davantage des beaux travaux de nos burinistes les plus célébrés.

Les arts, sous un certain rapport, ne sont que le vernis de la civilisation, cette dermere main mise a 1 oeuvre pour la compléter. Au milieu du dix-septième siècle la Russie n’en était pas encore à ce point, aussi envoyait-elle en Hollande des dessins originaux ou des commandes, et les ateliers des Schenck, Gole, etc., lui expédiaient leurs productions. Au dix-huitième siècle Alexis Zubow apprit en Hollande, dans l’atelier des Picart, la manière de graver au racloir, et la porta en Russie; il exécuta, dans ce pays, une suite de portraits sans talent.

L’Italie, toujours la première dans les oeuvres d’imagination , fut toujours dépassée dans les créations réfléchies , ces résultats d une laborieuse persévérance. L’impression des gravures , malgré les essais que Finiguerra imita de l’Allemagne, ne s’y introduisit que lentement , difficilement ; il en fut de meme de la gravure au racloir, qui pouvait cependant, par sa facilité d’exécution, servir si bien à la reproduction de tant de chefs-d’œuvre des arts. Arnoud van Westerhout, attaché, comme graveur, à la cour de Ferdinand de Toscane, gravait a Florence, en i6p2 , le portrait de ce prince, et communiqua aux artistes du pays ses procédés, encore nouveaux pour eux. Lorenzini , Metelli, Nasi et Antonio Tadei , ne s’adonnèrent cependant à ce travail qu a une époque qui n’a plus d’intérêt pour l’histoire, et pas avec assez de talent pour mériter plus d’attention.

La séparation de 1 Espagne du reste du continent ne semble si complète que depuis l’époque où l’on a dit quï/ riy avait plus de Pyrénées. Après s’être élevée dans les arts au premier rang par une impulsion d’elle-même tout originale, elle s’est arrêtée court , évitant meme dans sa décadence le passage de la médiocrité. Dans la gravure elle est restée en arrière, et c’est à peine si l’on peut former une école. Dans la gravure au racloir elle n’offre aucun artiste de mérite , et cependant cette manière était bien faite pour ce pays où les coloristes sont au premier rang. Murillo , Velasquez , Ribera , et tant d’autres peintres au-

raient-ils donc beaucoup perdu par cet interprète? Je trouve, dès 1680, un éditeur qui fait travailler pour son compte, Léonart, à Bruxelles. Je vois que lui-même exécute quelques planches , mais sans aucun talent. Van der Bruggen , Quitter, Gole, Schenck , Heiss , Weigel , etc. , etc. , ont gravé pour l’Espagne des suites de portraits de ses grands personnages , et lui envoyaient les produits

de leurs actifs ateliers.

La gravure au burin et à l’eau-forte était, au commencement du dix-septième siècle, arrivée, en Allemagne et en France, à un trop haut point de perfection et se trouvait exercée par des artistes d’une trop grande habileté pour qu’un genre nouveau et dans son enfance pût réussir. Il avait d’ailleurs contre lui de s’affranchir des contraintes de la pratique, et de ne présenter aucune trace d’un travail lent et patient; c’étaient deux torts, l’un aux yeux des graveurs , l’autre dans le goût formé par deux longs siècles chez la plupart des amateurs. Aussi voyons-nous la nouvelle gravure , d’abord pratiquée comme un jeu, ensuite tomber dans le domaine de la médiocrité , trop heureuse de faire de 1 effet avec plus de facilité et d’acheter son pain par moins de travail. Cet art, à vrai dire, était d’un abord facile, c’était à qui 1 accosterait; l’Allemagne en abusa , aussi en fut-elle dégoûtée comme elle s’en était engouée. Numberg, Augsburg, furent les foyers de ces irruptions; ce qu’il sortit des ateliers de ces villes , de productions dépourvues de tout genre de mérite, est inouï, et, maigre cette exubérance , des artistes se trouvèrent encore û 1 étroit ; ils allèrent dans toute l’Allemagne répandre leur triste facilité.

Vienne lutta vainement avec quelques bons graveurs contre cet envahissement; le goût était fatigué , l’art déconsidéré.

En 1 658 Vaillant était en France , J. Van-Somer s’y trouvait aussi à peu de temps de là. Ils communiquèrent aux artistes8 de ce pays le secret des nouveaux procédés ; mais il semble que cette manièie

80 11 faut se rappeler qu’entre 1612 et 1640 , la France vit naître scs plus habiles graveurs au burin et qu'ils étaient dans leur plus grande vogue à l’époque où la gravure en manière noire cherchait à s’introduire en France (F.Poilly.N.Poilly, J. R. Roullet, E. Hainzelmann , G. Audran , G. Edelinck, A. Masson , C. Simoneau, R. Nanteuil, etc., etc., etc.).

trouva peu de sympathie ou n’excita que faiblement la curiosité. Toutefois, si le nombre des graveurs français81 est bien restreint, nous trouverons une compensation suffisante dans la hauteur de leur talent. Sarrabat, Barras, Simon, Bernard et Cousin réussirent dans ce genre d’une manière remarquable; bien plus, et je n’hésite pas à le dire, aucun artiste de la Hollande ou de l’Angleterre n’a surpassé, n’a peut-être égalé, en effet vrai et en sentiment naturel, les planches si remarquables de Bernard dans tous les genres qu’il a traités , soit le portrait, le paysage, les animaux, les intérieurs ou les effets de lumière.

En Angleterre l’état des arts et une disposition naturelle se prêtaient à un autre développement. J’entends premièrement, par l état des arts, l’absence d’une école établie de graveurs , faisant loi par des droits acquis, et plus encore l’inexpérience de cette habitude des yeux qui cherche dans l’œuvre la main qui l’a créé , et veut en suivre jusqu’à la laborieuse patience. Secondement, par la disposition naturelle, je veux parler du goût anglais.

On a souvent divagué sur la pénurie des grands talents originaires de 1 Angleterre; on aurait dû s’attacher davantage à expliquer comment ce pays a toujours su faire prévaloir, dans les phases de ses productions , un caractère original qui pourrait s’expliquer par l’état insulaire du pays , si une grâce toute particulière et un sentiment d’effet et de couleur n’en faisaient une école remarquable.

On conçoit donc que 1 Angleterre, qui avait eu à peine le temps d’admirer les chefs-d’œuvre d’Hollar , et pas encore le loisir de former assez d artistes distingués dans son genre d’exécution , fut surprise par ce nouveau mode , qui répondait à ses besoins et à ses goûts par un modèle harmonieux et une puissance d’effet extraordinaire. Ajoutons à cette raison une considération de pratique. Aucun pays n’a fait usage du portrait, et n’en a élevé la

8' On trouvera , dans le Catalogue, W. Vaillant et Léonart placés parmi les Hollandais, quoique l’un fût de Lille, l’autre de Dunkerque. J’ai toujours pensé que l’éducation et la disposition du talent fixaient plus un artiste que sa naissance : qu’importe qu’Ostadc soit né à Lubeck ?

composition aussi haut que la Hollande et l’Angleterre. A cette époque on avait adopté la manière de les exécuter sur fond gris , au crayon noir relevé de blanc. Tous les artistes hollandais qui émigraient en Angleterre , aussi bien que les artistes originaires du pays , excellaient dans ce genre 8’. On conçoit donc la facilité qu’ils eurent à transporter, sur le cuivre, leur faire habituel, à multiplier ainsi leurs travaux. Aussi bien, si nous prenons les artistes, depuis Evelyn , le plus ancien de l’Angleterre, jusqu à nos jours, c’est par une suite de progrès sans relâche que nous les voyons exercer un art qui n’en est pas au terme de ses perfectionnements 8\ Orpheline reconnaissante, cette gravure prit le nom de sa nouvelle mère adoptive , car elle était réellement anglaise , alors qu’on la répudiait de tous côtés.

Dans les Pays-Bas84, par des raisons contraires, on adopta ce nouveau moyen avec la même ardeur; il y avait un trop plein de productions habituelles; on avait épuisé les ressources du burin, on espéra mieux du raeloir. Dans cette patrie des arts c’était parmi les écrivains, à qui prônerait la nouvelle découverte S:>; parmi les

82 Ce qui , au seizième siècle , donna un si brillant essor ;i la gravure en bois fut la perfection qu’avaient atteinte les artistes dans le dessin à la plume , soit sur fond blanc pour les gravures simples, ou sur fond de couleur rehaussé de blanc pour lescamaieux. Au dix-septième siècle, ce qui propagea si rapidement la gravure au raeloir et la plaça tout d’abord parmi les conquêtes de l’art , ce fut l’habitude des peintres de dessiner les portraits au crayon sur papier foncé en relevant les lumières de blanc. Aussi le pauvre Lairesse disait-il à ses auditeurs : « Zy is ligt te leeven voor iemand , die het tekenen op gegrond of blaauw papier gewoon is : want tusschen het schraapen op de plaat, en het hoogen op gegrond papier, is niet het minslc onderschied , ten ôpzichte van de uitwerking , p. 399. »

83 Ce serait cependant une exagération que de soutenir cette assertion de l’Encyclopédie anglaise ; London , 8°, 1835. « This art has never been eultivated with success in any conntry but in England.

84 S’il est possible en peinture de trancher dans les Pays-Bas deux écoles distinctes , dans la gravure, c’est malaisé. Une certaine netteté de coloris, un soin particulier dans l’exécution , nne réserve dans les dimensions et le genre de la composition , sont tous des nuances qui distinguent l’école de peinture hollandaise, nuances qui s’effacent dans la gravure.

85 II serait inutile de citer les différents éloges qu’on en a faits, mais les paroles de Lairesse me semblent avoir quelque valeur , il disait : « En wat liaare zuiverheid betreft , die is zonder weergà : ja geen schildery, hoe mais en eel hetgehandeld zy, kan haar den voorrang betwisten dan alleenlyk door de Koleuren , 398.

plus célébrés artistes, à qui en tirerait parti. Les uns présageaient son avenir , les autres se réjouirent de pouvoir sans une longue pratique , multiplier leurs ouvrages. Malheureusement ils étendirent le domaine de cet art plus loin que les moyens alors employés ne le comportaient; on voulut tout exprimer, et l’on mit en concurrence du burin , des productions où la petitesse des figures , le fini des détails, l’importance des accessoires demandaient une netteté que le racloir ne pouvait opérer; de cette manière on rabaissa l’art en voulant l’élever. Je n’ai point à citer les exceptions heureuses qu’offrit ce pays plus que tout autre; j’indique seulement la tendance et les résultats généraux.

On sait que le malheureux Lairesse , devenu aveugle en 1690 , occupait ses loisirs dans des conversations qui avaient l’ordre, l'importance et le but de conférences académiques. C’est dans ces entretiens que les observations sur la gravure au racloir trouvent leur place.

Page 1