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L;i gravure de cette intaillc est d'un travail remarquable : dans les bras et dans le torse du (Ihrist. on surprend une recherche d'exactitude anatomique qui indique un artiste expérimenté et scrupuleux, se servant du touret avec la sûreté que donne une longue pratique. Le rapprochement de cette gemme avec celle de l'histoire de Suzanne ne laisse aucune incertitude sur l'époque où elle doit prendre rang. Xon seulement le style de la gravure est le même, mais les costumes et la pose des personnages sont identiques. Sur l'une et l'autre intaille, les lettres des inscriptions ont la même forme et sont gravées avec une pointe fine et légère qui n'a fait, pour ainsi dire, qu'effleurer délicatement et dépolir la surface du cristal.
Il faut en rapprocher deux autres Crucifixions carolingiennes, conservées l'une dans le Trésor de Conques, en Rouergue, l'autre au Musée britannique. L'intaille de Conques [PI. III, fig. 2] se trouve enchâssée dans le dossier du fauteuil de la célèbre statuette de sainte Vo\. œuvre d'orfèvrerie qui, à la vérité, a subi de nombreux remaniements à travers le moyen âge, mais dont le premier état remontait au ix"-' siècle, c'est-à-dire au temps où le corps de sainte Foy fut transféré dans l'abbave de Conques '.
La Crucifixion du Musée britannique [PL III, fig. 3] est de dimensions plus grandes que celle de Conques, mais le sujet y est traité d'une manière presque identique. On dirait que l'intaille de Conques n'est que la réduction et l'abrégé de celle du Musée britannique. Le Christ est drapé de la même façon; ses bras et ses jambes sont fixés sur la croix exactement à la même
I. A. Darccl, Le Tirscr ik Conques, p. 49 et planche annexée; J. Labarte, Hisl. des arts iiiilustrich, t. I, p. 199 et suiv. et pi. XXIV his, fig. 7 ; Ém. Molinier, Hist. gén. des arts appliques à l'industrie, l. IV : L'orfèvrerie religieuse et civile, p. 112 et pi. IV ; l'abbé Bouillet et L. Serviéres, Sainte Foy, vierge et martyre, p. 174 (Rodez, 1900, in-4). Je dois le moulage de l'intaille de Conques à l'obligeance de M. l'abbé A. Bouillet. Voyez, ciaprès, la photographie de la statue.
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place. La Vierge et saint Jean, de chaque côté de la croix, sont dans la même attitude; le serpent aussi est enroulé de la même manière et le corps du reptile est pareillement constellé de pustules destinées aie rendre plus hideux. La croix enfin est ornée, de distance en distance, du même nombre de globules qui en rehaussent les contours. S'il v a quelques légères différences, telles que l'interversion des bustes du Soleil et de la Lune, et la suppression, dans l'intaille la plus petite, du vase qui est dans le champ et des deux anges placés sur les bras de la croix, ces variantes ne sauraient faire méconnaître le lien qui unit étroitement ces deux monuments, et il n'y a aucune témérité à les attribuera la même école, sinon au même artiste. L'un et l'autre, dirons-nous encore, ne sauraient s'éloigner beaucoup des gemmes que nous avons citées plus haut. Leur style, leur technique, bien que d'une infériorité sensible, offrent encore assez d'éléments de rapprochement pour qu'on puisse les classer au ix'= siècle avancé ou peut-être au x'^ siècle '.
Le Musée britannique a la bonne fortune de posséder encore une autre Crucifixion sur cristal de roche qui, celle-ci, est de dimensions extraordinaires, car elle mesure 155 millimètres sur 105 [PL in, fig. 4]. Nous y retrouvons le Christ en croix, la Vierge et saint Jean, les bustes du Soleil et de la Lune, cette fois dans un nimbe, et portant des torches allumées, enfin le serpent enroulé au pied de la croix. C'est la même composition que sur les intaillcs précédentes. Toutefois, si certains détails sont, au point de vue de la technique, traités avec un soin particulier, — comme le visage du Christ, dont l'expression douloureuse est remarquable, — il faut reconnaître que l'exécution de la gravure est médiocre , le dessin des figures disproportionné et mala-
1. Dimensions de l'intaille du Musée britannique : liaut. 78 millim., larg. 61 tnillim. ; dimensions de l'intaille de Conques : haut. 45 millim., larg. 58 millim.
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droit. Comparée aux autres intailles que nous venons de passer en revue, c'est une oeuvre d'imitation postérieure. Sans nul doute, cette grande gemme se rattache aux monuments qui précèdent par le sujet et la technique, par le style, si médiocre qu'il soit, enfin par la matière elle-même; mais elle s'y rattache comme une copie inhabile et lointaine dérive de son modèle.
Au South Kensington Muséum, enfin, se trouve un grand et somptueux triptyque, dit de la \'raie Croix, en métal repoussé, travail rhénan du xii'^ siècle, sur la feuille centrale duquel est enchâssée une Crucifixion en intaille sur cristal de roche. Par l'examen de la photographie qui m'en a été libéralement accordée, et que nous reproduisons à la page 44, on verra que cette Crucifixion, plus ancienne que le triptyque, est encore une œuvre qui se rattache étroitement à celles que nous avons reproduites.
Tous les monuments carolingiens ou de tradition carolingienne que nous venons de passer en revue sont présentement conservés dans des collections publiques : on peut les étudier en nature et se former, à leur endroit, une opinion fondée sur leur examen direct. Mais il en est un certain nombre d'autres dont l'existence ne nous est révélée que par des empreintes parvenues jusqu'à nous à travers les âges, sous la forme de sceaux en cire attachés aux diplômes carolingiens; il en est, enfin, qui ne nous sont connus que par des images, plus ou moins fidèles, qu'on trouve dans les ouvrages des antiquaires des derniers siècles : les originaux sont détruits ou perdus.
Les empreintes sigillaires des diplômes carolingiens doivent être partagées en deux classes : celles qui sont produites par des intailles remontant à l'antiquité, et nous en avons cité tout à l'heure quelques exemples; celles qui ont été faites au moyen de pierres gravées contemporaines, comme nous allons l'établir '.
I. G. Domav, Invenlaiiesdes scciux de l'Ailoisel Je la Picardie, Prctice, p. vi et suiv.
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Sur un sceau de Louis le Débonnaire plaqué sur un diplôme de l'an 816, on voit un buste impérial, lauré, la poitrine couverte du paludamentum. Les traits du personnage se rapprochent assez de ceux de l'empereur Commode jeune [PL IV, fig. 1]. Autour de la gemme, sur le cadre métallique, la légende circulaire :
+ XPE PROTEGE HLDVOVVICVM IMPERATORE(w) '.
Il est possible de prouver que la gemme qui a produit cette empreinte n'était pas antique, mais de travail carolingien. En effet, son style la place à côté de l'intaille du roi Lothaire, conservée à Aix-la-Chapelle et dont nous avons parlé tout à l'heure [PL II, fig. i\ : l'une et l'autre sont inspirées de gemmes romaines que le lithoglvphe carolingien s'est efforcé de copier ou d'imiter. Si, à l'époque carolingienne, on a gravé le sceau de Lothaire, le même temps a été, tout aussi bien, capable de produire celui de Louis le Débonnaire. En outre, la confrontation de ce dernier avec les portraits antiques de Commode fera aisément ressortir des différences qui ne sont pas seulement de la nature de celles qu'on remarque entre des portraits contemporains, exécutés par des artistes divers, mais des différences imputables à l'inspiration ou au génie d'un autre âge, analogues, par exemple, à celles qu'on signale dans les œuvres de la Renaissance italienne qui imitent le mieux l'antique. Si le graveur carolingien s'est donné pour tâche d'imiter l'effigie de Commode, c'est peut-être que Louis le Débonnaire avait certains traits de ressemblance avec cet empereur romain, car les graveurs des coins monétaires se sont également inspirés du même portrait '. Nul besoin d'insister sur l'importance de cette coïncidence entre l'effigie du sceau de Louis
I. G. Dcmav. op. cit., Préface, p. x.ki, n" 297. ■ 2. E. Gariel, Monnaies roviks de Fiance, sons la race cnrolingiennc, t. li, pi. XVI, n"»^ 59 et suiv. ; M. Prou, Catal. des monnaies carolingiennes de la. Bibliothèque nation., pi. XX, 11° 900 ; pi. XXII, n° 984 ; pi. XXIII, n° 1070, etc.
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le Débonnaire et celle des deniers contemporains : elle ne saurait être le produit du hasard.
Mais ce n'est pas tout. Le sceau de Louis le Débonnaire que nous venons d'examiner a, sans doute, été brisé à un certain moment, car nous allons constater qu'on fut obligé de le remplacer. Il existe, en eflet, aux Archives de Chaumont (Haute-Marne) un diplôme de ce prince, daté du 19 août 834, sur lequel est plaqué un sceau qui reproduit une effigie impériale très voisine de celle du sceau de l'an 816 ' [PL IV, fig. 2J ; mais, — point essentiel à constater, — ce n'est pas la même. Il y a, dans la physionomie et dans les détails, des ditlerences caractéristiques qu'un examen comparatif révélera à tout œil exercé. D'où découle la conclusion rigoureuse qu'un lithoglyphe carolingien a été chargé de graver, sur une gemme nouvelle, une effigie pareille, autant que possible, à celle qui était sur le premier sceau. Cette observation se trouve encore corroborée par la légende gravée sur le cadre métallique, car elle did'ère de la précédente :
-I- XPE PROTEGE HLVDOVVICVM IMP (IMP au lieu de IMPERATORE/»).
Nous sommes ainsi amenés à reconnaître que Louis le Débonnaire eut successivement deux sceaux dont les matrices étaient des gemmes gravées par des artistes de son temps, qui se sont efforcés de copier l'effigie romaine de Commode.
Des conclusions non moins rigoureuses résultent de l'examen simultané des quatre empreintes sigillaires suivantes :
a. Un diplôme de Charles le Chauve, de l'an 843, est scellé de l'empreinte d'une pierre gravée qui représente un buste impérial de profil, lauré, le paludamentum sur la poitrine et ressemblant
I . Alphonse Roserot, Notice sur les sceaux carolingiens des Archives de lu Haute-Marne, no 9 et pi. fig. I (in-80, 1892).
E. Babelon. — Histoire de la gravure sur gemmes, 5
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de très près aux types sigilhtircs de Louis le Débonnaire cités précédemment [PI. IV.fig. 3] '.
b. Un diplôme de Charles le Chauve, de Tan 877, est scellé de l'empreinte d'une pierre gravée qui représente un buste impérial dont la physionomie, différente de celle des bustes précédents, n'est pourtant pas sans rapport avec eux [PI. IV, fig. 4] \
c. Un diplôme de Carloman, du 8 août 882, est scellé de l'empreinte d'une pierre gravée qui représente un buste impérial aussi apparenté aux précédents [PI. IV. fig. 5] ">.
(/. Un diplôme de Charles III le Simple, de l'an 951, est scellé également de l'empreinte d'un buste impérial étroitement apparenté à ceux que nous venons d'énumérer [PI. IV, fig. 6] ^.
Les légendes de ces sceaux, gravées sur le cercle de métal, diffèrent et portent les noms respectifs des princes signataires des diplômes. Quiconque voudra se livrer à l'étude comparative que nous avons laite, constatera que les gemmes de ces sceaux sont des copies ou des imitations, plus ou moins habiles, les unes des autres. De plus, leur prototype originaire est, sans conteste, le tvpe impérial des sceaux de Louis le Débonnaire, à effigies comniodiciiues, dont nous avons parlé plus haut. On ne saurait le nier : des lithoglyphes chargés de la fabrication de ces sceaux rovaux. dans le cours des ix*^ et x'= siècles, ont copié un prototype unique, en l'altérant graduellement, suivant leur génie propre. Les monnaies contemporaines nous offrent la même effigie impériale qui, à chaque émission nouvelle, fiiit de même et parallèlement un pas de plus dans la voie de la décadence. Comment donc, en présence de cette parenté indiscutable des types monétaires avec les types sigillaires, et en présence aussi des