‹ Histoire de la gravure sur gemmes en FranceChapitre 28 sur 155 · I. i:poqce di; BP.RXWAKn i;t dp. sccru · texte numérisé non relu

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de l'abbavc de Saint-l\'nis qui nous les a ainsi transmises à travers les âges '.

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Fig. 22. — Aiguière du Trésor de Saint-Marc, de Venise.

Ces quelques épaves parvenues jusqu'à n(\s jours permettent d'établir que les coupes et les gemmes gravées dans les ateliers

I. E. Babcloii, Calidogiic des camées antiques et vwâcrnes île ta liihliolhcquc 'Nationale, nos 368, 375 ft 374.

L Lpociun; vr. nnRwvAKD i; r nn sugi^r

musulmans d'Alexandrie, du Caire, de Tyr, ou de Damas, et apportées en Occident par les pèlerins, les marchands, les ambas-

Fis-

Aijjuiêre du Musée du Louvre.

sadeurs. ont. aussi bien que les gemmes byzantines, servi de modèles aux artistes normands de la Sicile et à ceux des bords du Rhin ou de la Meuse.

En veut-on des preuves palpables? L'aiguière du Trésor de

L liPOQUE DE BERWVARD ET DE SUGER

Saint-Marc, à \'enise, qui porte, gravé en relief sur le cristal, le nom du khalife fatimitcEl-Aziz-Billah, est bien d'origine sarrasine, et elle a été gravée au Caire vers la fin du x"' siècle ' (page 54, fig. 22). Or. il existe au Musée du Louvre une autre aiguière, aussi en cristal de roche, qui a la même forme, des ornements à peu près semblables, et tout près du col une inscription arabe de même style ' (page 35, fig. 23). 11 semblerait donc, à première vue, que l'aiguière du Louvre fût, comme celle de Saint- Marc, d'origine musulmane. Mais quand on v regarde de près, on constate que la gravure des ornements est d'un travail plus sec. plus incisif, plus rude; les contours sont moins arn^ndis, moins purs; dans l'inscription coufique, il se trouve un mot que les orientalistes déclarent indéchiffrable et gravé par un copiste qui ne comprenait pas ce qu'il transcrivait : Bcnédictioii ci ... à son possesseur. 'N'ayons-nous pas, en plein xu"-' siècle, dans l'architecture romane, notamment dans un linteau du portail Saint-Pierre de Rèdes (Hérault), dans un vantail de la A'oulte-Chilhac (Haute- Loire) et dans un chapiteau de Saint-Guilhem du Désert, des frises de pierre qui ne sont pas autre chose que la copie ou l'imitation d'inscriptions arabes ornementales '? Les Normands d'Italie ne frappent-ils pas des monnaies à légendes arabes? Quoi d'étonnant, dès lors, à ce que les cristalliers aient eu recours à des

1. \. de Longpérier, Œuvres, t. I. p. 45 5 ; reproduite dans G. Sclilumbcrgcr, L'ii i-iiipcreiir hy^anlin au A'= sicclc, Nici'phore Pluras, p. 257 ; Pasini, Il Tcsoro di San Marco, pi. LU ; Ém. Molinier, Le trésor de Saint-Marc de Venise, p. 38 et 97, n" 107. Dans le voyage de Xassiri Khosrou, en 1042, on lit la mention suivante qui montre la gravure du cristal de roche en grand honneur en Orient, à cette époque : « 1042. — J'ai remarqué (au Caire) du cristal de roche de toute beauté et artistement travaillé par des ouvriers pleins de goût. Il avait été apporté du Maghreb, mais on disait que récemment on en a\ait reçu de la mer de Qpuizoum d"une qualité bien plus belle et plus transparente que celui du Maghreb )) (^Voyage de Nassiri Khosrou, p. 149).

2. Reproduite dans G. Schlumberger, L'Epopée hy:^antine à la fin du X<^ siirle, t. I, p. 145; Barbet de Jouy, Gemmes et joyaii.x de la Couronne, pi. IX.

3. C. Enlart, Manuel d'archéologie française, t. I, p. 35 1-352.

LEPOQUn DE UHRXWAKU HT DE SUGEK

procédés d'imitation que les monnaycurs cl les architectes mettaient en pratique ? La buire qui nous occupe fut donnée par Roger II, roi de Sicile, au comte de Champagne, Thibaud.et celuici l'oflrit à Suger qui la déposa dans le Trésor de Saint-Denis.

De sorte qu'il devient très probable, eu égard à toutes ces considérations, que l'aiguière du Louvre, travail d'imitation, fut gravée en Sicile par un artiste à la solde des princes normands '.

Dans sa belle description du Trésor de Saint-Marc, de Venise, le chanoine Antonio Pasini a voulu classer comme œuvre byzantine une grande aiguière en cristal de

I. A. de Longpérier, Œuvres, publiées par G. Schlumberger, t. I, p. 544.

Fig. 24. — AiguiC-re du Trésor de Saint-Marc, de Venise.

L HPOQUH nn Bi-RXWARn rx nr. slt,kr

roche décorée de figures gravées en relief, parmi lesquelles on distingue un bélier couché, des fleurons et des enroulements, qui sont du même style que la décoration du vase d'El-Aziz Biilah et du vase du Louvre ' (ci-dessus, fig. 24). Si cette aiguière vient de rOrient, elle est sûrement arabe et non bvzantine. comme M. Molinier Ta démontré en faisant le rapprochement que nous venons d'indiquer. Le même Trésor contient encore d'autres vases en cristal de roche, décorés de fleurons et d'enroulements du même style et suivant le même principe; ils n'ont rien de byzantin ' ; l'un d'eux même a une inscription arabe gravée en relief. Mais tous ces vases sont-ils bien d'origine sarrasine et ne faut-il pas voir, dans quelques-uns au moins, comme dans rai"uière du Louvre, des imitations de la cristallerie arabe, exécutées en Italie, chez les Normands de la Fouille et de la Sicile dont les monnaies portent aussi des légendes coufiques?

A Conques, en Rouergue, dans le tombeau de sainte Foy, on a découvert, il y a peu d'années, un fragment d'un gobelet en cristal de roche dont la panse est décorée d'enroulements, de losanges et d'élégants rinceaux en relief ' [PI. IV, fig. 9]. Comparez ce fragment aux aiguières du Louvre et de ^'enise dont nous venons de parler, et vous serez frappé de la similitude de la technique et des ornements. Ici encore, nous sommes, vraisemblablement, en présence d'une copie exécutée en Occident d'après un modèle oriental. X'avons-nous pas vu, d'ailleurs, par l'étude des sceaux carolingiens et des Crucifixions sur cristal de roche, jusqu'à quel degré, dés le ix*^ siècle, les graveurs de

1. A. Pasini, // tcsoro di sait Marco, pi. LI, fig. 115: Ém. Molinier, Le tn'sor Je Saint- Marc de Venise, p. 39.

2. Pasini, op. cit., pi. XL. fig. 79, <So, 81 ; pi. L, A, fig. 1 14.

5. J'en dois la photographie reproduite sur notre pi. IV, à l'obligeance de M. l'abhé A. Bouillet. Le gobelet pouvait avoir dix centimètres de diamètre .i son bord supérieur ; le fragment retrouvé mesure 10 centimètres de haut. A. Bouillet et L. Servières, Sainte Foy, vierge et martyre, p. 193-194.

Li:poQun DF iîi;K\\\ARn it nn sucer

imitation.

gemmes francs et rhénans poussaient

nous dirions aujourd'hui ht manie de ht contrefaçon?

Un remarquahle calice du .\[uséedu Louvre, en cristal de roche, se compose de deux parties rapprochées par une monture métallique : ht coupe proprement dite et le pied ' (ci-contre, fig. 2 5). Le pied est probahlement de travail oriental : il suflit pour s'en persuader de comparer les gazelles qui y sont gravées en relief avec la gazelle qui orne l'anse de l'aiguiére du Trésor de Saint- Marc au nom du khalife Hl-Aziz-Billah. Mais la coupe elle-même, ornée d'enroulements élégants, avec des globules et des étoiles en creux, est d'un autre style et ne parait pas orientale. Il est donc probable qu'un cristallier, à la solde de Suger, a été chargé de l'exécuter pour l'adapter au pied venu

Fig. 25. — Calice en cristal de roche. Musée du Louvre.

I. Bnrbet de Jouv, Gi'inui.'s et joyaux ilc la Conioinh\ pi. IV.

LHPOaUE DE BERNWARD ET DE SUGER

de Syrie ou d'Hgypte. De semblables assemblages, adaptations et modifications de formes, véritables trucages d'ateliers, ont d'autant moins lieu de nous surprendre qu'ils sont, pour ainsi dire, la loi des arts industriels au moyen âge, et qu'il n'est pas

I"ig. 26. — Soucoupe en serpentine. Musée du Louvre.

un ouvrage d'orfèvrerie de ce temps qui n'otlre les traces d'additions et de rapiécetages du même genre et où l'on ne retrouve la main de toutes les générations : la statuette gemmée de sainte Foy, à Conques, en est le plus bel exemple.

l'époque dp. BERXWAUn ET DE SUGER 6l

La soucoupe de serpentine qui, du Trésor de Saint-Denis, est passée au Musée du Louvre, est-elle une œuvre occidentale et seulement imitée de l'Orient, ou bien faut-il la considérer directement comme un travail arabe ou byzantin r (ci-contre, lîg. 26). Le style des poissons qui la décorent a autorisé ces trois hypothèses '. On sait que cette soucoupe a été, pendant quelque temps, annexée comme patène au canthare de Ptolémée (du (Cabinet des Médailles) transformé en calice par Suger '.

De même, la précieuse aiguière d'Aliénor, en cristal de roche, que Suger ht sertir dans une riche monture, est-elle de travail occidental, byzantin ou arabe? c'est ce qui nous paraît bien difficile à déterminer, en dépit des affirmations de certains critiques "'.

Oserons-nous être plus affirmatif en ce qui concerne quelques autres monuments du même temps, tels que des joyaux des musées de Breslau et de Nuremberg, et plusieurs des reliquaires du Trésor de Q.uedlimbourg ? « C'est du x'= au xu*^ siècle, dit M. J. Marquet de Vasselot, qu'ont dû être exécutés plusieurs objets orientaux en cristal de roche, transformés en reliquaires que possède le Trésor. Le plus important est un flacon dont le pied a disparu, et qui est percé, dans le sens de la hauteur, de trois trous parallèles [PI- IV, fig. 10] '. Il se compose de deux oiseaux

1. cil. de Linas, Les origiiiesde l'orfiricrie chisoiiiuv, t. I, p. 257 et 259 ; .\lfred Darcel et Molinier, Notice ties émaux et de l'orfèvrerie, Supplément, p. 554, D, 927. La monture est, bien entendu, occidentale. Em. Molinier, Hist. gén. des arts appliqués à l'iuduslrie, t. IV : L'orfèvrerie, p. 89; Revue de l'art ancien et moderne, 3= année, t. V, 10 janvier 1899, p. 65-66 (suivant M. Molinier, c'est une œuvre orientale avec une monture carolingienne).

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