‹ Histoire de la gravure sur gemmes en FranceChapitre 32 sur 155 · Victor Gay, Glossaire archéologique, t. I, p · texte numérisé non relu

Victor Gay, Glossaire archéologique, t. I, p

2. Franz Bock, Das heilige Kôht. Domschâtie, p. 27 et pi. XII, fig. 44 d. Cf. Ém. Molinier, op. cit., t. IV, p. 152.

L i:poque de iîhrwvakd et UE SL'GER

Fig. 52. — Pommeau de dague en cristal de roche.

Collection Victor Gay.

appartenant à M. L. Carrand ' (ci-contrc, fig. 32 et 33). L'un et l'autre sont décorés d'enroulements en relief, analogues à ceux des monuments cités tout à l'heure. Mais sont-ils orientaux ou occidentaux? Nous penchons pour cette dernière solution.

Du moins, ces incertitudes et ces hésitations ont par elles-mêmes leur éloquence : elles démontrent jusqu'à quel point l'art de graver le cristal de roche en Occident s'était imprégné des traditions de style et de technique des ateliers orientaux, puisque ses produits sont presque impossibles à distinguer des importations arabes ou

byzantines.

Il n'y a pas à demander compte aux chroniqueurs du moyen âge de l'origine .de ces précieux monuments en agate et en cristal de roche. Loin de là, leur témoignage ne saurait que nous égarer. La plupart des camées, des intailles, des coupes en pierres fines étant affectés au service du culte chrétien, on imagina pour eux une origine et une appellation chrétiennes. Chaque camée fut censé venir des Lieux saints et passa pour une relique de l'Ancien ou du Nouveau Testament. Les Occidentaux ne firent à ce point de vue encore, qu'imiter les Byzantins qui déjà avaient, de longue date, affublé de fliux noms et d'antécédents apocryphes une foule d'intaillcs et de camées grecs et romains '.

Fig* îî- — Étui en cristal de roclie. Collection L.

Carrand.

!. Victor Ga\', Glossaire archéologique , t. I, p. 49cS, vo Cristal. 2. Edouard Aubert, Le Trésor de l'abbaye de Saint-Maurice d'Agauiie, p. i6o. E. B.\BrxoN'. — Histoire de la gravure sur gemmes, z

66 l'époque de bernward et de suger

La légende du voyage de Charlemagne à Constantinople, qui s'accrédita dès le x'^ siècle, vint à merveille favoriser cette tendance générale des esprits : il fut bientôt de règle d'admettre que Charlemagne avait rapporté de son pèlerinage la plupart des gemmes, joyaux et reliques dont on ignorait la véritable origine '. De même que l'on faisait remonter à Xoé la fondation de Rome, auxTroyens celle du royaume de France, et que ^'irgile, Auguste et la Sibylle prenaient rang dans les légendes relatives à l'établissement du christianisme, tous les objets d'orfèvrerie exécutés •avec un art si achevé que les plus habiles artistes se reconnaissaient impuissants à l'égaler, vases précieux ornés de gemmes, bibelots ouvragés, aiguières ou hanaps aux formes étranges, vaisseaux d'or et d'argent, furent réputés l'œuvre du roi Salomon, le grand architecte magicien, constructeur du temple de Jérusalem, devenu le type de la Sapience et de l'habileté technique '.

Pour ces motifs, il serait imprudent d'adopter, sans les plus expresses réserves, les traditions de Saint-Denis relatives à plusieurs des plus importants joyaux et camées conservés jadis dans le Trésor de cette abbaye : par exemple, celle qui prétend que la Coupe de Ptolémée fut offerte par Charles le Chauve ou Charles le Simple; nous devons constater seulement que cette croyance

1 . Rappelons, à cette occasion, la grande améthyste antique du Cabinet des médailles, représentant Caracalla avec le paludamentum, qui se trouvait enchâssée au pied du Christ en croix, sur la couverture en vermeil, ornée de pierreries, d'un évangéliaire du XF siècle que le roi Charles V donna à la Sainte-Chapelle en 1379. Cet évangéliaire fut transporté, sous la Révolution, à la Bibliothèque N.ationale, où on le voit encore à présent (Ms. lai., no 885 1). Un graveur byzantin avait ajouté une petite croix sur l'épaule de Caracalla transformé en saint Pierre, et devant le visage, l'inscription O flETPOC, qui ne laisse subsister aucun doute sur cette affectation nouvelle. E. Babelon, Le Cuhinet des Antiques à la BihViothcqiie Nationale, p. 1 38. Dans le Trésor d'Aix-la-Chapelle se trouve une croix sur laquelle est ench.issée une intaille antique représentant les Trois Grâces avec l'inscription : nOPOYPIC €YXAPIC TAC XAPITAC. Scheins. Kuastschàtie der MûmterkirclK ;;« Aacl)en, p. 3.

2. Sur rCEuvre Salemon {opiis Salomoiiis), vo\ez A. de Longpérier, Œuires, publiées par G. Schlumberger, t. I, p. 445 et suiv.

l'époque Di; RERXWARD F.T DP. SL'GER 67

était déjà répandue au temps de Suger qui lit graver sur le précieux vase une inscription rappelant cette donation ; elle était ainsi conçue :

Hoc vas, Christe, liln, mcnle dicavit

Teiiitis in Fraucos reginiiie Karlns '.

Faut-il aussi enregistrer avec le même scepticisme la tradition relative au beau camée représentant Germanicus en Ganyméde % que les moines de Toul prétendaient avoir été rapporté d'Orient par le cardinal Humbert, en 1049? La grande et belle aiguière romaine de sardonyx désignée sous le nom de l'iisc de Maiilouc, au musée de Brunswick, était considérée comme un des vases du temple de Salomon. Le sacro Ccitiiio de Gênes, belle coupe en verre coloré qui passe pour avoir été prise en iioo par les Croisés dans la grande mosquée de Césarée, avait été offert, racontait-on, à Salomon par la reine de Saba et avait liguré sur la table de la sainte Cène : il était présenté à ce titre à la vénération des fidèles '. L'aiguière célèbre de l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune, a été désignée sous le nom de Fase de saint Martin, parce qu'on disait qu'elle avait servi à l'apôtre de la Gaule -'. Ces grands monuments de la glyptique furent ainsi préservés de la ruine par ia superstition.

Quant aux intailles de petite dimension, un grand nombre d'entre elles continuaient à circuler de main en main, comme sceaux, amulettes, pendants de colliers. Le musée de Chartres possède une bague en électrum trouvée, il y a peu d'années, dans une tombe ecclésiastique du xii'^ siècle; au chaton est encastrée une gemme, probablement antique, qui a pour symboles gravés

1. E. Babelon, Calai, des Camées antiques et modernes de la Bibliothèque Nationale, p. 205.

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