E. Babelon, op. cit., p. lxxvi et n
10. F. de Mély, Ij' grand camée de Vienne, dans \il Galette arclxologique,X. XI, 18S6, p. 244.
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mcnl au commciiccniL'iU du xni" siècle que le tenue de nmice pour désigner une gemme gravée, fait son apparition. (>e mot nouveau alTecte, dans tout le cours du moyen âge les formes et les orthographes les plus variées : ciiniahicH. ùiiikiIm'ii, cdiiiahii, gamahut, camoyii, caiiinhiii, chamaycu, cbamaboii, cbaiinib, camabier, fiiiiKiiiiiI, ciiiiiavciil, kciiiini-. caiiiaul. aiiiiovti. caimtcit, calmabieii. caiiniyni, iiiiiiiiicii. etc.; dans les textes latins du même temps, on a : Citiiuibiitu^, caimibolus, ciiiinibclus. caimibohis, camaxiim, iUiiiuiciis, etc.
Nombre d'érudits, dès le wi"-" siècle, ont cherché à expliquer par le grec, le latin, l'hébreu, l'arabe, ce terme, dont le sens était, aux xui" et xu"-' siècles, il ne faut pas l'oublier, une gemme gravée soit en relief, soil en ereiix ', tandis qu'aujourd'hui il désigne seulement les gemmes gravées eu relief. Nous nous garderons de rapporter toutes les hypothèses proposées. Au lieu de rattacher, comme le font nos dictionnaires, le mot caiihiJ.neii à une forme hypothétique du bas-latin, camaleum qui serait formée sur le grec /.aaaTc'Jîtv, traviiilier, je croirais plutôt que ciiniahieii, caïuaveiiL eaiimljohis vient du grec y.ivxr'hiov, qui signifie proprement un joyau. Pour les Grecs de Constantinople, les camées et les intailles étaient les joyaux par excellence; la chambre où l'on conservait les x£tu.r,Ata s'appelait x£[[j(.Y]X[âpyiov, et le préposé à la garde des joyaux impériaux, qui comprenaient surtout des camées et des intailles, était le xstfxYjXtâpyo;.
N'est-ce point le grand pillage des xtiixr^ioL des palais et des églises de Constantinople, en 1204, qui a rendu cette expression populaire parmi les Latins? N'est-il pas légitime de supposer que ceux-ci, rentrant dans leurs patries respectives, chargés de ces •AtiiuTÎkvx, en auront, dans leur prononciation barbare, défiguré le nom grec, dont ils continuèrent pourtant à se servir, parce que
I. J. Guiffrcy, Les inventaires de Jcau, duc de Berry,t. I, Introd., p. cxxi.
leur langue ne leur offrait pas d'expression équivalente? Est-il téméraire, au surplus, de conjecturer, au point de vue philologique, que. entre y.v.ai^'Xiov et cainaieul ou camahieu, il nous manque probablement une forme intermédiaire, soit dans le grec du XIII"-' siècle, soit dans l'un des dialectes parlés par les Croisés de l'an 1204? Le vénitien du moyen âge, par exemple, avait des particularités qui autorisent notre hypothèse, et le rôle joué, à cette époque, en Orient, par les \'énitiens, nous porterait à présumer, que c'est par l'intermédiaire de leur langage que le mot xsia-r^X'.ov a été altéré et s'est répandu en Occident '.
Ce ne furent pas seulement les objets du culte religieux qu'on décora de camées et d'intailles. Le luxe privé aussi s'en para avec profusion et il suffit de parcourir les Inventaires des xiir' et xiv^ siècles, pour y relever la mention, maintes fois répétée, d'armes, coffrets, livres, bagues, ustensiles de table ou de toilette, joyaux et vaisselle, incrustés de gemmes antiques. Plus encore que par le passé, on enchâsse des camées sur les meubles, les coffrets, les ais des manuscrits, les harnachements des chevaux, les heaumes ou les casques, les armes de luxe des chevaliers :
El H hiauine de convoitise Ou il ol maint pierre assise Safirs, rubis et camahiers.
(En 12S0, Renart le Nouvel '.)
Un semblable engouement pour les camées et les intailles devait nécessairement provoquer, chez les artistes du moyen âge,
1. Au point de vue philologique, la seule objection qu'on puisse faire à l'étymologie que nous proposons, c'est que la s^-llabe ca du mot canmhieu, camaieut, ne saurait guère dériver de la syllabe /.i: de zei[j.j)'àiov. Cependant, par exemple, le mot français chaland vient du grec /ù.iiow/: bas latin chelandium (Du Cange, Gloss., y Chdaudium). Pour la terminaison ieit, ieiil, nous citerons aussi au moins un exemple analogue, l'ancien mot lonlieu, formé du latin tcnohum.