R. de Lespinasse, loc. cit
LES CUISTAI.LriIRS DU XIII'^ SIHCI.l- 79
1229) remarque en effet que les orfèvres parisiens enchâssent des pierres fines au chaton des bagues '.
Les trésors d'églises et les musées publics possèdent un certain nombre des œuvres des cristalliers des xni'-\ xu"-' et xv^' siècles, qui ont réussi à traverser les périodes de guerres et de révolutions. On en voit de beaux échantillons à Florence, à Xaples et dans les autres musées d'Italie, à Munich, à \'ienne, à Nuremberg, à Madrid, à Londres même et dans la Galerie d'Apollon au musée du Louvre '. Ce sont des coupes et des nefs de toutes formes, avec montures en or ou en vermeil, hanaps, burettes, drageoirs, salières, calices, ciboires, girandoles, custodes, monstrances, baisers de paix, chandeliers sur lesquels, malheureusement, aucun nom d'artiste n'est inscrit. Les sacristies en détiennent qui, parfois, servent encore aux cérémonies du culte. Les châsses nombreuses fabriquées à travers tout le moyen âge par les émailleurs et les orfèvres, ont souvent des cristaux, des émeraudes, des sardoines, des rubis enchâssés sur leurs parois. L'habitacle des reliques est généralement fermé par des demi-lunes, des cylindres ou des lentilles en cristal de roche qui permettent de voir l'intérieur.
Mais nous ne saurions faire rentrer ces grands monuments dans le cadre restreint du présent ouvrage; ils relèvent de l'histoire de l'orfèvrerie-joaillerie et de la taille des cristaux, bien plutôt que de la gravure des camées à plusieurs couches et des cachets. Nous les laisserons donc de côté pour ne nous occuper que des camées et des intailles proprement dits, c'est-à-dire de ces gemmes précieuses et de petites dimensions, à sujets gravés en relief ou en creux, qui, comme dans l'antiquité, entraient dans la parure
1. H. Géraud, Paris sous Philippe k Bel, p. 594 (dans la Coll. des docinnenls inédits sur l'histoire de France).
2. \'oyez notaiiinicin ; Barbet de Jouy, Les ffemmes et ioyaii.x de la couronne, pi. XIII (drageoir de cristal de roche).
LES CRISTALLIERS DU WU^ SIECLE
Fig. 36. — !nt:iille sur s.iphir. Coll. de M. le baron Ro2;erde Sivr\'.
corporelle, étaient embâtés, à titre décoratif, sur les plus riches produits de l'orfèvrerie ou servaient de cachets sigillaires.
Suivant la définition qu'ils se sont eux-mêmes donnée, c'est à ces artistes cristalliers et graveurs qu'on doit un beau saphir qui, de la collection Crignon de Montigny, est passé dans celle de M. le baron Roger de Sivry ' (fig. 3 6) ; il représente en creux un buste royal, de face, que son style autorise à placer vers le temps de saint Louis ou de Philippe le Bel. Nous leur sommes aussi redevables d'un remarquable camée en sardonyx, de la collection impériale de \''ienne, qui a pour type Samson brisant la mâchoire d'un lion [PI. V, fig. 3], sujet en haut et vigoureux relief, traité avec la naïveté des sculptures de nos cathédrales des xu'^ et xiii* siècles *. Le camée est attribué avec raison à cette époque, et M. E. de Sacken insiste à la fois sur sa parenté de style et de composition avec les sculptures romanes et sur son absolu contraste avec l'art bvzantin. Qu'il soit d'origine allemande, rhénane ou française, c'est une œuvre occidentale, aflFranchie, au point de vue de l'inspiration et de la technique, des traditions séculaires de l'Orient qui, nous l'avons constaté, se sont tyranniqueinent imposées aux lithoglyphes jusqu'en plein xii'^ siècle. \'ictor Gay considérait comme un camée italien du xiii"-' siècle, une gemme de sa collection sur laquelle est gravé en relief un ange, vu de profil, un livre à la main; derrière lui. la main divine émergeant d'un nuage (ci-après, fig. 37)'.
1. W. Frœhner, Collection de M. de Montigny. Pierres gravées. Catalogue, n" 665 (Paris, 1887, in-8<>).
2. E. von Sacken, dans le Jahrhuch der Kunsthistorischen Sammlungen des a. h. Kaisethaiises, t. II, 1884, p. 56 et pi. III, fig. 4.