G. Demay, 0/1. cit., p. ix, no
3. Lud. Mulk-r, Xuinisinatiqiie de V Afrique ancienne, \. II, p. 84.
buste sigillairc du xiv"= siècle. d"autre part, le buste gravé sur une cornaline antique, qui a fait successivement partie des anciennes collections Poniatowski et Tyszkiewicz ' (ci-contre, fig. 38 et 39). Dans les deux cas, c'est la même pose, le même collier à double rangée de pendants étalé sur la poitrine, un arrangement des cheveux presque semblable; il y a seulement au-dessus du front de la tête antique de petites cornes qui n'existent pas sur la tête du moyen âge. Ces petites cornes ont fait donner à la femme le nom de lo ou d'Artémis Tauropole. Mais ce qui
Fig. ;S. — lauille antique signée de IMoscoride.
Fig. 39. — Le sceï secret du roi Jean le Bon.
constitue surtout son grand intérêt, c'est qu'elle porte la signature AIOCKOYPIAOY, gravée dans le champ, derrière la tête. X"est-il pas curieux de constater que ce chef-d'œuvre de Dioscoride fut connu, soit directement, soit par une réplique, du graveur du xn"^ siècle, et que celui-ci, épris de sa beauté, eut l'idée de s'en inspirer, l'ambition de l'égaler ? Et le résultat de ses efforts, qui nous est par\enu dans une empreinte en cire, fragile et affaissée, nous amène à reconnaître que la copie était digne du modèle. Qu'on juge par cet exemple de l'importance de la
I. Cette gemme antique a été signalée pour la première fois en 1756, en la possession du duc de Bracciano. Voyez à son sujet : A. Furtwaengler, dans Xtjabrhuch des Kais. arch. Instituts, t. III, 1888, p. 222 à 224; W. Frœhner, Collection Tys^heidcx, pi. XXIV, fig. 9; X. Furtwaengler. Die antiken Gemmen, t. II, p. 254, pi. XLDC. fig. 9 et pi. LI, fig. 17 (agrandie).
LE ROI CIIARLnS V ET SES FRERES IO5
sigillographie du moyen âge pour l'histoire de la gravure sur pierres fines !
C'est même la perfection artistique de ces gemmes médéviales qui a égaré les critiques, obsédés qu'ils furent par le préjugé que le moyen âge dut être incapable de produire de pareilles œuvres '. Pour ce seul motif, on en a fait honneur aux plus beaux siècles de l'antiquité. Le groupement de toutes ces empreintes en cire, de même style, employées comme types sigillaires à la même époque, ne permet plus de s'arrêter à cette théorie, désormais aussi surannée que celle de Labarte qui voulait voir une œuvre byzantine dans le portrait sigillaire de Charles V. Mais nous avons encore d'autres preuves à produire à l'appui de notre thèse : ce sont les monuments originaux eux-mêmes.
Le Cabinet des Médailles possède au chaton d'une bague d'or, une cornaline sur laquelle est intaillée une \'ierge tenant l'Enfant Jésus [PI. Vn, fig. 13] ; examinez la tête nimbée et voilée de la Madone, de trois quarts, un peu inclinée, et comparez-la à l'empreinte du sceau de Henri de Lancastre, en 1532 [PI. VH, fig. 5]. C'est la même attitude, la même pureté de lignes, le même style, la même technique; le classement de l'une entraîne le classement de l'autre. Sur le jonc de la bague, on lit, en champlevé, une ïïî gothique et l'inscription pieuse: in cpTCNIiS VUAS * ôOmiPE XC-
Il y avait dans la collection du baron Jérôme Pichon, dispersée en 1897, une précieuse bague d'or munie, au chaton, d'une intaille sur saphir, merveille artistique digne d'être mise à côté des plus belles empreintes sigillaires dont nous avons parlé tout à l'heure '. Elle représente un homme drapé et coiffé d'un
1. Sur la tradition antique au moven âge, voir surtout les belles études de M. Eug. Mûntz, dans le Journal des Savants, ortobre 1887 et janvier à mars 1888 et Hist. de Fart pendant h Renaissance, 1. 1, p. 205 et suiv.
2. Collections du haron Jérôme Pichon. Objets antiques, du moyen dge, de la Renaissance. Catalogue, n" 45 (Paris, 1897, in-8).
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Fig. 40. — La bague de Jean duc de Berry (?)
chaperon, assis de face sur un siège dont le dossier est orné de deux croix fleurdelisées [PI. VII, fig. 15]. C'est peut-être le duc de Berry lui-même, comme le voulait le baron Pichon, en rapprochant cette intaille des paragraphes de l'Inventaire du duc, où il est fait mention de deux anneaux gemmés, « ouquels est le visaige de Monseigneur ' » (ci-contre, fig. 40).
La même collection renfermait une bague d'or, dite du Prince noir, avec un petit rubis intaillé d'une tête imberbe, de face ' (fig. 41). Sur l'encadrement métallique de la gemme on lit : ^ SYGILirm (sic) seCRGTbm. Le
jonc est couvert de longues inscriptions en caractères gothiques : S'
GE0RGII5S, et»i< lEXVS AliVE^R TRANSIENS PER MEDIVM
ILLORVM IBAT ET VERBVM C '\ qui donnent à cette bague
un caractère talismani-
que. Elle fut trouvée, en
1866, sur l'emplacement
de l'ancien château de
Montpensier, près d'Ai-
gueperse, en Auvergne.
C'est encore dans la
même collection que
nous trouvons décrite
la bague d'or de Thomas de Xevers avant, au chaton, une
cornaline sur laquelle sont gravés trois chiens courants, superpo-
Fig. 41. — La bague dite du Prince Noir(?)