‹ Histoire de la gravure sur gemmes en FranceChapitre 95 sur 155 · J. Mariette, Trailt', t. I, p · texte numérisé non relu

J. Mariette, Trailt', t. I, p

Jacques Guay naquit à Marseille le 26 septembre 171 1 '. Son nom est parfois orthographié, mais à tort, dans les écrits du xvni'^ siècle, Gav ou même Le Guav -. La forme Guav est la seule qu'il ait adoptée dans les signatures de ses pierres gravées, la seule qu'on rencontre dans les actes notariés ou officiels.

Il était iils de Jacques Guay et de Catherine Barellicr; il fut baptisé en l'église Saint-Martin. Si l'on en juge par le style et l'orthographe des notes manuscrites qu'on a de lui, son éducation dut être fort négligée. Mais il est à présumer que Jacques Guay, qui avait une écriture ferme et régulière, affecta systématiquement, durant toute sa carrière, le plus souverain mépris pour l'orthographe. Nous en citerons plus loin d'étonnants exemples.

Ses parents le destinaient au métier de joaillier. Mais à peine au sortir de l'adolescence, il quitta Marseille pour venir à Paris. Là, il entra dans l'atelier de François Boucher, qui était alors dans la plénitude de son talent et de sa réputation et que ses admirateurs surnommaient l'Anacréon de la peinture et le Peintre des Grâces. Jacques Guay se préparait donc à devenir peintre, dessinateur ou graveur, lorsque la rencontre qu'il fit d'un collection-

1. J. J. Guiffrey, Actes d'état civil d'artistes français, puhWéi dans le Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français, 2'^ année, 1876, p. 66.

2. Dans son testament, Mn" de Pompadour l'appelle tantôt Legiiay et tantôt Guy. J. Leturcq, Kotice sur Jacques Guay, p. 9, note i.

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neur renommé, Pierre Crozat, acheva de fixer sa vocation. Crozat, conseiller au Parlement, avait un Cabinet d'antiquités dans lequel figuraient 1.400 pierres gravées '. L'étude technique de ces gemmes décida Jacques Guay à chercher à en graver de pareilles; ses premiers essais furent encouragés par Crozat ; Guay se révélait graveur sur gemmes.

Pour se perfectionner dans cet art. il entreprit un voyage en Italie. Il était à Florence en 1742, étudiant la riche collection des Alédicis, et quelques mois après, nous le trouvons à Rome où Louis X\' lui avait assuré un logement gratuit dans le palais de l'Académie '. Ce séjour en Italie dura plusieurs années et Guay exécuta à Rome, d'après des modèles antiques, un certain nombre d'intailles que nous connaissons grâce aux notes manuscrites de l'artiste et à un recueil précieux pour l'histoire de l'art au xviii^ siècle, qu'on doit à M'"'^ de Pompadour elle-même.

;\([me (jg Pompadour (i 721-1764) devenue la favorite de Louis X\' en 1744. eut l'ambition d'encourager les arts et de protéger les artistes, et Jacques Guay fut un de ceux dont elle apprécia particulièrement le talent. Gravant elle-même au burin avec habileté, elle conçut l'idée de reproduire en un recueil de planches à l'eau-forte un certain nombre des gemmes gravées par Guay. Ce recueil a pour litre : 5;(//(' d'estampes gravées par M"^^ la marquise de Pompadour ' ; il comprend 65 planches et quelques

1. La collection de Pierre Crozat, a été publiée par J. Mariette, Description des dessim du Cabinet de Crozat suivie d'une description sommaire des pierres gravées. Paris, 1741, in-8. Cette collection fut acquise par le duc Louis d'Orléans (1703-1752) qui la réunit à la sienne. Catherine de Russie acheta plus tard la collection de Louis d'Orléans qui se trouve ainsi aujourd'hui au musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg (S. Reinach, Pierres gravées, p. 151).

2. J. Mariette, Traité des pierres gravées, t. 1, p. 149; J. Leturcq, Notice sur Jacques Guay, p. 1 1 .

3. J. Leturcq, Notice sur Jacques Guay, p. 12 et 63; cf. .\. de I^ Fizeliére, dans la Galette des Beaux-Arts, août 1859, p. 138.

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estampes annexes, étrangères à la gravure en pierres fines. Chaque planche est accompagnée d'une notice descriptive, quelquelois assez développée, due à un personnage demeuré inconnu, et que Guay appelle Voratcur (dans son orthographe, Yoriulciir).

Un amateur distingué de Paris, de la seconde moitié du xix"^ siècle,]. F. Leturcq,eut la bonne fortune de recevoir par héritage l'exemplaire de cette Siiilc d'estampes, qui avait appartenu à Jacques Guay lui-même. Cet exemplaire ne contient que cinquante-deux des planches gravées par M'""-' de Pompadour : mais quoique incomplet, il est d'autant plus précieux que chacune de ces planches y est accompagnée des notes et indications manuscrites que Jacques Guay destinait à Voracteiir pour lui permettre de rédiger les notices explicatives. Ces notes autographes ont permis à J. Leturcq d'écrire la biographie de notre artiste dont la carrière était demeurée, jusqu'alors, à peu près complètement inconnue; elles ont certifié l'attribution à Jacques Guay de gemmes non signées; elles ont fourni surtout, au sujet des pierres ainsi annotées, les renseignements les plus utiles sur leur date, les circonstances de leur gravure, les événements qu'elles commémorent, les personnages qui les ont commandées à Jacques Guay, ceux à qui elles ont été offertes, enfin les artistes peintres, dessinateurs, sculpteurs dont notre artiste a. parfois, reproduit les œuvres sur ses intailles.

Jacques Guay nous informe ainsi dans ces notes, que durant son séjour à Rome il grava des têtes et des sujets divers d'après des groupes de marbre ou des' bas-reliefs antiques. Nous signalerons, en passant, tous ces détails dans le catalogue raisonné qui suit, où les œuvres de Guay sont, autant que faire se peut, rangées dans l'ordre chronologique.

I. Tèle d'Octave. Elle est reproduite sur la planche VII de la Suite d'estampes de M""' de Pompadour, et la note de Guay qui la concerne est ainsi libellée ; « Tète Dauctave gravée en creux dapre

E. B.\BF.LON'. — Hiiiojye de la grtiviire sur gemmes. . ii

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le marbre entique qui est au CapiloUe a Rome '. » Cette intaille était sur cornaline; son sort nous est inconnu.

2. Tète d' Antinous (PI. IX de la .S";(/7(' d'cstampa de M™= de Pompadour). Note de Guay : « Le Lantin gravé en creux daprest la figure entique de marbre qui est au Capitolle a Rome '. » C'est une intaille sur cornaline, signée GVAY, qui, après avoir tait partie de la collection de J- Leturcq, est entrée en 187 5, au Cabinet des Médailles [PI. XIV, fig. 2]. Le Lantin est le nom vulgaire, tiré de l'italien, sous lequel on désignait dans les ateliers, les représentations d'Antinous, alors très à la mode.

L'estampe à l'eau-forte reproduit la tête d'Antinous sans la signature de Jacques Guay. C'est qu'en effet notre artiste ne signa pas d'abord les œuvres qu'il exécuta en Italie. Ce fut plus tard seulement qu'il se décida à graver rétrospectivement, peutêtre à la sollicitation de M"'^ de Pompadour, son nom sur VAntinoUs déjà ancien de quelques années, qu'il avait rapporté de Rome et qui excitait à Paris l'admiration universelle \ « 11 est heureux pour la réputation de Guav, dit J. Leturcq. qu'il soit revenu sur sa première détermination, autrement on eût fait honneur de cette belle gravure à quelque maître de l'antiquité grecque au détriment de la gloire de notre artiste ■'. »

3. Tète de femme inconnue, les cheveux retenus par un bandeau (PL XIII de la Suite d'estampes de M'"<= de Pompadour). Xote de Guay : « Tête de tantaisie gravée en creux dant le goûts entique '. » Xous ignorons le sort de cette intaille.

4. Tète de femme inconnue (PI. XX de la Suite d'estampes de M"'= de Pompadour). Xote de Guay : « Tête de fantaisie gravée

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