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consiste, dit Caylus, à mettre une couche de tripoli bien égale sur une cornaline, et à l'exposer à un feu très doux, car s'il était fort, il ferait blanchir la cornaline. Ce feu doux établit si bien ce tripoli, que le touret ne l'emporte pas plus aisément que la cornaline ou l'agate que l'on veut graver. Ce travail, ainsi disposé, présente des figures rouges sur un fond blanc, que rien ne peut altérer. Cette opération donne une sorte d'agrément aux compositions et produit du moins une petite singularité. Je dois le secret de cette petite manœuvre à feu Barier, graveur du Roi. en pierre, qui l'avait retrouvé par hasard en cherchant autre chose, comme il arrive presque toujours et principalement en chimie. » Ce petit truc d'atelier fut bien loin, certes, de porter Barier à la hauteur artistique de son contemporain Flavio Sirletti qui. à Rome, imitait les gemmes antiques avec une habileté déconcertante pour la critique moderne '.
Faut-il compter au nombre des artistes français Louis Siriès, qui, bien que né en France et ayant le titre d'orfèvre du Roi, passa à Florence et n'exécuta aucun travail français de glyptique? A Florence, il devint, en 1740, directeur officiel des travaux en pierres fines : le musée de \'ienne (Autriche) possède les plus importantes de ses œuvres \ Actif et fort habile, les ouvrages |
sortis de ses mains étaient devenus si nombreux en 1757 qu'on en publiait le catalogue sous ce titre : « Catalogue des pierres gravées par Louis Siriès, orfèvre du roi de France, présentement directeur des ouvrages en pierres dures de la galerie de S. .\L impériale à Florence (Florence, 1757, in-4"). » Ce catalogue comprend jusqu'à 168 numéros. L'impératrice ALirie-Thérèse acheta tous ces camées et le directeur du Cabinet de \'ienne qui s'appelait alors M. de France, en prenant possession de cette imposante
1. J. Mariette, Traité des pierres grm'ées, t. I, p. 140; E. Bàhclon, Catalogue des came'es, Introd., p. xcvi.
2. J. .\rnetli. Die Cinque cento Cameen iiiid Arheilen des Benvenitto Celliiii, p. 76.
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collection, l'apprécie en ces termes dilyranibiques : « 'lous ces ouvrages en gravure en pierres dures sont de M. Louis Siriès, à Florence, âgé de soixante-dix ans, qui a trouvé Fart de graver en relief avec des fonds plats, dans une perfection qui surpasse celle de tous les anciens et modernes; qui mérite, pour le peu de temps qu'il a emplové pour faire toutes ces pièces où il y a
Fig, 50. — L'empereur Fran»;ois b\ Maric-TIiérèse t-î leur famille. Camée du musée de \'ienne.
quelque mille figures entières, d'être regardé comme un phénomène du genre humain. Hcrit à \'ienne en recevant le grand onyx du Trésor impérial, où j'ai fait graver par lui-même, en relief, toute l'auguste tamille en portrait entier, qui consiste en leurs Majestés, quatre archiducs et huit archiduchesses, ainsi 14 por traits. A Vienne, 1756. »
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Le camée assez médiocre dont il est ici parlé représente l'empereur François l" avec Marie-Thérèse, entourés de toute la famille impériale d'Autriche (ci-dessus, iîp;. )0). Au revers, on lit la signature de l'artiste qui se dit Florentin : L\'D-SIRI1:S SCALP. FLOR. Cest le plus grand des camées que ALirie-Thérèse ait fait exécuter par Louis Siriés; elle le lui paya 2681 florins.
Louis Siriés signait parfois simplement de ses initiales LS. Il exécuta non seulement des camées et des intailles, mais des coupes, de petits bibelots et. en particulier, des tabatières en lapis-lazuli très recherchées par les amateurs contemporains '.
La collection impériale de \'ienne est riche en fait d'œuvres de Louis Siriés; quant à notre Cabinet des Médailles, il possède seulement de cet artiste une intaille sur jaspe sanguin, qui nous vient de la collection du baron Jérôme Pichon '. Le sujet, fort habilement gravé, est Achille assis pleurant la mort de Patrocle; devant lui. Antiloque se tient debout. A l'exergue. SIRIES F [PL Xn. fig. 8]. Cette gemme n'est que la copie d'un sujet traité par divers lithoglyphes, à partir de la Renaissance italienne et nous y insisterons à titre d'exemple. Le prototype en est un camée fragmenté, publié par ^^"inckelmann comme antique \ mais qui. en réalité, fut gravé d'après un bas-relief du palais Mattei. par un artiste italien du xvi'= siècle ; une tradition apocryphe raconte qu'il fut trouvé par un paysan de la campagne romaine et acheté à vil prix par le cardinal Albani. Celui-ci lit présent de la gemme, devenue vite célèbre sous le nom de Les pleurs d'AchiUc, à la
1. L. Matler, Traite de la nu'thotle antique de graver eu pierres fines, préface, p. x.\xiv ; J. .\metli, op. cit., p. 78. M. de France avait une importante collection d'œuvres de Louis Siriés {Musei Franciani descriptio, Leipzig, 1781, 2 vol. ; nouv. édit. Vienne, 1805). Un certain nombre d'œuvres de Louis Siriés faisaient aussi partie de la collection Marlborough, aujourd'hui dispersée. C. \V. King, Antique gcms and rings, t. l, p. 437-458.
2. Collection d:'. baron Jérôme Pichon, Objets antiques, etc.. Calai., n° 138. Cf. C. W. King, Antique genis and Rings, p. 458.
5. Winckelmann, Monununti antichi huditi, t. H, ch. XL fig. no 129 et Histoire de l'art, trad. Fea, t. L P- 335-
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comtesse Cheroffini qui la possédait lorsque Winckclmann la publia. Elle passa ensuite aux mains de Mgr Ferretti, et le roi de Naples, Murât, fit vainement des offres importantes pour l'acquérir. \'ers i(S20, le camée était en la possession d'un collectionneur romain nommé \'incenzo Natti qui le vendit à un amateur français, M. de S., dans la famille duquel il est encore aujourd'hui et où il m'a été donné de l'étudier '. La renommée de cette gemme qu'on croyait antique explique son succès auprès des amateurs et des artistes. Nombre de ces derniers la copièrent, comme ils copièrent également le Clachet de Michel-.\nge, l'Apollon citharède de Pamphile, la Méduse de la collection Strozzi, la tête de Cicéron de Dioscoride, l'Enlèvement du Palladium, l'Apollon et Marsyas de la collection de Laurent de Médicis, et tant d'autres chefs-d'œuvre de l'antiquité et de la Renaissance italienne '. Le Repos d' Hcnmipbvodilc que nous reproduisons [PI. XVI, fig. 6]. parce qu'il formait le médaillon central d'un collier de
1. y en possède une photographie d'après l'original. Divers auteurs parlent de ce camée qu'on croyait antique et dont la réputation était vraiment usurpée. C'est ainsi que dans la correspondance du comte de Fredenheim avec Gustave III, véritable chronique de Rome pendant les années 1 783-1789, on trouve une lettre de Fredenheim, du 17 mars 1786, qui contient ce passage : « Il v a un an environ, monsignor Ferretti acheta de la maison Cheroffini un camée, iVagment représentant .\chille qui pleure sur le tombeau de Patrocle, sujet illustré par Winckelmann, et dont on a une répétition dans un bas-relief de la maison Mattei. A présent, il veut le vendre pour iioo sequins. Il est de la première beauté, d'un dessin et d'un stvle le plus pur qui se trouve en camée. » M. A. Geffrov ajoute : « Ennio Quirino Visconti (Œuvres diverses, t. II, p. 273) mentionne ce camée possédé d'abord par la comtesse Cheroffini, acquis plus tard par Mgr Ferretti. Un fragment à gauche manque: on a pu le compléter à l'aide du bas-relief tout semblable qui se trouve au palais Mattei. Winckelmann, dit Visconti, voit avec raison, dans toute cette représentation, .\chille recevant d'.-Vntilochus la nouvelle du meurtre de Patrocle ». Art. posthume de A. Geffrov, intitulé Essai sur la formation des collections d'antiques de la Suéde, publié dans h. Revue archéologique, 1896, II, p. 8.
2. Les Pleurs d'Achille furent copiés notamment par un graveur anglais du nom de Marchant qui vécut de 1755 à 1812. A. Furtwaengler, Die autiken Geintnen, t. II, p. 309, n" 24, et t. I, pi. LXVll, n" 24. Vovez aussi un camée moderne avec le même sujet dans Maxwel Sommerville, Engraved Geins, p. 326.
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M""-' Du Barry, fut aussi un sujet fort à la mode dans les milieux licencieux du xviu^ siècle '.
Louis Chapat ne nous est connu que par quelques camées sur silex gris à trois couches. L"un, qui représente Louis XV, est signé LUD'CHAPAT F '. Un autre, sans signature, est formé d'une série de petits médaillons encastrés dans un caillou elliptique et représentant les bustes des rois de France depuis Hugues Capet jusqu'à Louis XV. Un autre enfin, signé CHAPAT F, 1730, nous donne les bustes du grand Frédéric, de Frédéric Guillaume et de Frédéric IL rois de Prusse et il porte la mention : SILEX EYGARI AMNIS, qui nous apprend que les galets gravés par L. Chapat furent recueillis dans le lit torrentueux de l'Isère.
Jean Conrad Aluller, né à Strasbourg où son père (7 1735) exerçait la profession de graveur, vint s'établir à Paris, où il ne grava guère que des armoiries sur métal et sur des cailloux du Rhin et d'Alençon ou d'autres pierres dures de troisième ordre '.
De tels ouvriers de commerce étaient loin de pouvoir soutenir la comparaison avec les artistes qui florissaient alors en Italie et en Allemagne, comme Sirletti, Costanzi, Pichler, Laurent Natter. Ils étaient loin surtout de faire présager le nom qui éclipse tous les autres, tant en France qu'à l'étranger, l'homme de génie qui incarne en lui seul l'apogée de la gravure en pierres fines au xviii^ siècle et se présente devant l'histoire comme le digne émule de Pyrgotèle, de Dioscoride, de \'alerio \'icentini : j'ai nommé Jacques Guay.
1. E. Babclon, Catalogue, n" 493; cf. le niOnie sujet antique ou moderne, sur les nos 48, 49 et 494-