‹ Histoire de la Grèce ancienneChapitre 25 sur 90 · II · texte numérisé non relu

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4. Zeus est le même mot que Bê6î, Deus, Dieu, dont le radical san-

d'eux, ils l'appelaient le père des choses vivantes, Zeus Pater. Son culte était dominant en trois des lieux que l'histoire nous montre comme les plus anciennement habités de la Grèce : à Dodone en Épire, où le chêne à glands doux et le hêtre aux fruits nourriciers lui étaient consacrés; sur le Lycée, la plus haute cime de l'Arcadie et sur le mont Dicté, dans la Crète. Les Crétois ne faisaient même pas difficulté de raconter sa naissance et de montrer son tombeau.

Ce culte du Ciel était associé à celui de la Terre. Les Péliades de Dodone disaient après l'invocation à Zeus : « La Terre produit des fruits, honore-la du nom de Mère.» On l'appelait aussi Terre-Mère, Mr/rr.p, nom qui devint Déméter et que l'on donna à Cérès. A Mantinée, on entretenait snr son autel un feu perpétuel, comme celui de Vesta à Rome. Les hymnes chantées dans ses temples la faisaient venir de la Crète ; elle arrivait de bien plus loin encore, car elle est la déesse voyageuse qui fait naître les moissons sous ses pas*. A Eleusis, on attribuait aux Thraces la fondation de ses mystères. Zeus, Apollon, Dyonisos, Athéné et Poséidon, peut-être Artémis, sont de même entrés dans la Grèce de deux cotés, par le nord et le sud, par la terre et la mer. Les dieux ont naturellement suivi le double chemin des nations. La nuée lumineuse que le Dieu jaloux d'Israël envoya pour guider son peuple n'éclaira rien derrière elle ; les hôtes divins que les Grecs emmenèrent avec eux, sur les flots de la mer Egée et les cotes de la Thrace, jalonnèrent le chemin avec les autels qu'ils s'y firent élever et

scrit div signifie briller. Zeu? ronfo, Diespiter est exactement le mot sanscrit Dyaushpitar, Jupiter. M. Maury l'identifie avec l 'Indra du Rig- Véda. Juno est la forme féminine de Zeus en passant par Dioné qui, à Dodone, était l'épouse de Zeus. On l'appelait Hpa, la maîtresse. Même dans les âges postérieurs Zeus resta surtout le dieu des lieux hauts ; se* autels couronnaient la cime des monts dans la Mégaride, l'Attique et l'Arcadie, comme son trône était sur l'Olympe.

1. Il y avait, par exemple, de grands rapports entre le culte de Cérès et celui de l'Égyptienne Isis.

les souvenirs qu'ils y laissèrent. L'histoire des dieux devient ici comme une contre-épreuve de celle des hommes.

Deux divinités étaient en opposition avec le dieu" du ciel, le Sol fécond, Chronos (Saturne), dont le culte disparut de bonne heure, sauf en Élide, ce qui accrut d'autant les honneurs et l'importance de Déméter, et Adès (Pluton), qui dans l'origine n'était que le roi des espaces souterrains1, et dont on arriva aisément à faire le dieu des morts qu'on dépose dans la terre, puis celui des richesses qu'on trouve dans son sein. On comprend, d'après cette conception première de Pluton, comment on fut amené à donner au dieu de la terre pour épouse la fille de la déesse des moissons, Proserpine, qui par son origine était elle-même une personnification de la puissance végétative.

L'anthropomorphisme ne se dégagea que lentement du naturalisme antique; les mariages et la génération des dieux vinrent plus tard encore. Ainsi Héra était dans l'origine la vierge céleste, IlapOevi'a, qui régnait à Argos, et non pas l'épouse du maître des dieux*.

Aux croyances des temps primitifs se rattache le culte du feu, celui qui brûlait au foyer domestique, sur l'autel des dieux et au foyer public des États dans les Prytanées, Hestia (Vesta), ou celui qui sortait mystérieusement de la profondeur des terres volcaniques, Héphaestos (Vulcain). Ce dieu était le grand artisan de l'univers, idée aryanne qui ne se développa point dans la Grèce, mais qu'on retrouve dans les mystères pélasgiques de Samothrace.

1. L'Adité des Védas, dont le nom indien se retrouve dans le Jupiter in/ernalis des Latins (Dis, Ditis).

2. Héra n'a une grande existence que dans Homère. Hésiode l'invoque seulement comme la déesse poliade d'Argos. Pindare, Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane la connaissant à peine. Au temps de Strahon tous ses temples tomhaient en ruines, XIV, p. 636 Héra n'a retrouvé son rôle, comme épouse du maître des dieux, et de grands honneurs qu'à Rome où, sous le nom de Junon, elle devint le type idéal de la matrone sévère et vénérable.

Ofc CHAPITRE VI.

Son culte était localisé à Lemnos, où de tout temps on forgea des armes.

Pan, Hermès1, dieux des pâtres de l'Arcadie qui représentaient ces divinités par une image ou des attitudes obscènes, n'étaient que des personnifications particulières et locales du principe de la génération. Le procédé le plus habituel de la légende ultérieure fut, en effet, de prendre une des idées contenues dans la conception générale d'un dieu, pour la transformer en une divinité nouvelle qui commençait une vie particulière où l'élément primitif se Confondait au point de se perdre dans le mélange avec des éléments nouveaux. L'esprit des Grecs était un miroir à mille facettes dont chacune réfléchit un des aspects infinis de la nature.

Voilà ce que l'on peut donner comme l'apport des Pélasges dans la religion hellénique, et les dieux qui leur durent le droit de cité dans l'Olympe.

Les Phéniciens de Sidon répandirent le culte de leur divinité protectrice, Astarté ou Aphrodite, dont l'image ornait la proue de leurs navires* pour les protéger contre les flots, ce que les Grecs exprimèrent poétiquement en disant que Vénus était née de la blanche écume des ondes amères. D'Ascalon, elle passa dans l'île de Cypre et de là à Cythère où les Phéniciens lui bâtirent un temple. Mais son culte se répandit lentement : à l'époque homérique il était encore très-restreint.

Les Tyriens, qui succédèrent à la domination maritime des Sidoniens, propagèrent, à leur tour, le culte de leur dieu national Melkart, qui se transforma en Hercule.

1. Hermès était aus>i un dieu thrace : <r Los Thraoes n'adorent qu'Ares, Dionysos et Artéinis; niais le» rois honorent principalement Hermès, dont ils se croient descendus, et ne jurent que par lui. * Hérodote, V, 7.

2. Images bien grossières, car les Grecs n'eurent longtemps pour statues de leurs dieux que des pierres brutes ou simplement équarries, des tronc» d'arbres ou des pièces de bois à peine taillées. Sur ce point les témoignages abondent : M. Maury en a réuni les plus curieux.

Poséidon ou Neptune le dieu de la mer qui veut des sacrifices humains et des immolations de chevaux, doit être une des plus vieilles divinités du pays, apportée sans doute par les Grecs d'Asie et des îles avecRhéa, la Cybèlc phrygienne qui ne joua jamais en Grèce qu'un rôle effacé, et Athéné, qui eut pour emblème l'olivier, indigène sur les côtes asiatiques. Delphes , Olympie et Athènes semblent avoir primitivement honoré Poséidon d'un culte particulier et les Ioniens le regardaient comme leur dieu national : en Asie, ils tenaient leurs assemblées générales dans son temple. Par contre, il fut peu en honneur auprès des Doriens, excepté à Corinthe. Les légendes postérieures en firent naturellement l'époux de Démêler : l'élément humide fécondant la terre.

Athéné ne fut pas, aux premiers jours, le symbole des qualités morales que Minerve représenta, mais une personnification des eaux, ce qui la mettait en rapport naturel avec Neptune, non toutefois pour l'hymen, car stérile comme l'onde amère, elle resta vierge inféconde. Plus tard elle fut la divinité guerrière qu'Homère nous montre couvrant les héros de son égide, au milieu de la bataille. Mais il était inévitable que la déesse des eaux incorruptibles et de l'air impalpable devînt aussi celle de la chasteté et de la pureté morale , quand le polythéisme grec, échappant au naturalisme par le progrès des idées, se spiritualisa en substituant à la personnification des forces fatales de la matière, celle des qualités morales qu'on mit alors dans les dieux, à mesure qu'on les découvrait dans l'homme.

Dionysos (Bacchus), le dieu de la vigne, qui apparaît d'abord dans l'île de Naxos, et que les Thraces adorèrent de tout temps, Diane (Artémis), au culte homicide et aux mœurs farouches, comme celles des Amazones, qui eut

2. L'ancienne forme de son nom, en dialecte dorien, était ffotefôac, où l'on trouve le même radical que dana le» mot» ïdrcoç, rcoTap6<.

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à Éphèse un sanctuaire fameux, et dans la Tau ri do des autels redoutes, enfin Ares (Mars), le dieu du carnage, et peut être la principale divinité de la Tlirace, sont évidemment d'origine étrangère'.

Mais la plus importante de ces nouveautés religieuses fut la tardive introduction en Grèce du culte d'Apollon. Ce dieu semble en rapport avec Neptune. Tous deux travaillent à relever les murs de Troie ; tous deux aussi sont les grandes divinités de la côte asiatique et c'est un insulaire, le Cretois Minos, qui porte partout avec lui le culte du fils de Zeus. En Grèce, le culte d'Apollon n'était pas encore populaire au temps de la guerre de Troie, mais il y eut un double berceau : la vallée de Tempé où il commença bumblement, puisqu'Apollon, selon la légende thessalienne, servit d'abord comme berger, chez Admète, et l'île d'Ortygie « où les ebantres harmonieux de Phœbus, les cygnes de Méonie, quittant le Pactole, vinrent tourner sept fois autour de l'île sainte pour célébrer la naissance du fils de Latone". » Les premiers autels d'Apollon, dans la Hellade, s'élevèrent donc sur l'Olympe et sur le rocher de Délos. Un troisième qui effaça en renommée les deux autres, fut celui que les Crétois passaient pour lui avoir dressé à Crissa, au bord du golfe de Corinthe , et qu'on porta plus tard au milieu des rochers du Parnasse, en un site majestueux plus favorable à la sécurité des prêtres et à la

1. Hérodote dit, II, 52, que Dionysos fut longtemps inconnu à la Grèce entière , Apollon à l'Arcîidie. Dans les temps homériques, le culte de Dionysos était encore très-restreint, et Zeus dans Homère (Iliade, V, 890) appelle Ares ?yOt<JTo; OeeTw. Ce dieu farouche est le moins grec des hôtes de l'Olympe. M. A. Bertrand, dans son trèf-intéressant Essai sur les dieux protecteurs des héros grecs et troyens dans l Iliade , met dans le camp grec Héra, Pallas-Athéné, quoiqu'elle ait dansllion un temple où elle soit grandement honorée, Poséidon, Hermès et Héphae*tos; dans le camp opposé Apollon, Artémis, Aphrodite, Arès, Xanthos et Latone. C'est presque la division en dieux anciens et en divinités nouvelles. Au-dessus d'eux s'élève dans le poème, comme dans la croyance populaire, la figura majestueuse de Zeus, le dieu suprême.

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