I. Cf. Magnin, les Origines du théâtre moderne
INSTITUTIONS GKNÉRALES. 333
brocards et buvait. Un bouc, l'animal lascif, était la récompense de celui qui avait composé les cbants pour la fête, et servait de victime sur l'autel du dieu.
De ces mascarades burlesques, de ces dialogues obscènes, de ces chants pieux et avinés, sortirent la comédie et la tragédie1. Thespis confia le dithyrambe à un seul personnage; Phrynichos ajouta à l'hymne saint des récits, Eschyle une action accomplie par plusieurs personnages: l'art dramatique était né.
Les Anthestéries avaient lieu après la fermentation, quand on ouvrait pour la première fois les vases qui renfermaient le vin nouveau. On en offrait aux dieux, en libations, aux voisins, aux journaliers et aux esclaves, à pleins bords. Il y avait un festin public qui, à Athènes, était présidé par l'archontc-roi.
Ces fêtes étaient celles de la joie ; les Bacchanales furent celles du regret et de la douleur. On les célébrait durant la nuit, au solstice d'hiver, quand la vigne desséchée et comme morte montrait le dieu éloigné ou impuissant. Des femmes seules accomplissaient ces rites farouches. Échevelées, à demi nues, elles couraient à la lueur des flambeaux, au bruit des cymbales, sur les montagnes de la Béotie, les flancs du Parnasse et les cimes du Taygète, ou dans les plaines de la Macédoine et de la Thrace, avec des cris sauvages, des gestes et des transports violents; l'exaltation nerveuse amenait le désordre des sens, des idées, des paroles et des attitudes : l'obscénité était un acte pieux. Quand la ménade dansait éperdue, insensée, avec des mouvements immondes, des serpents autour des bras , à la main un poignard ou le thyrse, dont elle frappait tout autour d'elle ; quand l'ivresse, la fureur et le sang coulaient au milieu de la troupe convulsive, c'était le dieu qui agissait en elles et qui les sacrait prêtresses de son culte. Malheur à l'homme
i. Kwjujôôv la tournée par le» bourgs, rpdryoy 6j8ïJ le chant du bouc.
qui surprenait ces mystères : il était mis en pièces ; les animaux mêmes étaient déchirés, et elles mangeaient leur chair palpitante.
Ce culte orgiastique n'eut jamais à Athènes de popularité. La solennité par excellence fut, dans cette ville, les grandes Panathénées, qui revenaient tous les cinq ans. C'était à la fois la fête de Minerve et de toutes les tribus de l'Attique, qui, au pied de son autel, s'étaient unies en un seul peuple ; c'était aussi la fête de la guerre et de l'agriculture, de toutes les qualités du corps et de tous les dons de l'intelligence. En l'honneur de la déesse qui portait la lance, mais aussi qui avait créé l'olivier et enseigné les arts, on célébrait une danse armée, des courses de chars, des luttes gymniques, où le vainqueur obtenait pour récompense un vase d'huile provenant de l'olivier sacré ; des exercices' équestres , où les cavaliers portaient des flambeaux allumés près de l'autel d'Kros, symbole de l'amour éveillant l'intelligence rapide ; ensuite la récitation des vers d'Homère ou de quelque poète héroïque et des concours de musique; enfin, ce qui ajoutait une sainte et pure émotion à toutes celles qui naissaient de cette belle solennité, le citoyen qui avait bien mérité de la patrie recevait une couronne, aux yeux de la multitude accourue de la Grèce entière. Que nos récompenses sont petites à côté de celle-là !
La frise du Parthénon nous montre encore, par des sculptures magnifiques, la cavalcade aux flambeaux, la course des chars et la procession du peplos ou voile dont était recouverte la statue en bois d'Athéné, que l'on croyait tombée du ciel. Ce voile, d'un tissu léger, parsemé de broderies d'or, avait été fait durant l'année précédente par deux jeunes filles ayant moins de onze années et des plus nobles maisons. Pendant toute la durée du travail, elles étaient demeurées sur l'Acropole, vêtues d'une robe blanche, sur laquelle était jetée une
sorte de cape brochée d'or. Les plus riches citoyens se disputaient, comme une œuvre pie, le droit de fournir à leur subsistance.
Les magistrats gardiens des lois et des rites sacrés ouvraient la marche ; après eux venaient les vierges chargées des vases nécessaires aux sacrifices, les canephores où jeunes filles portant les corbeilles sacrées1, puis les victimes aux cornes dorées, toujours nombreuses, car chaque colonie d'Athènes envoyait un bœuf, pour que ses concitoyens eussent le droit de s'associer à la fête et au festin sacré ; suivaient des musiciens jouant de la flûte et de la lyre, un groupe de beaux vieillards ayant tous à la main une branche d'olivier; les cavaliers, les chars et la foule immense du peuple portant des rameaux de myrte. Ce jour-là, les captifs eux-mêmes étaient libres, afin qu'il n'y eût personne dans la cité qui ne pût fêter la déesse chaste et libre, puisqu'elle était restée vierge.
Les Thesmophories avaient un autre caractère. L'idée de la cité particulière y cédait la place à celle de la commune société des hommes, la publicité au mystère, la foule à une troupe choisie d'officiants. Les Panathénées étaient la fête de Minerve et d'Athènes, les Thesmophories, celle de la famille et de la vie sociale, gouvernées par les saintes lois que a les grandes déesses » avaient fondées sur l'agriculture et la propriété. L'idée si complexe de la fécondité avait, chez les anciens, bien des représentants. Tandis que Vénus avait été peu à peu réduite à n'exprimer que le plaisir, et Bacchus l'orgie, Cérès était restée la chasteté féconde, la déesse qui rendait les familles prospères par les mœurs honnêtes, et les champs fertiles par un travail réglé. Au fond de son culte se trouvait bien l'idée de la génération, mais selon la nature et la loi morale, non pour le désordre et l'em-
\ . Les métèques avaient une place à part et des fonctions inférieures; leurs filles portaient des ombrelles pour abriter les canéphores, et euxmêmes les outres d'huile qui étaient la récompense des vainqueurs.
portement des sens. Son surnom par excellence était celui de législatrice
LesThesmophories se célébraient en beaucoup de pays, nulle part avec autant d'éclat qu'à Athènes. Elles avaient lieu à l'époque des semailles d'automne; aussi les seules femmes mariées officiaient', après des purifications et des épreuves, et pour conserver un caractère chaste et pieux à des rites qu'il, eût été facile de faire dégénérer en licence3, les hommes étaient rigoureusement exclus de certaines cérémonies qui s'accomplissaient la nuit. Au milieu de la féte, on observait un jeûne rigoureux d'un jour.
Certaines de ces fêtes ont eu une longue popularité et sont encore l'objet d'études persévérantes; je veux parler des mystères, surtout de ceux de Samothrace et d'Eleusis, renommés comme les plus anciens et les plus vénérables*.
A Samothrace on honorait les dieux Cabires, dont les vrais noms , cachés aux profanes , étaient révélés aux seuls initiés, pour que seuls ils pussent, dans le péril, invoquer ces divinités puissantes et secourables. Un ancien nous les a pourtant livrés": Axiéros, Axiokersoset Axiokersa, qui formaient une triade sainte, plus un quatrième dieu, Cadmilos, probablement leur fils. Les deux premiers noms renferment les racines Eros, l'amour, et Kersos, forme archaïque de Ko'poç et de Kop/i, jeune garçon et jeune fille. Axiokersos et Axiokersa étaient donc le principe mâle et le principe femelle, attirés l'un vers l'autre par l'amour, et leur culte un de ceux au fond desquels se retrouve l'idée de génération et de produc-