‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais (volume 2)Chapitre 26 sur 86 · COURS SOUTERRAIN DE RIVIÈRES · texte numérisé non relu

COURS SOUTERRAIN DE RIVIÈRES

On verra par ces circonstances que la Grèce, à considérer son étendue totale limitée, n'offre que peu de motifs, et en-

quelques suppositions géographiques, qui aujourd'hui nous paraissent extravagantes^ relativement au long cours souterrain et sous-marin de certains fleuves et à leur réapparition à des points très- éloignés. Sophocle disait que l'Inadhos de l'Akarnania rejoignait rinachos de l'Argolis; le poëte Ibykos affirmait que TAsôpos près de Sikyôn avait sa sonroe en Phrygia ; le fleuve Inôpos .de la petite île de Dêlos émanait, selon d'autres, du puissant Nil ; et le rhéteur Zoïle, dans un panégyrique adressé aux habitants de Tenedos, alla jusq^u'à leur assurer que TAlpheios de l'Elis avait sa source dans leur île fStrabon, VI, p. 271). Non-seulement Pindare et d'autres poètes (Antigon.

Caryst. ch. 155), mais encore Thiàtorien Timée {Timaei Fragm. 127, éd.

Godler), et Pausanias aussi avec la plus grande confiance (V. 7, 2),. croyaient que la fontaine Arethousa à Syracuse n'était autre chose que le fleuve Alpheios venu du Péloponèse qui reparaissait; ce qui le .prouvait, c'était le fait ré&l d'un gobelet ou coupe (çikXyj) qui, jeté dans P Alpheios, était ressorti de la fontaine syracasaine, ce que Timée déclfirait avoir vérifié ; mais même les arguments à l'aide desquels Strabon se défend de se pas .croire- À ce 'Con^te, montrent avec quelle ptMsaanee les phénomènes des fleuves grecs agissaient sur son esprit. » Si {diJral, L c.) l'AIplïeioft, au lieu de couler dans la mer, tombait dans qu^^ue ahîme de la texte j il y «urait quelque .plauBihilité h «apposer -qu'il cooitinuaii sa course souteiraine aussi loin que la Sicile sous se mêler à la mer; mais puisque aa jonction fvreo la mer est un &ât obsen^é, et qu'il n'y a pas d'oiiv«rtBre visible prës'du riv^age pour aksorl»er P-eau âvl fleuve (ffTÔpta tô KaTamvov Tè ^evjta ' ToO TuoTàpLou) , il est évident que l'eau ne peut rester séparée et douce, tandis

que la source Arethousa est parfaitement bonne à boire. » J'ai traduit ici le sens plutôt que les mots de Strabon ; mais le phénomène « de rivières tombant dans des trous et absorbées entièrement » pour un temps, c'est exactement ce qui arrive en Grèce. Il ne paraissait pas impossible à Strabon que PAlpheios pût traverser une si grande .distance sous terre; nous ne nous en étonnons pas non plus quand nous apprenons qu'un géographe plus habile que lui (Eratosthêne) supposait que les anarais de Rhinokolura, entre la mer Méditerranée et la mer Rouge, étaient formés par l'Euphrate et le Tigre, qui coulaient sous terre dans ime longueur de 6,000 stades ou furlongs (1,206 kil.

986 met.) (Strabon, XVI, p. 741 ; Seidel, Fragm. Eratosth. p. 194); Cf. le récit au sujet de l'Euphrate qui passe sous terre et reparaît en Ethiop'ia, eu devenant le Nil (Pausan. II, 5, 3).

Cette disparition et cette réapparition de rivières se rattachaient, dans l'esprit des anciena philosophes naturalistes, à la supposition de vastes réservoirs d'eau dans l'intérieur de la terre, qui étaient poussés à la surface par quelque force gàzeuze (V. Sénèque, Nat. Qusest. VI, 8). Pomponius Mêla nous fait connaître une idée de quelques écrivains qui croyaient que la source du Nil devait se trouver^ non dans la section du globe que nous habitons (olxou[Jt.£vir)), mais dans l'Antichthon, ou continent méridional, et qu'il coulait sous T Océan pour sortir en Ethiopia (Mêla, I, 9, 55) .

Ces idées des anciens, ayant évidemment pour base l'analogie fournie par les rÏTières grecques, sont exposées par M. Letronne dans un mémoire sur laf situation du Paradis terrestre, telle que la représentaient les Pères de l'Église ; JciU par A- von Humboldt, Examen critique de l'Histoire de la Gréographie, etc., vol. III, p. 118-130.

core moins de moyens commodes, pour une communication intérieure entre les divers habitants (1). Chaque village ou municipe, occupant sa plaine avec les montagnes qui l'entouraient (2), pourvoyait à ses propres besoins principaux, tandis que le transport de denrées par terre était assez difficile pour décourager beaucoup tout commerce régulier avec des voisins. En ce qui concernait l'aspect de l'intérieur du pays, il semblait que la nature avait voulu, dès le principe, tenir la population de la Grèce désunie au point de vue social et politique, en établissant tant de murs de séparation et tant de bornes, généralement difficiles, quelquefois impossibles, à franchir. Cependant une seule cause spéciale de relations naissait de cette même constitution géographique du pays et de cette succession continue de montagnes et de vallées. La différence de climat et de température entre les hautes et les basses terres est très-grande ; la moisson est rentrée dans

(1), « A l'arrivée du roi et de la régence en 1833 (fait observer M. Strong), il n'existait pas de routes carrossable»

en Grèce ; le besoin, il est vrai, ne s'en faisait pas non plus beaucoup sentir auparavant, vu que jusqu'à cette époque on ne pouvait trouver dans tout le pays ni voiture, ni chariot, ni charrette, ni aucun autre genre de véhicule.

Les objets de trafic en général étaient transportés par des bateaux, auxquels donnaient toute facilité la longue ligne dentelée du littoral grec et ses îles nombreuses. Entre les ports de mer et l'intérieur du royaume, la communication se faisait'au moyen de bêtes de somme, telles que mulets, chevaux et chameaux» (StatisticsofGreece, p. 33).

Ceci montre une marche rétrograde dans un certain point inférieure à la description de l'Odyssée, oii Telemachos et Peisistratos conduisent leur cl:ar de Pylos à Sparte. On voit encore dans beaucoup de parties de la Grèce les restes des anciennes routes (Strong, p. 34).

(2) La description du D' Clarke mé-

rite d'être signalée, bien que les éloges enthousiastes qu'il fait de la fertilité du sol, pris en général, ne soient pas confirmés par des observateurs plus récents : « Les phénomènes physiques de la Grèce, différant de ceux de tout autre pays, présentent une série de belles plaines, successivement entourées de montagnes calcaires, qui ressemblent aux cratères des champs phlegrœens, bien qu'elles aient de plus grandes dimensions et qu'on y trouve rarement de produits volcaniques.

Partout leurs surfaces unies semblent avoir été déposées par l'eau, qui s'est graduellement retirée ou évaporée ; elles ont pour la plupart le sol le plus riche, et leurs produits sont encore d'une abondance proverbiale. C'est ainsi qu'étaient placées les villes d'Argos, de Sikyôn, de Corinthe, de Megara, d'Eleusis, d'Athènes, de Thêbes, d'Amphissa, d'Orchomenos, de Chseroneia, de Lebadea, de Larissa, de Pelta, et beaucoup d'autres (D' Clarke's, Travels, voL II, ch. 4, p. 74).

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