MARAIS ET LACS NOMBREUX
Le Kêphisos et l'Asôpos en Bœôtia, le Pamisos en Messènia, conservent chacun un courant languissant pendant tout Tété ; tandis que Tlnachos près d'Argos, le Kêphisos et lllissosprès d'Athènes, sont en réalité de chétifs cours d'eau, encore plus au-dessous de leur grande célébrité poétique. L'Alpheios et le Spercheios sont des fleuves considérables ; l'Achelôos est encore plus important (1). La quantité de vase entraînée et déposée par son courant bourbeux produisit un accroissement sensible de la terre à son embouchure, pendant le temps que Thucydide put l'observer (2).
Mais la disposition et les propriétés du territoire grec, bien que ne conservant pas de rivières permanentes, sont favorables à la multiplication des lacs et des marais. Il y a de nombreux bassins creux et fermés, d'où l'eau ne peut s'échapper en débordant, et où, si elle ne se fait elle-même un passage souterrain par des fentes' dans les montagnes, elle ^ reste, soit comme marais, soit comme lac, selon la saison. En Thessalia nous trouvons les lacs Nessônis et Bœbêis ; en ^Etolia, entre l'Achelôos et l'Euànos, Strabon mentionne le lac de Trichônis, outre plusieurs autres lacs, dont il est difficile de constater l'identité individuellement, quoique la quantité de terrain couverte par le marais ou le lac soit au total trèsconsidérable. En Bœôtia sont situés les lacs Kôpaïs, Hjiikê et Harma; le premier des trois formé surtout par la rivière Kêphisos, coulant du Parnassos au nord-ouest, et se faisant un cours sinueux à travers les montagnes de la Phokis. Au nord-est et à Test, le lac Kôpaïs est borné par les hautes terres du mont Ptôon, qui intercepte sa communication avec le détroit de l'Eubopa. A travers la pierre calcaire de cette montagne l'eau a trouvé ou s'est ouvert de force plusieurs cavités naturelles, par lesquelles elle obtient une sortie partielle de l'autre côté de la colline rocheuse, pour couler ensuite dans le détroit. Les Katabothra, comme on les appe-
(1) La plupart des Echinades sortent accumulée à Tembouchure de l'Acheaujourd'hui de la terre sèche qui s^est lôos.
(2) Thucyd. II, 102.
lait dans l'antiquité, existent encore, mais dans un état imparfait et à moitié obstrués. Cependant, môme dans l'antiquité, ils ne suffisaient pas complètement à emporter l'excédent des eaux du Kêphisos ; car on trouve encore les restes d'un tunnel artificiel, percé à travers toute la largeur du rocher, ayant des ouvertures perpendiculaires à intervalles convenables pour y faire pénétrer lair d'en haut. Ce tunnel, un des restes les plus intéressants de l'antiquité, puisqu'il doit dater du temps de la prospérité de l'ancienne Orchomenos, avant son absorption dans la ligue bœôtienne aussi bien qu'avant la prépondérance de Thêbes, est aujourd'hui obstrué, et dès lors inutile- Il peut avoir été bouché à dessein par la main d'un ennemi. Le projet d'Alexandre le Grand, qui chargea un ingénieur de Chalkis de le rouvrir, échoua d'abord à cause de mécontentements survenus en Bœôtia, et finalement par suite de la mort prématurée (1) du roi.
Les Katabothra du lac Kôpaïs sont un spécimen du phénomène si fréquent en Grèce des lacs et des rivières se faisant des passages souterrains à travers les cavités dans des roches calcaires, et même poursuivant leur course invisible jusqu'à une distance considérable avant de reparaître à la lumière du jour. En Arkadia particulièrement, on trouve plusieurs exemples remarquables de communication souterraine pour les eaux : cette région centrale du Péloponèse présente un groupe de vallées et de bassins ainsi complètement entourés (2).
(1) Strabon, IX, p. 407.
(2) Le colonel Leake fait remarquer (Traveki m Morea, vol. III, p. 45, 1^3- 155) : « La plaine de Tripolitza (anciennement celle de Tegea et de Mantineia) est de beaucoup la plus grande dans ce groupe de vallées qui se trouvent au centre du Péloponèse, dont chacune est si hermétiquement fermée par les montagnes qui se coupent, que les eaux ne trouvent dMssue «[u^à tmvers les montagnes elles-mêmes, »«te.
Relativement à OxohomenDB d'Arkadia
et à don lac entouré ainsi qu'à ses Katabothra, voir le même ouvrage, p. 103 ; et Ausai |k>ut les immftTtsflB plateaux dans les montagnes près de Corinthe, p. 263.
Oette dasparîâon ten^oraire des fleuves était familière aux anciens observateurs — oî xaTa7ctv6|i€vot tûv «o- Tà(L(i>v (Aristot. Meteorolog. I, 13. Dîodore, XV, 49. Strabon, VI, p, 271 ; VIII, p. 389, etc.).
L'h^tude qu^ils umiient -âe voir ce phénomène fut en partie la source de