COMMUNICATION PAR MÏIR ESSENTIELLE
transportés-par la même route. On regardait comme un énorme avantage d'échapper à la nécessité de doubler le cap Malea, et les vents et les courants violents qui, ainsi que l'atteste l'expérience moderne, régnent autour de ce promontoire formidable sont bien suffisants pour justifier les appréhendions du marchand grec de l'antiquité, avec son appareil imparfait de navigation (1).
On verra ainsi qu'il n'y avait aucune portion de la Grèce propre qui pût être considérée comme hors de la portée de la mer, tandis que la plupart de ses parties étaient d'un accès commode et aisé. Effectivement, les Arkadiens étaient la seule section considérable du nom hellénique (nous pouvons ajouter la Tétrapolis dôrienne et les montagnards le long de la chaîne du Pindos et du Tymphrèstos) qui manquât entièrement de port de mer (2). Mais la Grèce propre ne formait qu'une fraction du monde hellénique entier pendant l'époque historique. Il y avait des îles nombreuses, et des colonies continentales encore plus nombreuses, toutes indépendantes et établies par intrusion sur des points distincts de la côte (3), dans le Pont-Euxin, la mer iEgée, la
(1) X-eventdu nord, le vent étésien des anciens, souffle avec force dans la mer Mgée presque tout Tété et avec une violence particulièrement ^dangereuse à trois points : — au-dessous de Karystos, le cap méridional de l'Eubœa^ auprès du cap Malea, et dans le détroit resserré qui se trouve entre les îles de Tênos, de Mykonos et de Dêlos (Ross, Reisen auf den Griechischen Insein, vol. I, p. 20). V. aussi ce que dit le * colonel Leake d« la terreur qu'inspirent aux marins grecs les vents et les courants autour du mont Atfaos : le canal ouvert par Xerxês à travers l'isthme était justitié par des raisons sérieuses (Travels in Northern G peece, vol. III, c. 24, p. 145).
(2) Le Périple de Skylax énnmère chaque section devnoms grecs, avec les exceptions insigniliantes sign^ées dans
le texte, comme partageant entre elles la ligne de côte ; il mentionne même l'Arkadia (c. 45), parce que, à cette époque, Lepreon avait secoué la suprématie d'Elis, et était confédérée avec les Arkadiens (vers 360 av. J.-C.) ; Lepreon posssédait environ douze milles (19 kilom.) de côtes, qui par conséquent comptent comme arkadiennes.
(3) Cicéron (De Republica, II, 2-4, dans les Fragments de ce traité perdu ^ éd. Maii) • signale expressément et la fiacilité d'aborder aux villes grecques parm«r en général, et les effets de cette circonstance sur le caractère grec :
« Quod de Corintho dixi, id haud scio an liceat de cunctâ Grseciâ verissime dicere. Nam et ipsa Peloponnesus fere tota in mari est ; neç prœter Phliuntios nOi sunt, quorum agri non contingant mare ; et extra Peloponnesum iEnianes
Méditerranée et l'Adriatique, et éloignées les unes des autres, par la distance qui sépare Trébizonde de Marseille. Toutes ces diverses cités étaient comprises dans le nom de Hellas, qui n'impliquait pas une continuité géographique; toutes se glorifiaient d'être Hellènes par le sang, le nom, la religion et les ancêtres mythiques. De même qu'elles ne pouvaient communiquer entre elles que par mer, de même cet élément, même si important à ne considérer que la Grèce propre exclusivement, était le seul canal qui permît de transmettre les idées et les améliorations, aussi bien que d'entretenir des sympathies, sociales, politiques, religieuses et littéraires, dans tous ces membres éloignés de l'agrégat hellénique.
Les philosophes et les législateurs anciens furent vivement frappés du contraste qui existe entre une ville de l'intérieur et une ville maritime : dans la première, simplicité et uniformité de vie, attachement tenace aux anciennes habitudes et éloignement pour tout ce qui est nouveau et étranger, grande force de sympathie exclusive et horizon étroit aussi bien pour les choses que pour les idées ; dans la dernière, variété et nouveauté de sensations, imagination expansive, tolérance, et par occasion préférence pour des coutumes étrangères, plus grande activité dans l'individu et mutabilité correspondante dans l'état. Cette distinction est prononcée dans les nombreuses comparaisons établies entre l'Athènes de Periklês et l'Athènes des temps plus anciens jusqu'à Solôn. Platon et Aristote insistent tous deux ex-
et Dores et Dolopes soi! absunt a mari.
Quid dicam insulas Grseciae,. quœ fluctibns cinctse natant pœne ipsse simul cam civitatum institutis et moribus?
Alque haec quidem, ut supra dixi, veteris sunt Graeciœ. Coloniarum veroquae est deducta à Graiis in Asiam, Thraclam, Italiam, Siciliam, Africain, praeter unam Magnesiam, quara unda non alluat? Ita barbarorum agris quasi adtexta qusedam videtur ora esse Grœciae. »
Cf. Cicéron, Epistol. ad Attic. VI, 2, av,ec l'allusion a Dikœarque, qui admettait dans une grande mesure les objections de Platon contre une situation sur mer (De Leg. IV, p. 705 ; et Aristot.
Politic. Vn, 5-6). La mer (dit Platon) est en cflFet un voisinage salé et amer {[LokoL ye |i:?iv ÔVTO); àXjJLupov xal mxpov yeiTOVYiiia), bien que commode pour des besoins d'un usage journalier.