VII
(4) Skylax, Peripl. ch. 64; Strabon, IX, p. 433-434. Sophocle comprenait le territoire de Trachin dans les limites de la Phthiôtis (Strabon, L c). Hérodote considère la Phthiôtis comme se terminant un peu au nord de la rivière Spercheios (VII, 198).
de dépendance irrégulière vis-à-vis des Thessaliens, qui occupaient la plaine ou bassin central dont les eaux s'écoulaient dans le Peneios. Ce fleuve reçoit les cours d'eau de rOlympos, du Pindos et de l'Othrys; il coule à travers une région que ses habitants supposaient avoir été un lac, jusqu'à ce que Poséidon ouvrît le défilé de Tempe, par lequel le-s eaux trouvèrent une issue. Quand on voyage au nord des Thermopylae, le commencement de cette fertile région, le plus vaste espace de terre d'une fécondité continue que présente la Hellas, se fait surtout remarquer par le roc à pic et l'ancienne forteresse de Thaumaki (1); de là le voyageur, franchissant les montagnes de l'Achsea Phthiôtis et de l'Othrys, voit devant lui les plaines et les pentes basses qui s'étendent au nord à travers la Thessalia jusqu'à l'Olympos. Une bande étroite de côte, dans l'intérieur du golfe de Pagasse, entre les Magnêtes et les Achaeens, et contenant les villes d'Amphanaeon et de Pagasae (2), appartenait à ce ter-
(1) V. la description de Thaumaki dans Tite-Live, XXXII, 4, et dans D» HoUand's Travels, ch. 17, vol, II, p. 112 ; aujourd'hui Thomoko.
(2) Skylax, Peripl. ch. 65. Hesychius (v. IlaYaffiTTiç 'AttoXXwv) semble compter Pagasae comme Achaeeune.
Relativement aux villes de la Thes- . salia et à leurs diverses positions, V.
Mannert, Geogr. der Gr. und Roemer, part. VII, liv. III, ch. 8 et 9.
Il y avait une ancienne cérémonie religieuse, célébrée par les Delphiens tous les neuf ans (Ennaëtêris) : on envoyait de Delphes au défilé de Tempe une procession composée de jeunes gens Ee bonne naissance sous un archi-theôre, qtd représentait ce qu'une ancienne légende attribuait à Apollon ; on croyait que ce dieu était venu là pour subir une expiation après le meurtre du serpent Python î c'était du moins l'une d'entre plusieurs légendes qui différaient entre elles. Le jeune homme chef de la théorie arrachait et rapjiortait une branche da laurier sacré à
Tempe, comme signe attestant qu'il avait rempli sa mission : il revenait par « la route sacrée » et rompait son jeûne à un lieu appelé Aeiirviaç, près de Larissa. Une fête solennelle, fréquentée par un concours considérable de peuple venu des contrées environnantes, était célébrée à cette occasion à Tempe, en l'honneur d'Apollon Tempeitès ('AjJL'TrXouvt Te|jL7retTa dans le dialecte yEoiien de Thessalia. V. Inscript, dans Boeckh, corp. Inscrip. n° 1767).
La procession était accompagnée d'un joueur de flûte. V. Plutarque, Quœst.
Grœc. c. 11, p. 292 ; De musicâ, c. 14, p. 1136 î Elien, V. H. III, 1 ; Stephan.
Byz. V. Aewtviaç.
Il est important de signaler ces processions religieuses comme établissant un commerce et des sympathies entre les membres éloignés de la Hellas; mais les conséquences que O. Millier (Dorians, liv. II, 1, p. 222) voudrait fonder sur elles, quant au séjour primitif des Dôriens et au culte d' ApoUou, ne méritent pas de confiance.
NOBLES THBSSALIENS 183
ritoire propre de la Thessalia, mais elle s'étendait surtout à Tintérieur des terres : elle comprenait les villes suivantes, Pherae, Pharsalos, Skotussa, Larissa, Krannôn, Atrax, Pharkadôn, Trikka, Metropolis, Pelinna, etc.
L'abondance de blé et de bétail fourni par les plaine» voisines entretenait dans ces villes une population nombreuse et, avant tout, une noblesse orgueilleuse et désordonnée, dont les mœurs avaient beaucoup de ressemblance avec celles des temps héroïques. Ces nobles étaient violents dans leur conduite , ardents aux querelles armées, mais non habitués à la discussion ni aux compromis politiques ; sans foi dans leurs engagements, mais en même temps généreux dans leur hospitalité et très-adonnés aux plaisirs de la table (1). Élevant les plus beaux chevaux de la Grèce, ils étaient distingués pour leur supériorité comme cavalerie; mais on parle peu de leur infanterie, et les cités thessaliennes ne semblent pas non plus avoir possédé cette collection de citoyens libres et passablement égaux, chacun maître de ses propres armes, dont se composaient les rangs des hoplites. Les nobles belliqueux, tels que les Aleuadse à Larissa, ou les Skopadae à Krannôn, dédaignant tout si ce n'est le service de la cavalerie pour eux-mêmes, tiraient de leurs immenses troupeaux dans la plaine des chevaux pour monter les soldats plus pauvres. Ces cités thessaliennes montrent la limite extrême de l'oligarchie turbulente, foulée aux pieds à l'occasion par quelque homme d'une grande énergie, mais peu tempérée par ce sentiment d'union politique et d^ respect pour la loi établie, que l'on trouvait dans les meilleures parini les villes de la Hellas. On verra ce sentiment tant à
(1) Platon, Criton, ch. 15, p. 53. V. aussi Démosth. Olynth. I, ch. 9,
*Exeï yàp ôirj luXeicTTiri àxalia xaî àxoXa- p. 16, cont. Aristocr. I, ch. 29, p. 657;
(TÎa(cf. le commencement duMenôn). Schol. Eurip. Phœniss. 1466; Theo-
Remarque d'autant plus frappante, qu'il pomp. Fragm. 54-178, éd. Didot ; Aris-
venait de décrire auparavant la Thêbes tophane, Plut. 521.
de Bœôtia comme une cité bien réglée, On comprend la marche des affaires
quoique Dikaearque et Polybe la repré- politiques en Thessalia d'après Xénoph.
sentent de leur temps comme étant tout HeUen. VI, l;cf. Anab. I, 1, 10, et
le contraire. Thucyd. IV, 78.
Sparte qu'à Athènes, si différentes Tune de l'autre sous beaucoup de rapports, et si, à la -vérité, il ne prédomine pas constamment, il est cependant toujours présent et agit sans cesse. Toutes deux présentent avec Larissa et Pherae un contraste ayant quelque analogie avec celui qui existait entre Rome et Capua; les premières avec leurs interminables disputes civiles dirigées constitutionnellement, admettant l'action unie des partis contre un ennemi commun; les secondes avec leur sol fécond enrichissant une fastueuse oligarchie et entraînées dans les querelles de leurs grands propriétaires, les Magii, les Blossii et les Jubellii (1).
Les Thessaliens sont, en effet, pour le caractère et les qualités, autant Epirotes ou Macédoniens que Hellènes ; ils forment une sorte de chaînon entre les deux races. Car, bien que les Macédoniens aient été exercés plus tard d'après les principes grecs par le génie de Philippe et d'Alexandre, de manière à composer la célèbre phalange pesamment armée, ils étaient primitivement (même dans la guerre du Péloponèse) distingués surtout par la supériorité de leur cavalerie, comme les Thessaliens (2); tandis que le chapeau aux larges bords ou Kaueia, et le manteau court et large ou chlamys étaient communs aux deux peuples.
On nous dit que les Thessaliens abandonnèrent dans l'origine la Thesprotia, en Epeiros, et vinrent conquérir la plaine du .Peneios, qui (selon Hérodote) était alors appelée -^olis, et qu'ils trouvèrent occupée par les Pélasges (3). On peut douter que les grandes familles thessaliennes, telles que les Aleuadae de Larissa, descendants d'Hèraklês, et placées par Pindare sur le même niveau que les rois lacédaemoniens (4), eussent admis cette origine thespro tienne ; elle ne
(1) V. Cicéron, Orat. in Pison. c. 2, (4) Pindare, Pyth. X, init. avec les De Leg. Agrar. cont. Rullum, c. 34-35. scholies, et l'excellent commentaiTe de
(2) Cf. la cavalerie thessalienne telle Boeckh, relatif aux Aleuadœ : Schneiqu'elle est décrite par Polybe, IV, 8, der ad Aristot. Polit. V, 5, 9 ; et Tessai avec la Macédonienne telle qu'elle l'est de Buttmann, Von dem Geschleclit der par Thucydide, II, 100. Aleuaden, art. xxii, vol. II, p. 254, de
(3) Hérod. VII, 176 ; Thucyd. I, 12. la collection appelée « Mytliologus. »