CARACTÈRE THESSALIEN
coïncide pas non plus avec le sens de ces légendes qui représentent l'éponyme Thessalos comme fils d'Hêraklês. De plus, il est à remarquer (jue les Thessaliens parlaient une langue hellénique, variété du dialecte ^Eolien (1); c'était le même idiome (autant que nous pouvons le connaître) que celui du peuple qu'ils avaient dû trouver établi dans le pays lors de leur première conquête. Si donc il est vrai qu'à quelque époque antérieure, au commencement de l'histoire authentique, un corps 'de guerriers thesprotiens franchirent les défilés du Pindos et s'établirent comme conquérants en Thessalia, nous devons supposer qu'ils ont été plus belliqueux que nombreux et qu'ils ont graduellement abandonné leur idiome primitif.
Sous d'autres rapports, la condition de la population en Thessalia, telle que nous la trouvons pendant la période historique, favorise la supposition d'un mélange primitif d'un peuple conquérant et d'un peuple conquis : car il semble qu'il y avait chez les Thessaliens et leurs sujets une triple gradation, quelque peu analogue à celle de la Laconie. D'abord une classe de riches propriétaires, répartis dans les villes principales, possédant la plus grande partie du sol et constituant des oligarchies séparées, unies entre elles par des liens peu serrés (2). Ensuite les Achaeens, les Magnêtes, les Perrhsebi souipis, différant des Periœki laconiens en ce point qu'ils conservaient leur ancien nom de tribu et leur privilège amphiktyonique séparés. En troisième lieu, une classe de serfs ou cultivateurs dépendants, correspondant aux Ilotes laconiens, qui, labourant les terres des opulents oligarques, payaient en proportion de leur produit, fournissaient la suite dont s'entouraient les grandes familles, servaient comme suivants dans la cavalerie et étaient dans une condition de villénage, toutefois avec cette réserve importante qu'ils ne pouvaient être vendus hors du pays (3), qu'ils
(1) Ahrens , De Dialect. iïlolicâ, (3) Les mots attribués par Xénophon ch. 1, 2. (Hellen. VI, 1, 11) à Jasonde Pherae,
(2) V. Aristote, Polit. II, 6, 3; Tliu- et les vers de Théocrite (16-34), attescyd. II, 99-100. teut le nombre et la vigueur des Pe-
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avaient une tenure permanente quant au sol et qu'ils conservaient Mutuellement les relations de famille et de village. Cette classe d'hommes en Thessalia appelée les Penestae dont on vient de parler est assimilée par tous les anciens auteurs aux Ilotes en Laconie, et Platon et Aristote signalent le danger attaché à un tel arrangement social dans les deux cas. Car les Ilotes aussi bien que les Penestae avaient leur propre idiome commun et leurs sympathies mutuelles, une résidence séparée, des armes et du courage ; jusqu'à un certain point aussi ils possédaient les moyens d'acquérir du bien, puisqu'on nous dit que quelques-uns des Penestae étaient plus riches que leurs maîtres (1). De si nombreux moyens d'action, combinés avec une position sociale dégradée, donnaient naissance à des révoltes fréquentes et à d'incessantes appréhensions. En règle générale, effectivement, la culture du sol par des esclaves ou des subordonnés, au bénéfice de propriétaires dans les villes, prévalait dans le plus grand nombre desparties de la Grèce. Leshommes riches de "thêbes, d'Argos, d'Athènes ou d'Elis ont dû se procurer leurs revenus de la même manière ; mais il semble qu'il y avait sou-
nestse Thessaliens, et la grande opulence des Aleuadœ et des Skopadœ.
Ces deux familles acquirent de la célébrité par les vers de Simonide ; toutes les deux le protégèrent et invoquèrent sa muse ; V. Elien, V. H. XII, 1 ; Ovide, Ibis, 512 ; Quintilien, XI, 2, 15.
Pindare aussi se vante de sa liaison d'amitié avec Thorax l'Aleuade (Pytb.
Les àvSpaicodioTal thessaliens auxquels il est fait allusion dans Aristophane (Plutus, 521) doivent avoir été des hommes vendus hors du pays comme esclaves, soit des Penestae rebelles, soit des hommes libres Perrhsebiens, Magnêtes et Achaeens, saisis de forc« ; lepoëte comique athénien Mnêsimachos, en plaisantant sur la voracité des Pharsaliens, s'écrie, ap. Athense. X, p. 418 :
"'Apdt Tco\j
ÔTTT^lv xaTe(T6iou(Tt TcoXtv 'AxatxT^v.
Pagasœ était célèbre comme lieu d'exportation d'esclaves (Hermippusap.
Athenae. I, 49).
Menôn de Pharsalos prêtait assistance aux Athéniens contre Amphipolis au moyen de 200 ou de 300 « Penestae à cheval, hommes à lui » (IFevédraiç l5ioiç) Demosth. -ïiepi Suvxa|. c. 9.
p. 173, oont. Aristocrat. c. 51, p. 687.
(1) Archemachus ap. Athenae. VI, p. 264; Platon, Legg. XI, p. 277; Aristot. Polit. II, 6, 3; VII, 9, 9; Dion. Halik. A. R. II, 84.
Platon et Aristote insistent tous deux sur l'extrême danger d'avoir de nombreux esclaves du même pays et parlant la même langue {ô[i6çuXot, ôfiofa)-
LES PENBSTiE 187
vent dans d'autres endroits un mélange plus considérable d'esclaves étrangers achetés, et aussi que le nombre, le sentiment de camaraderie et le courage de la population dégradée des villages n'étaient nulle part aussi grands qu'en Thessalia et en Laconie. Or on attribue l'origine des Penestae en Thessalia à la conquête du territoire par les Thesprotiens, comme on • rapporte celle des Ilotes en Laconie à la conquête dôrienne. Les vainqueurs dans les deux pays firent, disait-on, avec la population vaincue une convention en vertu de laquelle les derniers devenaient serfs et labouraient la terre au bénéfice des premiers, mais étaient en même temps protégés dans leurs fermes, constitués sujets de l'État et assurés de ne pas être vendus comme esclaves. Même dans les villes thessaliennes, bien qu'habitées en commun par des propriétaires thessaliens et leurs Penestae, les quartiers assignés aux uns et aux autres étaient largement séparés : aucun Penéstês^ne pouvait mettre le pied dans ce qu'on appelait l'Agora libre, à moins d'y être spécialement convoqué (1).
Quel était le peuple que la conquête de la Thessalia par les Thesprotiens réduisit à cette condition de serfs attachés à la glèbe, c'est un point que nous trouvons difi'éremment présenté. Selon Théopompe, c'étaient des Perrhsebiens et des Magnètes ; selon d'autres, c'étaient des Pélasges ; tandis qu'Archemachus prétendait que c'étaient des Bœôtiens du territoire d'Arnê (2), quelques-uns émigrant pour échapper à la conquête, d'autres restant et acceptant la condition de serfs. Mais la conquête, en l'admettant comme un fait, eut lieu à une époque trop reculée pour nous permettre de reconnaître soit la manière dont elle eut lieu, soit l'état de
(1) Arist. Polit. VII, Jl, 2. Penestae étaient complètement distincts
(2) Théopompe et Archemachns «p, des sujets environnants, les Achœens, Athenae. p. 264-266 ; cf. Thucyd. II, les Magnètes, les Perrhœbiens. Ils 12 ; Steph . Byz. v. 'ApvTj — le con- avaient leur héros éponyme Penestês, traire de ce récit dans Strabon, IX, qu'on prétendait descendu de Thessap. 401-411, la Thessalienne ArnÔ éta- los, fils d'Hêraklês : ils se rattachaient blie par des Bœôtiens. Aristote, Polit. ainsi au père mythique de la nation n, 6, 3, nous montre que les serfs ou (Schol. Aristoph. Vesp. 1271).
choses qui la: précéda. Les Pélasges qu'Hérodote yit à Krêstôn étaient, d'après son témoignage, les descendants de ceux qui avaient quitté la Thessalia pour échapper (1) à l'invasion thesprotienne ; bien que d'autres soutinssent que les Bœôtiens, chassés à cette occasion de leurs habitations sur le golfe de Pagasae, près des Achaeensde laPhthiôtis, se jetèrent sur Orchomenos et la Bœôtia et s'y établirent en chassant les Minyae et les Pélasges.
En négligeant les légendes relatives à ce sujet et en nous renfermant dans les temps historiques, nous trouvons une quadruple division étjablie en Thessalia, qui, dit-on, y fut introduite à l'époque d'Aleuas, le premier auteur réel ou mythique des puissants Aleuadse : la Thessaliôtis, la Pelasgiôtis, l'Histiseôtis, la Phthiôtis (2). La Phthiôtis comprenait les Achseens, dont les villes principales étaient Melitaea, Itônos, Thebae Phthiotides, Alos, Larissa Kremastè et Peleon, sur la côte occidentale du golfe de Pagsteae ou près d'elle. Dans l'Histiaeôtis, au nord du Peneios, se trouvaient les Perrhaebiens avec de nombreuses villes dans de fortes positions, mais d'une grandeur ou d'une importance médiocre; ils occupaient les défilés de l'Olympos (3) et sont quelquefois considérés comme s'étendant à l'ouest d'un côté du Pindos à l'autre. La Pelasgiôtis renfermait les Magnètes, avec ce que l'on appelait la plaine pélasgique confinant au côté occidental du Pélion et de l'Ossa (4). Dans la Thessaliôtis étaient compris la plaine centrale de la Thessalia et le
(1) Hérod. I, 57 ; cf. VIT, 176.
(2) Hellamcas,Fragm.28, éd. Didot; Harpokration, v. TsTpap^Ca : la quadruple division était plus ancienne qu'Hékatée (Steph.Byz. v.Kpàvvwv).
Hékatée rattachait les Perrhaebiens à la généalogie d'jEolos par Tyrô, fille de Salmôneus : ils passaient pour AloXeiç (Hékatée, Fragm. 334, éd. Didot; Steph. Byz. v. 4>àXavva et Téwoi).
Le territoire de la ville d'Histisea (dans la partie septentrionale de l'île d'Eubœa) était aussi appelé Histiœôtis.
La double rencontre de ce nom (chose qui n'est pas rare dans l'ancienne Grèce) semble avoir donné naissance à cette assertion, que lesPerrhaebi avaient soumis les parties septentrionales de l'Eubœa et transporté les habitants de l-Ëubœenne Histisea captifs dans le nord-ouest de la Thessalia (Strabon, IX, p. 437, X, p. 446).
(3) Pline, H. N. IV, 1 ; Strabon, IX, p. 440.
(4) Strabon, IX, p. 443.