RÉGION CENTRALE ARKADIA
les Azanes, etc., occupant les contrées situées au centre et à l'ouest, étaient comptées parmi les plus grossièreTde la Grèce ; mais, le long de sa frontière orientale , il y avait plusieurs cités arkadiennes qui se plaçaient, à bon droit, au nombre des Péloponésiens plus civilisés. Tegea, Mantineia, Orchomenos, Stymphalos, Pheneus, possédaient toute la frontière orientale de l'Arkadia depuis les confins de la Laconie jusqu'à ceux de Sikyôn et de Pellênè en Achaia : Phigaleia à l'extrémité sud-ouest, près des frontières de la Triphylia, et Heraea sur la rive septentrionale de l'Alpheios, près de l'endroit où ce fleuve quitta l'Arkadia pour entrer dans la Pisatis, étaient aussi des villes méritant d'être signalées. Vers le nord de cette région froide et dont la population était peu nombreuse, près de Pheneos, était située la petite ville de Nonacris, tout près de laquelle s'élevaient les rochers presque inaccessibles d'où descendait le petit ruisseau du Styx (1) ; point de sentiment commun pour tous les Arkadiens, à caiuse de la sanction terrible que cette eau, disait-on, donnait à leurs serments.
On peut dire aussi (en faisant quelques réserves) que la division du Péloponèse esquissée ici, et convenable pour l'époque de l'invasion des Perses et le demi-siècle qui la suit, s'adapte à tout l'intervalle de temps qui s'écoule entre 550 et 370 avant J.-C. environ; depuis l'époque de la conquête de
(1) Hérodote, VI, 74 ; Pausan. VIII, 18, 2. Voir la description et la gravure du Styx et des rochers enyironnants dans Fiedler's Reise darch Griechenland, vol. I, p. 400.
Il décrit une scène qui eut lieu au milieu de ces rochers, en 1826, qnand les troupes dUbrahim-Pacha étaient en Morée, et qui réalise les effrayants tableaux de guerre d'après la coutume des anciens Gaulois ot^ des anciens Thraoes. Une multitude, composée de 5,000 Grecs de tout âge et des deux sexes, avait trouvé un abri dans un lieu plein d'herbes et de buissons enfermé au milieu de ces rochers; un petit nom-
bre avaient des armes. Ils étaient poursuivis par 5,000 Egyptiens et Arabes ; une très-petite résistance, dans un tel endroit, aurait tenu les troupes en échec ; mais les pauvres gens ne pouvaient ou bien ne voulaient pas la tenter. Ils furent forcés de se rendre ; les plus jeunes et les. plus énergiques se jetèrent la .tête la première du haut des rochers et périrent; 3,000 prisonniers furent emmenés captifs et vendus comme esclaves à Corinthe, à Fatras et à Modon : tous ceux qui ne pouvaient être vendus furent massacrés sur place par les troupes égyptiennes.
Thyreatis par Sparte jusqu'à la bataille de Leuktra. Mais ce n'est pas la plus ancienne division que l'histoire nous présente. Ne nous permettant pas de critiquer la carte homérique du Péloponèse, et ne remontant qu'à 776 avant J,-C., nous trouvons cette différence considérable, que Sparte n'occupe qu'une très-petite fraction du vaste territoire représenté plus haut comme lui appartei^ant. A l'ouest du sommet du mont Tèygetês on trouve une autre section de Dôriens indépendants de Sparte ; Içs Dôriens Messêniens, dont la ville est sur la colline de Stenyklêros, près de. la frontière sudouest de l'Arkadia, et dent les possessions couvrent la fertile plaine de Messênô le long du fleuve Pamigos jusqu'à^ son embouchure dans le golfe messênien : il est à mentionner que Messênê était alors le nom de la plaine en général, et qu'il n'exista de ville de ce nom qu'après la bataille de Leuktra. En outre, à l'^st de la vallée de l'Eurotas, la région montagneuse et les rives occidentales du golfe argolique jusqu'au cap Malea sont aussi indépendantes de Sparte; elles appartiennent à Argos, ou plutôt aux villes dôriannes unies à Argos. Toutes les grandes villes dôriennes, depuis les confins de la Mégaris jusqu'à la frontière orientale de l'Arkadia, telles qu'elles sont énumérées plus haut, paraissent avoir existé en 77ft avant J.-C. : l'Achaia était dans la même condition, autant que nous en pouvons juger, aussi bien que l'Arkadia, excepté en ce qui concerne sa frontière méridionale limitrophe de Sparte, dont on parlera plus longuement ci-après. Quant à la portion occidentale du Péloponèse, l'Elis (proprement ainsi appelée) paraît avoir compris le même territoire en 776 avant J.-C. qu'en 550 avant J.-C; mais laPisatis avait été récemment conquise, et était encore imiparfaiteraent soumise par les Eleiens; tandis que la Triphylia semble avoir été tout à fait indépendante d'eux. Relativement au promontoire sud-ouest du Péloponèse jusqu'au cap Akritas, nous sommes absolument sacs renseignement positif : on donnera ci-après les raisons qui font croire qu'il ne faisait pas à cette époque partie du territoire des Dôriens Messêniens.
Parmi les différentes races ou les différents peuples qu'Hé-
AKKADIENS, KYNUBÎENS, ACH^ENS 215
rodote connaissait dans le Péloponèse, il en considérait trois comme aborigènes, les Arkadiens, les Achseens et les Kyuuriens. LesiAchaeens, bien qu'appartenant comme indigènes à la péninsule, en avaient cependant quitté la portion sep-
.tentrionale en expulsant les anciens habitants ioniens : c'est là une partie de la légende relative à la conquête dôrienne ou Retour des Hêraklides, et nous ne pouvons ni la vérifier
' ni la contredire. Mais ni les Arkadiens, ni Àes Kynuriens, n'avaient jamais changéde séjour. Je n'ai pas parlé auparavant des derniers, parce que jamais (en tant que connus de l'histoire) ils ne furent une population indépendante. Ils occupaient la plus vaste portion (1) du territoire de l'Argolis, depuis Ornese, près de la frontière septentrionale (2) ou Phliasienne , jusqu'à Thyrea et la Thyreatis , sur la frontière làconienne , et bien qu'appartenant dans l'origine (comme Hérodote l'imagine plutôt qu'il ne l'affirme) à la race ioni^nne, ils avaient été si longtemps sujets d'Argos à son époque que presque toutes les preuves de leur condition avant qu'ils fussent Dôriens avaient disparu.
Mais les grands États dôriens du Péloponèse, les puissances principales de la péninsule, étaient composés tous dans l'origine d'immigrants, selon l'opinion non-seulement d'Hérodote, .mais de tout le monde grec : tels étaient aussi les ^tolîens de l'Elis, les Triphyliens et les Dryopes à Hermionê et à Asinê. Toutes ces immigrations- sont représentées de telle sorte qu elles aient une racine dans le mondé grec légendaire : oJi rapporte à Lemnos les Triphyliens comme rejetons des Argonautes (3), et nous avons trop peu de renseignements relatifs à eux pour nous permettre aucune conjecture historique. Mais quant aux Dôriens, il serait
(1) C'est là le seul moyen de con- de rejeter V\m en faveur de Fautre.
cilier- Hérodote (VIII, 73) avec Thu- (2) Hérod. VIII, 73. 01 SeKuvoupiot,
■cydide (IV, 56, et V, 41). L'étendue auTOxOovE; èovTeç, fioxéouai (jloOvoi eïvai
primitive du territoire kynurien est 'luveç * èxÔe$ci>pCsuvTai 5è, <jn6 Te *A^
un point sur lequel ils ne pouvaient yeCcov &pxo(JLevot xai tov xpovou, èovxec
avoir ni l'un ni l'autre de renseigne- 'OpveyjTat xal îtepCotxoi.
ment bien exact ; mais il n'y a pas lieu (3) Hérodote, IV, 145-146.
possible, en examinant la première situation historique dans laquelle on nous les présente, de proposer quelques hypothèses quant aux circonstances probables dans lesquelles ils arrivèrent.
On a déjà donné dans le quatrième chapitre du deuxième . volume de cette histoire le récit légendaire de ce grand événement mythique appelé le Retour des fils d'Hêraklès, qui expliquait à la complète satisfaction de la foi grecque le premier établissement des Dôriens dans la t^rre promise du Péloponèse. Un seul armement et une expédition unique, opérant sur Tordre spécial du dieu delphien et dirigés par trois frères, descendants directs du principal héros Achseo-Dôrien par Hyllos (l'éponyme de la principale tribu), les héros nationaux de la population préexistante vaincus et expulsés, et la plus grande partie de la péninsule acquise et partagée d'un coup, les circonstances du partage ajustées aux relations historiques de la Laconie et de la Messênia, la puissance amicale de T-^tolienne Elis, avec ses jeux Olympiques comme lien d'union dans le Péloponèse, rattachée à cet événement comme accessoire dans la personne d'Oxylos , toutes ces particularités composent un récit bien calculé pour faire impression sur l'imagination rétrospective d'un Grec. Elles présentent des qualités convenables et suffisantes pour l'épopée, qu'il serait hors de saison d'afiaiblir par la critique historique.
La chronologie alexândrine établit une période de 328 ans depuis le Retour des Hêraklides jusqu'à la première Olympiade (1104 av. J.-C. — 776 av. J.-C), période mesurée par les listes des rois de Sparte ; et l'on a déjà fait quelques observations au sujet de la confiance qu'elles méritent. Dé ces 328 années, les 250 premières, au m'oins, sont complètement stériles en événements; et même, si nous les admettions comme historiques, nous n'aurionsTien à raconter, si ce n'est une succession de noms de rois. Ne pouvant garantir la liste entière, ni découvrir aucune preuve solide pour établir une distinction entre les articles historiques et les non-historiques, j'énumère ici les rois lacédsemoniens tels qu'on les trouve dans les Fasti Jlellenici de M. Clinton. Il v eut à