CHAPITRE IV
PREMIER ASPÎîCT HISTORIQUE DU PÉLOPONÈSE. DÔRIENS A ARGOS ET DANS LES CITÉS VOISINES.
Dmsion du Péloponëse vers 450 avant J.-C. — Etats dôriens continus. — Péloponèse occidental. — Péloponèse septentrional — Achaia. — Région centrale — Arkadia. — DifiFérence entre cette division et celle de 776 ans avant J.-C. — Portions de la population que l'on croyait indigènes : Arkadiens, Kynuriens,
. Achasens. — Portions immigrantes — Dôriens, iEtolo-Ëleiens, Dryopes, Triphyliens. — Récit légendaire de l'immigration dôrienne. — Chronologie alexandrine depuis le retour des Hêraklides jusqu'à la première Olympiade. — Rois Spartiates. — Rois Hêraklides de C<>rinthe. — Argos et les Dôriens voisins ^lus grands que Sparte en 776 avant J.-C— Anciens établissements des Dôriens à Argos et à Corinthe— Temenion — colline de Solygeios. — Colons dôriens arrivés par mer. — Anciens Dôriens en Krôte..— Les Dryopiens; leurs établissements formés par mer. — Etablissements dôriens à Argos tout à fait distincts de ceux de Sparte et de la Messênia. — Ancienne position d' Argos — métropole des cités dôrienneâ voisines. — Pheidôn le Têménide, roi d' Argos. — Ses prétentions et ses projets comme représentant d'Hêraklês. — Il réclame le droit de présider les jeux Olympiques. — Relations de Pisa avec Pheidôn, et de Sparte avec Elis Conflit entre
Pheidôn et les Spartiates, dans ou vers la huitième Olympiade, en 748 avant J.-C. — Pheidôn le premier Grec qui ait battu monnaie et déterminé une échelle de poids. — Coïncidence ^e l'échelle aeginseenne avec l'échelle babylonienne. — — Argos à cette époque le premier État du Péloponèse. •— Son déclin postérieur, à la suite du relâchement de la confédération de ses villes. — Dôriens dans la péninsule Argolique — leur ancien commerce avec les îles dôriennes dans la mer iËgée. — De là l'origine de l'argent monnayé, etc., dû à Pheidôn. — Monnaie frappée et échelle de poids pheidoniennes ^ appartiennent primitivement à Argos, non à jEgina.
Nous passons maintenant des membres septentrionaux au cœur et à la tête de la Grèce, au Péloponèse et à TAttique, nous occupant d'abord du premier, et présentant tout ce qui T. m 14
peut être déterminé relativement à ses anciens phénomènes historiques.
Le voyageur qui entrait dans le Péloponèse en venant de Bœôtia pendant la jeunesse d'Hérodote et de Thucydide trouvait une suite de puissantes cités dôriennes limitrophes et commençant à l'isthme de Corinthe. D'abord venait Megara, s'étendant en travers de l'isthme d'une mer à l'autre, et occupant la haute et raboteuse chaîne de montagnes appelée Geraneia : ensuite Corinthe, avec sa forte et remarquable acropolis et son territoire renfermant le mont Oneion ainsi que la portion de l'isthme à la fois la plus unie et la plus étroite, qui séparait ses deux ports nommés Lechseon et Kenchreae. A Fouest de Corinthe, le long du golfe Corinthien, se trouvait Sikyôn, avec une plaine d'une rare fertilité, entre les deux villes : au Sud de Sikyôn et de Corinthe étaient
. Phlious (Phlionte) et Kleonse, toutes deux limitrophes, aussi bien que Corinthe, d'Argos et de la péninsule Argolique.
' Argos possédait la courbure la plus intérieure du golfe Argolique, comprenant un espace considérable de terrain plat et marécageux attenant à la mer : la péninsule Argolique était divisée entre Afgos et les cités dôriennes d'Epîdauros et de Trœzen, et la cité dryopienne d'Hermionê, la dernière possédant l'extrémité sud-ouest. En avançant au sud le long de la côte occidentale du golfe, et en franchissant la petite rivière appelée Tanos, le voyageur se trouvait dans les États de Sparte, qui comprenaient toute la région méridionale de la péninsule depuis sa mer orientale jusqu'à sa mer occidentale, là où la rivière Neda se jette dans la dernière. En quittant Argos, il traversait d'abord la difficile chaîne de montagnes appelée Parnôn (qui borne à l'ouest la partie méridionale de l'Argolis), jusqu'à ce qu'il se trouvât dans la vallée de la rivière Œnos, qu'il suivait jusqu'à sa jonction avec l'Eurotas.
Dans la vallée plus large de l'Eurotas, à une grande distance de la mer, et accessibles seulement par les routes les plus impraticables dans les montagnes, se trouvaient les cinq villages contigus, sans murs, sans ornements, qui portaient collectivement le nom formidable de Sparte. Sparte possé-
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dait toute la vallée de l'Eurotas, depuis Skîritis et Beleminatis, sur la frontière de 1! Arkadia, jusqu'au golfe Laconien, yallée se développant dans plusieurs parties en une plaine fertilev particulièrement près de son embouchure où se trouvaient les villes de Gythion et d'Helos ; elle possédait aussi la froide et haute chaîne de montagnes à Test qui, en se projetant, forme le promontoire Malea, et la chaîne encore plus élevée du Têygetês à l'ouest, qui se termine au promontoire Taenaros. De l'autre côté du Têygetês, sur les bords du fleuve Pamisos, qui se jette de ce côté dans le golfe Messênien, était la plaine de Messênê, la terre la plus riche de la péninsule. Cette plaine avait jadis fourni ses abondants produits aux Dôriens libres de Messênia, habitant les villes de Stenyklêros et d'An4ania. Mais, à l'époque dont nous parlons, le nom de Messêniens n'était porté que par un corps d'exilés brasrés, mais sans patrie, dont le rétablissement dans le pays de leurs ancêtres dépassait même l'espérance et la confiance proverbiales de l'exilé. Leur territoire se confon-, dait avec la portion occidentale de la Laconie, qui s'étendait dans une direction sud-ouest jusqu'au point extrême du cap Akritas, et au nord' jusqu'au fleuve Neda.
Pendant tout son voyage jusqu'au point qui vient d'être mentionné, à partir des frontières de la Bœôtia et de la Mégaris, le voyageur n'allait que d'un Étatdôrien dans un autre. Mais, en passant de la rive méridionale à la rive septentrionale du fleuve Neda, à un point voisin de son embouchure, il se, trouvait complètement hors du pays dôrien : d'abord dans le territoire appelé Triphylia; pui^ dans. celui de Pisa ou la Pisatis; en troisième lieu dans l'État plus spacieux et plus puissant appelé Elis ; ces trois pays comprenant le littoral du Péloponèse depuis l'embouchure de la Neda jusqu'à celle du' Larissos. Les Triphyliens, répartis entre un certain riombre de petits municipes, dont le plus considérable était Lepreon, et les Pisans, manquant égale7 ment d'une cité formant un centre, avaient, à l'époque qui nous occupe, été conquis tous deux par leurs voisins septentrionaux de l'Elis, plus puissants qu'eux, qui jouissaient de l'avantage de posséder un spacieux territoire uni sous un,
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seul gouvernement, la portion centrale appelée l'Elis Creuse, étant en majeure partie fertile. Les Eleiens étaient une section d'immigrants aetoliens venus dans le Péloponèse, mais les Pisans et les Triphyliens avaient été tous deux dans l'origine des habitants de la péninsule indépendants; les derniers appartenant, affirmait-on, à la même race que les Minyse qui avaient occupé Orchomenos avant que cette ville fût devenue bœôtienne : ces deux peuples aussi ne supportèrent l'ascendant d'Elis qu'en murmurant perpétuellement et qu'en résistant par occasion.
Traversant le fleuve Larissos , et suivant la côte septentrionale du Péloponèse au sud du golfe Corinthien, le voyageur passait en Achaia, nom qui désignait la bande étroite de terre plate, ainsi que les éperons et les pentes qui se projetaient entre ce golfe et les montagnes les plus septentrionales de la péninsule, SkoUis, Erymanthos,. Aroania, Krathis, et l'éminence très-haute appelée Kyllênê. Des cités achœennes, au liombre de douze au moins, sinon plus, se partageaient cette longue bande déterre, depuis l'embouchure du Larissos et le cap Araxos, au nord-ouest d'un côté, jusqu'à la frontière occidentale du territoire sikyonien de l'autre. Suivant les récits des anciennes légendes et l'opinion d'Hérodote, ce territoire avait jadis été occupé par des habitants ioniens, que les Achaeens avaient expulsés.
Le voyageur aurait ainsi achevé de faire le tour du Péloponèse ; mais il aurait encore laissé, sans l'avoir parcourue, la grande région centrale enfermée entre les territoires qui vie^^nent d'être énumérés, se rapprochant le plus près de la mer sur les frontières de la Triphylia, mais n'y touchant nulle part. Cette région était l'Arkadia, possédée par des habitants que Ton représente uniformément comme étant tous d'une seule race et tous aborigènes. Elle était élevée et froide, remplie de montagnes, de rochers et de forêts sauvages, et ayant en abondance à un degré rare, même en Grèce , ces bassins fermés par des hauteurs d'où l'eau ne trouve pour sortir qu'une issue souterraine. Elle était divisée en un nombre considérable de cités et de villages distincts. ' Beaucoup des tribus de villages, les Maenalii, les Parrhasii,