IMMIGRATION JETOLIBNNE DANS LE PÉLOPONÈSE
comme une partie de leurs propres antiquités. En outre, il est certain et que la dignité de la fête s'accrut en même temps que leur ascendant (1), et que leurs usages particuliers s'introduisirent de très-bonne heure dans la pratique des compétiteurs olympiques. Probablement les trois bandes d'envahisseurs agissant de concert, Dôriens /Etoliens, Spartiates et Messêniens, peuvent avoir adopté cette fête comme un renouvellement périodique d'union mutuelle et de fraternité; c'est à cette cause que les jeux durent de devenir un centre d'attraction pour la portion occidentale du Péloponèse avant qu'ils fussent beaucoup fréquentés par les peuples venant de la portion orientale, ou plus encore de la Hellas, située en dehors du Péloponèse. En effet, quand nous lisons les noms des douze premiers vainqueurs proclamés à Olympia (occupant près d'un demi-siècle à partir de 776 av. J.-C. en descendant), ce n'est pas complètement par hasard que nous trouvons que sept d'entre eux sont Messêniens, trois Eleiens, un seul de Dymê en Achaia, et un seul de Korônê; tandis qu'après la douzième Olympiade, on commence à rencontrer des Corinthiens, des Mégariens et des Epidauriens; un peu plus tard encore, des vainqueurs étrangers au Pélo- . ponèse. Nous pouvons conclure de là avec raison que les cérémonies olympiques étaient à cette époque reculée fréquentées surtout par des visiteurs et des compétiteurs venus des régions occidentales du Péloponèse, et que l'affluence à ces fêtes d'hommes arrivant des parties plus éloignées du monde hellénique ne devint considérable que lorsque la première guerre messènienne fut terminée.
Après avoir ainsi exposé les conjectures qu'indique la trèsfaible connaissance que nous avons relativement à la première fondation des établissement3 dôriens et aetoliens en Elis, en Laconie et eu Messênia, rattachés comme ils le sont
(1) La nudité entière pour les compé- Fatteste répigramme sur Orsippos le
titeors à Olympia fut adoptée diaprés Még»rien. Avant cette époqne, les com-
la pratique Spartiate, vraisemblablement pétiteurs olympiques avaient 6iaCco(&ata
dans la quatorzième Olympiade, comme icepl xà ouôoia (Thncryd. 1, 6).
a la dignité et à la fréquentation constamment croissantes de la fête olympique, j'arrive dans le chapitre suivant à cette mémorable circonstance qui à la fois détermina le caractère et produisit l'ascendant politique des Spartiates séparément: je veux dire les lois et la discipline de Lykurgae.
On sait si peu de chose des premiers 'habitants de la Laconie et de la Messènia, que nous sommes accoutumés à appeler Achaeens et Pyliens, que nous ne pouvons nullement apprécier la différence qui existe entre eux et leurs envahisseurs dôriens, quant au dialecte, aux habitudes ou à l'intelligence. On ne voit pas de traces d'une différence quelconque de dialecte parmi les diverses parties de la population de la Laconie : les alliés messêniens d'Athènes, dans la guerre du Péloponèse, parlent le même dialecte que les Ilotes, et le même aussi que les colons d'Ambrakia venus de Corinthe : tous parlaient le dôrien (1). Nous ne devons pas non plus supposer que le dialecte dôrien fût en quoi que ce soit particulier au peuple appelé Dôrien. Autant que peut l'établir la preuve des inscriptions, il semble avoir été le dialecte des Phokiens, des Delphiens, des Locriens, des ^Etoliens et des Achaeens de la Phthiôtis : quant aux derniers, les inscriptions de Thaumaki dans l'Achîea Phthiôtis fournissent une preuve d'autant plus curieuse et d'autant plus forte d'un dialecte indigène, que les Phthiôtes étaient à la fois voisins immédiats et sujets des Thessaliens, qui parlaient une variété de T^Eolien. De même aussi, dans le Péloponèse, nous trouvons des preuves du dialecte dôrien chez les Achaeens au nord du Péloponèse, les habitants dryopiens d'Hermionê (2), et chez les Eleuthero-Lacones ou municipes laconiens (composés de Periœki et d'Ilotes) émancipés par les Romains dans le second siècle avant J.-C. Relativement au langage de la population que les envahisseurs
a) Thucyd. m, 112; IV, 41; cf. (2) Corpus Inscript. Boeckh, n- 1771, VII, 44, au sujet de la similitude de son 1772, 1773 ; Ahrens, De Dialecto Dodu cri de guerre ou psean, tel que le ricâ, sect. 1-2, 48. poussaient les différents Dôriens.
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dôriens trouvèrent en Laconie, nous n'avons aucun moyen d'eu juger : la présomption serait plutôt qu'il ne différait pas essentiellement du dialecte dôrieu. Thucydide désigne les Corinthiens, que les envahisseurs dôriens attaquèrent en venant de la colline Solygeios, comme étant yEoliens, et Strabon parle des Achaeens comme d'une nation aeolienne et du dialecte aeolien comme ayant été dans l'origine prépondérant dans le Péloponèse(l). Mais nous avons de la peine à voir quels moyens d'information possédait l'un ou l'autre de ces deux auteurs relativement au langage parlé à une époque qui doit avoir été antérieure de quatre siècles même à Thucydide.
Il y a trois variétés marquées qu'on peut distinguer dans ce qu'on appelle le dialecte aeolien, le lesbien, le thessalien et le bœôtien; le thessalien formant un terme moyen entre les deux autres. Ahrens a montré que les anciens grammairiens ont coutume d'affirmer des particularités, comme appartenant au dialecte aeolien en général, qui n'appartiennent en réalité qu'à la variété lesbienne de ce dialecte, ou aux poëmes d'Alcée et de Sapphô, que ces critiques étudièrent avec attention. L'aeolien lesbien, l'aeolien thessalien et l'aeolien bœôtien sont tous différents : et si, abstraction faite de ces différences, nous limitons notre attention à ce qui est commun à tous trois, nous trouverons peu de chose à distinguer entre cet aeolien abstrait et le dôrien abstrait ou ce qui est commun aux nombreuses variétés du dialecte dôrien (2). Ce sont deux sœurs qui représentent toutes deux
(1) Thucyd. IV, 42; Strabon, Vm, p. 333.
(2) V. rexcellent ouvrage de Ahrens, DeDialecto iEolicâ, sect. 51. Il fait observer, par rapport aux dialectes lesbiens, thessaliens et bœôtiens : « Très illas dialectos, qu8B optîmo jure iËolicae vocari videntur, quia qui illis usi sunt ^Eoles erant, comparantem mirum habere oportet, quod Asianorum ^olum et Bœotorum dialecti tantum inter se
distant, quantum vix ab alla quâvis Graecse lingaœ dialecto. » (Il énumère ensuite de nombreux points de différence.) « Contra tôt tantasque differentias pauca reperiuntur eaque fere levia, quœ utrique dialecto, neque si-
mul Doricœ, communia sunt Vides
his comparatis tantum interesse inter utramque dialectum, ut dubitare liceat an .£oles Bœoti non magis cum ^olibus Asianis conjuncti fuerint quam
plus OU moins le côté latin de la langue grecque, tandis que le rapport de Tune ou de l'autre avec Tattique et l'ionique est plus éloigné. Or il semble que (mettant l'attique à part) le langage de toute la Grèce (1), depuis la Perrhaebia et le mont Olympos jusqu'au cap Malea et au cap Akritas, consistait en variétés différentes soit du dialecte dôrien, soit de l'aeolien ; ceci étant vrai (autant que nous en pouvons juger) non moins des Arkadiens aborigènes que du reste. Le dialecte laconien contenait plus de particularités qui lui étaient propres, et se rapprochait plus de l'aeolien et de l'éleien que de toute autre variété du ddrien : il se trouve à l'extrémité de ce qui a été désigné comme le dôrien rigoureux, c'est-àdire le plus éloigné de l'ionien et de l'attique. Les villes krêtoises présentent aussi un dôrisme rigoureux, aussi bien que la colonie lacédaemonienne de Tarente et probablement la plupart des Grecs d'Italie, quoique quelques-uns d'entre eux soient appelés colonies achaeennes. La plupart des autres variétés du dialecte dôrien (phokien, lokrien, delphien, achaeeri de la Phtliiôtis) offrent une forme qui s'éloigne beaucoup moins de l'ionien et de l'attique : Argos et les villes de la péninsule argolique semblent former un trait d'union entre les deux.
Ce que nous venons d'exposer représente tous les chétifs renseignements que nous avons relativement à ces variétés de la langue grecque qui ne nous sont pas connues par des ouvrages écrits. La faible présomption qui en peut naître vient à l'appui de cette opinion que les envahisseurs dôriens
qui hodie miro qnodam casa Saxones Toeantnr cum antiquis Saxonibtis.
Nihilominns Thessalicâ dialecto in oomparatiooem vocatâ , diveraissîma qtiœ vîdentiir aliquo vinculo conjnngère licet. Qoamvis enim panea de eâ oomperta habeamus, hoo tamen certain est, alia Thessalis cum Lesbiis, alla cum solis Bœotis communia esse »
Ip. 222-223).
(1) An sujet du dialecte «olien des
Perrfaœbiens, V. Stepban. Byz. v. Tovvoç, et ap. Eustatb. ad Iliad. p. 335.
L'opinion attique dans la comparaison de ces diverses variétés de la langue grecque est exprimée dans l'histoire d*un bomme à qui on demandait c lesquels des Bœôtiens ou des Tbessaliens étaient les plus barbares en parlant.»
Ilfrépondit : <c Les Ëleiens» (Eustath. ad niad. p. 304).