‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais (volume 2)Chapitre 67 sur 86 · IMMIGRATION ^TOLIENNE DANS LE PÉLOPONÈSE · texte numérisé non relu

IMMIGRATION ^TOLIENNE DANS LE PÉLOPONÈSE

mont Tèygetês, à l'époque où les Dôriens renvahirent. Mais considérer l'une et l'autre comme des royaumes entiers, remis tout de suite à deux chefs Dôriens, c'est là une illusion empruntée de l'antique légende, des imaginations d'Ephore transformant tout en histoire, et du fait que dans les temps bienfconnus ce territoire finit par être réellement uni sous le pouvoir de Sparte.

A quelle date furent effectués les établissements dôriens à Sparte et à Stenyklêros, c'est ce que nous n'avons aucun moyen de déterminer; cependant il a dû exister entre eux, dans les temps les plus anciens, un degré de confraternité qui ne régnait pas entre Lacédsemone et Argos. C'est un fait que nous pouvons bien présumer d'après le temple commun, avec une communauté de sacrifices religieux, d'Artemis Limnatis (ou Artemis qui habite les marais), élevé sur les confins de la Laconie et de la Messênia (1). La première fois que nous voyons ces deux pays d'une manière quelque peu distincte semble dater d'une époque antérieure d'environ un demi-siècle à la première Olympiade (776 av. J.-C), vers le règne du roi Têleklos de la ligne Eurysthénide ou Agide, et l'introduction de la discipline de l^ykurgue. Dans la liste, Têleklos est le huitième roi à partir d'Eurysthenês. Mais des sept rois qui le précèdent combien faut-il regarder comme des personnages réels, ou des courtes expéditions guerrières qui leur sont attribuées, combien faut-il considérer comme de l'histoire authentique, voilà ce que je n'ai pas la prétention de décider.

Le plus ancien événement que Ton puisse déterminer dans l'histoire intérieure de Sparte est l'introduction de la discipline de Lykurgue ; les événements extérieurs les plus anciens sont la conquête d'Amyklae, de Pharis et de Geronthrae, effectuée par le roi Têleklos, et la première querelle avec les Messêniens, dans laquelle ce prince fut tua. En voyant à quel déplorable degré de confusion et d'igno-

(1) Pausan. lY, 2, 2. MeTsi^ov 8è aÙTOÛ (jiovoi Aa>piecDv ot ts Me<r(nivt<» yuxX AaxeSaifjLovtoi.

rance on était relativement à un sujet d'une si haute importance que Lykurgue et sa législation, nous ne serons pas disposé à croire que des faits beaucoup moins importants et appartenant à une époque plus ancienne puissent avoir été transmis avec l'appui de quelque bonne autorité. Et quand nous apprenons qu'Amyklae, Pharis et Geronthrae (tfutes villes au sud de Sparte et la première n'en étant éloignée que de deux milles et demi (4 kilom.), furent indépendantes des Spartiates jusqu'au règne de Têleklos, nous demanderons également quelque témoignage décisif avant de pouvoir croire qu'une communauté, aussi petite et aussi enfermée de toutes parts que Sparte doit avoir été alors, ait dans des temps antérieurs entrepris des expéditions contre Helos sur la côte maritime , contre Kleitor à l'extrémité septentrionale de l'Arkadia, contre les Kynuriens, ou contre les Argiens. Si Helos et Kynuria furent conquises par les anciens rois, il paraît qu'elles devaient l'être une seconde fois par des successeurs de Têleklos. Il serait plus naturel qu'on nous apprît quand et comment ils conquirent les places plus rapprochées d'eux, Sellasia, ou Belemina, la vallée de TŒnos ou la vallée supérieure de l'Eurotas. Mais ces faits semblent être admis comme chose naturelle ; les actes attribués aux anciens rois Spartiates sont tels qu'ils pourraient seulement convenir aux temps glorieux où Sparte exerçait sur toute la Laconie un empire incontesté.

La série des rois messêniens, commençant à Kresphontês, le frère Hêraklide, et continuant de père en fils, ^pytos, Glaukos, Isthmios, Dotadas, Subotas, Phintas, le dernier contemporain de Têleklos, est encore moins marquée par des incidents que celle des anciens rois de Sparte. On dit que le règne de Kresphontês fut troublé par des révoltes soulevées parm'i ses sujets, et que lui-même finit par être tué; ^pytos, tout jeune alors, s' étant enfui en Arkadia, fut replacé dans la suite sur le trône par les Arkadiens, les Spartiates et les Argiens (1). On dit qu'à partir d'^Epytos les rois

(1) Pausan. IV, 3, 5-6.

IMMIGRATION ^TOLÏENNE DANS LE PÊLOPONÈSE 247

de la ligne messênienne furent nommés iEpytides de prèfé-, rence à Hêraklides, ce qui fournit une autre preuve de leur intime connexion avec les Arkadiens, puisque ^pytos était un très-ancien nom dans l'antiquité héroïque arkadienne (1). Il y a une ressemblance très-grande entre la conduite prêtée à Kresphontês lors du premier établissement à Stenyklèros, et celle d'Eurysthenês et de Proklês à Sparte, autant que nous pouvons le conjecturer d'après des renseignements à la fois peu considérables et dénués de preuves, reposant sur l'autorité d'Ephore. Ils ont essayé dans les deux <5as, dit-on, de mettre les habitants antérieurs du pays sur la même ligne que leurs propres bandes dôriennes ; ils ont par <:ette tentative provoqué des mécontentements et encouru le blâme, de leur temps aussi bien que dans la postérité, et ils n'ont ni les uns ni les autres réussi non plus d'une manière durable. Kresphontês fut forcé de concentrer tous ses Dôriens dans Stenyklêros, tandis que, après tout, les mécontentements finirent par sa mort violente. Et Agis, fils d'Eurysthenês, mit à néant, dit-on, toutes les tentatives libérales de son père, de manière à réduire toute la Laconie sous la domination et l'empire des Dôriens de Sparte, à l'ex- .ception d'Amyklae seule. La conduite d'Eurysthenês fut si odieuse aux Dôriens Spartiates, qu'ils refusèrent de le reconnaître pour leur œkiste, et conférèrent cet honneur à Agis; les deux lignes de rois étant appelées ^gide et Eurypontide, au lieu d'Eurysthénide et de Proclide (2). Nous voyons dans

(1) Homère, Iliade, II, 604.

Oî ô' Ixov 'ApxaôiTjv, (jtco KvXXi^vnç [opoç alicv, AItcOtiov Trapà TUfxêov.

Schol. ad loc. 'O ô' Aïw/coç àpxato- TttToç i^pioç, 'Apxàç xb ^évoç.

(2) Cf. les deux citations d'Ephore, Strabon, VIII, p. 361-365. Par malheur ime portion de la dernière citation «st mutilée d'une manière irrémédiable dans le texte. 0. Millier (History of the Dorians, Book, I, ch. V, 13) a proposé une ingénieuse conjecture, qui

cependant ne peut être considérée comme digne de contiànce. Grosskurd, le traducteur allemand, ordinairement si habile dans ces restitutions, laisse le passage sans y toucher. .

Pour une nouvelle manière de colorer la mort de Kresphontês, arrangée par Isocrate en vue de servir le dessein d'une allocution qu'il met dans la bouche d'Archidamos, roi de Sparte, V. dans ses ouvrages le discours qui passe sous ce nom (Or. IV, p. 120-122). Isocrate dit que les Dôriens Messêniens tuèrent

ces assertions le même tour d'esprit que celui qui règne dans le Panathénaïque d'Isocrate, le maître d'Ephore — les faits d'une époque inconnue colorés de manière à s'accorder avec un « idéal »» de sentiments dôriens, hautains et exclusifs. D'autre part, de même qu'Eurysthenès et Proklês sont présentés, d^ns le tableau d'Ephore, comme étendant leur autorité tout de suite sur toute la Lacoirie, de même aussi Kresphontês soumet la Messênia entière, toute la région sud-ouest du Péloponèse, à l'ouest du mont Têygetês et du cap Tsenaros, et au sud de la rivière Neda. Il fait partir un envoyé pour Pylos et RhionJ la partie occidentale et la partie méridionale du promontoire sud-ouest du Péloponèse, considérant le territoire entier comme s'il n'était qu'une souveraineté, et invitant les habitants à se soumettre à des lois égales (1). Mais nous avons déjà fait observer que cette unité et cette indivisibilité supposées sont aussi peu prouvées pour la Messênia que pour la Laconie. Sur quelle proportion du premier territoire ces rois de Stenyklêros peuvent-ils avoir régné, c'est ce que nous n'avons aucun moyen de déterminer ; mais

Kresphontês, dont les enfants s'enfuirent à Sparte comme suppliants, implorant vengeance pour la mort de leur père et abandonnant le territoire aux Spartiates. Le dieu de Delphes conseilla à ces derniers d'accepter l'offre, et ceux-ci, en conséquence, attaquèrent les Messêniens, vengèrent Kresphontês et s'approprièrent le territoire.

Isocrate part toujours de la base de l'ancienne légende, ' la triple conquête dôrienne faite tout d'un coup. Cf. Panathenaic. Or. XII, p. 270-287.

(1) Ephore ap. Strab. VIII, p. 361.

Le D' ThirlwaU fait observer (Hist. of Greece, ch. VII, p. 300, 2« éd.) : « La Messênienne Pylos semble avoir conservé longtemps son indépendance et avoir été occupée pendant plusieurs siècles par une seule branche de la famille de Xeleus ; car on mentionne des descendants de Nestor comme alliés des

Messêniens pendant leur lutte avec Sparte dans la seconde moitié du septième siècle avant J.-G. »

A l'appui de cette assertion le D' Thirlwall cite Strabon (VIII, p. 355).

Je suis d'accord avec lui quant au fait :

je ne vois rien qui prouve que les Dôriens de Stenyklêros aient jamais régné sur ce qu'on appelle la Messênienne Pylos ; car, naturellement, s'ils ne régnèrent pas sur elle avant la seconde guerre de Messênia, ils ne l'ont jamais acquise. Mais quant au passage de Strabon, on verra qu'il ne prouve rien pour le point en question ; car Strabon parle non de la Messênienne Pylos, mais de la Triphylienne Pylos ; il se donne de la peine pour montrer que Nestor n'a rien à faire avec la Messênienne Pylos, — NecTTOpoç àicoyovoi veut dire les habitants de la Triphylia près de Lepreon; cf. p. 350.

IMMIGRATION iBTOLIENNE DANS LE PÉLOPONÈSB 249

il y en avait certainement des portions qui n'étaient pas sous leur pouvoir, non-seulement pendant le règne de Tèleldos à Sparte, mais encore plus tard, pendant la première guerre messênienne. Car non- seulement nous savons que Têleklos établit trois municipes, Poiêessa, Echeiae (1) et Tragion, près du golfe Messènien et sur le cours du fleuve Nedon, mais nous lisons aussi une autre preuve dans le registre des vainqueurs olympiques. Chaque compétiteur aspirant au prix à l'une de ces grandes fêtes était toujours inscrit comme membre de quelque communauté hellénique autonome, qui constituait son droit à figurer sur les listes ; s'il était vainqueur, il était proclamé avec le nom de la communauté à laquelle il appartenait. Or, pendant les dix premières Olympiades, sept vainqueurs furent proclamés comme Messèniens; dans la onzième nous trouvons le nom d'Oxythemis Korônœos, Oxythemis, non pas de Korôneia, en Bœôtia, mais de Korônê sur le coude occidental du golfe Messènien (2), à

(1) Strabon, VIII, p. 360. Relativement à la situation de Korônê dans le golfe Messènien, V. Pausanias, IV, 34, 2 ; Strabon, VIII, p. 361 ; et les observations du colonel Leake, Travels in Morea, ch. 10, vol. I, p. 439-448. Il la place près de la moderne Petalidhi, vraisemblablement d'après de bonnes raisons.

(2) V. les Tables chronologiques de M. Clinton pour l'année 732avant J.-C; 0. Millier (dans la Tablô chronologique i^outée à son histoire des Dôriens) appelle ce vainqueur Oxythemis de Korôneia en Bœôtia. Mais cela est inadmissible, pour deux raisons : 1. La rencontre d'un compétiteur bœôtien aux jeux Olympiques dans ce temps reculé. Les onze premiers vainqueurs (j'écarte Oxythemis, puisqu'il est le sujet de la discussion) sont tous du Péloponèse occidental et méridional ; alors viennent des vainqueurs de Corinthe, de Megara et d'Ëpidauros , ensuite d'Athènes ; il y en a un deThêbes dans la quarante et unième Olympiade. Je conclus delà

que la célébrité et la fréquentation des jeux Olympiques ne s'accrurent que par degrés, et n'étaient pas sorties du Péloponèse dans le huitième siècle avant J. -C.

2. Le nom Koronieos, KopciivaTo;. est le titre propre et formel pour un citoyen de Korônê, et non pour un citoyen de Korôneia ; le dernier s'appelle Kop(i>veO;. Le nom ethnique KopoiveOc comme appartenant à Korôneia en Bœôtia est mis hors de doute par plusieurs inscriptions de la coUection de Boeckh ; particulièrement par le n" 1583, dans lequel un citoyen de cette ville est proclamécomme vainqueur à la fôte des Charitesia à Orchomenos; cf. les numéros 1587-1593, dans lesquels se rencontre le même nom ethnique. Les inscriptions bœôtiennes attestent de la même manière la prédominance de la même loi étymologique dans la formation de noms ethniques, pour les villes voisines de Korôneia ; ainsi Chaerâneia fait Kaip<oveù; ; Lehadeia, Ae6a$eù; ; Elateta^ 'EXaTe(>ç ou •EXaxeievç.

Les inscriptions fournissent une preuve

HISTOIBS DE LA ORÈCS

quelques milles de la rive droite du Pamisos, et à une distance considérable du nord de la moderne Coron. Or si Korônê avait alors été comprise dans la Messênia, Oxythemis aurait été proclamé en qualité de Messênien, comme les sept vainqueurs qui le précédaient; et le fait de sa proclamation en qualité de Korônaeen prouve que Korônè était alors une communauté indépendante, et non sous la domination des Dôriens de Stenyklêros. Il semble donc clair que ces derniers ne régnèrent pas sur tout le territoire généralement connu comme Messênia, quoique nous ne puissions déterminer la proportion de ce territoire qu'ils possédaient réellement.

La fête Olympique, qui à son origine était sans doute un privilège des Pisans voisins, semble avoir tiré son importance considérable, qui se répandit graduellement, de l'établissement aetolo-éleien dans le Péloponèse, combiné avec les Dôriens de Laconie et de Messênia. On prétend que Lykurgue de Sparte et Iphitos d'Elis unirent leurs efforts dans le but d'établir à la fois la sainteté de la trêve olympique et l'inviolabilité du territoire éleien. Bien que ce récit ne doive pas être expliqué comme fait réel, nous pouvons voir par là que les Lacédaemoniens regardaient les jeux Olympiques

«ntièrement déctsiYe quant an titre ethnique sons lequel un citoyen de Ko- TÔneia en Boeôtia se serait fait inscrire et proclamer aux jeux Olympiques; preuve meilleure que celle d'Hérodote et de Thucydide, qui tous deux les appellent Ko(><ovatoi (Hérod. Y, 79 ; Thucyd. lY, 93) ; Polybe est d'accord avec Pinscription et parle des Kop(i>v£iç, AeSadétç, Xaip^ovelç (XX VIT, 1). 0.

Millier lui-même admet dans un autre endroit (Orchomenos, p. 480) que le propre nom ethnique est Koptjvevç. La leçon de Strsbon (IX, p. 411) ne mérite pas de confiance. Y. Grosskurd od toc; cf. Steph. Byz. Koptuveia et

Kop<dVY].

Quant à la formation de noms ethniques, la xè^e générale semble être

qu'une ville finissant en y)' ou ai précédé par une consonne ait son dérivé ethnique en ai*ç, telles queîxiiovT], Topcovir], Ku(LY), B^êai, 'Aô^vai ; tandis que des noms finissant en eia avaient leur dérivé ethnique en eue, comme 'AXe^av- Speta, 'A(Juxoeiai, SeXeuxeia, Auox|Aa- Xeia (les villes modernes fondées ainsi par les successeurs d'Alexandre sont peut-être les meilleures preuves qu'<»

puisse prendre pour les analogies de la langue), MeXd(ticeia, MeXireia, ajoutées aux noms bœôtiens de viUes cités plus haut. Il y a toutefois une grande irrégularité dans des cas particuliers, et le nombre de villes appeléeë du mÔme nom fit naître le désir de varier le dérivé ethnique pour chacune d'elles. Y. Steph.

Byz. T. 'HpdbiXEia.

Page 1