‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais (volume 3)Chapitre 1 sur 143 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

AFFAIRES GRECQUES DEPUIS LE DÉBARQUEMENT D' ALEXANDRE EN ASIE jusqu'à LA FIN DE LA GUERRE LAMIAQUE

ïtat du lïîonde grec quand Alexandre franchit l'Hellespont. — Le courage grec aurait pu être appelé à agir si les Perses avaient bien joué leur jeu. — Espérances que font naître en , Grèce d'abord la flotte persane dans la mer -^gée, puis, les deux grandes armées persanes sur terre. — Actes publics et politiques d'Athènes, — décidément pacifiques. — Phokiôn et Démade étaient les principaux ministres à Athènes. — Ils étaient au nombre des politiques favorables aux Macédoniens. — Démosthène et Lykurgue, bien que ne jouissant pas d'ascendant politiquement, sont néanmoins des hommes publics d'importance ; activité financière de Lykurgue. — Position de Démosthène; sa conduite prudente. — Mouvement antimacédonien de Sparte; le roi Agis visite les amiraux persans dans la mer ^gée ; ses tentatives et en Krête et dans le Péloponèse. — Agis lève une armée dans cette péninsule, et fait une déclaration ouverte contre Antipater. — Agis, heureux d'abord partiellement, est complètement défait par Antipater et tué. — Soumission complète de toute la <jrèce à Antipater; députés Spartiates envoyés à Alexandre en Asie. — Résultats malheureux des efforts défensifs de la Grèce ; manque de combinaison. — Position des partis à Athènes pendant la lutte d'Agis ; réaction du parti favorable à la Macédoine après sa défaite. — Débat judiciaire entre ^Eschine et Démosthène ; circonstances préliminaires quant à la proposition de Ktesiphôn €t à l'accusation portée par ^schine. — Harangue accusatoire d'^Eschine, nominalement contre la proposition de Ktesiphôn, en réalité contre la vie politique de Démosthène. — Appréciation d'uEschine, sur un témoignage indépendant, comme accusateur de Démosthène. — Réponse de Démosthène; discours De Coronâ. — Oraison funèbre de la liberté grecque anéantie. — Verdict •des dikastes; triomphe de Démosthène; exil d'^Eschine. —, Raisons pour les-

T. XIX 1

quelles ^Eschine fut exilé; il fut la cause qui procura une couronne à Démostliène. — Accusation. subséquente contre Démosthène, dans l'affaire d'Harpalos. «-• Fuite d'Harpalos à Athènes; sa conduite et ses relations avec Athènes antérieiarement. — Faux rapports faits à Alexandre, que les Athéniens s'étaient identifiés avec Harpalos. — Circonstances accompagnant l'arrivée d'Harpalos à Sunion ; débat dans l'assemblée athénienne ; promesses faites par Harpalos; les Athéniens semblent d'abord favorablement disposés à son égard. — Phokiôn et Démosthène s'accordent à dissuader les Athéniens de recevoir Harpalos. — Anti[;ater demande qu'on le lui livre ; les Athéniens refusent d'accéder à cette requête, mais ils arrêtent Harpalos et séquestrent son trésor pour Alexandre» — Démosthène propose un décret à l'effet d'arrêter Harpalos, qui est arrêté, mais qui s'échappe. — Conduite de Démosthène par rapport au trésor d'Harpalos; déficit dans la somme comptée et réalisée, en tant que comparée avec la somme annoncée par Harpalos. — Soupçons au sujet de cet argent ; Démosthène propose que l'Aréopage fasse une enquête sur l'affaire ; les Aréopagites font un rapport contre Démosthène lui-même, avec Démade et autres, pour s'être approprié cet argent ; Démosthène est jugé sur cette accusation; condamné, il se retire en exil. — Démosthène était-il coupable de cette appropriation criminelle? circonstances connues du cas. — Démosthène n'a pu recevoir d'argent d'Harpalos, puisqu'il s'opposa à lui depuis le commencement jusqu'à la fin. — Démosthène eut-il le moyen d'opérer un détournement, après que l'argent ne fut plus sous le contrôle d'Harpalos? Réponse négative. — Discours accusatoire de Dinarque contre Démosthène ; invective virulente dépourvue de faits. — Changement d'esprit relativement à Démosthène, dans le public athénien, en peu de mois. — Réalité probable du cas, au sujet de l'argent d'Harpalos et de la sentence de l'Aréopage. — Rescrit d'Alexandre aux cités grecques, ordonnant que les exilés fussent rappelés dans chacune. — But du rcscrit — de procurer des partisans à Alexandre dans chacune des cités ; mécontentements en Grèce. — Effet produit en Grèce par la mort d'Alexandre. — Les Athéniens se déclarent les champions de l'aôranchissement de la Grèce, malgré l'opposition de Phokiôn. — Les ^toliens et beaucoup d'autres Grecs se joignent à la confédération formée pour l'affranchissement ; activité de l'Athénien Leosthenês comme général ; députés athéniens envoyés partout pour demander la coopération des divers Grecs. — Assistance prêtée aux députés athéniens par Démosthène, quoiqu'il fût en exil ; il est rappelé à Athènes et reçoit un accueil enthousiaste. — Yaste confédération grecque contre Antipater, néanmoins sans Sparte ; la Bœotia fortement dans les intérêts macédoniens; Leosthenês avec l'armée confédérée s'avance en Thessalia. — Bataille en Thessalia; victoire de Leosthenês sur Antipater, qui est forcé de se jeter dans Lamia, et attend du secours d'Asie; Leosthenês fait le blocus de Lamia ; il est tué. -— Malheur de la mort de Leosthenês ; Antiphilos est nommé à sa place ; efforts relâchés de l'armée grecque. — Leonnatos, avec une armée macédonienne d'Asie, arrive en Thessalia ; sa défaite et sa mort ; Antipater s'échappe de Lamia, et prend le commandement. — Guerre maritime entre la flotte macédonienne et la flotte athénienne. — Répugnance des contingents grecs à rester dans un service continué longtemps; l'armée de Thessalia est affaiblie par le départ de beaucoup de soldats retournant dans leurs foyers. — Arrivée attendue de Krateros pour renforcer Antipater ; relations entre les officiers macédoniens. — État de la famille royale, des généraux et des soldats macédoniens après la mort d'Alexandre. — Philippe Aridaeos est proclamé roi; les satrapies sont distribuées entre les principaux officiers. — Perdikkas principal représentant de l'autorité centrale, aidé

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par Eumenês de Kardia. — Liste de projets formés par Alexandre à l'époque de sa mort ; les généraux y renoncent comme étant trop vastes; plans de Leonnatos et de Kleopatra. — Krateros rejoint Antipater en Macédoine avec une puissante armée; bataille de Krannôn en Thessalia; Antipater remporte sur les Grecs une victoire qui cependant n'est pas complète. — Antîphilos essaye d'ouvrir des négociations avec Antipater, qui refuse de traiter, si ce n'est avec chaque cité séparément; découragement parmi les Grecs ; chaque cité traite séparément; Antipater accorde des conditions favorables à toutes, excepté aux Athéniens et aux ^Etoliens. — Antipater et son armée en Bœôtia ; Athènes laissée seule et hors d'état de résister; Démosthène et les autres orateurs antimacédoniens prennent la faite ; ambassade de PhokiÔn, de Xenokratês et d'autres à Antipater. — Conditions sévères imposées à Athènes par Antipater. — Les douze mille citoyens les plus pauvres d'Athènes sont privés de leurs droits et déportés. — Maux endurés par les déportés d'Athènes; garnison macédonienne placée dans Mnnychia. — Démosthène, Hypéride et autres sont condamnés k mort pendant leur absence; Antipater envoie des officiers pour suivre à la trace et arrêter les exilés grecs; il met Hypéride à mort. — Démosthène réfugié à Kalauria; Archias, avec des soldats thraces, vient pour l'arrêter ; il prend du* poison et expire. — Condition misérable de la Grèce; vie et caractère de Démosthène. — Position déshonorante de Phokiôn à Athènes, au milieu de l'état misérable du peuple et de l'occupation macédonienne.

Même en 334 avant J.-C, quand Alexandre commença ses campagnes asiatiques, les cités grecques, grandes aussi bien que petites, s'étaient vu enlever toute leur action libre, et n'existaient que comme dépendances du royaume de Macédoine. Plusieurs d'entre elles étaient occupées par des garnisons macédoniennes, ou gouvernées par des despotes locaux qui avaient cette force armée pour appui. 11 n'existait chez elles ni idée commune ni sentiment public, formellement proclamés comme mobiles d'action, si ce n'est ceux qu'il convenait au dessein d'Alexandre d'encourager. La haine contre la Perse, — jadis expression sincère du patriotisme hellénique, au souvenir de laquelle Démosthène faisait habituellement appel, en excitant les Athéniens à agir contre la Macédoine, mais actuellement éteinte et remplacée par des appréhensions plus prochaines, — Alexandre l'avait appliquée à ses propres desseins, comme prétexte pour obtenir l'hégémonie, et comme moyen d'assurer la soumission pendant son absence en Asie. La Grèce était devenue une province de Macédoine; les affaires des Grecs (fait observer Aristote en expliquant une discussion philo-

sophique) sont « dans les mains du roi >» (1). Un congrès public des Grecs se rassemblait de temps en temps à Corinthe; mais il ne représentait qu'un sentiment favorable aux Macédoniens ; tout ce que nous connaissons de ses actes consistait en félicitations adressées à Alexandre au sujet de ses yictoires. Il n'y a pas d'histoire grecque d'un caractère public ou politique ; il n'y a pas de faits si ce n'est les détails locaux et municipaux de chaque cité, — « les rues et . les fontaines que nous réparons, et les créneaux que nous blanchissons, «pour employer une phrase de Démosthèiie(2), — la bonne gestion des finances athéniennes par l'orateur Lykurgue, et les débats d'orateurs relatifs à des disputes privées ou à la politique du passé.

Mais bien que l'histoire grecque soit ainsi stagnante et suspendue pendant les premières années des campagnes asiatiques d'Alexandre, elle aurait pu à tout moment devenir animée par un esprit actif d'affranchissement personnel, s'il avait éprouvé des revers, ou si les Perses avaient administré leurs affaires avec habileté et vigueur. J'ai déjà dit que, pendant les deux premières années de la guerre, la flotte persane (nous devrions plutôt dire, la flotte phénicienne au service de la Perse) eut une supériorité décidée sur mer. Darius possédait des trésors immenses qui auraient pu accroître indéfiniment cette supériorité et multiplier ses moyens d'action au delà des mers, s'il avait voulu suivre l'avis de Memnôn, en agissant avec vigueur par mer et en se tenant strictement sur la défensive par terre. Le mouvement ou le repos des Grecs dépendait donc de la tournure des affaires en Asie, comme Alexandre lui-même le savait. Pendant l'hiver de 334-333 avant J.-C, Memnôn avec la flotte persane parut faire des progrès dans les îles de la mer Mgée (3), et les Grecs contraires aux Macédoniens l'attendaient plus loin à l'ouest en Eubœa et dans le Péloponèse. Leurs espérances étant abattues par sa mort inattendue, et

(1) Arist. Phys. IV, 3, p. 210 a, 21. (2) Démosthène , Olynthiac. III ,

"Ett d); £v paatXeï xà tûv *EX- p. 36.

X^vtov, xàl ôXoi); èv via 7ipb)T()> xi- (3) ArrieD, II, 1.

vy)Tix(/i.

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plus encore par Tabandoii que flt Darius des plans de cet amiral, ils avaient ensuite à attendre le résultat de ce que pourrait accomplir l'immense armée de terre des Perses. Même jusqu'à la veille de la bataille d'Issus, Démosthène (1) et autres (comme je l'ai déjà mentionné) furent encouragés par leurs correspondants en Asie à espérer un succès pour Darius même en bataille rangée. Mais après le grand désastre essuyé à Issus^ pendant un an et demi (de novembre 333 av. J.-C. à mars ou à avril 331 av. J.-C), aucune espérance ne fut possible. L'armée persane semblait anéantie, et Darius était si paralysé par la captivité de sa famille, qu'il laissa même les citoyens de Tyr et de Gaza périr dans leurs vaillants efforts de défense, sans faire la moindre tentative pour les sauver. Enfin, dans le printemps de 331 avant J.-C, l'avenir pa-rut redevenir favorable. Une seconde armée persane, innombrable comme la première, se rassemblait à l'est du Tigre ; Alexandre s'avançait dans l'intérieur, à bien des semaines de marche des rivages de la Méditerranée, pour l'attaquer ; et les Perses transmettaient sans doute des encouragements avec de l'argent à des hommes entreprenants en Grèce, dans l'espérance de provoquer des mouvements auxiliaires. Bientôt (octobre 331 av. J.-C.) arriva la catastrophe à Arbèles, après laquelle aucune démonstration contre Alexandre n'aurait pu être tentée avec quelque espoir raisonnable de succès.

Tel fut le point de vue changeant sous lequel la lutte en Asie se présenta aux spectateurs grecs, -pendant les trois ans et demi qui s'écoulèrent entre le débarquement d'Alexandre dans ce pays et la bataille d' Arbèles. Quant aux principaux États de la Grèce, nous n'avons à considérer qu'Athènes et Sparte ; car Thêbes avait été détruite et démolie comme cité, et ce qui avait été jadis la citadelle de la Kadmeia était actuellement une garnison macédonienne (2). De plus, outre cette garnison, les cités bœôtiennes, Orchomenos, Pla-

(1) -iEschine cont. Ktesiph. 552. ^povpàv xaTa(mQO"avTOî 'AXsÇdvSpou

(2j Vita Demosthenis ap. Wester- èv xaîç Gyjéai; (letà xà maxoLOxâ^CLi mann, Scriptor. Biograph. p. 301. toùç 07)6a(ou;, eta.

tée, etc., étaient elles-mêmes des places fortes dans la dépendance macédonienne, étant hostiles à Thêbes depuis longtemps, et ayant reçu entre elles des lots de toutes les terres thêbaines (1). Conséquemment, dans le cas de quelque mouvement en Grèce, Antipater, vice-roi de Macédoine, pouvait bien compter trouver en Hellas des alliés intéressés, pour servir de frein sérieux à TAttique,

A Athènes, le sentiment régnant était décidément pacifique. Peu de gens étaient disposés à braver le prince qui venait de donner une preuve si effrayante de sa force par la * destruction de Thêbes et. l'asservissement des Thêbains. Ephialtês et Charidêmos, les citoyens militaires à Athènes les plus opposés aux Macédoniens en sentiment, avaient été demandés comme prisonniers par Alexandre, et s'étaient retirés en Asie, pour y prendre du service chez Darius. D'autres Athéniens, hommes d'énergie et d'action, avaient suivi leur exemple et avaient combattu contre Alexandre au Granikos ; mais ils tombèrent en son pouvoir, et furent envoyés en Macédoine, où, chargés de chaînes, ils travaillèrent aux mines. Ephialtês périt au siège d'Halikarnassos, pendant qu'il défendait la place avec le dernier courage ; Charidêmos souffrit une mort plus indigne par la honteuse sentence de Darius. Les chefs antimacédoniens qui restaient à Athènes, tels que Démosthène et Lykurgue, n'étaient ni généraux ni hommes d'action, mais hommes d'État et orateurs. Ils étaient pleinement convaincus que la soumission à Alexandre était une pénible nécessité, bien qu'ils ne guettassent pas avec moins d'anxiété tout revers qui pourrait lui arriver et permettre à Athènes de diriger un nouvel effort en faveur de la liberté grecque.

Mais ce n'étaient ni Démosthène ni Lykurgue qui guidaient à ce moment la politique générale à Athènes (2).

(1) Pausanias, I, 25, 4. sa trempe exercent un grand ascen-

(2) (c Depuis que la domination ma- dant et une grande influence, — ijioi cédonlenne (fait observer Démosthène, je sais impuissant : il n'y a pas de De Coronâ, p. 331) est devenue toute- place k Athènes pour des citoyens et puissante, ^schine et des homm^ de des conseillers libres, mais seulement

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Peftidant les douze années qai s'écoulèrent entre la destruction de Thêbes et la mort d'Alexandre, Phokiôn et Démade furent les ministres des affaires étrangères ; deux hommes de caractères totalement opposés, mais coïncidant en vues pacifiques, et en ce qu'ils considéraient la faveur d'Alexandre et d'Antipater comme le principal but à atteindre. On envoya vingt trirèmes athéniennes pour agir avec la flotte macédonienne, pendant la première campagne d'Alexandre en Asie ; ces trirèmes, avec les prisonniers athéniens faits au Granikos, lui servirent de plus comme garantie de la . <îontinuation de la soumission des Athéniens en général (1). Il n'y a pas lieu de douter que la politique pacifique de Phokiôn ne fût alors prudente et essentielle à Athènes, bien qu'on n'en puisse dire autant (comme je l'ai fait remarquer en son lieu) de lappui qu'il donna à la même politique vingt années auparavant, quand la puissance de Philippe grandissait et aurait pu être arrêtée par une opposition vigoureuse. Il convenait aux desseins d'Antipater d'assurer son empire sur Athènes par de fréquents présents faits à Démade, homme d'habitudes extravagantes et de luxe. Mais Phokiôn, incorruptible aussi bien que pauvre jusqu'à la fin, refusait toute offre semblable, bien qu'il lui en fût souvent fait, nonseulement par Antipater, mais même par Alexandre (2).

Il est une chose qui mérite d'être signalée particulièrement; c'est que, bien que la politique favorable aux Macédoniens fût alors décidément en faveur, — acceptée, même par des hommes d'une opinion contraire, comme la seule marche admissible dans les circonstances, et confirmée d'autant plus par chaque victoire successive d'Alexandre, — cependant des hommes d'État, tels que Lykurgue et Démosthène, de sentiment antimacédonien notoire, oc- <iupaient encore une position remarquable et influente, quoique naturellement bornée à des questions d'administration intérieure. C'est ainsi que Lykurgue continua d'être le

pour les hommes qui font ce qu'on (l) Arrien, 1, 29, B.

leur ordonne et qui flattent le potentat (2) Plutarque, Phokiôn, 30.

<{m ri'i^ne. »

yéritable ministre des finances en fonction, pendant trois intervalles panathénaïques de quatre années chacun, c'està-dire pendant une période non interrompue de douze années. Il surveilla non-seulement la perception entière, mais encore toute la dépense du revenu public ; rendant un compte périodique rigoureux, toutefois avec une autorité financière plus grande que n'en avait possédé aucun homme d'Etat depuis Periklès. Il améliora les gymnases et les stades de la cité, , — multiplia les dons et le mobilier sacré dans les temples, — agrandit ou construisit à nouveau les bassins et les arsenaux, — prépara un fonds considérable d'armes et d'équipements, militaires aussi bien que navals, — et entretint quatre cents trirèmes en état de tenir la mer, pour protéger le commerce d'Athènes. Jamais il ne fut remplacé dans ces fonctions étendues, bien qu'Alexandre à un moment envoyât demander qu'on lui livrât sa personne, ce que refusa le peuple athénien (1). La principale cause de son puissant empire sur l'esprit public était sa probité connue et incontestable, par laquelle il faisait pendant à Phokiôn.

Quant à Démosthène, il n'occupait pas de position publique élevée comme Lykurgue, mais il jouissait d'une grande estime et d'une grande sympathie de la part du peuple en général, pour sa ligne marquée de conseil public

(1). V. le remarquable décret en l'honneur de Lykurgue, rendu par le peuple athénien dix.- sept ou dix -huit ans après sa mort, dans l'archontat d'Anaxikratês, 307 avant J.-C. (Plutarque, Vit. X Orator. p. 852). La partie de ce décret qui énumère ses actes et qui constitue quatre cinquièmes du tout, s'étend sur la conduite publique de Lykurgue, et est très-importante.

Il semble que les douze années d'administration financière exercée par Lykurgue doivent être prises probablement, soit de 342-330 avant J.-C. — ou quatre ans plus tard, de 338-326 avant J.-C. Boeckh laisse le point indéterminé entre les deux. Droysen et

Meier préfèrent la première période, — 0. MUller la plus récente. (Boeckh^ Urkunden ueber das Attische Seewesen , et la seconde édition de sa « Staatshaultungder Athener », vol. IL p. 114-118.)

Le total de l'argent public, rapporté par l'inscription comme ayant passé par les mains de Lykurgue pendant les douze années, était de 18,900 talents.

« 108,500,000 fr., ou environ. Il avait en outre en dépôt, dit-on, une grande quantité d'argent que lui confiaient des particuliers. Ses devoirs publics comme trésorier furent accomplis, pendant les quatre premières années, en son proprenom; pendant les huit dernières, au nom de deux amis différents.

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dans le passé. On en peut trouver la preuve dans un faittrèssigniflcatif. L'accusation contre la motion de Ktesiphôn, qui demandait une couronne pour Démosthène, fut intentée par iEschine, et- enregistrée officiellement avant la mort de Philippe, — événement qui arriva en août 336 avant J.-C. Cependant ^Eschine n'osa pas la présenter en justice avant août 330 avant J.-C, après qu'An tipater eut triomphé du soulèvement malheureux du roi lacédaemonien Agis; et même à ce moment avantageux, quand les partisans des Macédoniens semblaient en plein triomphe, il eut un échec signalé. Nous voyons ainsi que, bien que Phôkiôn et Démade dirigeassent actuellement les affaires athéniennes, comme représentant, une politique que chacun sentait être inévitable, — cependant le sentiment prépondérant du peuple suivait Démosthène et Lykurgue. Effectivement, nous verrons qu'après la guerre Lamiaque, Antipater jugea nécessaire d'étouffer ou de punir ce sentiment en privant de leurs droits ou en déportant deux tiers des citoyens (1). Il semble toutefois que les hommes d'État contraires aux Macédoniens furent très-attentifs à éviter d'offenser Alexandre, entre 334 et 330 avant J.-C. Ktesiphôn accepta une mission de condoléance auprès de Kleopatra, sœur d'Alexandre, à la mort de son époux Alexandre d'Epire ; et Démosthène est accusé d'avoir adressé à Alexandre (le Grand) en Phénicie des lettres humbles et basses, pendant le printemps de 331 avant J.-C. Cette assertion d'^Eschine, bien qu'il ne faille pas la croire exacte, indique la prudence générale de Démosthène à l'égard de son ennemi formidable et bien connu (2).

(1) Plutarque, Phokiôn, 28,

(2) ^schine (adv. Ktesiph., p. 635) mentionne cette mission de Ktesiphôn auprès de Kleopatra. Il accuse aussi (dans le- même discours) Démosthène d'avoir envoyé des lettres à Alexandre, pour solliciter pardon et faveur. Il dit qu^un jeune homme nommé Aristôn, ami de Démosthène, était en faveur

auprès de la personne de ce prince, et que ce fut par son entremise que les lettres furent envoyées. Il cite comme ses autorités les marins du navire athénien public appelé la Paraîos, et les . députés athéniens qui allèrent vers Alexandre en Phénicie dans le printemps ou l'été de 331 avant J.-C.

(Cf. Arrien, III, 6, 3). Hypéride égale-

Ce ne fut pas à Athènes, mais à Sparte que les mouvements antimacédoniens prirent alors naissance. Les Spartiates n'avaient pas pris part à la bataille décisive soutenue avec insuccès par Athènes et Thêbes à ChaeFoneia contre Philippe. Leur roi Archidamos, — qui avait agi conjointement avec Athènes dans la Guerre Sacrée, en essayant de soutenir les Phokiens contre Philippe et les Thêbains, — s'était ensuite retiré de la Grèce centrale pour assister les Tarentins en Italie, et avait été tué dans une bataille contre les Messapiens (1 ). Il eut pour successeur son fils Agis, homme brave et entreprenant, sous lequel les Spartiates, bien qu'ils s'abstinssent d'hostilités contre Philippe, déclinèrent résolument de prendre part au congrès de Corinthe, <iui nomma le prince macédonien chef des Grecs ; et ils persistèrent même dans le même refus également lors de la nomination d'Alexandre. Quand ce prince envoya à Athènes trois cents panoplies après sa victoire au Granikos, pour -être consacrées dans le temple d'Athênê, il déclara expressément, dans l'intcription, qu'elles étaient consacrées ** par Alexandre et les Grecs, à V exception des Lacédamoniens »»(2). ^is prit les devants en essayant d'obtenir l'aide persane pour des opérations antimacédoniennes en Grèce. Vers la fin de l'été de 333 avant J.-G., un peu avant la bataille d'Issus, il visita les amiraux persans à Chios, afin de demander des hommes et de l'argent pour une action projetée dans le Péloponèse (3). A ce moment, les amiraux avaient peu d'ardeur

ment semble avoir avancé la même allégation contre Démosthène. V. Harpokration, v. 'Apioriwv.

Le discours d'Hypéride où il défend Euxenippos (récemment publié par M. Churchill Babington), prononcé à quelque moment pendant le règne d'Alexandre, fournit une preuve générale du sentiment répandu au loin d'éloignement jaloux pour l'ascendant ma- <:édonien actuel. Euxenippos avait été accusé de dévouement aux Macédoniens ; Hypéride le nie énergiquement, disant qu'Euzenippos n'avait jamais

été en Macédoine, et qu'il n'avait conversé avec aucun des Macédoniens qui venaient à Athènes. Même lesgenfants à l'école (dit Hypéride) coniiiiiissent les noms des orateurs corrompus, ou flatteurs, qui servent la MafCédoine. — Euxenippos n*est pas de ce nombre (p. 11, 12).

(1) Plutarqne, Camille, 19; Diodore, XYI, 88; Plutarque, Agis, 3.

(2) Arrien, I, 16, 11; cf. Pa»san.

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