V. Strabon, XI, p
On connaît bien les esclaves publies Scythes ou agents de police d'Athènes.
Sxudaiva aussi est le nom d'une fcpnme esclave (Aristoph. Lysistr. 184). Ixu- 6yj;, comme nom d'esclave, se rencontre déjà dans Théognis, V. 826i
Quelques-unes des préparations sa^ lées du Pont étaient d'une cherté excessive ; Caton se plaignait d'un xepà[xtov IlovTtxtov T(X{Mxct>v vendu trois cents drachmes (Polybe, XXXi, 24):
(2) Harpokration et Photius, v. Nu^jl*çaîov, — d'après le» ^(pfeftata réunis
dans les dernières années de la guerre du Péloponèse que la ville de Nymphseon passa entre les mains des princes de Bosporos, livrée (suivant iEschine) par le grand-père maternel de Démosthène, l'Athénien Gylôn, qui toutefois ne fit probablement rien de plus qu'obéir à une nécessité rendue inévitable par la condition déchue d'Athènes (1). Nous voyons ainsi que Nymphseon, au milieu des domaines de Bosporos, était non-seulement un membre de l'empire athénien, mais encore renfermait des citoyens athéniens influents, adonnés au commerce de blé. Gylôn fut récompensé par un don considérable de terres à Kepi ; — probablement d'autres Athéniens de Nj'^mphaeon furent récompensés également par les princes de Bosporos, qui ne refusaient pas un bon prix pour une pareille acquisition. Nous trouvons encore d'autres exemples, — tant de citoyens athéniens envoyés pour résider avec le prince Satyres, — que de Grecs du Pont également qui, déjà en correspondance et en amitié avec divers Athéniens individuellement, confient leurs fils pour qu'ils soient initiés au commerce, à la société et aux raffinements d'Athènes (2). Ces faits attestent la correspondance et les relations de cette cité, pendant sa grandeur souveraine, avec Bosporos.
Le prince de cette ville, Satyres, fut dans les meilleurs rapports avec Athènes, et il semble même avoir eu des représentants autorisés pour appuyer ses requêtes qui trouvaient une très-grande attention (3). Il traitait les mar-
par Krateros. Cf. Boeckh, dans sa seconde édition de sa « Staatshaushaltung der Athener •, vol. II, p. 658.
(1) ^schine adv. Ktesiph. p. 78, c. 57, V. tome XVII, ch. 2 de cette Histoire.
(2) Lysias pro Mantitheo, Or. XVI^ 8. 4 ; Isokrate (Trapezitic), Or. XVII, s. 5. Le jeune homme dont Isokrate expose l'affaire fut envoyé à Athènes par son père, Sopœos, riche grec du Pont (s. 52), fort avancé dans la confiance de Satyros. Sopseos fournit à son iîls deux chargements de blé, et de
l'argent en outre, et Tenvoya ensuite à Athènes àjxa xax' êjAiroptav xaî xarà
(3) Isokrate, Trapezit. s. 5, 6. Sopîpos, père de ce plaideur, avait encouru les soupçons de Satyros dans le Pont, et avait été arrêté ; sur quoi Satyros envoie à Athènes saisir les biens du lils, lui ordonner de revenir à liosporos, — et s'il refusait, demander ensuite aux Athéniens de le lui livrer:
— 'EwKTxlXXei Se toTc èvôctôs iirtSYi- (loOaiv èx Tou ITovTOu rà Te ypr,(jLaTOt Tcap' èfioû xopLtaaaOat, etc.
CITÉS HELLÉNIQUES A l'ÉTRANGER
chands athéniens à Bosporos avec équité et même avec faveur, leur accordant une préférence dans l'exportation du blé quand il n'y en avait pas pour tous (1). Son fils Leukôn non-seulement continua la préférence aux vaisseaux athéniens qui faisaient l'exportation, mais encore il leur accorda la remise du droit (d'un trentième) dont elle était frappée, et qu'il exigeait de tous les autres marchands. On compte cette exemption commue équivalant à un présent annuel de 13,000 médimnes de blé (le médimne étant environ un boisseau et un tiers), la quantité totale de blé apportée de Bosporos à Athènes dans toute une année étant de 400,000 médimnes (2). En outre, il est aisé de voir qu'an pareil avantage a dû jeter presque tout le commerce d'exportation dans les mains de marchands athéniens. Athènes reconnut cette faveur par des votes publics de gratitude et d'honneur ; elle accorda à Leukôn le droit de cité, avec l'exemption de toutes les charges régulières attachées à la propriété à Athènes. Il y avait dans cette cité de l'argent appartenant à Leukôn (3), qui fut en conséquence (sur la proposition de Leptinès) exposé à cette demande conditionnelle d'échange de fortune, appelée en langage technique Antidosis. En outre, de son temps, le commerce de blé de Bosporos paraît s'être étendu plus loin; car nous apprenons qu il établit une exportation de Theodosia aussi bien que de Pantikapsebn. Son successeur Parisadôs I, continuant aux marchands athéniens qui exportaient du blé le même privilège d'immunité pour droit d'exportation, obtint d'Athènes des honneurs plus grands encore que Leukôn ; car nous savons que sa statue, " avec celles de deux parents, fut érigée dans l'agora sur la motion de Démosthène (4). Les relations de
(1) Isokrate, Trapezit. s. 71. Démosthène reconnaît aussi des faveurs reçues de Satyros : — Kai aOxô; (Leukôn) xaî ol icpoYovoi, etc. (adv. Leptin.
(2) Démostbène, adv. Leptin. p. 467.
(3) Démosth. adv. Leptin. p. 469,
(4) Démosthène, adv. Phormion.
p. 917; Dinarque, adv. Demosth.
p. 34. Le nom est Berisadês^ tel qu'il est imprimé dans le discours; mais il est évident que Parisadês est la personne désignée. Y. Boeckh, Introd. ad Inscript, n» 2056, p. 92.
Dinarque affirme que Démosthène recevait annuellement de Bosporos un présent annuel de miUe modii de blé.
Z46 HISTO0[B£ fis LiL 43tR6C£
Bosporos avec Athènes furent durables aussi bien qu'intimes, son commerce de blé étant d'une haute importance pour la subsistance du peuple. Tout exportateur" athénien était tenu par une loi d'apporter sa cargaison d'abord à Athènes. Le fret et la navigation de navires dans ce dessein, avec les avances d'argent faites par d^ riches capitalistes (citoyens et metoeki) k un intérêt et sous des conditions imposés par la justice athénienne, étaient une affaire constante et profitable» Et nous pouvons apprécier la valeur du traitement équitable, pour ne cas dire la faveur, accordé par les rois de Bosporos,. — si nous le comparons avec la conduite frauduleuse et rapace de Kleomenês, satrape d'Egypte, par rapport à l'exportation du blé égyptien (1).
La condition politique des Grecs à Bosporos était un peu particulière. Les princes héréditaires (mentionnés plus haut) qui les gouvernaient réellement en despotes, ne prenaient d'autre titre (par rapport aux Grecs) que celui d'archontes. Ils payaient tribut aux puissantes tribus sc3rthes qui les bornaient sur le côté européen, et même ils jugèrent nécessaire de mener un fossé en travers de l'isthme étroit, de quelque point près de Theodosia au nord jusqu'au Palus Mseotis, comme protection contre des incursions (2) . Leur domination ne s'étendait pas plus loin à l'ouest que Theodosia ; ce fossé était leur limite occidentale extrême ; et même pour ia terre qui était en deçà, ils payaient tribut. M^issurle côté asiatique du détroit, ils avaient un pouvoir souverain à une distance considérable, sur les tribus plus faibles et moins belliqueuses appelées du nom commun de Mseotse ou Maeêtae, — les Sindi, les Toreti, les Dandarii, les Thatês, etc. Des inscriptions, existant encore, de Parisadés I, le nomment comme roi de ces diverses tribus barbares, mais comme archonte de Bosporos et de Theodosia (3). Son empire sur le
(1) Démosth. adv. Dionysodor. p. 156. Dans les Memorabilia de Xép. 1285. nophoû {II, 1, 10), Sokratês mentionne
(2) Strabon, VII, p. Sl-O, SU. les Scythes comme exemple de peuple
(3) V. Inscript, n** 2117. 2118., dominant, et les Maeotas comme exem- 2119 , de la collection de Boeckh , ^ de peuple sujet. Probablement cela
CITES HELLENIQUES A L ETRANGER
côté asiatique du Bosphore Kimmérien, appuyé par des mercenaires grecs etthraces, avait une étendue considérable (bien qu'elle nous soit inconnue), arrivant quelque part près des frontières du Caucase (1).
Parisadès I, en mourant, laissa trois fils, — Satyres, Prytanis et Eumelos (310-304 av. J.-C). Satyros, comme Taîné, succéda; mais Eumelos réclama la couronne, chercha du secours au dehors, et détermina divers voisins, — entre autres un puissant roi thrace nommé Ariopharnês, — à épouser sa cause. A la tête d'une armée qui comptait, dit-on, 20,000 chevaux et 20,000 fantassins, les deux alliés s'avancèrent pour attaquer le territoire de Satyros^ qui vint à leur rencontre, avec 2,000 mercenaires grecs, et 2,000 Thraces à lui, renforcés par un corps nombreux d'alliés Scythes, — 20,000 fantassins, et 10,000 chevaux; il avait avec lui une grande quantité de provisions dans des chariots. Il remporta une victoire complète, et força Eumelos et Ariopharnês à se retirer et à chercher un refuge dans la résidence royale de ce dernier, près du fleuve du Thapsis; forteresse construite en bois, et entourée d'une forêt, d'une rivière, de marais et .de rochers, de telle sorte qu'il était très-difficile d'en approcher. Satyros, après avoir commencé par ravager le pays alentour , où il fit un riche butin en prisonniers et en bétail, se mit en devoir d'attaquer sesennemis dans leur position presque inabordable. Mais bien que lui et Meniskos, son général des mercenaires, fissent les plus grands efi'orts et emportassent même quelques-uns des ouvrages avancés, ils furent repoussés de la forteresse
se rapporte à la position des Grecs de Bosporos, qui payaient tribut aux Scythes, maïs réf^aient sur les Mœotae.
Le nom de Maeotac semble borné aux tribus sur le côté asiatique du Palus Msotis, tandis que les Scythes étaient sur le côté européen de cette mer. Sokratês et les Athéniens avaient de bons moyens pour avoir des renseignements sur la situation des Grecs de Bosporos et sur leurs voisins des deux
côtés. V. K. Neumann, Die Hellenen'im Skythenlande, 1- II, p. 216.
(1) Cette limite est attestée dans une autre Inscription, n® 2104, de la même collection. L'Inscription n" 2103semble indiquer des mercenaires arkadiens au service de Leukôn; au sujet des mercenaires,* V. Diodore, XX, 2Si^
Parisadès I fut, dit-on, adoré comme dieu après sa mort (Strabon, VII, p. 310).
HISTOIRE DE LA QJtÈCE
elle-même; et Satyros, s'exposant hardiment pour dégager Meniskos, reçut une blessure dont il mourut bientôt, après un règne de neuf mois. Meniskos levant le siège, retira l'armée à Gargaza; d'où il transporta le corps royal àPantikapseon (1).
Prytanis, le second frère, rejetant une offre de partage faite par Eumelos, prit le sceptre, et s'avança pour continuer la lutte. Mais le courant de la fortune tourna alors en faveur d'Eumelos, qui prit Gargaza avec plusieurs autres places, défit son frère dans une bataille, et le bloqua si étroitement dans l'isthme près du Palus Maeotis, qu'il fut forcé de capituler, et de renoncer à ses prétentions (309 av. J.-C). Eumelos entra dans Pantikapaeon comme vainqueur. Néanmoins, Prytanis le vaincu, malgré son traité récent, fit une nouvelle tentative sur la couronne; il fut défait de nouveau, forcé de s'enfuir à Kêpi, où il fut tué. Pour s'assurer le trône, Eumelos mit à mort les épouses et les enfants ds ses deux frères, Satyros et Prytanis, — avec tous leurs principaux amis. Un jeune homme seul, Parisadês, fils de Satyros, — s'échappa et trouva une protection auprès du prince scythe Agaros. •
(1) Diodore, XX. 24. Le théâtre de ces opérations militaires (autant que nous pouvons prétendre l'établir d'uprès le bref et superficiel récit de Diodore) semble avoir été sur le côté européen de Bosporos, quelque part entre le Borysthène et l'isthme de Pérékop, dans le territoire appelé par Hérodote Hylxa. C'est l'opinion de Niebuhr, que je crois plus probable que celle de Boeckh, qui suppose que les opérations s'efïectujrent sur le territoire asiatique de Bosporos. Jusque-là je suis d'accord avec Niebuhr; mais les raisons qu'il avance pour placer Dromichastês roi des Getœ (le vainqueur de Lysimachos^ à l'est du Borysthène, ne sont nullement satisfaisantes.
Cf. les « Untersnchungen iiber die Skythen » de Niebuhr, etc. (dans ses
« Kleine Schriften », p. 380) avec le Commentaire de Boeckh sur les Inscriptions sarmates, corp. Ins. Grœc.
part. XI, p. 83-103.
La mention que fait Diodore d'une forteresse de bois, entourée de marais et de forêts, est curieuse, et peut être expliquée par la description que donne Hérodote (IV, 108) de la cité des Bndini. Cette habitude, de construire des villes et des fortifications de bois, régna dans la population slave de Russie et de Pologne jusqu'à une époque très -avancée dans le moyen âge.
V. Paul-Joseph Schaffarik, Slavische Alterthlimer, dans la traduction allemande de Wuttke, vol. I, ch. 10, p. 192 ; et K. Neumann, Die Hellenen im Skythenîande, p. 91.
Eumelos avait alors abattu tous ses rivaux ; cependant ses récentes cruautés avaient occasionné de la colère et du dégoût parmi les citoyens de Bosporos. Il les convoqua en assemblée, pour excuser sa conduite passée, et promit un bon gouvernement à Tavenir ; en même temps il leur garantit leur constitution civile complète, avec des privilèges et des immunités semblables à celles dont ils avaient joui auparavant, et l'exemption d'une taxation directe (1). Ces assurances, combinées probablement avec une imposante armée lie mercenaires, apaisèrent ou du moins firent taire la désaflfection qui dominait. Eumelos tint ses promesses en tant qu'il gouverna avec un esprit doux et populaire. Tout en se rendant agréable à l'intérieur , il conserva une politique étrangère énergique, et fît plusieurs conquêtes parmi les tribus environnantes. Il se .constitua en quelque sorte le protecteur de l'Euxin, réprimant les pirateries des Heniochi et des Achsei (dans le mont Caucase jusqu'à l'est) aussi bien que celles des Tauri dans la Chersonèse (Crimée) ; fort à la satisfaction des Byzantins, des Sinojjiens, et des autres Grecs du Pont. ïl reçut une partie des fugitifs de KallatiS; quand cette place fut assiégée par Lysimachos, et il leur fournit un établissement dans ses domaines. Après avoir acquis ainsi une grande réputation, Eumelos était en pleine carrière de conquêtes et d'agrandissement, quand un accident termina sa vie, après un règne d'un peu plus de cinq ans. En revenant de Scythie à Pantikapaîon, dans un chariot à quatre roues attelé de quatre chevaux et surmonté d'une tente, ses chevaux eurent peur et s'emportèrent. S'apercevant qu'ils l'entraînaient vers un précipice, il essaya de sauter dehors ; mais sonépées'embarrassant dans la roue, il fut tué sur place (2). Il eut pour successeur son fils Spartokos IV, qui régna vingt ans (304-284 av. J.-C); ensuite vint le fils de Spartakos, Parisadês II; nom avec lequel cessent nos renseigne- ^ments (3).
(1) Diodore; XX, 24. (3) Diodore, XX, 100. Spartokos IV,
(2) Diodore, XX, 25. — fils d'Eumelos, — est reconnu dans
Cr
Cette dynastie^ les Spartokidae, bien qu'ils gouv^rurassent les Grecs de Bosporos comme despotes au mojen d'une armée mercenaire étrangère, — sembla cependant avoir exercé le pouvoir avec équité et modération (1). Si Eumelos eût vécu, il aurait probablement pu établir un empire étendu sur les tribus barbares tout autour de lui* Mais un empire sur de pareils sujets était rarement durable, et ses successeurs ne conservèrent pas longtemps même tout ce qu'il laissa. Nous n'avons aucun moyen de suivre leur fortune en détail ; mais nous savons qu'un siècle avant J.-C. environ, le prince régnant alors, Parisadês IV, se trouva si fortement serré et pressé par les Scythes (2), qu'il fut forcé (comme Olbia et la Pentapolis) d'abandonner son indépendance, et d'appeler, comme auxiliaire ou maître, le formidable Mithridatès Eupator du Pont, à partir duquel commença .une nouvelle dynastie de rois de Bosporos, soumise toutefois, après un intervalle de peu de longueur, à la domination et à l'intervention de Rome. '
Ces princes mithridatiques dépassent notre période; mais les cités de Bosporos sous les princes spartokides, dans le quatrième siècle avant J.-C, méritent d'être rangées parmi les traits remarquables du monde hellénique actuel. Elles n'étaient pas, à vrai dire, purement helléniques, mais elles présentaient un mélange considérable de coutumes Scythes ou orientales, analogue au mélange des éléments helléniques et libyens à Kyrênê avec ses princes Battiades. Parmi les faits qui attestent les richesses et la puissance de ces princes spartokides et de la communauté de Bosporos, nous devons compter les groupes imposants d'immenses tumuli sépulcraux près de Kertch (Pantika-
une Inscription attique (n" 107) et dans dant Dinarque appeUe ParisadêS) Sa-
diverses de Bosporos (n"* 2105, 2106, tyros et Gorgippos, — xoù; èy^iaxov;
2120) de la collection de Boeckh. Pa- xupawouç (adv. Deraosth. s. 44).
risadês II, — fils d'e Spartokos, — est (2) Strabon, VII, p. 310. Où/ oî6;
reconnu dans une autre Inscription de xe tov ol.^^xéy^^.y itpoç xoù; ^apêàpo^^:,
Bosporos, n'* 2107, — vraisemblable- çopov upaxTofiévouç p.eî2^a> Toxi irpoxs-
ment aussi dans le n» 2120 k pov, etc.
(1) Strabon, VII, p. 310. Cepen-
CLTÉS HELLÉNIQUES A l'ÉTRANGER . 251
paeon), dont quelques-uns ont été récemment examinés, tandis que la plus grande partie reste encore sans être ouverte. Ces spacieuses chambres de pierre, — enfermées dans de vastes monticules (kurgans), ouvrages cyclopéens entassés avec un travail et des frais prodigieux, — se sont trouvées contenir non-seulement une profusion d'ornements en métaux précieux (or, argent et électron, ou mélange de quatre parties d'or contre une d'argent), mais encore un grand nombre de vases, d'instruments et d'œuvres d'art, qui jettent du jour sur la vie et les idées de la population de Bosporos. « Le contenu des tumuli déjà ouverts est si varié que, par les tombeaux de Pantikapaeon seulement, nous pourrions connaître tout ce qui servait aux Grecs pour les besoins habituels ou pour l'ornement de la vie domestique (1). » On a trouvé des statues, des bas-reliefs et des fresques sur les murs, représentant des sujets variés tant de guerre que de paix, et souvent d'une exécution très-belle ; en outre, de nombreuses sculptures en bois et des vases de bronze ou déterre cuite, avec des colliers, des brassards, des bracelets, des anneaux, des coupes à boire, etc., de métal précieux, — plusieurs avec des perles de couleur qui y sont attachées (2). Les costumes, l'équipement et la physiononie
(1) Nemnann, DieHeUenen im Sky- œuvres d'art, justifie l'induction qu'eUes tiienlande, p. 503. ne furent pas apportées d'autres cités
(2) Un récit des diverses décou- grecques, mais qu'elles furent exécuvertes faites près de Kertch ou Paati- tées par des artistes grecs résidant à kapseon se trouve dans Dutois de Pantikapœon (p. 507). On parle avec Montpéreux, Voyage dans le Caucase, une admiration particulière de deux vol. V, p. 135 seq.^ et dans Neumann, statues de marbre, un homme et une Die Hellenen - im Skytbenlande , femme, tous deux plus grands que nap. 483-533. L'ouvrage mentionné en ture, exhumés en 1850 (p. 491). Où a dernier lieu est particulièrement abon- trouvé dans plusieurs chambres des âant et instructif; il se rapporte à ce monnaies du troisième et du quatrième qui a été fai^ depuis les voyages de siècle avant J.-C. (p. 494-495). On a Dnbois, et il contient d'amph'S infor- ^ aussi découvert un grand nombre de mations tirées des récents mémoires ce qu'on appelle vases étrusques, fades sociétés littéraires de Saint-Péters- briqués probablement avec une espèce bourg. d'argile qui existe encore dans le voi-
Le type local et spécial, qui se sinage; les ligures sur ces vases sont
montre si abondamment dans ces souvent excellentes, avec des dessins.
représentés sont,' dans le fait, un mélange hellénique et barbare; de plus, même la profusion de chaînes d'or et d'autres ornements précieux indique un ton de sentiment devenu en partie oriental dans ceux auxquels ils étaient destinés. Mais le dessin aussi bien que l'exécution sort évidemment de l'atelier hellénique ; et il y a de bonnes raisons pour croire que, dans le quatrième siècle avant J.-C, Pantikapseon était non-seulement le séjour de citoyens entreprenants et riches , mais encore le siège d'un génie artistique plein d'ardeur et bien dirigé. Ces manifestations des raffinements de l'hellénisme, dans cette cité éloignée et peu remarquée, forment une addition importante au tableau de la Hellas comme ensemble, -^antérieurement à ses jours de sujétion, — tableau que cette Histoire a eu pour but de pWsenter.
et des scènes très-variés, de religion, de fêtes, de guerre, d'intérieur (p. 622).
Beaucoup des sarcophages sont richement ornés de sculptures en bois, en ivoire, etc., quelques-unes admirablement exécutées (p. 521).
Par malheur, l'opinion règne et a longtemps régné parmi la population voisine que ces tumuli contiennent des trésors cachés. L'un des plus frappants dans le nombre, — appelé le Kul-Obo, — fut ouvert en 1830 par les autorités russes. Après beaucoup de peine et de difficultés, on découvrit le moven d'entrer, et on parvint à la chambre intérieure. C'était la plus riche qui eût jamais été ouverte; il se trouva qu'elle renfermait quelques magnifiques ornements d'or, aussi bien que beaucoup d'autres restes. Les officiers russes mirent une garde pour empêcher qui que ce fût d'y entrer; mais la cupidité de la population de Kertch fut si allumée par la nouvelle que le trésor attendu était découvert, qu'elle força la
garde, pénétra dans l'intérieur et pilla la plus grande partie du contenu (p. 509). Les autorités russes ont désiré en général conserver et fouiller graduellement, ces monuments, mais elles ont eu à lutter contre la répugnaince et même la rapacité de la part des gens d'alentour.
Dubois de Montpéreux fait une description intéressante de l'ouverture de ces tumuli près de Kertch, — en particulier du Kul-Obo, le plus riche de tous, qu'il croit avoir appartenu à l'un des rois spartokides, et dont les décorations étaient le produit de l'art hellénique :
« Si l'on a enterré (fait-il observer) un roi entouré d'un luxe scythique, ce sont des Grecs et des artistes de cette nation qui ont travaillé à ses funérailles ■ (Voyage autour du Caucase, pp. 195, 213, 227;. Pantikapseon et Phanagoria (dit-il) « se reconnaissent de loin à la foule de leurs tumulus • (p. 137).
J'ai actuellement amené Thistoire de la Grèce au moment indiqué dans la préface de mon premier volume, — la fin de la génération contemporaine d'Alexandre, — époque de laquelle date non-seulement l'anéantissement de la liberté politique et de l'action personnelle grecque, mais encore le dépérissement du génie productif et l'abaissement de cette supériorité achevée dans les lettres et l'éloquence, dont le quatrième siècle avant J.-C. nous avait présenté Platon et Démosthène comme les modèles (1). Le contenu des deux derniers volumes n'indique que trop clairement que la Grèce, comme sujet séparé d'histoire, n'existe plus; car l'un d'eux est consacré à dépeindre Alexandre et ses conquêtes, — ay/stov od)(^Tiiriiv, xpaT6/5ov /x:qffTw/5a 9)06010 (2), ce conquérant non hellénique dans les vastes possessions duquel les Grecs sont absorbés, avec leur éclat intellectuel obscurci, leur ardeur brisée et la moitié de leur courage enlevée par Zeus, — triste émasculation infligée (suivant Homère) aux victimes surprises par le jour de la servitude (3).
Il y eut une branche de l'activité intellectuelle, une seule, qui continua de fleurir, relativement peu affaiblie, sous la prépondérance de l'épée macédonienne, — l'esprit de spéculation et la philosophie. Pendant le siècle que nous venons de traverser, cet esprit a été possédé par plusieurs personnes éminentes dont les noms ont été à peine signalés à l'attention dans cette Histoire. Parmi ces noms, il y en a deux d'une grandeur particulière que j*ai mis partiellement sous les yeux du lecteur, parce que tous deux appartiennent à l'histoire générale aussi bien qu'à la philosophie; Platon,
(1) Combien cette dégradation était marquée, c'est ce qu'on peut voir attesté par, Denys d'Halikarnasse , De Antiquis Oratoribus, pp. 445, 446, Keiske : — Eu yào Ôyj toi; irpô ififiwv Xpovoiç •f\ {Uv èLçyoLioL xal çiX6<yoço; f yj- Topix9j 7tpoiïyiXaxiî;o|xévyj xat fiîivàç Û6pei; u7ro(Jtivou(Ta xaxeXueTO, àpÇa(iivY) ixèv àirà xvi; 'AXe$àv5pou toO MaxeSovoç TeXeux^ç ixTcveiv xai ^lapaivedBat xax' ôXiyov, iizl ôè -riiç xaO' fifi-a; Tf;Xt-
xia; (JLtxpoO Ss^crada ei; xéXo; rjçavtff- 6ai. Cf.' Denys, De Compos. Verbor.
p. 29, 30, Reiske; et Westermann, Geschichte der Griechischen Beredsamkeit, s. 75-77.
(2) Homère, Iliade, VI, 97.
(3) Hom. Odyss. XVII, 322.
"HfiKTu yàp x' àpex^ç àwoatvuxai
[sOcuoira Zsùç 'Avépo;, eux' àv jitv xaxà ôouXiov
[^(j,ap eXy,<Tiv.
comme citoyen tV Athènes, qui assista Sokratês lors de son procès, et qui conseilla Denys dans sa gloire ; — Aristote, comme maître d'Alexandre. J'avais à un moment espéré les présenter aussi dans mon présent ouvrage comme philosophes, et donner une appréciation du caractère propre de leur spéculation, mais je trouve le sujet beaucoup trop vaste pour être resserré dans l'espace que ce volume fournirait. L'exposition des doctrines des penseurs distingaés n'est pas aujourd'hui comptée par les historiens, soit de l'antiquité soit des temps modernes^ au nombre des devoirs qu'ils doivent remplir, non plus qu'au nombre des espérances naturelles de leurs lecteurs, mais elle est réservée à l'historien spécial de la philosophie. En conséquence, j'ai terminé mon Histoire de la Grèce, sans essayer de rendre justice ni à Platon ni à Aristote. J'espère contribuer en quelque chose à combler cette lacune, dont j'apprécie pleinement la grandeur, dans un ouvrage séparé, consacré spécialement à un exposé de là philosophie spéculative grecque dans le quatrième siècle avant J.-C.