‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais (volume 3)Chapitre 11 sur 143 · ESPAGÎSE. — IL SUR LA CÔTE DU PONT-EUXIN · texte numérisé non relu

ESPAGÎSE. — IL SUR LA CÔTE DU PONT-EUXIN

a situation et son état. -7* Colonies établies par Massalia, — Auti-

saa, Kboda, EBuporis ; état particulier d'Emporiae. — Gouvernement

que de Massalia ; prudente administration politique. — Influence de

qui répand les idées helléniques dans l'Ouest; Pytheas, navigateur et

e. — Grecs du Pont; Pentapolis sur la côte sud-ouest. — •• Sinôpê ; ses

résents auprès de Darius à ses derniers moments; elle conserve quelque

indépendance contre les princes du Pont, mais elle finit par devenir

te. — Hêrakleia du Pont; gouvernement oligarchique ; les Maryandini

réduits à l'état de serfs. — Discordes politiques à Hêrakleia ; ban-

t de Klearchos; démocratie partielle établie. — Continuation de

s politiques à Hêrakleia; assistance demandée au dehors. — Carac-

position de KlearcSos; il se fait despote d'Hérakleia. Sa tyrannie et

ruauté. «^ Il reste, despote pendant douze ans; il est assassiné à une

te. -^ Satyros devient despote. Sa cruauté aggravée; sa vigueur militaire.

— Despotisme de Timotheos, doux et juste; son énergie et son habileté. — Despotisme de Denys; son gouvernement populaire et vigoureux; sa conduite prudeate avec les Macédoniens pendant l'absence d'Alexandre dans l'Est. — Retour d'Alexandre à Suse; il est sollicité parlesexil'és d'Hérakleia; danger de Denys, détourné par la mort d'Alexandre. — Prospérité et prudence de Denys; il épouse Amastris; sa faveur auprès d'Antigonos; sa mort.

— Amastris gouverne Hêrakleia; elle épouse Lysimachos, fait divorce avec lui. Klearchos et Oxathrês tuent Amastris — et sont tués par Lysimachos.

— Arsinoê maltresse d'Hérakleia. Défaite et -mort de Lysimachos. Puissance de Seleukos. — Hêrakleia est délivrée des despotes, et un gouvernement populaire établi. Rappel des exilés ; manière d'être hardie des citoyens à l'égard de Seleukos. Mort de Seleukos. — Situation et administrât i or. d'Hérakleia comme gouvernement libre; puissance navale considérable. — Administration prudente d'Hérakleia, comme cité libre, parmi les princes puissants de l'Asie Mineure; condition générale et influence des cités grecques sur la côte. — Pentapolis grecque au sud-ouest de TEuxin. Ovide à Tomî. — • Olbia, — à l'époque d'Hérodote et d'Éphore; plus grand nombre et incursions des hordes barbares. — Olbia dans des temps postérieurs; déclin de la sécurité et de la production. — Olbia pillée et abandonnée; renouvelée plus tard, — Visite de Dion le rhéteur; goûts et mœurs helléniques;

grande passion pour Homère. — Bosporos ou Pantikapœon. — Princes de Bosporos; relations entre Athènes et Bosporos. — Nymphaîon au nombre des cités tributaires sous l'empire athénien ; elle passe ensuite sous la domination des princes de Bosporos. — Alliance et bons offices réciproques entre Satyres^ Leukôn, etc., et les Athéniens. Immunités de commerce accordées aux Athéniens. — Condition politique des Grecs de Bosporos ; les princes se donnent le nom d'archontes; leur empire sur des tribus barbares. — Querelles de famille parmi les princes de Bosporos; guerre entre Satyres et Eumelos. Mort de Satyres 11. — Guerre civile entre Prytanis et Eumelos; victoire d'Eumelos; il tue les épouses, les enfants et les amis de son frère. — Son règne et ses conquêtes; sa prompte mort. — Déclin de la dynastie de Bosporos, jusqu'à ce qu'elle passe dans les mains de Mithridatês. — Monuments laissés par les princes de la dynastie des Spartokidîc; monuments funèbresprès de Kertch (Pantikapseon).

Pour achever \e tableau du monde hellénique pendant qu'il est encore dans sa période de vie complète, qu'il est libre et qu'il agit par lui-même, ou même pendant que, réduit à une condition dépendante, il n'a qu'une demi-existence et est sur son déclin, — nous devons dire quelques mots relativement à quelques-uns de ses membres placés en dehors de l'histoire générale, et qui cependant ne sont pas sans avoir une très-grande importance. Les Grecs de Massalia formaient son aile occidentale; les Grecs du Pont (ceux qui habitaient sur les bords de l'Euxin), son aile orientale ; les uns et les autres étant le^ rayonnements de l'hellénisme les plus extrêmes, où il luttait toujours contre les éléments étrangers, qui souvent en altéraient la pureté. Ce que nous avons le moyen de dire est à la vérité bien peu de chose; mais ce peu cependant ne doit pas être omis.

Dans le quatrième chapitre du cinquième volume de cette Histoire, je mentionnais brièvement la fondation et les premiers actes de Massalia (la moderne Marseille), sur la côte de Gaule ou Liguria dans la Méditerranée. Cette cité ionienne, fondée par les entreprenants Phokseens de l'Asie Mineure, un peu avant que leur propre côte maritime fût subjuguée par les Perses, eut une existence et une carrière particulières, séparées de ces événements politiques qui déterminèrent la condition de ses sœurs helléniques en Asie, dans le Péloponèse, en Italie ou en Sicile. Les Massaliotes conservèrent leurs propres relations de commerce,-

CITÉS HELLÉNIQUES A l'ÉTRANGER 213

4'ainitié ou d'hostilité avec leurs voisins barbares, les Liguriens, les Gaulois et les Ibériens, sans être enveloppés dans les confédérations politiques plus vastes du monde hellénique. Ils apportaient de leur métropole des habitudes établies de navigation aventureuse sur les côtes et d'activité •commerciale. Leur situation, éloignée des autres Grecs et soutenue par des forces à peine suffisantes même pour la défendre, leur imposait la nécessité non-seulement d'une harmonie politiqueà l'intérieur, mais encore de la prudence et d'une action persuasive dans leur manière d'être avec leurs voisins. Qu'ils se soient trouvés à la hauteur de cette nécessité, c'est ce qui paraît suffisamment attesté par le peu de renseignements généraux qui nous sont transmis à leur égard, bien que leur histoire dans ses détails soit inconnue.

Leur cité était dans une position forte, située sur un promontoire que la mer baignait de trois côtés, bien fortifiée, et possédant un port commode sûrement fermé contre des ennemis (1). Toutefois le territoire qui l'entourait ne paraît pas avoir été considérable, et leur population ne s'étendit pas non plus beaucoup dans l'intérieur. La terre d'alentour était moins propre au blé qu'à la vigne et à l'olivier ; les Massaliotes fournissaient du vin à toute la Gaule (2). C'était à bord des vaisseaux que se déployaient principalement leur courage et leur habileté ; ce fut par des entreprises maritimes qu'ils acquirent leur puissance, leurs richesses" et leur <léveloppement colonial. A une époque où la piraterie était chose commune, les vaisseaux et les marins massaliotes se distinguaient dans l'attaque et la défense aussi bien que dans le transport et l'échange commercial ; et leurs nombreux succès maritimes étaient attestés par la foule de trophées qui ornaient les temples (3). La cité contenait des bassins et des arsenaux admirablement fournis de provisions, de vivres, d'armes et de toutes les diverses munitions

(1) Cœsar. Bell. Gall. II, 1; Stra- (2) V. Poseid. ap. Athen. IV, p. 152,

bon, IV, p. 179. (3) Strabon, IV, p. 180.

nécessaires pour la gaetre Rayale- (1). Les Phéniciens et les Carthaginois exceptés, ces Massaliotes furent les seuls ma^^ rins entreprenant") dans la Méditerranée occidentale, à partir de Tan 500 avant J,*C., après que l'énergie des Grecs ioniens eut été brisée par des potentats de l'intérieur. Les tribus ibériennes et gauloises étaient essentiellement des hommes de terre, qui n'occupaient pas de stations permanentes sur la côte, et qui n'avaient aucune vocation pour la mer; mais les Liguriens, bien que surtout montagnards, étaient des voisins importuns pour Massalia aussi bien par leurs pirateries sur mer que par leurs déprédations sur terre (2). Toutefois, quelque déprédateurs que fussent toufv ces hommes de terre, la visite du marchand i^e tarda pas à se faire sentir à eux comme un besoin^ tant pour l'importation que pour l'exportation ; et c'est ce besoin que les Massaliotes, avec leurs colonies, furent les seuls à satisfaire, le long des golfes de Gênes et de Lion, depuis Luna (la frontière de Toscane) jusqu'à ûianium (cape Délia Nao) en Espagne (3). Ce ne fut pas avant le premier siècle qui précéda l'ère chrétienne qu'ils furent dépassés dans cette carrière par Narbonne, et par quelques autres voisins, élevés au rang de colonies romaines.

Le long de la côte des deux côtés de leur propre cité, les Massaliotes établirent des colonies, recommandées chacune à la protection, et consacrées par la statue et les rites particuliers, de la déesse leur patronne , l'Éphésienne Artemis (4). Du côté de l'est étaient Tauroentium, Olbia, Antipolis, Niksea et le Portus Monœki; du côté de l'ouest, sur la côte d'Espagne, étaient Rhoda, Emporiae, Alônê,Henieroskopium et Artemisium ou Dianium. Ces colonies étaient

(1) Strabon (XII, p. 675) place Massalia au mêlne rang que Kyzikos, Rhodes et Carthage, types de cités maritimes organisées d'une manière admirable et efficace,

(2) Tite-Live, XL, 18; Polybe, XXX, 4.

(3) Le disoours composé par Démos-

thène ic^o; Zy^v^O&puv, a trait à une affaire où un vaisseau, un capitaine et un second, tous de Massalia, se trouvent employés dans le commerce de transport entre Athènes et Syracuse (Démosth. p. 882 seq.).

(4) Briickner, Histor. Massilieusium, c. 7 (Goettingen).

CITÉS HELLÉNIQUES A l'ÉTM.NGER 215

établies surtout sur des caps avancés oa sur des Ilots maritimes, à la fois Yoisins et sûrs; elles étaient destinées à servir d'abri et de commodité pour le trafic maritime, et de dépôts pour le commerce avec Tintérieur, plutôt qu'à s'étendre dans les terres, et à comprendre une nombreuse population extérieure autour des murs. La position d'Emporiae était la plus remarquable. Cette ville fut fondée primitivement sur un petit îlot inhabité, à la hauteur de la côte de l'Iberia; après un certain intervalle elle s'étendit jusqu'au continent adjacent, et un corps d'Ibériens indigènes fut admis à une résidence commune dans l'enceinte nouvellement entourée de murs qu'on y établit. Toutefois cette nouvelle enceinte fut divisée en deux par un mur intermédiaire, les Ibériens habitant d'un côté de ce mur, les Grecs de l'autre côté. Il n'y avait qu'une seule porte dont il fût permis de se servir pour les communications réciproques; elle était gardée nait et jour par des magistrats nommés, dont l'un était perpétuellement sur les lieux. Toutes les nuits, un tiers des citoyens grecs montait la garde sur les murs, ou du moins se tenait prêt à le faire. Combien de temps ces précautions rigoureuses et fatigantes furent-elles jugées nécessaires, c'est ce que nous ignorons; mais après un certain temps on s'en relâcha et le mur intermédiaire disparut, de sorte que Grecs et Ibériens se mêlèrent librement et ne formèrent qu'une seule communauté (1). II est rare qu'il nous soit donné de voir dans un aussi grand détail les premières difficultés et les premiers dangers d'une colonie grecque. Massalia elle-même était placée dans des circonsh tances presque semblables parmi les grossiers Salyes liguriens ; ces Liguriens se louaient, dit-on, comme ouvriers pour bêcher les champs des propriétaires massaliotes (2). Les di-

(1) TiterLlve, XXXIV, 8 ; Strabon, adoptée dans d'autres cités également m, p. 160. A Massalia, dit-on, il n'é- V. iEneas Poliorket. c. 30. tait jamais permis à aucun étranger (2) Strabou, III, pt. 165. Fait dit à d'entrer dans la cité sans déposer ses Poseidonius par un propriétaire masarmes à la porte (Justin^ XLIII, 4). saliote, qui était son ami personnel.

Cette précaution semble avoir été Au siège de Massalia par César, un

verses tribus de Liguriens, de Gaufois et d'Ibériens s'étendaient jusqu'à la côte, de sorte qu'il n'y eut pas de route sûre le long de cette côte, ni aucune conimunication si ce n'est par mer, jusqu'aux conquêtes des Romains dans le second et le premier siècle avant l'ère chrétienne (1)/

Le gouvernement de Massalia était oligarchique ; il était exercé surtout par un sénat ou Grand Conseil de Six Cents (appelés Timuchi), élus à vie, — et par un petit conseil de quinze, choisis dans ce corps plus considérable pour accomplir tour à tour les devoirs exécutifs (2). Les habitudes pur bliques de l'administration étaient, dit-on, extrêmement vigilantes et circonspectes; les habitudes privées des ci- .toyens, frugales et sobres, — un maximum étant fixé par la loi pour les dots et les cérémonies du mariage (3). Ils étaient attentifs dans leur manière d'être avec les tribus indigènes, avec lesquelles ils paraissent avoir entretenu des relations généralement amicales. L'historien Éphore (dont l'histoire se terminait vers 340 av. J.-C.) représentait Jes Gaulois comme particulièrement philhellènes (4), impression qu'il ne pouvait guère avoir reçue que.de Massaliotes qui l'en

détachement d'Albici, — montagnards peu éloignés de la ville et anciens alliés ou dépendants, furent introduits pour aider à la défense (Cœsav, Bell.

GaU. I, 34).

(1) Strabon, IV, p. 180.

(2) Strabon, IV, p. 181; Cicéron, De Republ. XXVII, Fragm. Les vacances dans le sénat semblent avoir été remplies au moyen de citoyens méritoires en général, — autant que nous en pouvons juger par une brève allusion qui se trouve dans Aristote (Polit.

VJ, 7). D'après un autre passage du même ouvrage, il semble que la base étroite de l'oligarchie a dû faire naître des dissensions (V, 6). Aristote avait compris la MçtcrdaXiwTôiv TroXiteta dans son ouvrage perdu Ilepi no>.iTEtwv.

(3) Strabon, l. c. Toutefois, un auteur auquel Athénée faisait des emprunts (XII, p. 523) représentait les

Massaliotes comme adonnés à des habitudes de luxe.

(4) Strabon, IV, p. 199. 'Eapopoç os OirepêàXXouffav tcô (JLsyéOei ).éYet tt^v KeXTix:^v, ûcjTe f,aTze^ vOv 16r,ptaç xaXo"J(i,e.v èxeivoi; xà TzksïatOL 7rpo<rv£- [jLsiv fi.é/pi Taôeiptov, çtXéXXiQvàç te àTcoçaîvsi TOÙ; àvOpcoTTOu;, xai TîoXXà lôio); XÉYei wepi aÙTÛv oùx éoixoxa Toî; vûv. Cf. p. 181.

Il faut se rappeler qu'Éphore était natif de l'asiatique Kymê, la voisine immédiate de Phokaea, qui était la métropole de Massalia. Les Massaliotes n'oublièrent ni ne brisèrent jamais leurs relations avec Phokaea : V. ce qui est dit de leur intercession auprès des Romains en faveur de Phokaea (Justin, XXXVII, 1). Éphore avait donc de bons moyens d'apprendre tout ce que des citoyens massaliotes étaient disposés à communiquer.

avaient instruit. Les Massâliotes (qui dans le premier siècle av. J.-C. étaient trilingues, parlant grec, latin et gaulois) (1) contribuèrent à imprimer profondément dans ces esprits illettrés un certain raffinement et une certaine variété de besoins/et à poser le fondement de ce goût pour les lettres qui plus tard se répandit largement dans toute la Province romaine en Gaule. Sur mer, et dans le commerce, les Phéniciens et les Carthaginois, étaient leurs rivaux formidables. Ce fut une des causes qui les jeta de bonne heure dans une alliance et une coopération active avec Rome, sous le gouvernement de laquelle ils obtinrent un traitement favorable, quand le bienfait de la liberté n'était plus à leur portée.

On en sait assez sur Massalia pour montrer que la cité était un pur spécimen de l'hellénisme et des influences helléniques, — agissant non par la force ni par la contrainte, mais simplement par une intelligence et une activité supérieures, — par le pouvoir de servir des besoins qui autrement auraient dû rester sans satisfaction, — et par l'effet d'assimilation d'une culture littéraire sur des voisins plus grossiers. Ce fait est d'autant plus à signaler qu'il contraste fortement avec les influences macédoniennes qui ont occupé une si grande partie du précédent volume : force organisée et maniée admirablement par Alexandre, n'étant toutefois rien autre chose qu'une force. La perte de tous les détails relatifs à l'histoire de Massalia est très-regrettable ; et ce qui ne l'estguère moins, c'est celle des écrits de Pytheas, navigateur massaliote intelligent, qui, à cette époque reculée (330-320 av. J.-C.) (2), avec une hardiesse aventureuse plus que pho-

(1) Varron, Antiq. Fragm. p. 350, éd. Bipont.

(2) V. les « Fragmenta Pytheœ »

réuHÎs par Arfwedson, Upsal, 1824. Il composa deux ouvrages : — 1. Yr\^ IlepioSo;. 2. Ilept ïîxeavoO. Ses assertions étaient fort estimées, et souvent suivies par Eratosthène, suivies en partie par Hipparque, sévèrement jugées par Folybe, que Strabon suit en géné-

ral. Mais ceux qui jugent Pytheas le plus sévèrement admettent qu'il fut bon mathématicien et bon astronome (Strabon, IV, p. 201) — et qu'il fit de lointains voyages en personne. Comme Hérodote, il a dû être forcé de rapporter beaucoup de choses sur ouï-dire, et tout ce qu'il pouvait faire était de rapporter les meilleures informations par ouï-dire qui lui arrivaient. Il est

kseennêy fraacbit les craloones d'Hèraklèa et de 1^ se dirigeant vers le nord rangea la côte de TEapagae, de la Gaule, de la Bretagne» de la Gernaanie, — peut-^tre plus loin encore. Probablement aucun Grec, si ce n'est ub MassaJiote, n'aurait pu accomplir un pareil voyage , qui, quant à Pytheas, BQérite la plus grande sympathie, vu qu'il n'y a^ait pour toute récompense des difficudtés et des dangers bravés que la satisfaction d'une, intelligente curiosité. Il semble évident que la publication de son « Voyage aatoar de la terre, »• — fort consulté par Eratosthèue, bien que les critiques qui nous sont parvenues par Polybe et Strabon insistent surtout sur ses erreurs, réelles ou supposées, — fit époque dans les anciennes connaissances géographiques.

De l'aile occidentale du monde hellénique, nous passons à l'aile orientale, — le Pont Euitin . Nous avons peu de chose à dire de la Pentapolis sur son côté occidental au s«d du Danube (ApoUonia, Mesembria, Kallatis, Odessos,et probablement Istros), — et de Tyras près de l'embouchure du fleuve de ce nom (aujourd'hui le Dniester) ; bien qu'Istros et Apollonia fussent au nombre des villes dont Aristotô jugeait les constitutions politiques dignes de son examen (1). Mais Hêrakleia sur la côte sud, et Pantikapœon ou Bosporos entre l'Euxin et le Palus Mseotis (aujourd'hui mer d'Azof) ne sont pas ainsi inconnus à l'histoire ; et Sinôpê (sur la côte sud) et; Olbia (sur la côte nord-ouest) ne peuvent pas non plus, être passées complètement sous silence. Bien que placées à part de l'hégémonie politique d'Athènes ou de Sparte, toutes ces cités étaient des membres légitimes de la confrérie hellénique. Toutes elles foui*nissaient des spectateurs et

évident que ses écrits firent époque dans les recherches géogra{)higu«s,.

bien qu^ils continssent sûns doute de nombreuses inexactitudes. Voir un« bonne appréciation de Py theas dans Mannert, Geog. der Gr, und Roemer^ Introd. I, p. 73-86.

Le manuscrit massaliote d'Homère^ possédé et consulté parmi d'autres par les critiques alexandrins, fournit une

présomption que la célébrité de Massalia comme endroit où l'on cultivait et étudiait la littérature grecque (rôle dans kquel elle luttait avec Athènes vers le commencement de l'empire romain) avait ses fondements jetés au moins dans le troisièn[ie siècle avant l'ère chrétienne,

(1) Aristote, Politic. V, 2, 11; V, 5, 2.

CITÉS HELLÉNIQUES A l'ÉTRANGER 219*

des compétiteurs aux fêtes panhelléniques, — des di»cipleÉ^ aux rhéteurs et aux philosophes, — des acheteurs et parfois Bftême des rivaux aux artistes. Toutes aussi elles étaient (comme Massalia etKyrênê) altérées en partie, — Olbia et Bosporos considérablement, — par le mélange d'un élément non hellénique.

Quant à Sinôpê; et à ses trois colonies dépendan tes Kotyôra, Kerasos et Trapézonte, j'en ai déjà dit quelque chose (1) en décrivant la retraite des Dix Mille Grecs. Comme Massalia, avec ses dépendances Antipolis, Nikaea et autres, — Sinôpê jouissait non-seulement d'une indépendance réelle, mais encore d'une prospérité considérable et d'une dignité locale, à l'époque où Xénophon et ses compagnons traversèrent ces contrées. Les citoyens étaient en termes d'une alliance sur le pied d'égalité, mutuellement avantageuse, avec Rorylas, prince de la Paphlagonia, pays sur les frontières duquel ils habitaient. Il est probable qu'ils figuraien sur la liste du tribut du roi de Perse comme portion de la Paphlagonia, et qu'ils payaient une somme annuelle ; mais là s'arrêtait leur sujétion. Leur conduite à l'égard des Dix Mille Grecs, ennemis déclarés du Grand Roi, fut celle d'une cité indépendante. Ni eux, ni même les Paphlagoniens dans l'intérieur des terres, belliqueux et turbulents, n'étaient molestés par des go-uvei*neurs persans ni par une occupation militaire (2). Toutefois Alexandre les comptait parmi les sujets de la Perse ; et c'est un fait à remarquer, qu'il se trouva que des envoyés de Sinôpê restèrent avec Darius presque jusqu'à la dernière heure, après qu'il fut devenu un fugitif vaincu, et qu'il eut perdu ses capitales et ses trésors. Ces envoyés sinopiens tombèrent dans les mains d'Alexandre, qui les mit en liberté en faisant remarquer que puisqu'ils étaient,' non pas membres de la confédération hellénique, mais sujets de la Perse, — leur présence comme envoyés

(1) V. tome XIII, ch. 3 de cette donne quelque idée de la Paphlagonia Hi&t»ire. vers 360-350 avant J.-C. (c. 7, 8)^

(2) V. la remarquable vie du Karien Cf. Xénoph. Hellen. IV, I, 4, Datâmes par Cornélius Népos, qui

auprès de Darius étaient très-excusable (1). La position de Sinôpê la plaçait hors du cercle direct des hostilités que les successeurs d'Alexandre poursuivaient les uns contre les autres; et les anciens princes kappadokiens de la famille Mithridatique (descendants reconnus des Achaemenidae persans) (2), qui finirent par devenir rois du Pont, n'étaient pas parvenus à une assez grande puissance pour absorber son indépendance avant le règne de Pharnakès, dans le second siècle avant J.-C . Sinôpê passa alors sous sa domination ; échangeant (comme les autres) la condition d'une cité grecque libre contre celle de sujette des rois barbares du Pont, avec une citadelle et une garnison mercenaire pour maintenir ses citoyens dans l'obéissance. Toutefois nous ne savons rien des événements intermédiaires.

Relativement à la ville d'Hèrakleia du Pont, notre ignorance n'est pas si complète. Cette cité, — beaucoup plus rapprochée que Sinôpê de l'entrée du Bosphore de Thrace, et éloignée par mer de Byzantion seulement d'une longue journée de voyage pour un bateau à rames, — fut établie par des Mégariens et des Bœôtiens sur la côte des Mariandyni. Ces indigènes furent subjugués et réduits aune sorte de servage; par là ils devinrent esclaves, toutefois avec cette clause conditionnelle , qu'ils ne seraient jamais vendus hors du territoire. Dans le voisinage, à l'ouest, entre Hêrakleia et Byzantion, étaient les Thraces bithyniens, — villageois non-seulement indépendants, mais belliqueux et farouches, ravageurs de côtes, qui traitaient cruellement tout Grec échoué sur leur littoral (3). On nous dit en termes généraux que le gouvernement d'Hèrakleia était oligarchique (4), peut-être entre les mains des descendants des

(1) Arrien, III, 24, 8; Quinte- tement renversée, après la fondation Curce, VI, 5, 6. de la colonie, par les chefs populaires,

(2) Polybe, V, 43. qui commirent une injustice envers les ^;3) Xénoph. Anab. VI, 6, 2. riches. Ces derniers ftirent bannis, (4j Aristote, Politic. V^ 5, 2; V, mais ils réunirent assez de forces pour

5, 5. Toutefois un autre passage du revenir et renverser la démocratie de

même ouvrage (V, 4, 2) dit que dans haute lutte. Si ce passage fait aUusion

Herakleia la démocratie fut immédia- à la même Hêrakleia (il y avai^bîen

CITjêS HELLÉNIQUES A l'ÉTRANGER . 221

principaux colons primitifs, qui se partagèrent le territoire avec les serfs mariandyniens et qui formaient une minorité petite mais riche parmi la population. On nous parle d'eux comme puissants sur mer et comme étant en état de garnir d'hommes, au moyen de leurs nombreux serfs, une flotte considérable, avec laquelle ils envahirent le territoire de Leukôn, prince du Bosphore kimmérien (1). Ils furent aussi engagés dans une guerre sur terre avec Mithridatês, un des princes de l'ancienne famille persane, établis comme maîtres de district dans la Kappadokia septentrionale (2). Vers 380-370 avant J.-C. , les Hêrakléotes furent troublés par de violentes disputes départi dans l'intérieur de la cité. Autant que nous pouvons le deviner par quelq(ues allusions obscures , ces disputes commencèrent parmi les oligarques eux-mêmes (3), dont quelques-uns s'opposèrent à un monopole politique exclusif qu'ils ouvrirent en partie, — non toutefois sans une lutte , dans le cours de laquelle un citoyen énergique , nommé Kleàrchos, fut banni. Bientôt, toutefois , le débat prit des dimensions plus grandes : la plèbe chercha à être admise dans la constitution, et demanda même, dit-on, l'abolition des dettes avec un nouveau partage des terres (4). On établit une constitution démocratique , mais elle ne tarda pas à être menacée par des conspirations des riches, et pour se mettre en garde contre ce danger, on changea la classification des citoyens. Au lieu de trois tribus et de quatre centuries , ils furent tous répartis de nouveau en soixante -quatre centuries, les tribus cessant d'exister. Il paraîtrait que dans les quatre centuries primitives, les hommes riches avaient été inscrits de manière à former des divisions militaires séparées. (pro-

des villes de ce nom), le gouvernement 352 avant J.C. environ. L'événement doit avoir été démocratique dans l'ori- auquel Polyen fait allusion a dû se gine. Mais le servage des indigènes passer à quelque moment dans cet insemble impliquer une oligarchie. tervalle.

(1) Arist; Polit. VII, 5, 7 ; Polyen, (2) Justin, XVI, 4.

VI, 9, 3, 4 : Cf. Pseudo-Aristote, (3) Aristote, V, 6, 2; 5, 10.

Œconomic. II, 9. (4) Justin, XVJ, 4.

Le règne de Leukôn dura de 392 à

^222 HISTOIRE DE LA ORfeCE

bablement leurs serfs de la campagne étant armés avec ^ux), — tandis que les trois tribns avaieat contenu tout le reste du peuple ; de sorte que cette multiplication des centuries eut pour efifet d^enlever aux riches leur inscription militaire séparée , et de les disséminer dans maint régiment différent avec le nombre plus grand des pauvres (1).

Toutefois, ^on n'accorda pas encore complètement les demandes du peuple , et les dissensions continuèrent (364 av. J.-C). Non-seulement les citoyens pauvres, mais encore la population des serfs , — homogène , parlant le même langage , unie par une sympathie mutuelle, comme les Ilotes ou les Penestae , — une fois animée par Tespoir de la liberté , était difficilement apaisée. Le gouvernement, bien que fortement mêlé d'éléments démocratiques, se trouva hors d'état de maintenir la tranquillité, et il invoqua l'assistance du dehors. Une demande fut faite d'abord à l'Athénien Timotheos, — ensuite au Thèbain Epaminondas, mais ni l'un ni l'autre ne voulut intervenir, — et, dans le fait, il n'y avait aucune raison qui pût les tenter. Enfin, ou s'adressa 'au citoyen exilé Klearchos.

Cet exilé, âgé d^ environ quarante ans, intelligent, auda^ cieux et sans principes, avait passé quatre années à Athènes, en partie en assistant aux leçons de Platon et d'Isokrate, — et il avait suivi avec une curiosité jalouse la brillante fortune du despote Denys a Syracuse, auquel ces deux philosophes portaient intérêt (2). De plus, durant son bannisse-

(1) ^Eneas, Pcdiorket. c 11. .Tai yTiv, etc. Memnon, Fragm. c. 1; Isodonné c^ qui semble l'explication la krate, Epist. VII.

plus probable d'un passage très-obscur. C'est ici que commencent les Frag-

II est à remarquer que la division ments de Memuon, tels que Pbotius

des citoyens en centuries (éxaToattjei;) les a extraits (Cod. 224). Photius n'a-

régnait aussi à Byzantion ; V. Inscript. vait vu que les huit livres de l'Histoire

no 2060 ap. Boeckh, Corp. Inscr. d'Hêrakleia de Memnon (livres IX-

Graec. p. 130. Un citoyen d'Olbia, au- XVI inclusivement); il n'avait vu ni

quel est conféré le droit de cité de les huit premiers livres (V. la iin de

Byzantion, est autorisé à s'inscrire ses P^xceq^ta de Memnon), ni ceux qui

-dans celle des éxaTOffTÛeç qu'il préfère. suivaient le seizième. C'est extrêrae-

(2) Diodore, XV, 81. 'EÇrîXùxye jxèv ' ment à regretter, en ce que la con- Ty;v Aiovu(Tioy xoù Supaxouaiou ôtayw- naissance des affaires hérakiéennes

CITÉS HELLÉNigaES A L'BTRA^GER

ment, il avait fait ce que faisaient ordinairement les exilés grecs ; il avait pris du service chez renaemi de sa ville natale, le prince voisin Mithridatês (1), et assez probablement contre la crté elle-même. Comme officier, il se dfetingua beaucoup ; il acquit dm renom auprès du prince et de Tinfluence sur Tesprit des soldats. Aussi «es amis et un parti dans Hêrakieia devinrent-ils dérfreux de le rappeler, comme modérateur et protecteur au milieu des funestes discordes politiques qui régnaient. Ce fut le parti oligarchique qui rinvita à revenir, à la tète d'un corps de troupes, pour l'aider à tenir la plèbe abaissée. Klearchos accepta son invitation, mais avec le dessein bien arrêté de se faire le Denys d'Hêrakleia. Obtenant de Mithridatês un corps puissant de mercenaires , en lui promettant en secret de tenir la ville seulement comme son préfet , il s y rendit av<^c le dessein déclaré de maintenir l'ordre et de soutenir le gouvernement. Comme ses soldats mercenaires ne tardèrent pas à se mantrer des compagnons importuns, il obtint la permission de construire dans la cité une forteresse séparée , sous prétexte de les tenir i part sous la discipline plus rigoureuse d'une caserne (2). Après s'être assuré ainsi une forte posi-

antérkures à Kleftxebos bous est interdite.

n arrive assez son vent pour Photius ^^il ne possède pas un ouvrage entier, mais seulement des parties de -cet ouvrage; c'est un fait curieux, par rapport aux Nblivtbèques du Denviëme sièck de Père ckrétienne.

Les fragments de. Memnon pris dans Photius sont réunis avec ceux de Nympfais et d'autses historiene d'Hêrakleia, et expliqués avee des notes et des citations utiles dans Tédition d'Orelli, aussi bien que par K. Miiller, dans les Fza^m. de Didot, Hist. Gnec. t. lU^ p. 525. Memnon amenait son histoire jusqu'au temps de Jules César, et il paraît avoir vécu peu après l'ère cbrétienne. Nymphis (qne pi^obfthiemefit il copiait) était beaucoup pins ancien, ayant vécu vraiwemibdalïlemeiit dfi 300

à 230 avant J.-C. environ (V. les quelques Fragments qui restent de lui, dans le même ouvrage, TII, p. 12).

L'ouvrage de l'auteur bêcakléote Herodôros semble avoir roulé complètement sur la question légendaire ^V.

Fragm. dans le même ouvrage, II, p. 27). U^ était antérieur à K3''mpbis d'un demi-siède.

(1) Suidas, V. K>éapxoç.

(2) Polvea, II, 30, 1; Justin, XVI, 4. « A quibus revocatur in patriam, per quos in arce coUocatus fuerat, » etc.

.Éneas (PoHoirket. c. 12) cité cet acte comme un exemple de la faute commise par un parti politique, en introduisant un nombre de mercenaires trop'grsi^ pour qu'il pût le conduire ou le maintenir dans Tordre.

tion, il appela Mithridatês dans la cité pour recevoir la possession promise ; mais, au lieu de remplir son engagement, il retint le prince comme prisonnier, et ne le relâcha qu'en échange d*une rançon considérable. Il trompa ensuite, plus grossièrement encore, l'oligarchie qui l'avait rappelé, en dénonçant sa mauvaise conduite passée, en se déclarant son mortel ennemi , et en épousant les prétentions aussi bien que les antipathies de la plèbe. Celle-ci le seconda volontiers dans ses mesures, — même mesures extrêmes de cruauté et de spoliation , — contre ses ennemis politiques. Un nombre considérable de riches furent tués, emprisonnés, ou appauvris et bannis; de plus, leurs esclaves ou serfs furent non-seulement affranchis par ordre du nouveau despote , mais encore mariés aux femmes et aux filles des exilés. Ces mariages forcés donnèrent lieu aux scènes les plus tragiques; beaucoup d'entre les femmes allèrent jusqu'à so donner la mort, quelques-unes après avoir tué d'abord leurs nouveaux époux. Parmi les exilés, un parti, réduit au dé-^ sespoir, obtint des secours du dehors, et essaya de se faire admettre de nouveau dans la cité par la force , mais il fut totalement défait par Klearchos, qui, après cette victoire, devint plus brutal et plus implacable que jamais (1).

Il jouit alors d'un pouvoir irrésistible : despote de toute la cité, de la plèbe aussi bien que de l'oligarchie. Ce pouvoir dura douze ans, pendant lesquels il déploya une grande énergie guerrière contre des ennemis extérieurs , ainsi qu'une cruauté non affaiblie envers les citoyens. Il s'abandonna en outre à l'insolence la plus outrecuidante de conduite personnelle , adoptant un costume et des ornements orientaux, et se proclamant fils de Zeus, comme Alexandre le Grand le fit après lui. Cependant, au milieu de toutes ces énormités, *ses goûts littéraires ne l'abandonnèrent pas; il réunit une bibliothèque , possession très-rare à cette époque (2). Nombreuses furent les conspirations ourdies

(1) Justin, XVI, 4, 5; Tliéopompe (2) Memnon, c. 1. La septième

îip. Athenœ. III. p. 85, Fragm. 200, épître d'Isokj-ate, adressée à Timoéd. Didot. theos, fils de Klearclios, reconnaît eu

CITÉS HELLÉNIQUES A l'ÉTRANGER

contre ce tyran par les citoyens victimes de son despotisme; mais sa vigilance les déjoua et les punit toutes. A la fin, deux jeunes gens , Chiôn et Lemidês (ils avaient été au nombre des auditeurs de Platon) trouvèrent une occasion pour lui donner un coup mortel à une fête Dionysiaque, Ils furent tués par ses gardes, avec ceux qui les secondaient, après une vaillante résistance ; mais Klearchos lui-même mourut ^de la blessure, dans des tortures et des remords d'esprit (1).

Par malheur, sa mort n'apporta aucun soulagement aux Hèrakléotes. Les deux fils qu'il laissait, Timotheos et Denys, étaient tous deux mineurs; mais son frère Satyros, qui administrait en leur nom, s'empara du sceptre et continua le despotisme avec une cruauté non-seulement entière, mais même aggravée et aiguisée par le dernier assassinat (352 av. J.-C). Ne le cédant à son prédécesseur ni en énergie ni en vigilance, Satyros était différent sous ce rapport, qu'il était complément grossier et illettré. De plus, il montra un scrupule rigide en conservant la couronne pour les •enfants de son frère, aussitôt qu'ils seraient d'âge à régner. Afin de leur assurer une succession tranquille, il prit toutes les précautions nécessaires pour éviter d'avoir des enfants de son épouse (2). Après un règne de sept ans, Satyros mourut d'une maladie cruelle et prolongée.

général ce caractère du dernier, pour la mémoire duquel Isokrate désavoue toute sympathie.

(1) Memnon, c. 1; Justin, XVI, 5; Diodore, XVI, 36.

(2) Memnon, c. 2. 'EtcI ôè t^ çiXaoeXçia t6 TupÛTOv TjveyxaTO ' Tfjv yàp àp;rriv Toîç TO\i àôeXçou Ttaidiv àveTcrjpéaffTOv (lUVTYipûv, lirl toctoùtov t^; aÙTwv xrjôeiJLovia; Xoyov èriôeTO , cbç xaiyuvaixi ffvvtiûv, xal tote )>iav (jTep- Yopiévri, {lin àva(rxÊ<ï^*i iraiSoTCOiyjffai, àXXà [jLYixav^ irat;^ 70vïj; crTépYi<7iv éauTtô ôixàffai, à; àv (jltjô' ôXwç Ouo- Xiuoi Tivà eçeSpeuovTtt xoT; toO àôeX-

Dans la dynastie antigonide de Ma- T. XIX

cédoinC; nous lisons que Demetrios, fils d'Antigonos Gonatas, mourut laissant son fils Philippe enfant. Antigonos appelé Doson, frère cadet de Demetrios, prit la régence en faveur de Philippe ; il épousa la veuve de Demetrios et eut d'elle des enfants; mais il fut si désireux d'éviter à la succession de Philippe toute chance d'être troublée, qu'il refusa d'élever ses propres enfants. — *0 ôè Traiôwv Y£vo{Jiévwv èx Trj; XpuarjiûOi;, oOx àveôpé^'aTO, t:qv àpx^v TW 4>iXi7r7rài irepiaw^wv (Porphyre, Fragm. ap. Didot, Fragra. Hist.

Grœc. vol. III, p. 701).

Dans le monde grec et romain, le père était généralement considéré

Le gouvernement d'Hêrakleia échut alors à Tinaotheos, qui présenta un contraste, à la fois marqué et avantageux, avec son père et son oncle (345 av. J.-C). Renonçant complètement à leur cruauté et à leur violence, il mit en liberté tous ceux qu'il trouva en prison. Il fut rigoureux en rendant la justice, mais doux et même libéral dans toute sa conduite à l'égard des citoyens. En même temps, ce fut un homme d'un courage aventureux , qui fît une guerre heureuse aux ennemis étrangers, et assura le respect à son pouvoir tout alentour. Avec son frère cadet Denys, il conserva une harmonie parfaite, le traitant en égal et en associé. Bien qu'il usât ainsi généreusement de son pouvoir à l'égard des Hêrakiéotes, il fut cependant encore un despote et conserva les marques caractéristiques du despotisme, — la citadelle fortifiée séparément de la ville, avec une imposante armée de mercenaires. Après un règne d'environ neuf ans, il mourut, profondément regretté de tout le monde (1).

Denys, qui lui succéda, tomba à une époque troublée, pleine tant d'espérances que de craintes , présentant des chances d'agrandissement , entourée toutefois de maint nouveau danger et de maintes incertitudes nouvelles. La souveraineté dont il hérita comprenait non-seulement la cité d'Hêrakleirt, mais encore des dépendances et des possessions étrangères dans son voisinage ; car ses trois prédécesseurs (2) avaient tous été des chefs entreprenants, commandant des forces agressives considérables (336 av. J.-C). Au commencement de son règne, il est vrai, l'ascendant de

comme avant le droit de décider s'il voulait ou non élever un enfant nouveau-né. L'obligation n'était supposée commencer que quand il racce|)tait ou la sanctionnait, en prenant l'enfant dans ses bras.

(1) Memnon, c. 3. L'Épître d'Isokrate (VII) adressée à Timotheos pour recommander un ami est en harmonie avec ce caractère général, mais elle ne donne aucune nouvelle information.

Biodore compte Timotheos comm^ succédant immédiatement à Klearchos, son père, — en considérant Satyros simplement comme régent (XVI, 36\

(2) Nous entendons parler de Klearchos comme ayant assiégé Astakos (plus tard Nikomedia), — à l'extrémité intérieure de la baie nord-est de la Propontis, appelée le golfe d'Astakos (Polyen, II, 30, 3).

Memnôn et de la puissance persane dans la partie nordouest de l'Asie Mineure était à un point plus élevé qu'à l'ordinaire ; il paraît aussi que Klearchos, — et probablement ses successeurs également, — avaient toujours eu soin de rester dans les meilleurs termes avec la cour persane (1). Mais bientôt arriva l'invasion d'Alexandre (334 av. J.-C), avec la bataille du Granikos, qui anéantit complètement la puissance des Perses en Asie Mineure , et qui fut suivie, après un intervalle de peu de longueur, de la conquête entière de l'empire persan. Le contrôle des Perses étant actuellement écarté en Asie Mineure, — tandis qu'Alexandre avec le gros de l'armée macédonienne ne fit que traverser cette contrée pour marcher vers l'est, laissant des vice-rois derrière lui, — de nouvelles espérances d'indépendance ou d agrandisement commencèrent à naître parmi les princes indigènes de Bithynia, de Paphlagonia et de Kappadokîa. Le prince bithynien lutta môme avec succès en rase campagne contre Kallas, qui avait été nommé par Alexandre satrape de Phrygia (2). L'Hêrakléote Denys, d'autre part, ennemi de ces Bithyniens par position, courtisa les nouveaux potentats macédoniens, et joua son jeu politique avec beaucoup d'adresse à tous égards. Il sut maintenir ses forces dans sa main, et garda- ses domaines avec soin; il gouveruA d'une façon douce et populaire, de manière à entretenir parmi les Hêrakléotes les mêmes sentiments d'attachement que son prédécesseur avait inspirés. Tandis que les citoyens de la voisine Sinôpê (comme nous l'avons déjà raconté) envoyaient leurs députés à Darius, Denys eut les yeux fixés sur Alexandre , s'appliquant à prendre pied à Pella et étant particulièrement assidu dans ses attentions pour la sœur d'Alexandre, la princesse Kleopatra (3). Il était fait plus que personne pour ce service de cour, car c'était un homme de goûts élégants et fastueux , et il avait acheté de son homonyme , Denys de Syracuse , après sa

fl) Memnon, c. 1. (3) Memnou, c. 3.

(2) Memnon, c. 20.

chute , tout le riche mobilier de la famille dionysienne, extrêmement propre à être offert en présents (1).

Grâce à la faveur d'Antipater et de la régence à Pella, le despote d'Hêrakleia fat en état non-seulement de conserver ses domaines, mais encore de les étendre, jusqu'au retour d'Alexandre à Suse et à Babylone, en 324 avant J.-C. Toute autre autorité céda alors devant la volonté personnelle du tout-puissant vainqueur qui, se défiant de tous ses délégués, — Antlpater, les princesses et les satrapes, — écouta volontiers les plaintes qu'on lui adressait de toutes parts, et se fit gloire en particulier d'épouser les prétentions des exilés grecs. J'ai déjà raconté comment, enjuin (324 av. J,-C.), Alexandre proclama à la fête Olympique un édit radical, ordonnant le rétablissement des exilés dans toutes les cités grecques, — par la force, si la force était nécessaire. Parmi les divers exilés grecs, ceux d'Hêrakleia ne furent pas les derniers à solliciter son appui, pour obtenir leur propre rétablissement aussi bien que l'expulsion du despote. Comme ils avaient droit, aussi bien que les autres, au bénéfice du récent édit, la position de Denys devint extrêmement dangereuse. Il recueillit à ce moment tout le fruit de sa prudence antérieure, pour avoir su à la fois conserver son autorité auprès des Hèrakléotes à • l'intérieur, et son influence auprès d'Antipater, auquel était confié le soin de faire exécuter l'édit. Il put ainsi écarter le danger pour un temps, et sa bonne fortune l'en délivra complètement par la mort d'Alexandre en juin, 323 avant J.-C. Cet événement, arrivant d'une manière inattendue pour tout le monde, remplit Denys d'une joie si extravagante qu'il tomba en faiblesse, et il le célébra en élevant une statue en l'honneur d'Euthymia ou déesse qui tranquillise l'esprit. Toutefois, sa position sembla précaire de nouveau, quand les exilés d'Hêrakleia renouvelèrent leurs sollicitations auprès de Perdikkas, qui favorisa leur cause et aurait probablement pu les rétablir s'il avait voulu diriger sa marche vers l'Hellespont

(1) Memnon, c. 3. Voir tome XVI, ch. .4 de cette Histoire.

CITÉS HELLÉNIQUES A l'ÉTRANGER 229

contre Antipater et Krateros, au lieu d'errtreprendre l'expédition peu judicieuse cpntre TEgypte, dans laquelle il périt (1). ,

Le vent de la fortune souffla actuellement plus que jamais en faveur de Denys (322-304 av. J.-C). Avec Antipater et Krateros , les potentats prépondérants de son voisinage, il était dans les meilleurs termes;- et il se trouva à ce moment qu'il convenait aux vues politiques de Krateros de répudier son épouse persane Amastris (nièce du dernier roi de Perse, Darius , et donnée à Krateros par Alexandre , quand il épousa lui-même Statira), en vue d'épouser Phila, fille d'Antipater. Amastris fut donnée en mariage à Denys, magnifique élévation pour lui, — qui attestait l'influence personnelle qu'il avait acquise antérieurement. Sa nouvelle épouse elle-même, femme de talent et d'énergie, lui apporta une somme considérable du trésor royal, aussi bien que les moyens d'étendre beaucoup sa domination autour d'Hêrakleia. N'étant nullement corrompu par cette bonne fortune, il persévéra encore dans son gouvernement conciliant à l'intérieur et dans ses alliances prudentes au dehors, en se rendant particulièrement utile à Antigonos. Ce grand chef, prépondérant dans la plus grande partie de l'Asie Mineure, était en train d'établir son ascendant en Bithynia et dans le voisinage de la Propontis, en fondant la cité d'Antigonia, dans la riche plaine contiguë au lac Askanieu (2). D^nys prêta à Antigonos une aide maritime efficace dans cette guerre, qui aboutit à la conquête de Kypros sur l'Égyptien Ptolemseos (307 av. J.-C). Quant à l'autre Ptolemseos, neveu et général d' Antigonos, Denys lui donna sa fille en mariage, et ii se crut même assez puissant pour prendre le titre de roi, après qu' Antigonos , Lysimachos et l'Egyptien Ptolemseos eurent fait la même chose (3). Il mourut , après avoir régné trente ans avec une habileté politique consommée et une prospérité non interrompue, si

(1) Memnon, c. 4. (3) Memnon, c. 4 : Cf. Diodore,

(2) Strabon, XII, p. 565. XX, 53.

ce n'est que dans les dernières années de sa vie une excessive corpulence lui fît perdre la santé (1).

Denys laissait trois enfants mineurs, — Klearchos, Oxathrês et une fille, — qu'il avait eus de son épouse Amastris; il constitua régente cette dernière, qui, en partie grâce à l'appui sincère d'Antigonos, conserva intacte la domination d'Hêrakleia (304 av. J.-C,). Bientôt Lysimachos , roi de Thrace et de la Chersonèse de Thrace (sur l'isthme de laquelle il avait fondé la cité de Lysimacheia), rechercha cette puissance comme une alliance précieuse, fit sa cour à Amastris et l'épousa. La reine d'Hêrakleia jouit ainsi d'une double .protection et put éviter de prendre part au formidable conflit d'Ipsus (300 av. J.-C), dans lequel les alliés Lysimachos, Kassandre , Ptolemaeos et Seleukos furent vainqueurs d'Antigonos. Ce dernier étant. tué et sa puissance en Asie écrasée, Lysimachos prit possession d'Antigonia, la récente fondation de son rival en Bithynia, et changea son nom pour l'appeler Niksea (2). Toutefois, après un certain temps, Lysimachos eut le désir d'épouser Arsinoê, fille de Ptolemaeos d'Egypte; en conséquence, Amastris fit divorce avec lui, et agit pour son propre compte séparément comme régente d'Hêrakleia. Ses deux fils étant alors près d'être majeurs, elle fonda et fortifia, pour sa propre résidence , la cité voisine d'Amastris , à environ soixante milles (= 96 kil. 1/2), à l'est d'Hêrakleia, sur la côte de TEuxin (3). Ces jeunes gens, Klearchos et Oxathrês, prirent le gouvernement d'Hêrakleia et s'associèrent à diverses entreprises guerrières ; et, à ce sujet, nous savons seulement que Klearchos accompagna Lysimachos dans son •expédition contre les Getaî, partageant le sort de ce prince, qui fut vaincu et fait prisonnier. Tous deux plus tard obtin-

(1) Nymphis, Fragm. 16, ap. Athen. d'une autre Antigonia ou à côté, foa- XII, p. 549; ^Jien, V. H. IX, 13. dée aussi antérieurement par Antigo-

(2) Strabon, XII, p. 565. De même nos Monophtalmos (Strabon, XV, aussi Antioche, sur l'Oronte, en Syria, p. 750).

la grande fondation de Seleukos Nika- (3) Strabon, XII, p. 544.

lor, fut établie sur * l'emplacement

CITÉS HELLÉNIQUES A l'ëTRANGER 231

rent d'être relâchés, et Klearchos retourna, à Hêrakleiav qu'il gouverna d'une manière cruelle et oppressive , et même commit l'énormité (conjointement avec son frère Oxathrês) de tuer sa mère Amastris. Ce crime fut vengé par son premier époux Lysimaclios, qui, venant à Hêrakleia avec des déclarations d'amitié (288 av. J.-C.) , fit mettre à mort Klearchos et Oxathrês, s'empara de leur trésor et, ne gardant que la possession séparée de la citadelle, peroait aux. Hèrakléotes d'établir un gouvernement populaire (1).

Cependant Lysimachois fut bientôt persuadé par son épouse Arsinoê de lui céder Hêrakleia, comme elle avait été naguère possédée par Amastris; et Arsinoê y envoya un officier kymaeen nommé Hêrakleidês, qui emmena avec lui des forces suffisantes afin de rétablir l'ancien despotisme, avec son oppression et ses cruautés. Pour d'autres desseins aussi non moins funestes, l'influence d' Arsinoê fut toutepuissante. Elle détermina Lysimachos à tuer son fils aîné (d'un premier lit), Agathoklês, jeune prince doué des qualités les plus distinguées et les plus estimables. Une pareille atrocité, qui excita une horreur universelle parmi les sujets de Lysimachos, permit à son rival Seleukos de l'attaquer avec succès. Dans une grande bataille livrée entre ces deux princes, Lysimachos fut défait et tué — de la main et par la javeline d'un citoyen d'Hêrakleia, nommé Malakôn (2).

Cette victoire fit passer les domaines du prince vaincu dans les mains de Seleukos (281 av. J--C.), A Hêrakleia aussi, elle produisit un efiet si puissant, que les citoyens purent secouer le despotisme qui pesait sur eux. Us essayèrent d'abord de traiter avec le gouverneur Hêrakleidês, en lui ofirant dé l'argent pour l'engager à se retirer. Ils n'obtinrent de lui qu'un refus plein de colère ; cependant les officiers subordonnés des mercenaires, et les oommandants de postes détachés dans le territoire d'Hêrakleia, ne se croyant pas en état de résister, acceptèrent un compromis

(1) Menmon, c. 6* (2) Memnon, o. 7, 8.

amical avec les citoyens, qui leur offrirent une liquidation complète de l'arriéré de la solde, avec le droit de cité. Par ce moyen, les Hôrakléotes purent éloigner Hôrakleidês et ravoir leur gouvernement populaire. Ils signalèrent leur révolution par une cérémonie remarquable ; ils démolirent leur Bastille, — le fort détaché ou forteresse dans l'intérieur de la cité, qui avait servi pendant quatre-vingt-huit ans de symbole caractéristique et d'instrument indispensable au despotisme antérieur (1). La cité, redevenue une république libre, fut renforcée en outre par le retour de Nymphis (l'historien) et d'autres citoyens hêrakléotes, qui jusque-là avaient été exilés. Ces hommes furent réintégrés et admis par leurs concitoyens dans une amitié et une harmonie complètes, toutefois avec cette clause conditionnelle expresse, qu'il ne serait fait aucune demande pour la restitution de leurs propriétés, confisquées depuis longtemps (2). Cependant la conduite hardie des Hôrakléotes nouvellement affranchis fut blessante pour le vainqueur Seleukos et pour son officier Aphrodisios. Et ils auraient probablement couru un grand danger de sa part, s'il n'avait d'abord tourné ses vues vers la conquête de la Macédoine, entreprise dans le cours de laquelle il fut tué par Ptolemseos Keraunos.

Les Hêrakléotes redevinrent ainsi une république de citoyens libres, sans citadelle détachée, ni garnison mercenaire; cependant ils perdirent, vraisemblablement à cause de la force croissante et des agressions de quelques dynastes de l'intérieur des terres, plusieurs de leurs dépendances éloignées, — Kieros , Tion et Amastris. Us recouvrèrent les deux premières quelque temps après en les achetant, et ils désirèrent également racheter Amastris; mais Eumenês, qui l'occupait, les haïssait tellement, qu'il refusa leur argent, et céda la place gratuitement au chef kappadokien Ariobarzanês (3). Leur puissance maritime fut

(1) Memnon, c. 9; Strabon, XII, (3) Memnon, c. 16, Les habitants p. 542. de Byzantion achetèrent aussi pour une

(2) Memncn, c. 11. somme considérable la position impor-

CITÉS HELLÉNIQUES A l'ÉTRANGER

très-grande à cette époque ; c'est ce que nous pouvons voir par le récit étonnant qu'on fait de leurs immenses vaisseaux, — montés par de nombreux marins, et garnis de beaucoup de courageux combattants sur le pont, — qtti luttèrent avec une distinction supérieure dans le combat naval entre Ptolemseos Kefaunos (meurtrier et successeur de Seleukos) et Antigonos Gonatas (1).

Mon dessein n'est pas de suivre plus loin les destinées d'Hêrakleia. Elle conserva son autonomie intérieure, avec une puissance maritime considérable, une administration digne et prudente, et une liberté partielle, bien que tristement circonscrite, d'action à l'étranger, — jusqu'à la guerre heureuse des Romains contre Mithridatês (69 av. J.-C). En Asie Mineure, les cités helléniques sur la côte purent en partie reculer l'époque de leur asservissement, grâce à la grande division de pouvoir qui régnait dans l'intérieur; car les potentats de Bithynia, de Pergame, de Kappadokia, du Pont et de Syria étaient dans une discorde presque perpétuelle, — tandis que tous étaient menacés de l'intrusion des Gaulois belliqueux et adonnés au pillage, qui arrachèrent pour eux-mêmes des établissements en Galatia (276 av. J.-C). Les rois, ennemis de la liberté civique, furent tenus partiellement en échec par ces nouveaux et formidables voisins (2), qui cependant n'étaient guère moins formidables eux-mêmes aux cités grecques sur la côte (3). Les villes de Sinôpê, d'Hêrakleia, de Byzantion, — ^et même Rhodes, malgré l'avantage d'une position insulaire, — restes isolés de ce qui avait été jadis un agrégat hellénique, sont désormais rendues impuissantes et enfermées par des

tante appelée le *l£p6v, à l'entrée de l'Euxin, sur le côté asiatique (Polybe, IV, 50).

Ce sont de rares exemples, dans rhistoire ancienne, de cités acquérant un territoire ou des dépendances par achat. Des acquisitions furent faites souvent de cette manière par les cités libres allemandes, suisses et italiennes de l'Europe du moye^ âge; mais quant

aux cités helléniques, je n'ai pas eu l'occasion de rapporter beaucoup d'affaires semblables dans le cours de cette Histoire.

(1) Memnon, c. 13 : Cf. Polybe, XVIII, 34.

(2) C'est une observation remarquable faite par Memnon, c. 19.

(3) V. l'assertion de Polybe, XXU,

■/■.«.TTC

voisins de rintérieur des terres presque à leurs portes (1), — dépendantes de potentats barbares, entre lesquels elles étaient forcées de balancer, se rendant utiles à tous tour à tour. Toutefois il arriva souvent à ces princes barbares de tirer leurs épouses, leurs maltresses, leurs ministres, leurs négociateurs, leurs officiers, leurs ingénieurs, leurs littérateurs, leurs artistes, leurs acteurs et leurs agents intermédiaires, tant pour orner leur cour que pour se distraire, — de quelque cité grecque. Parmi eux tous s'insinua ainsi plus ou moins d'influence hellénique , en même temps que la langue grecque jetait ses racines partout, — même parmi les Gaulois ou Galates, les plus grossiers et les derniers venus des immigrants étrangers.

Des cités maritimes grecques dans le Pont-Euxin au sud du Danube, — Apollonia, Mesembria, Odêssos, Kallatis, Tomi et Istros, — cinq (vraisemblablement sans Tomi) formaient une Pentapolis confédérée (2). Vers Tannée 312 avant J.-C, nous entendons parler d'elles comme étant sous le pouvoir de Lysimachos, roi de Thrace, qui tenait une

(1) Comparer la position indépendante et dominante occupée par Byy.antion en 399 avant J.-C., ne reconnaissant aucun supérieur si ce n*est Sparte (Xénoph. Anab. VII, 1), — avec sa condition dans le troisième siècle avant J.-C, — harcelée et pillée presque jusqu'aux portes de la ville par les Tliraœs et les Gaulois voisins, et n'aclietant l'indépendance qu'au moyen de présents continuels d'argent : V. Polybe, IV, 45.

(2) Strabon, VII, p. 319. Philippe de Macédoine défit le prince scythe Atbeas ou Ateas (vers 3«10 av. J.-C.) quelque part entre le raont HiBmus et le Danube (Justin, IX, 2). Mais les relations d' Ateas avec les viUes d'Istros et d'ApoUouia, qui, dit-on, amenèrent Philippe dans le pays , sont très-diffîciles à compreodre. 11 est trèsprobable que ces oitM appelèrent Philippe pour être leur défenseur.

Dans l'Inscription, n« 2056 c. (dans le Corp. Inscript, de Boeckb, part. XI, p. 79), les cinq cités constituant la Pentapolis ne sont pas clairement nommées. Boeckh suppose que ce sont Apollonia, Mesembria, Odêssos, Kallatis et Tomi; mais Istros semble plus probable que Tomi. Odêssos était sur le eoté de la moderne Viirixa, où l'Inscription lut trouvée, bien au sud de la moderne ville d'Odessa, qui est sur l'emplacement d'une autre. ville, Ordêsos.

Cne Inscription (2056) qui précède immédiatement celle que nous vencus de citer, trouvée aussi à Odêssos, contient un vote de remerciements et d'honneurs adressé à un certain citoyen d'Antioche, qui résidait auprès de...

(nom imparfait), roi des Scythes, et qui rendait de grands services aux ôreos par son inilaesce.

CITÉS HELLÉNIQUES A l'ÉTRANGER 235

garnison dans Kallatis, — probablerae.nt dans les autres aussi. Elles firent un .effort pour secouer son joug, et obtinrent Tassistance de quelques-uns des Thraces et des Scythes du voisinage, aussi bien que d'Antigonos. Mais Lysimachos, après une lutte qui semble avoir duré trois ou ■quatre ans, accabla leurs alliés et elles, et les réduisit de nouveau à la servitude (1). Kallatis soutint un long siège, en renvoyant quelques-uns de ses habitants qui ne pouvaient servir à la défense, et qui trouvèrent accueil et asile chez Euraelos, prince de Bosporos. Ce fat en poussant ses conquêtes encore plus loin vers le nord, dans la steppe entre le Danube et le Dniester, que Lysimachos entra en lutte avec le puissant prince des Getse, Dromichsetês, par lequel il fut défait et pris, mais généreusement relâché (2). J*ai déjà mentionné que l'empire de Lysimachos se termina avec sa dernière défaite et avec sa mort causée par Seleukos (281 av. J.-C). Par suite de sa mort, les cités de la Pentapolis du Pont regagnèrent une indépendance temporaire. Mais leurs voisins barbares devinrent de plus en plus formidables, étatit vraisemblablement renforcés par l'immigration de nouvelles hordes d'Asie; ainsi les Sarmates, qui, à l'époque d'Hérodote, étaient à Test du Tanaïs, paraissent, trois siècles plus tard, même au sud du Danube. Ces tribus,

— Thraces, Getse, Scythes et Sarmates, — pillèrent successivement les cités grecques de cette Pentapolis. Dans le fait, bien que renouvelées plus tard, à cause de la nécessité d'avoir quelque place de trafic, même pour les déprédateurs,

— elles ne furent que pauvrement renouvelées, avec une infusion considérable d'habitants barbares (3). Tel était l'état dans lequel l'exilé Ovide trouva Tomi, vers le commencement de l'ère chrétienne. Les Tomitains étaient plus

(1) Diodore, XIX, 73; XX, 25. «ôXêi;, jiéxpi 'AiroUtovia? * 50£v oiq

(2) Strabon, VIT, p. 302-^05 ; Pau- xat <Tç6Spa Tairetvà ta. icpûcy^iaTa xasauias, I, 9, 5. técnt] tûv TqpuxiQ 'EXXrjvtov * nSv [xèv

(3) Diôji Chrysostome, Orat. XXXVI . owxéTt cyuvotxtffôeiffwv ttoXswv , tcov (Borysthenitica) p. 75, Reiske. ËîÀov 6k (pau>.(î);, xat toSv 7r).£tTT(*)v papôà- Sè xai rauxrjV (Olbia) Téxat, xai tàc ptov elt aùxàs aupfeovTwv.

âXXa; xàç êv zoXç àpiGrxépatç-rov IIovtou

qu'à moitié barbares, et .leur grec iTétait pas aisément intelligible. Les archers à cheval sarmates ou gétiques, avec leurs flèches empoisonnées, menaçaient continuellement les alentours de la ville, galopaient même jusqu'aux portes, et enlevaient, pour en faire des esclaves, les cultivateurs quand ils n'étaient pas sur leurs gardes. Même à deux cents mètres de la ville, il n'y avait de sécurité ni pour les personnes ni pour les propriétés. Les habitants étaient vêtus de peaux ou de cuir; tandis que les femmes, ne sachant ni" filer ni tisser, étaient employées soit à moudre du blé, soit à porter les cruches d'eau sur leurs têtes (1).

(1)' Le tableau tracé par Ovide de sa situation comme exilé à Tomi ne peut jamais manquer d'intéresser le lecteur par la beauté et le bonheur seuls de l'expression ; mais il n'est pas moins intéressant, comme description réelle de l'Hellénisme dans sa dernière phase, dégradé et accablé par des destins contraires. La vérité du tableau d'Ovide est complètement appuyée par l'analogie d'Olbia, qui sera bientôt mentionnée. Ses plaintes traversent les cinq livres des Tristes et les quatre livres des « Epistolœ ex Ponto » (Trist.

« Innumerae circa* gentes fera bella

fminantur, Quae sibi non rapto vivere turpc

[ putant.

Nil extra tutum est : tumulus de-

[fenditiir segre

Mœnibus exiguis ingenioque soli.

Cum minime credas, ut avis, den-

[sissimus hostis Advolat, et prsedam vix bene vi-

[sus agit.

Sœpe intra muros clausis venientia

[portis Per médias legimus noxia tela

[vias.

Est igitur rarus, rus qui colère au-

|deat, isque Hac arat infelix , hac tenet

[arma manu.

Vix ope castelli defendimur : et ta-

Jmen intns Mista facit Grsecis barbara turba

[metum.

Quippe simul nobis habitat discri-

[mine nulle Barbarus, et tecti |lus quoque

[parte tenet.

Quos ut non timeas, possis odisse,

[videndo Pellibus et longâ corpora tecta

[coma.

Hos quoque, qui geniti Graiâ cre-

[duntur ab urbe, Pro patrio cultu Persica bracca

[tegit, etc. »

C'est un spécimen pris dans beaucoup d'autres : Cf. Tristes, III, 10, 53; IV, 1, 67; Epist. Pont. III, 1.

Ovide insiste en particulier sur le fait que la langue barbare était à Tomi en proportion plus grande que la langue hellénique : — « Graiaque quod Getico victa loquela sono est • (Trist. V, 2, 68). Des vêtements de laine, et la coutume de tisser et de filer pratiquée par les femmes libres de la famille, étaient au nombre des circonstances les plus familières de la vie grecque; l'absence de ces arts féminins et l'emploi de peaux ou da cuir pour les vêtements, étaient un abandon notable des habitudes greo ques (Ex Ponto, III, 8) :

CITÉS HELLÉNIQUES A l'ÉTRANQER

Ce fut par ces mômes barbares qu'Olbia aussi (sur la rive droite de THypanis ou Bug, près de son embouchure) se vit privée de ce bien-être et de cette prospérité dont elle jouissait quand Hérodote la visita. De son temps, les Olbiens vivaient en bons termes avec les tribus scythes de leur voisinage. Ils payaient un tribut stipulé, et faisaient en outre des présents au prince et à ses favoris immédiats; et à ces conditions, leurs personnes et leurs propriétés étaient respectées. Le prince scythe Skylês (fils d'une mère hellénique d'Istros, qui l'avait familiarisé avec la langue et les lettres grecques) avait construit une belle maison dans la ville, et il y passait un mois par attachement pour les mœurs et la religion grecques, tandis que son armée de Scythes était près des portes sans molester personne (1). Il est vrai que cette conduite coûta la vie à Skylès ; car les Scythes ne voulurent pas permettre à leur propre prince de pratiquer des rites religieux étrangers, bien q^u ils ne trouvassent pas à redire à ces mêmes rites quand ils étaient observés par les Grecs (2). Les Scythes étaient attachés avec ténacité à leurs propres coutumes, et ces coutumes étaient souvent sanguinaires, féroces et brutales. Toutefois c'étaient des guerriers, plutôt que des voleurs : — ils s'abstenaient d'un pillage habituel, et conservaient auprès des Grecs une réputation d'honnêteté et de bonne foi qui devint proverbiale chez les anciens poëtes. Tels étaient les Scythes que vit Hérodote {probablement de 440 à 430 av. J.-C. environ), et le tableau tracé par Éphore un siècle plus tard (vers 340 av. J.-C.) ne paraît pas avoir été essentiellement différent (3). Mais

■ Vellera dura ferunt pecudes; et

[Palladis uti Arte Tomitanœ non didicere

|nurus.

Feraina pro lanâ Cerealia munera

[frangit,

Suppositoque gravera vertice

[portât aquam. ■

(1) Hérodote, TV, 16-18. La ville

•était appelée Olbia par ses habitants,

mais Borysthenês habituellement par

les étrangers, bien qu'elle ne fit pas sur le Borysthène (Dnieper), mais sur la rive droite de l'Hypanis (Bug).

(2) Hérodote, IV, 76-80.

(3) Strabon, VII, p. 302; Skymnus de Chios, V, 1;L2, qui habituellement suit Éphore.

Le rhéteur Dion nous dit (Orat.

XXXVI, init.) qu'il alla à Olbia afin de pouvoir se rendre chez les Geiic en passant par le pays des Scythes. Cela

a^rès cette époque, il changea graduellement. De nouvelles tribus semblent avoir été introduites, — les Sarmates venant de l'est, — les Gaulois de Fouest ; de la Thrace au nord jusqu'au Tanaïs et au Palus Mseotis, la plupart des tribus diflerentes finirent par se mêler, — Gaulois, Thraces, Getae, Scythes, Sarmates, etc. (1). Olbia était dans une plaine ouverte, sans aucune défense, à l'exception de ses murs et du fleuve adjacent de THypanis, gelé en hiver. La race hybride helléno-scythe, formée par des mariages entre Grecs et Scythes, — et les diverses tribus de ces derniers qui s'étaient fixées partiellement afin de cultiver le blé pour l'exportation, — avaient probablement acquis aussi des habitudes moins guerrières que les tribus du type barbare primitif. En tout cas, eussent- elles été capables de se défendre, elles ne pouvaient continuer leur production et leur commerce sous le coup d'incursions hostiles répétées.

Une précieuse inscription qui reste nous met à même de comparer l'Olbia (ou Borysthenês) vue par Hérodote avec la même ville dans le second siècle avant J.-C. (2). A cette

prouve que de son temps (vers l'année 100 de l'ère chrétienne) les Scythes ont dû être entre le Bug et le Dniester, les Geta^ plus près du Danube, — précisément comme ils avaient été quatre siècles plus tôt. Mais beaucoup de hordes nouvelles étaient mêlées avec eux.

(1) Strabon, VIT, p. 296-304.

(2) Cette inscription — n» 2058 — dans le Corp. Inscr. Graec. de Boeckli, part. XI, p. 121 seq.^ — est au nombre des plus intéressantes de cette belle collection. Elle consigne un vote de reconnaissance et d'honneurs publics décerné à un citoyen d'Olbia nommé Protogenês, et énumère les importants services que lui aussi bien que son père avait rendus à la cité.

Elle décrit ainsi les nombreuses situations difficiles dont il avait contribué à la tirer>» Une vive peinture nous est présentée de la détresse de la cité.

L'introduction mise en avant par Boeckh (p. 85-89 j est aussi très-instructive.

On parle souvent d'Olbia en l'appelant Borystfienës^ nom qui lai était donné par les étrangers, mais que les citoyens ne reconnaissaient pas. Elle n'était pas même située sur les bords du Borysthène, mais sur la rive droite ou occidentale de l'Hypanis (^Bug), non loin de la ville moderne d'Oczakoff.

La date de l'Inscription citée plus haut n'est pas spécifiée, mais elle a été déterminée différemment par divers critiques. Niebuhr l'assione (Untersuchungen ueber die Skyihen, etc., dans ses « Kleine Schriften », p. 387) à une époque rapprochée de la fin de la seconde guerre Punique. Boeckh croit aussi que ce n'est pas beaucoup après cette époque. La terreur inspirée par les Gaulois, même aux autres barbares, paraît convenir mieux au se-

CITÉS HELLÉNIQUES A l'ÉTRANGER 239"

dernière époque, la cité était diminuée en population ; ses finances étaient appauvries: elle était exposée à des exactions constamment croissantes de la part des hordes barbares de passage qui la menaçaient sans cesse ; à peine pouvait-elle défendre contre elles même la sécurité de ses murs. Quelquefois s'approchait le chef barbare Saitapharnês avec sa suite personnelle, parfois toute sa tribu ou horde en masse, appelée Saii. Toutes les fois qu'ils venaient, il fallait les apaiser par des présents plus grands que le trésor n'en pouvait fournir, et dus uniquement aux contributions volontaires des citoyens riches, tandis que même ces présents ne détournaient pas toujours les mauvais traitements où le pillage. Déjà les citoyens d'Olbia avaient repoussé diverses attaques, en prenant en partie à leur solde une population semi-hellénique de leur voisinage (Hellènes mêlés, comme les Liby- Phéniciens en Afrique); mais les incursions devinrent plus alarmantes, et leurs moyens de défense moindres, à cause de la fidélité incertaine de ces Hellènes mélangés, aussi bien que de leurs propres esclaves, — ces derniers probablement indigènes barbares achetés de l'intérieur (1). Au milieu de la pauvreté publique, il fut nécessaire d'augmenter les fortifications et de leur donner plus de force; car ils étaient menacés de l'arrivée des Gaulois, — qui inspiraient une telle terreur qu'il était vraisemblable que les Scythes et d'autres barbares chercheraient leur propre salut en se faisant admettre de force dans les murs d'Olbia. Bien plus, le blé même était rare et d'une cherté folle. Le produit des terres d'alentour avait manqué à plusieurs reprises; on craignait une famine, et il fallait faire des efforts, plus grands que le trésor ne pouvait les supporter, pour amasser un fonds aux

cond siècle avant J.-C. qu'elle ne con- vons pas quand, les citoyens d'Olbia

vient à une période postérieure. furent, dit-on, attaqués par un certain

L'Inscription n" 2059 atteste le Zopyriôn, et réussirent à lui résister

grand nombre d'étrangers qui rési- seulement en affranchissant leurs es-

daient à Olbia, étrangers de dix-huit claves et en accordant le droit de cité

cités différentes, dont la plus éloignée à des étrangers (Macrobe, Saturnal. I>

est Milétos, la mère-patrie d'Oibia,. 11).

(1) Dans une occasion, nous ne sa-

frais de FÉtat. Parmi les nombreux points de contraste avec Hérodote, celui-ci peut être le plus frappant; car, de son temps, le blé était le grand produit et le principal objet d'exportation d'Olbia; au moment actuel, la production avait été suspendue, ou était du moins sans cesse interrompue par des dévastateurs et par un manque de sécurité continuels.

Après avoir été attaquée perpétuellement, et même plusieurs fois prise, par des voisins barbares, — cette cité infortunée, environ cinquante ans avant Tère chrétienne , finit par être saccagée d'une façon si misérable par les Getse, qu elle fut abandonnée pour un temps (1). Bientôt cependant les fugitifs revinrent en partie pour se rétablir sur une échelle réduite ; caries mêmes barbares qui les avaient persécutés et pillés avaient cependant besoin d'un marché avec une certaine quantité d'importations et d'exportations, telle *que personne ne pouvait y pourvoir si ce n'est des colons grecs; en outre, c'était de la côte voisine d'Olbia, et par les soins de ses habitants, que beaucoup des tribus voisines tiraient leur provision de sel (2). De là résulta un chétif regain d'Olbia, — conservant le nom, les traditions, et une partie de la localité de la cité abandonnée, — grâce au retour d'une portion des colons avec une infusion d'habitants Scythes ou sarmates; infusion dans le fait si considérable, qu'elle fit perdre sérieusement à la langue et aux noms des personnes dans la ville leur caractère hellénique (3).

C'est à cette seconde édition d'Olbia que le rhéteur Dion Chrysostome rendit une visite d'été (environ un siècle après l'ère chrétienne), visite dont il a laissé un récit court, mais intéressant. Dans le vaste espace rempli jadis par la première Olbia, — dont l'ancienne enceinte était marquée par des murs et des tours en ruines, — la seconde ville occupait

(1) Dion Ghrysost. (Or. XXXVI, (3) V. le Commentaire de Boeckh p. 75). — 'Aei (xèv «oXeiieTTai, iroXXà- sur le langage et les noms personnels xic ôè xat làXa>x£, etc. des Inscriptions olbiennes, part. XI,

(2) Dion Chrys. Orat. (XXXVI, p. 108-116.

Borysthenit.) p. 75, 76, Beiske.

CITÉS HELLÉNIQUES A l'ÉTRANGER 241

un coin étroit, avec de pauvres maisons, des murailles basses, et des temples qui n'avaient pour tout ornement que les anciennes statues mutilées par les pillards. Les citoyens étaient dans un manque constant de sécurité, toujours sous les armes ou sur leurs gardes; car les cavaliers barbares, malgré les sentinelles postées pour annoncer leur approche, enlevaient souvent des prisonniers, du bétail ou du bien dans le voisinage immédiat des portes. Le tableau tracé d'Olbia par Dion confirme d'une manière remarquable celui qu'Ovide fait de Tomi. Et ce qui lui donne un intérêt touchant, c'est que les Grecs que Dion vit lutter avec les difficultés, les privations et les dangers de cet avant-poste inhospitalier, conservaient encore l'activité, l'élégance et les aspirations intellectuelles de leur race ionienne, sous ce rapport très-supérieurs aux Tomitains d'Ovide. En particulier, c'étaient des admirateurs passionnés d'Homère; une proportion considérable des Grecs d'Olbia pouvait répéter l'Iliade de mémoire (1). Achille (localisé avec le surnom de Pontarchês, dans des îles et des caps nombreux de l'Euxin) était au nombre des principales personnes divines ou héroïques auxquelles ils adressaient leurs prières (2). Au milieu de la vie grecque, dégradée et penchant vers son anéantissement, et dépouillée même de la pureté d'une langue vivante, — le courant du sentiment de l'imagination et de la tradition continue ainsi sans suspension ni affaiblissement.

(1) Dion, Orat. XXXVI (Borysthen.) par sa beauté (eî^e itoXXoù< épaoràc);

p. 78, Beiske... Kal x&)Xa (jlcv oOxéTi fanatique de littérature et de philoso-

aaçcoc iXXY]viCovTec, âià t6 èv [uaoi; phie, mais surtout d'Homère; revêtu

olxeîv TOK ^p6àpoiç , 6\uùç ti^v ye r;du costume de l'endroit, bon pour un

iXiàSa ôXiyou wàvreç î<ra<jtv àno <rc6- cavalier, — le long pantalon de cuir et

(jiaTOç. Je traduis les mots ôXiyou itàv- un court manteau noir ; constamment

te; en^ faisant un peu la part de la à cheval pour défendre la ville, et cé-

rbétorique. , lèbre comme guerrier, même à cet

Le portrait que nous fait Dion du âge si peu avancé, ayant déjà tué ou

jeune citoyen d'Olbia, — Kallistratos, fait prisonniers plusieurs Sarmates

— avec lequel il conversa, est curieux (p. 77).

comme peinture des mœurs grecques (2) Y. Inscriptions, n«* 2076, 2077,

dans ce pays éloigné : c'était un jeune ap. Boeckfa; et le Périple de l'Euxin

homme de dix-huit ans, avec de véri- d'Arrien, ap. Geog. Minor. p. 21, éd.

tables traits ioniens, et remarquable Hudson.

T. XIX 4 6

-242 HISTOIRE DE Ut &RÈCE

.Relative;3ient à la ville de Bosporos oa Pantikapaeon (car ces deux noms indiquent la même cité, bien que le premier nom comprenne souvent tout Tempire annexé), fon- *dée par des colons milésiens (1) sur le côté européen du Bosphore Kimmérien (près de Kertch) , nous en entendons • parler pour la première fois, vers l'époque où Xerxês fut repoussé de Grèce (480-479 av. J.-C.)- C'était le centre d'un empire comprenant Phanagoria, Kepi, Hermonassa, et d'autres cités grecques sur le côté asiatique du détroit ; et on dit qu'il était gouverné par ce qui semble avoir été une oligarchie — appelée les Archaeanaktidse, pendant quarante-deux ans (2) (480-438 av. J.-C).

• Après eux nous avons une série de princes qui se présentent individuellement avec leur nom, et se succèdent les uns aux autres dans la même famille. Spartokos I eut pour successeur Seleukos, ensuite vient Spartokos II, puis Satyres I (407-393 av. J.-C.),l.eukôn (393-353 av. J.-C), Spartokos m (353-348 av. J.-C), Parisadès I (34:8-310 av. J.-C), Satyros II, Prytanis, Eumelos (310-304 av. J.-C), Spartokos IV (304-284 av. J.-C), Parisadès II (3). Pendant les règnes de ces princes, une liaison de quelque intimité^ exista entre Athènes et Bosporos; liaison non politique, vu que les princes de cette ville avaient peu d'intérêt dans les luttes au sujet de l'hégémonie hellénique, — mais de rapports privés, d'échanges de commerce et de bons offices réciproques. L'extrémité orientale de la Chersonèse'Taurique, entre Pantikapaeon et Theodosia, était très-propre à la production du blé, tandis qu'on pouvait avoir une grande abondance de poissons, aussi bien que de sel, dans le Pains Mseotis et à côté. Le blé, le poisson et la viande salés, les peaux et les esclaves barbares en nombre considérable étaient très-deraandés parmi tous les Grecs qui entouraient la mer M^ée^ «-et non moins à Athènes, où il y avait beaucoup d'esclaves

(1) Stmbon, VII, p. 310. Append. c 13» p. 280, etc., etlecom-

(2) Diodore, XII, 31. mentaire de Boeckh aur le même sujet,

(3) V. Tappendice de M. Clinton sur Ins»cript. Grsec. part. XI, p. 91 seq, les rois de Bosporos, — Fast. Hellen,

CITÉS HBLLÉNIQUBS A l'ÉTRANGER

Scythes (1); tandis que Thuile et le vin, ayec d'autres produits de régions plus méridionaies, étaient bien reçus dams Bosporos et les autres ports du Pont. Cet important trafic semble avoir été surtout fait au moyen de navires et d'un capital appartenant à Athènes et à d'autres villes maritimes de la mer /Egée, et il a dû être surtout placé sous la protection et le règlement des Athéniens, tant que leur empire maritime exista. Des citoyens entreprenants d'Athènes allaient à Bosporos (comme en Thrace et dans la Chersonèse de Thrace) pour faire leur fortune ; des marchands d'autres cités trouvaient avantageux de s'établir comme étrangers domiciliés ou metœki à Athènes, où ils étaient plus en contact avec l'autorité qui les protégeait, et où ils obtenaient un accès plus facile aux tribunaux judiciaires. Ce fut probal)lement pendant la période qui précéda le grand désastre essuyé à Syracuse en 413 avant J.-C. qu'Athènes acquit pour la première fois sa position de centre commercial pour le trafic avec l'Euxin, position que nous la voyons conserver plus tard, même avec un pouvoir réduit, à l'époque de Démosthène.

Combien 'était forte la position dont jouissait Athènes dans Bosporos, quand son empire était encore intact, c'est ce dont nous pouvons juger par ce fait que Nymphseon (au sud de Pantikapseon, entre cette ville et Theodosia) était aa nombre de ses villes tributaires, et payait un talent annuellement (2). Ce ne fut qu'à l'époque des malheurs d'Athènes

(1) Polybe énumère (IV, 38) les principaux articles de ce commerce du Pont, parmi les exportations xà te ôépfjiaxa xai to tûv elç xà; ôouXeiotç àyo^Aévdiyv (Xdd^JUxttAV 9rX7)6oç, etc., où Schweighaenser a changé 8sp[AaTa en OpÉfjLfjiaTa, vraisemblablement sur Tautorité d'un seul Mss. Je doute de la convenance de ce changement, aussi bien que du fait d'une exportation de bétail vivant du Pont, tandis que l'exportation des peaux était considérable :

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