‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais (volume 4)Chapitre 3 sur 31 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Surprise et terreur des Grecs immédiatement après le combat des Thermopylœ. — Nul plan ultérieur de défense n^est formé, — on ne peut txvuyer aucune nouTeUe position capable de défendre l'Attique. — Les Péloponésieus affluent pour fortifier Tisthme de Corinthe. — Situation désespérée des Athéniens; — aucune mesure n'était prise encore pour éloigner leurs familles de l'Attique. — Les Athéniens abandonnent l'Attique, — ils emmènent leurs fiimilles et leurs biens à Salamis, à ^gina, à Trœzen, etc. — Précipitation et souffrances inévitables des émigrants. — Énergie des Athéniens et unanimité de leurs chefs. — Themistokl@s propose le rappel d'Aristeidês exilé. — Nombre et composition de la flotte grecque- combinée à Salamis. » Xerxês occupe Athènes et l'Attique. — La flotte persane entre dans la rade de Phalêron. — L'armée persane ravage les municipes phokiens en s^ rendant des Thermopylœ en Attique ; — pillage du temple d'Abse. — Division persane diétachée contre le temple de Delphes.

— Échec, fuite et destruction du détachement. — Xerxês avec les Pisistradides à Athènes; — Pakropolis tient bon, — elle est prise et saccagée. — Visite expiatoire des Pisistradides à l'akropolis ruinée. — Xerxês passe sa flotte en revue à Phalêron ; — débat sur la question de savoir s'il est politique de livrer un combat naval à Salamis. — Conseil prudent de la reine Artemisia. •— Résolution prise par Xerxês de combattre à Salamis. — Dissensions parmi les Grecs de la flotte à Salamis. — Résolution prise d'éloigner la flotte et de la conduire à l'isthme» — Conséquences ruineuses, si cette résolution avait été exécutée. — Themistoklês s'oppose à la résolution ; — il persuade Eurybiadês, et le décide à rouvrir le débat. — Conseil des chefs grecs convoqué de nouveau.

— Themistoklês s'efforce de faire casser la première résolution; — les Péloponésieus y consentent, »- paroles de colère. — Themistoklês menace de se retirer avec l'escadre athénienne, à moins qu'on ne livre bataille à Salamis. — Eurybiadês prend sur lui d'adopter cette mesure. — Les cheft péloponésieus, réduits pour le moment an. ailenee, refusent ensuite d'obéir. — Convocation d'un troi-' sième conseil, — disputes renouvelées ; — la majorité opposée à Themistoklês et déterminée à se retirer à l'isthme. — Stratagème désespéré de Themistoklês; — il envoie un message particulier à Xerxês pour lui conseiller d'entourer la flotte grecque pendant la nuit, et de rendre ainsi la retraite impossible. — Hâte impatiente de Xerxês d'empêcher aucun des Grecs de s'échapper .

— Sa flotte enferme les Grecs pendant la nuit. — Aristeidês vient d'^Egina de nuit à la flotte grecque ; — il informe les chefs quMls sont enfermés, et qu'il est impossible de s'échapper. ^ Position de Xerxês, — ordre des flottes et plan d'attaque. — Bataille de Salamis, — confusion et défaite complète des Perses. — Vaillance remarquable de la reine Artemisia. — Les Grecs s'attendent à ce que la lutte soit renouvelée; — craintes de Xerxês pour sa sûreté personnelle ; — il renvoie sa flotte en Asie. — Xerxês se décide à retourner en personne en Asie ; — avis et recommandation de Mardouios, qui est laissé derrière en qualité de général pour acbever la conquête de la Grèce. — Les Grecs poursuivent la flotte persane jusqu'à Andros. «- Second stratagème de Themistoklês au moyen d'un message secret envoyé à Xerxês. — Themistoklês avec la flotte, •— il lève de l'argent dans les Cyclades. — Xerxês évacue TAttique et retourne par terre dans son pays, avec la plus grande partie de son armée. — Marche de retraite de Xerxês jusqu'à l'Hellespont. — Souffrances de ses troupes. — Il trouve le pont rompu, et il franchit le détroit sur un vaisseau pour gagner l'Asie. ^ Joie des Grecs; — distribution des honneurs et des prix. Honneurs rendus à Themistoklês.

Le sentiment, à*la fois durable et unanime, avec lequel les Grecs des temps postérieurs considérèrent le combat des Thermopylse, et qu'ils ont communiqué à tous les lecteurs subséquents, c'était celui d'une juste admiration pour le courage et le patriotisme de Léonidas et de sa troupe. Mais, parmi les Grecs contemporains, ce sentiment, bien qu'éprouvé sincèrement sans doute, ne fut nullement prédominant. Il fut surpassé par les émotions plus pressantes de désappointement et de terreur. Les Spartiates et les Péloponésiens croyaient avec tant de confiance à la possibilité de défendre les Thermopylae et Artemision, que quand la nouvelle du désastre leur arriva, pas un soldat n'avait encore été mis en mouvement ; la saison des jeux était passée, mais on n'avait pris aucune mesure active (1). Cependant l'armée d'invasion de terre et de mer était en marche vers TAttique et le Péloponèse qui se trouvaient être sans le moindre préparatif, — et, ce qui était pire encore, sans aucun plan combiné et concerté, — pour défendre le cœur de la Grèce. Les pertes éprouvées par Xerxês aux Thermopylse, insignifiantes en proportion de son immense 'efiectif, étaient plus que compensées par les nouveaux auxiliaires

(1) Hérodote, VIII, 40, 71, 73.

grecs qu'il acquérait maintenant. Non-seulement les Maliens, les Lokriens et les Dôriens, mais encore la grande masse des Bœôtiens, avec Thêbes, leur capitale, tous, excepté Thespiae et Platée, se joignirent alors à lui (1). Demaratos, son compagnon Spartiate, se rendit à Thêbes pour renouer un ancien lien d'hospitalité avec le chef oligarchique thêbain Attaginos, tandis qu'Alexandre de Macédoine envoya de petites garnisons dans la plupart des villes bœôtiennes (2), aussi bien pour les sauver du pillage que pour s'assurer de leur fidélité. D'autre part, les Thespiens abandonnèrent leur ville et s'enfuirent dans le Péloponèse, tandis que les Plataeens, qui avaient servi à bord des vaisseaux athéniens à Artemision (3), furent débarqués à Chalkis quand la flotte se retirait ; ils devaient se rendre par terre dans leur ville et emmener leurs familles. Ce n'était pas seulement l'armée de terre de Xerxês qui avait été ainsi fortifiée. Sa flotte avait aussi reçu quelques renforts de Karystos en Eubœa, et de plusieurs des Cyclades, — de sorte que les pertes causées par la tempête à Sêpias et les combats à Artemision, si elles n'étaient pas comblées complètement, étaient du moins réparées en partie, tandis que la flotte restait encore prodigieusement supérieure en nombre à celle des Grecs (4).

Au commencement de la guerre du Péloponèse, près de cinquante ans après ces événements, les envoyés corinthiens rappelèrent à Sparte qu'elle avait donné à Xerxêg le temps d'arriver de l'extrémité de la terre au seuil du Péloponèse avant de prendre aucune précaution suffisante contre lui, reproche vrai presque à la lettre (5). Ce fut seule-

(1) Hérodote, VIII, 66. Diodore ap- des Grecs après révénement (XI, 13-

peUe le combat des Thermopylas une 15).

vicUHre Kadmeienne pour Xerxês, ce qui (2) Plutarque, De Herod. Malignit.

n'est vrai qu'à la lettre, et non dans p. 864 ; Hérodote, VIII, 34.

Tesprit. Sans doute il perdit dans le (3) Hérodote, VHI, 44, 50.

défilé un plus grand nombre d'hommes (4) Hérodote, VHI, 66.

que les Grecs; mais l'avantage qu'il (5) Thucydide, I, 69. Tov te yàp

gagna fut prodigieux (Diodore, XI, 12) ; M^Sov otÙTol lajiev àwi icepàrcov y^;

et Diodore lui-même expose la terreur TupoTepov iid lïeXoirowiQO-ov IXOovra,

ment quand la nouvelle de la mort de Léonidas les réveilla et les terrifia que les Lacédaemoniens et les autres Péloponésiens commencèrent à déployer leur force entière. Majs alors il était trop tard pour accomplir la promesse faite à Athènes de prendre position en Bœôtia, de manière à protéger TAttique. Défendre l'isthme de Corinthe était. tout ce à quoi ils songeaient alors, et vraisemblablement tout ce qui alors leur était possible. Ils y coururent avec toute leur population propre à combattre sous la conduite de Kleombrotos, roi de Sparte (frère de Léonidas), et se mirent à faire des fortifications en travers de l'isthme, aussi bien qu'à détruire la route skironienne de Megara à Corinthe, avec tous les signes d'une énergie inquiète. Les Lacédaemoniens, les Arkadiens, les Eleiens, les Corinthiens, les Sikyoniens, les Epidauriens, les Phliasieus, les Trœzéniens et les Hermioniens y furent tous présents en nombre complet; de nombreuses myriades d'hommes (corps de 10,000 hommes chacun) travaillant et portant des matériaux nuit et jour (1). Comme défense personnelle coûtre une attaque par terre, c'était une excellente position : ils la considéraient comme leur dernière chance (2), et abandonnaient tout espoir de résistance heureuse sur mer. Mais ils oubliaient qiïun isthme fortifié n'était pas une protection même pour eux contre la flotte de Xerxès (3), tandis qu'il était évident que non-seulement l'Attique^ mais encore Megara et ^gina restaient ainsi en dehors. Et ainsi de la perte des Thermopyl» naquit un nouveau péril pour la Grèce : on ne put trouver une autre position qui, comme ce mémorable défilé, comprit et protégeât à la fois toutes Les cités séparées. La désunion ainsi produite les mit à deux doigts de leur perte. Si les causes d'alarme furent grandes pour les Péloponésiens, la position des Athéniens parut encore plus désespérée. S'attendant, d'après une convention, à ce qu'il y

Tcpîv Ta icap' Of*(ûv àÇiœcarpûawovTijoat. (2) Hérodote, VIII, 74.

(1) Hérodote, VXH, 71. £uvôpat«vTeç (3) Hérodote, VH, 139.

èx Tttfv icoXiùw.

aurait une armée péloponésieune en Bœôtia prête à soutenu' Léonidas, ou en tout cas à concourir à la défense de TAttique, ils n'avaient pas pris de mesures pour éloigner leurs familles ou leurs biens. Mais ils virent avec un désappointement plein d'indignation aussi bien qu'avec effroi, en se retirant d'Artemision, que le vainqueur, venant des Thermopylae, était en pleine marche, que la route de l'Attique lui était ouverte et que les Péloponésiens étaient exclusif vement absorbés dans la défense de leur isthme et de leur existence séparée (1)- La flotte d'Artemision avait reçu Tordre de se rassembler au port de Trœzen, pour y attendre tous les renforts qui pourraient être réunis; mais les Athéniens supplièrent Eurjbiadês de faire halte à Salamis, de manière à leur donner quelques moments pour se consulter dans l'état critique de leurs afiaires et à les aider à transporter leurs familles. Tandis qu'Eur jbiadês était ainsi arrêté à Salamis, plusieurs autres vaisseaux qui avaient atteint Trœzen vinrent le rejoindre, et par là Salamis devint pendant un certain temps la station navale des Grecs, sans aucune intention calculée à l'avaiace (2).

Peiukuat ce temps, Themi^oklês «t les marins athéniens débarquèrent à Phalôro» et firent leur triste entrée dans Atiiènes. Sombre comme le paraissait la perspective, il n'y

(1) Tlutftrqne, TbemÎBtoklês, c. 9.

'AÔTQvatouç, &[La Ôè $uaOv{i.ia xal xa-DQ- 9£ta [jLS|jiov(i>(jLévouc.

Bérodote, YIII, 40. àoxIdvxbc yà^

T^ BoitaxiXi ÛTCoxaTTijtévouç xèv pàpêapov, Tî5v |xèv e^ov oOSèv êôv, o; Se êicuvOdvovTo t6v 'laOjiôv aOtoi»? xeixéovTttç è; T?jv neXoTïïovvTiaov, irepl TuXeia- Tou Se Tcoioitiisvouç icepieivai, xai xau- TTjv t^Kpyzaç èv (pu>ax^, xà te dtXXa âostévfla.

Thucydide I, 74. "Oxt fcSJv %«v (nous Athéniens)^ Ixt «tôoi^ où «acpe- YÉveaôe (Spartiates).

LysioB (Oratio. Fnnel). c. 8) et Isokiaie tirent VAXiité de oe fait, que les Athéniens, bien que trahis ainsi, ne songèrent jamais à traiter séparément wvee Xerxfis {Eanegyr. Or. IV, p. 60).

Mois il n'y a pas lien de croire que Xerx^s leur aurait accordé des conditions «éparées : c^était contre eux qu^était dirigée sa vengeance particulière.

Isokrate a confondu dans son esprit la conduite des Athéniens quand ils refusèrent les offres de Mardonios, Tannée qui suivit la bataille de Salamis, avec leur conduite avant la bataille de Salamis oontre jKerzÔi.

(fl) Hérodote, Tm, ^•4£.

avait guère lieu de différer d'opinion (1) et encore moins de tarder. Les autorités et l'assemblée du peuple publièrent aussitôt une proclamation enjoignant à tout Athénien d'emmener sa famille hors du pays de la meilleure manière qu'il pourrait. Nous pouvons concevoir l'état de tumulte et de terreur qui suivit cette proclamation inattendue, quand nous réfléchissons qu'elle devait être mise en circulation et ses ordres exécutés d'un bout à l'autre dé TAttique, de Sunion à Orôpe, dans le court espace de moins de six jours ; car il ne s'écoula pas un plus long intervalle avant que Xerxês arrivât réellement à Athènes, où, dans le fait, il aurait pu arriver même plus tôt (2). Toute la flotte grecque fut sans doute employée à transporter les exilés sans espoir ; pour la plupart à Trœzen, où les attendaient une réception bienveillante et un appui généreux (la population trœzénienne étant vraisemblablement à demi ionienne et ayant d'anciennes relations de religion aussi bien que de commerce avec Athènes), — mais en partie aussi à -^gina : il y en eut cependant beaucoup qui ne purent ou ne voulurent pas aller plus loin que Salamis. Themistoklês persuada à ces infortunés qu'ils ne feraient qu'obéir à l'oracle, qui leur avait ordonné d'abandonner la cité et de chercher un refuge derrière les murs de bois; et sa politique, ou l'abattement des esprits à cette époque, mit en circulation d'autres histoires donnant à entendre que même les habitants divins de l'akropolis la quittaient pour un certain temps. Dans l'ancien temple d'Athênê Polias, sur ce rocher, habitait, ou du moins on le croyait, comme gardien du sanctuaire et serviteur familier de la déesse, un serpent sacré, pour la nourriture duquel on plaçait un gâteau de miel une fois par mois. Jusque-là le gâteau avait été régulièrement consommé ; mais, à ce moment fatal, la prêtresse annonça qu'il restait

(1) Platon, Leg. III, p. 699. dide fait allusion, I, 18. — AiavoT)-

(2) Hérodote, VIII, 66, 67. Il n*y eut Oévre; ixXiTCEiv t^v ttoXiv xal àvadonc que peu de temps pour enlever et axevaaàtievoi, etc.

emporter les meubles, ce à quoi Thucy-

Page 1