CHAPITRE I
CYRUS LE JEUNE ET LES DIX MILLE GRECS
Empire Spartiate. — Marche des Dix ^Tille Grecs. — Rois perses; Xerxês; Artaxerxês Longue-Maip. — Darius Nothus. — Cyrus le Jeune en lônia; ses opt'ratîons vigoureuses contre Athènes. <• Jeunesse et éducation de Cyrus.
— Son estime pour les Grecs; ses espérances de la couronne — Mort de Darius Nothus ; Artaxerxês Mnemôn lui succède. — Préparatifs secrets de Cyrus pour attaquer son frère. — Klearcbos et antres Grecs au service de Cyrus. — Administration rigoureuse et conduite prudente de Cyrus — Cyrus réunit son armée à Sardes. — Les Dix Mille (Jrecs; leur position et leur état. — Xénophon. — Comment Xénophon en vînt à rejoindre l'armée de Cyrus. — Cyrus part de Sardes; Kolossœ ; Kelsnae. — Peltœ ; Keramôn- Agora ; Kaystru-Pedion. — Cyrus manque d'argent; Ëpyaxa lui en fournit. — Thymbrion ; Tyriaeon; revue des Grecs par Cyrus. — Ikonion ; Lykaonia; Tyana.
— Défilé du Taurus menant en Kilikia. — Syennesis de Kilikia ; sa duplicité ; il fournit à Cyrus un secours d'argent. — Cyrus à Tarsos ; mutinerie des Grecs ; leur refus d'aller plus loin. — Klearchos essaye de réprimer la mutinerie par la sévérité ; il échoue. — 11 essaye la persuasion ; son discours aux sol'iats. — Son refus d'avancer ; bien reçu. — Manœuvres trompeuses de Klearchos pour ramener les.soldats à Cyrus. — Les soldats consentent à accompagner Cyrus plus loin ; augmentation de paye. — Marche en avant ; de Tassos à Issos. — Fuite d'Ahrokomas; abandon des défilés. — Portes de Kilikia et de Syrîa. — Désertion de Xenias et de Pasir.n ; prudence de Cyrus.
— Cyrus se rend de la mer à Thapsakos sur l'Euphrate. — Résistance active de l'armée ; elle passe l'Euphrate à gué — Manœuvre séparée de M.enôn. — Abrokomas abandonne la défense du fleuve ; son double jeu. — Cyrus marche le long de la rive gauche de l'Euphrate ; le désert ; privations de l'armée. — Pylae; ( harmandé ; dangereuse dispute entre les soldats de Klearchos et ceux de Menôn. — Entrée en Babylonia ; trahison d'Orontés ; préparatifs pour une
T. XHl 1
bataille — - Discours de Cyrus à ses officiers et à ses soldats. — Idée que te fait Cyrus de la supériorité gr.ecque. — Présent que fait Cyrus au prophète Silanos ~ — Cyruf passe le fossé non d^ftedu. — Knnaxa; apparitioa soudaine de Tarmée du roi ; préparatift àe Cynis pour une bataille. ~~ Derniers ordres de Cyrus. — Bataille de Kuoaxa ; victoire facile des Grecs de leur côté. — Attaque impétueuse de Cyrus dirigée sur son frère ; Cvrus est tué. — Fuite d'Ariaeos et de rarm*^e asiatique de Cyrus. — Pillage du camp de Cyrus par Artaxerxês ; attitude victorieuse des Grecs. — Caractère de Cyrus. — Si ce prince eût réussi, il eût été Pennemi le plus formidable de la Grèce.
Dans le second chapitre du volume précédent, j'amenais^ rhistoire des afiEeiires grecques ju:^u*à la fin de la guerre du Péloponèse, comprenant une description de la perte permanente du pouvoir souverain, la cruelle oppression temporaire, l'affranchissement et la démocratie renouvelée, qui marquèrent le sort d'Athènes vaincue. La défaite de cette cité jadis puissante, accomplie par la confédération Spartiate, — avec l'aide pécuniaire considérable du jeune prince persan Cjrrus, satrape de la plus grande partie des côtes ioniennes, — laissa Sparte maîtresse du monde grec pour le moment. Lysandros, son amiral victorieux, employa sa vaste puissance temporaire à établir, dans la plupart des villes, d6s dékarchies, ou conseils souverains de Dix, composées de ses propres partisans, avec un harmoste lacédaemonien et une garnison lacédaemonienne destinés à imposer leur gouvernement oligarchique. Toutefois, avant de commencer l'exposé, auîssi bien qu'il est possible de l'établir, des malheurs inattendus attirés ainsi sur le monde grec, avec leurs conséquences éventuelles, — il sera à propos d'introduire ici le récit des Dix Mille Grecs, avec leur marche dans le cœur de l'Empire des Perses et leur Retraite plus célèbre encore. Cet incident, qui est à part du courant principal des affaires grecques, ferait, rigooreusement parlant, plutôt partie d'une histoire de la Perse que d'une histoire de la Grèce. Mais ses effets sur l'esprit grec et sur le cours futur des affaires grecqms furent nombreux et importants, taudis que, comme explication du caractère et de la capacité helléniques, comparés à ceux des Asiatiques contemporains» il est trèsremarquable et plein d'instruction.
Cette marche, à partir de Sardes jusqu'au voisinage de
CYRCJS LB JEtmE ET LES DIX MILLE GRECS 9
Babjlone, conduite par Cyru» le Jeune et entreprise dans le dessein de le mettre sur le trône de Perse, à la place de son frère aîné Artaxerxôs Mnemôn, — fut commencée yer» mars ou avril de Tannée 401 ayant J.-C. Ce fut environ six^ mois après, dans le mois de septembre ou d^octobre de la même année, que fut livrée la bataille de Kunaxa, danslaquelle, bien que les Grecs fassent victorieux, Cyrus luimême perdit la vie. Ils forent alors obligés de commencer leur retraite, qui occupa environ une année et finalement les amena jusqu*à Byzantion, après qa'ils eurent franchi le Bosphore de Thrace, en octobre ou en novembre, 400 » avant J.-C.
La mort du roi Darius Nothus, père et d' Artaxerxôs et de Cyrus, arriva vers le commencement de 404 avant J.-C, peu de temps après la ruine entière de l'armée d'Athènes à i^gospotami. Son règne de dix-neuf ans , avec celui de son > père Artaxerxès Longue-Main , qui dura près de quarante années, remplit presque tout l'intervalle depuis la mort de Xerxès, en 465 avant J.-C. La fin des règnes, tant de Xerxès que de son fils Artaxerxès, avait en effet été marquée par ces phénomènes de conspiration, d'assas»inat, de fratricide et de tragédies de famille, si communs dans la transmission d'un sceptre oriental. Xerxès fut assassiné par le principal officier du palais nommé Artabanos, — qui avait reçu de lui à un banquet l'ordre d'exécuter son fils aîné Darius, mais ne l'avait pas accompli. Artabanos, faisant retomber le blâme de l'assassinat sur Darius, détermina Artaxerxès à le venger en tuant ce dernier; il attenta ensuite à la vie d'Artaxerxês lui-même ; mais il échoua et fut tué également, après avoir dirigé le gouvernement pendant quelques mois. Artaxerxès Ijongue-main, après avoir régné environ quarante ans, laissa le sceptre à son fils Xerxès II, qui fut tué peu de mois après par son frère Sogdien, et celui-ci à son tour fut mis à mort, sept mois après, par ud troisième frère, Darius Nothus, mentionné plus haut (1).
(1) V. Diodore, XI, 69; XII, 64-71; Ktèsias, Persica, c. 29-45; Arîstote
Les guerres entre l'empire persan et Athènes, à la tête de la confédération de D$los (477-449 av. J.-C), ont été déjà racontées dans un des volumes précédents. Mais l'histoire intérieure de l'empire persan pendant ces règnes nous est. à peine connue, à l'exception d'une formidable révolte du satrape Megabyzos, mentionnée d'une manière obscure dans les Fragments de Klôsias (1). Vers 414 avant J.-C, les Égyptiens se révoltèrent. Leur prince indigène Amyrtseos conserva son indépendance, — bien que probablement dans une partie seulement de ce pays et non dans toute son étendue (2). Une dynastie égyptienne indigène lui succéda pendant l'espace de soixante ans. Darius comprima une révolte des Mèdes, ^ui éclata en 408 avant J.-C, et subséquemment une révolte semblable des Kadusiens (3).
La paix conclue en 449 avant J.-C, entre Athènes et l'empire des Perses, continua, sans violation ouverte, jusqu'à la catastrophe ruineuse qu'éprouva la première près de Syracuse, en 413 avant J.-C. Cependant il y avait eu diverses communications et diverses ambassades de Sparte à la cour persane, par lesquelles elle s'efforçait d'obtenir l'aide du Grand Roi pendant les premières années de la guerre, communications si confuses et si contradictoires qu'Artaxerxès (dans une lettre adressée aux Spartiates, en 425 av. J.-C, et portée par son envoyé Artaphernôs , qui fut pris par les Athéniens) se plaignait de ne pouvoir comprendre ce qu'elles signifiaient, — puisq\ie deux Spartiates ne disaient jamais la
Polit. V, 14, 8. Ce dernier passage d'Aristote n'est pas très-clair. Cf. Justin, X. 1.
Pour la chronologie de ces rois perses V. un bon Appendice dans les Fasti Hellenici de M. Fynes Clinton, App. 18, vol. II, p. 313-316.
(1) Ktêsias, Persica, c. 38-40.
(2) V. r Appendice de M. F. Qinton (mentionné dans la note précédente), p. 317.
Il y avait quelques troupes égyp-
tiennes dans Tarmée d'Artaxerxès à la bataille de Kunaxa : d'autre part, il y avait d'autres Égyptiens en état de révolte prononcée. Cf. deux passages de TAnabasis de Xénophon, I, 8, 9 ; II, 5, 13 ; Diodore, XIII, 46 : et la Dissertation de F. Ley^ Fata et Conditio jEgypti sub imperio Persarum, p. 20-56 (Cologne, 1830).
(3) Xénophon, Hellen. I, 2, 19; II, 1, 13.
CYRUS LE JEUNE ET LES DIX MILLE GRECS 5
même chose (1). Il paraît que Pissuthnês, satrape de Sardes, se révolta contre le roi de Perse, peu après cette époque, et que Tissaphernês fut envoyé parle Grand Roi pour étouffer cette révolte; et comme il réussit, en gagnant le commandant grec des troupes mercenaires du satrape, il fut récompensé par la possession de la satrapie (2). Nous trouvons Tissaphernês satrape dans Tannée 413 avant J.-C, commençant des opérations, conjointement avec les Spartiates, pour détacher les alliés asiatiques d'Athènes, après ses revers en Sicile, et employant les Spartiates avec succès contre Amorgôs, le flls révolté de Pissuthnês, ^qui occupait la forte ville maritime d'Iasos (3).
Le redoul)lement de vigueur dans les opératicfes^ persanes contre Athènes, après que Cyrus le Jeune, flls de Darius Nothus, fut descendu à la côte ionienne en 407 avant J.-C, a été raconté dans le quatrième chapitre du onzième volume, ' en même temps que le renversement complet de la puissance athénienne, accompli pendant les trois années suivantes. Résidant à Sardes et entrant en coopération active avec les Grecs, cet ambitieux et énergique jeune prince se pénétra bientôt de leur supériorité militaire et de leur efficacité politique, en tant que comparés avec les Asiatiques indigènes. Les talents et le caractère de Lysandros, l'amiral péloponéwen, lui inspirèrent une si grande admiration que, quand il fut appelé à la cour pendant la dernière maladie de son père Darius, en 405 avant J.-C, il confia même à cet officier tout son tribut et tous ses trésors, afin qu'il s'en servît pour avancer la guerre (4), qui fut terminée victorieusement pendant son absence.
Cyrus, né après l'avènement de son père au trône, n'avait
(1) Thucydide, IV, 60. noXXwv yàp V, 45). V. t. IX, ch. 6 de cette His-
èX66vTtt>v npe<76é(b>v oOSéva TaOrà Xé- toire.
Yciv. (2) Ktôsias, Persica, c. 52.
Cette inhabileté, ou cette duplicité (3) Thucydide, VIII, 28. V. t. XI,
de la part des envoyés Spartiates, sert eh. 1 de cette Histoire,
à: expliquer la facilité aveclaquelle Al- (4)Xénoph. Hellen. II, 1, 14.2Cf.
kibiadês les dupa à Athènes (Thucyd. Xénoph. (Èconom. IV, 2J.
pms pins de dix^hnit ans quand il fut envoyé pour la première fois à Sardes (en 407 av. J.-C.) comme satrape de Lydia, de Phrygia et de Kappadokia, et en qualité de oommandant de cette divif'ion militaire persane qui était rassemblée à la plaine de Kastôlos, commandement ne comprefiant pas les Grecs ioniens de la côte» qui dépendaient de la isatrapie de Tissaphernès (1). Nous ne pouvons avoir grande ^confiance dans le récit que Xénophon fait de son éducation, À savoir qu il avait été élevé avec son frère et beaucoup de jeunes Persans nobles dans le palais royal, — sous la discipline et la contrainte les plus rigoureuses, imposant à tous «t à lui avec un succès particulier des habitudes modestes, avec les devoirs réciproques de Tobéissance et du commandement (2). Il est contredit par tous les faits réels que nous lisons touchant la cour persane, et c*est plutôt un échan* tillon de sentiment grec que de sentiment oriental, plus convenable pour le roman de la Cyropasdie que pour Thistoire • de TAnabasis. Mais dans les qualités persanes, à savoir le talent à monter à cheval, Thabileté à manier Tare et la javeline, la bravoure en campagne, Taudace aussi bien que la patience à la chasse des bètes sauvages, et la faculté de boire beaucoup de vin sans s'enivrer, — Cyrus était supérieur; et surtout si on le comparait avec son frère alué Artaxerxès, qui était au moins peu belliqueux, sinon indoilent et timide (3). Et bien que la vertu particulière da citoyen hellénique, — sa capacité de commander et d'obéir alternativement, — ne fit pas partie da caractère de Cyrus, cependant il parait que les affaires et les idées helléniques ne tardèrent pas à faire impression sur son esprit, au point que , quand il arriva pour la première fois à Sardes comme satrape , il apporta avec lui un vif intérêt pour la cause péloponésienne et une vigoureuse antipathie pour cet ancien ennemi qui avait humilié et vaincu les armes persanes
(1) Xénopli. Ànab. I, 1, 2; 1,9, 7; ropadie, I, 2, 44; YIU, 1, 16, aUu XiÉBoiAi. HeUan. 1, 4, 8. (S) Ploteiqae, ÂxtammaM^ «h. 2.#;
(2) Xénoph. Ansb. 1, », a^; cC Cj- XAnoph, Anab. «t 4«v
CYRUS LE ÏÏWrn^ Bt tSS WX, VILLE GHECS 7
«â^iBd manière si éclatante. Tai montré dans des chapitrêti précédents quel zèle il mit à oonconrir avec Lysandros et les Laoédmmoniens à abattre Athènes (1).
Un jeune bomme énergique et ambitieax tel que Cyrot, •dès qu il eut appris par son expérience personnelle à appré<* cier les 6recs« ne tarda pas à devioér la valeur de tels anxl^ liaires comme instruments de pouvoir pour lui-même. kSûde coopérer dans la guerre d'une manière efficace, il étaU* nécessaire qu*il agit dans «ne certaine mesure d'après les idées grecques, et qu'il se conciliât le bon vouloir des Orece ioniens , de sorte qn'il en vint à combiner le despo* tisme impi^ieux et impitoyable d'un prince persan avec 4|aelque chose de la régularité et de l'esprit de système appartenant à un administfatenr grée. Quoique plus jeuM «qu'Artaxeraès» il semble avoir compté dès le début succé^ der à la couronne de Pense à la mort de son père. La loi éè succession dans la famille royal# en Perse était si peu déter^ minée, et les disputes et les fratricides à chaque vacance du trône si constants, que œs plans ambitieux devaient paraître praticables à un jeune homme beaucoup moins ardent que Cyrus. De plus, il était le ills ftivori de la reine Parysatis (2), qui le préférait de beaucoup à son frère atné Artaxerxte. Il était né après l'avènement de Darius au trône, tandis qu*Ar» taxerxto était né avant cet avènement. Et de mèAie qa» cette dernière considération avait été employée soixante* dix ans auparavant p«r la reine Atessa (3) pour déterminer son époux Darius, fils d'Hystaspès, 4 déclarer (mène de son vivant) son file Xerxès comme celui auquel il destinait sa succession, à Texclusion d*un fils plus âgé, qu'il avait eu d'une autre femme et qui était né avant Tavénemefit de Darius, — de même il se peut que Cyrus ait songé à la même préférence effective pour lui-même, d'après les solli-
(I^V. t. XI, «h. 4,11. sus. ;«iuet. KiSisMi flfime q«il 4f««i« SS
(2) Darius avait eu treize enfaats àê renseignement à Parytfttig
Parytatia^ nmia tsm, 4 ifoMtflion (KtiÛM, Pisrtka, e. ^
-^'Artaxenês et de C^yxiis, monnirent <3) Héiodan, VU, 4.
citations de Parysatis. Probablement ses espérances furent encore enflammées par ce fait qa*il portait le nom du grand fondateur de la monarchie^ dont la mémoire était un objet de respect pour tous les Perses. Ce qui prouve combien il comptait complètement devenir roi, c*est un acte cruel accompli vers la première partie de Tannée 405 avant J.-C. Il était exigé, comme partie de Tétiquette persane, que tout homme qui venait en présence du roi plongeât ses mains dans de certaines poches ou larges manches, qui les rendaient pour le moment inapplicables à un usage actif ; mais cette déférence n'était témoignée à personne si ce n'est au roi. Deux cousins germains de Cyrus, fils de Hieramenès (vraisemblablement Tun des satrapes ou hauts dignitaires persans en Asie Mineure) et d*une sœur de Darius, — parurent en sa présence sans se cacher ainsi les mains (1) : sur quoi Cyrus ordonna de les mettre à mort. Le père et la mère se plaignirent amèrement de cette atrocité à Darius, qui fut amené à faire venir Cyrus le visiter en Médie, sur le motif réel que sa propre santé déclinait rapidement.
Si ce jeune prince s'attendait à succéder à la couronne, il était important qu'il fût présent au moment où son père mourrait. En conséquence, il se rendit de Sardes en Médie, avec sa garde du corps de trois cents Grecs, sous l'Arkadien Xenias, qui furent si richement récompensés pour cette marche lointaine que le taux de la paye fut longtemps <)élèbre (2). Il prit aussi avec lui Tissaphernès comme ami ostensible^ bien qu'il semble qu'il y ait eu entre eux uno inimitié réelle. Peu après son arrivée, Darius mourut, mais .sans se rendre à la requête de Parysatis , qui lui demandait de se déclarer en faveur de Cyrus comme son successeur.
(1) Xénoph. HeUen. II, 1, 8, 9 ; le copiste, commet Terreur d'appeler
Thuoyd. VIII, Se. Xerzês (au Heu d*Artaxerzêa) père de
Cf. Xénoph. Cyropœd. Vin, 3, 10; Darius. Quelques-uns des éditeurs,
et Lucien, Navigium seu Vota, ch. 30, sans avoir rautorité de Ms8., veulent
Tol. m, p. 267, éd. Hemsterhuys avec changer le texte de Siplou en 'Apra*
une note de Du Soul» Cép^ov.
Il est remarquable que, dans ce pas* {2) Xénoph. Anab. I, 4, 12.
âge des Hellenica, ou Xénophon, ou
CYRUS LE JBUNS ET LBS DIX MILLE GRECS 9
Ponséquemment Ârtaxerxès, étant proclamé roi, alla à Pasargadse , capitale religieuse des Perses , pour accomplir les solennités accoutumées. Ainsi désappointé, Cyrus fut en outre accusé par Tissapheruès de conspirer contre les jours de son frère, qui le ât saisir et fut même sur le point de le mettre à mort, quand l'intercession toute-puissante de Parysatis lui sauva la vie (1). Il fut envoyé à son ancienne satrapie à Sardes, où il retourna avec des sentiments intolérables de colère et d'orgueil blessé, et avec la résolution bien arrêtée de tout tenter pour détrôner son frère. Ce renseignement, qui nous est donné par Xénophon, représente sans doutç le récit de Cyrus et de ses amis en circulation dans l'armée de ce prince. Mai^ si nous considérons les probabilités du cas, nous serons amené à soupçonner que l'accusation de Tissaphernês peut bien avoir été vraie, et que la conspiration de Cyrus désappointé contre son frère a pu être une réalité au lieu d'une fiction (2).
Le moment où Cyrus retourna à Sardes était extrêmement favorable à ses plans et à ses préparatifs. La longue guerre venait d'être terminée par la prise d'Athènes et l'anéantissement de sa puissance. Bon nombre de Grecs, après avoir acquis des goûts et des habitudes militaires, étaient actuellement privés d'emploi; beaucoup d'autres étaient jetés en exil par l'établissement des dékarchies de Lysandros dans toutes les villes à la fois. Ces circonstances fournissaient alors en grande quantité et d'une manière inusitée des recrues capables pour un service bien payé, tel que celui de Cyrus. Ayant déjà un certain nombre de Grecs mercenaires, répartis dans les diverses garnisons de la satrapie, il ordonna aux officiers qui commandaient de fortifier leurs garnisons par autant de soldats péloponésiens additionnels qu'ils pourraient en obtenir. Son prétexte était, —d'abord de se défendre contre Tissaphernês, avec lequel, depuis qu'il avait été dénoncé par lui, il était en guerre ouverte, —
il) XéDopli. Anab. 1, 1, 4. (2) La chose est présentée ainsi par
Justin, V, 11.
iO HISTOIRE DB LA OftftOB
ensuite de protéger les oités ioniennes Ae la edto, ^i anraieni été jusqu'alors comprises dans le gouvernement de Tissa* phernès, mais qui à ce moment s'étaient révoltées spontar* nément, depuis que Tmimitié de Cyrus contre lui avait été déclarée* Milêtos seule avait été empêchée d'exécuter cette résolution; car Tissaphernès, renforçant oa garnison dane oette ville, avait adopté de violentes mesurée de répression, tuant ou bannissant plusieurs des principaux personnages. €}nrus reçut ces exilés milésiens avec toute démonstratk>ii de sympathie, réunit immédiatement et «ne armée et une flotte» sous rÉgyptien Tamos (1), pour assiéger Milètos par terre et par mer. En même temps, il transmit à la cour le tribut relier dû par ces villtîs maritimes, et il essaya, par le crédit de sa mère Parysatis , d'obtenir qu'elles fussent enlevées à Tissaphernès pour lui être transmises. Par là le Grand Roi fut trompé et amené à croire que les 'nouvelles levées de Cyrus étaient destinées seulement à une guerre particulière entre lui et Tissaphernès, événement qui* n'était pas rare entre deux satrapes voisins. Il ne déplaisait pas non plus à la cour qu'un prince saspedr fût ainsi occupé à distance (2).
Outre l'armée rassemblée ainsi autour de Milètos, Cyree trouva moyen de temr d'autres troupes à sa portée, quoiqu'à distance et non suspectes. Un officier lacédaeimonien, nommé Klearchos, d'un talent et d*une expérience militaires consi* dérables, se présenta comnae exilé à Sardes. Il paraît qu'il avait été banni {autant que nous en pouvons juger au milieu de renseignements contradictoires) pour, un grave ainte d'autorité et une extrême tyrannie, en qualité d'barmoste lacédsemonien à Byzantion^et même pour avoir essayé de se maintenir dans cette ville après ^ue les éphoree l'avaient formellement destitué. L'habileté connue et les godts belli« queux et remuants de Klearchos (â) lui proourèrent la ces*
(1) Xénoph. Anab. I. 1, 6; I. 4. 2. (3) Xénopîi. Anab. 1, 1, ?; H, 6,8.
(2) Xénoph. Anab. I. 1, 7, 8. "ûore Les renseignements contenus ici no vCèè¥ Itjflfm ^e loi) «Orûv «•>E(u6v- s'accordent pas av«c Diedom, XlV, 12| Tuv. tandis que tous les deux diffèrent d'Isa-
CYRUS LE JEUNE ET LES mX MILLE GRECS
fimce de Gjrus. Ce prince lui donna la somme considérable de dix mille dariqnes (environ 190,000 fr.), qu'il employa à lever une armée de Grecs mercenaires, pour la défense des villes grecques de la Chersonèse contre les tribus thraces de leur voisinage, maintenant ainsi les troupes* réunies jusqu'à ce qn'elles fussent demandées par Cyros. De plus, Aristippos et Menôn , — Thessaliens de la grande famille des Aleuadse à Larissa, qui avait toujours conservé son lien d'hospitalité personnelle avec la famille royale de Perse depuis le temps de Xerxês, et qui était alors en relation avec Cyrus (1), — reçurent de lui des fonds destinés à entretenir une armée de deux mille mercenaires pour leurs projets politiques en Thessalia , armée sujette à être rappelée par lui toutes les fois qu'il en aurait besoin. D'autres Grecs aussi, qui avaient probablement contracté des liens semblables d'hospitalité avec Cyrus au service dans la dernière guerre, — Proxenos, Bœôtien ; Agias et Sophaenetos, Arkadiens; Socratês, Achseen, etc., — furent autorisés par lui à réunir des soldats mercenaires. Ses desseins prétendes étaient en partie le si^e de Milêtos, en partie une expédition ostensible contre les Pisidiens, — montagnards belliqueux et pillards qui causaient beaucoup de mal, grâce à leurs places fortes au sud-est de l'Asie Mineure.
Outre ces levées grecques non avouées, Cyrus envoya des députés au"x Lacédsemoniens pour invoquer leur aide, en récompense de la manière énergique dont il avait secondé leurs opérations contre Athènes, — et il reçut une réponse favorable. En outre, il rassembla une armée indigène consi-
faat» (Orat. VIIT, De Pace, a. 121 ; Ont XII, Paomli. s. 111) et de Plntav^ne^ ArtKSeitxâB, e. ft.
Je sais en partie le réeii de Diodora, es ee qmt. je Mip|Mee qme les actes de lllpraome qu'il neationoe farent commis par Klearetieft comme barmoete de BynntÎMi. Noos savotit qa'il j avait dans cette viUe un hanaoste laoédwa»nien, nommé aussitôt que la ville fut
prise, par Lysandros, après la batailla d'iCgespofami (Xénoph. HeUen. 11^ 2, 2. Ce fut vers )» fin de 405 avant J.-OL N'^us savons de plue par l'Anabaaift que Kleandros y fat banaeste en 49$ avant J.-C. KlearoJioapeat l'avehrété en 404 avant J.-O.
(1) Xénoph. Anab. I, 1, IQ; Héf»»
dote» Yllf 6; IX, 1; Platoa, Mente^ #,1, p.?0;«.II, p.78€.
dérable, en faisant tous ses efforts pour se concilier des amis aussi bien que pour inspirer la confiance. « Il était droit et jjaste, comme un candidat au commandement, » — pour employer une expression d'Hérodote relative au Mède Deiokês (1); maintenant Tordre et la sécurité dans toute sa satrapie, et punissant les nombreux, malfaiteurs avec la dernière rigueur, au point que les grandes routes en montraient d'abondants témoignages vivants dans les personnes d'hommes mutilés^ privés de leurs mains, de leurs pieds, ou de la vue (2). Mais il était également exact à reconnaître un service fidèle, tant civil que militaire. Non-seulement il fit diverses expéditions contre les Mysiens et les Pisidiens
(1) Héroclote, I, 96. «O 8è (Deiokês) oia (xve(o(i£voc ^px^'^i t6v; Te xal StXQCioc "qv.
Xénoph. Hellen. III, 1, 1; Diodore, XIV, 19.
(2) Xénoph. Anab. I, 9. 8. lloXXâxic S* tSeîv "^v àvà tocç (rret6o[iiivoc; ddoùç, xal Tcodûv xal x^^P^"^ ^^^ ô^OaXixûv (jtepou(xévov; àvOpconou;.
Pour d'autres exemples de mutilation infligée par les Perses, non -seulement à des malfaiteurs, mais à des prisonniers en masse,y. Quinte-Curce, V, 5, 6. Alexandre le Grand approchait de Pcrsépolis, « quum miserabile agmen, inter pauca fortunée exempla mémorandum, régi occurrit. Captivi erant Grœoi ad quatuor millia fere, quos PersaB vario suppliciorum modo affecerunt. Alios pedibus, quosdam manibus auribusque, amputatis, inustisque barbararum litterarum notis, in longum sui ludibrium reservavei^nt, » etc. Cf. Diodore, XVII, 69, eit lei contes prodigieux de cruauté racontés dans Hérodote, IX, 112; Ktêsias, Persica, c. 54-59; Plutarque, Artaz. o. 14, 16, 17.
n n'est pas inutile de faire remarquer que s'il n'y avait rien où les maîtres persans déployassent une plus grande invention qu'en exagérant les
souffrances corporelles infligées à .un malfaiteur ou à un ennemi, — à Athènes, toutes les fois qu'un homme était mis à mort en vertu d'une sentence publique, l'exécution se faisait dans l'intérieur de la prison, où Ton administrait au condamné une coupe de ciguë, sans même une exposition publique. C'était le minimum de peine, aussi bien que d'indignité, comme on peut le voir en lisant le récit de la mort de Sokratês, donné par Platon à la fin du Phœdôn.
Il est certain qu'en général le sentiment public en Angleterre est plus humain aujourd'hui qu'il ne Tétait dans ce temps à Athènes. Cependant un public athénien n'aurait pu supporter la vue d'un citoyen pendu publiquement ou décapité dans la place du marché.
Encore bien moins aurait-il pu soutenir la vue des tortures prolongées infligées à Damiens à Paris en 1757 (pendant assez exact de la oxoç eum; persane décrite dans Plutarque, Artaxer. c. 16), en présence d'une multitude immense de spectateurs, alors que toutes les fenêtres ayant vue sur la place de Grève étaient louées à un prix élevé et remplies par la meilleure compagnie de Paris.
CYRUS LE JBUNB ET LES DIX MILLE GRECS 13
hostiles, mais il n'hésita pas à s'exposer lai-mème, et se montra plein de munificence, en récompensant le zèle de tous les soldats qui se distinguaient. Il s'attachait les gens tant par une manière d'être séduisante que par des dons faits à propos. Comme c'était l'usage uniforme (et c'est encore la coutume en Orient) de n'approcher Cyrus qu'avec un présent à la main (1); de même il donnait habituellement ces présents à d'autres comme marques de distinction. Par là il acquit l'attachement, non-seulement de tous ceux qui étaient à son service, mais encore des Perses qu'Artaxerxès envoyait sôus divers prétextes dans le dessein d'observer ses mouvements. De ces émissaires venus de Suse, quelques- «ns étaient môme envoyés pour le gêner et l'afiFaiblir, Ce fut en vertu d'ordres semblables qu'un Perse, nommé Orontês, gouverneur de Sardes, agit, en faisant une guerre ouverte à Cyrus; ce prince le vainquit deux fois, et lui pardonna deux fois, sur une assurance solennelle de fidélité pour l'avenir (2). Dans toutes les conventions, même avec des ennemis avoués, Cyrus tenait exactement ses engagements ; de sorte que tout le monde se fiait à sa parole.
Ces vertus (rares dans un chef oriental, soit ancien, soit moderne), — et ces préparatifs secrets, — Cyrus chercha à en recueillir les fruits au commencement de 401 avant J.-C. Xenias, son général à Sardes, réunit toutes les garnisons, laissant juste ce qui suffisait pour la défense des villes. Klearchos, Menôn et les autres généraux grecs furent rappelés, et le siège de Milêtos abandonné; de sorte qu'il se trouva concentré à Sardes un corps de sept mille sept cents hoplites grecs, avec cinq cents hommes armés à la légère (3). D'autres rejoignirent plus tard dans la marche, et il y avait en outre une armée indigène de cent mille hommes environ. C'est avec de tels moyens que Cyrus partit de Sardes (mars ou avril, 401 av. J.-C). Son dessein réel était tenu secret : son but ostensible, tel qu'il était déclaré et compris par
(1) Xénoph. Anab. I, 9, 13. (3) Xénoph. Anab. I, 2, 2-3.
(2) Xénopb. Anab. I, 6, 6,
BISTQIBB DE LA. ORÀOB
tout le monde, à Vexception ie lui-même et de Klearcboi; était de vaincre et d'extirper les montagBarda pisidiena. Une flotte lacédsomonienne et une flotte persane combinées, BOUS Tamiral lacédaernooien Samios, côtoyaient en même tempe le sud de TÂsie Mineure pour prêter leur concours du côté de la mer (1). Cette coopération lacédœmonienne passait pour une levée privée effectuée par Cynis lui-même; car les éphores ne voulaient pas se déclarer formellemeot en hostilité avec le Grand Roi (2).
Le corps de Grecs, immortalisé sous le nom des Dix Mille, qui se disposaient ainsi à se plonger dans tant de périls inattendus, — bien qu'ils s'embarquassent dans un service mercenaire étranger, n'étaient nullement le rebut de la société, ni même des hommes d*uDe extrême pauvreté. C'étaient pour la plupart des personnes d'une position bien assise, dont plus d'un était même riche. La moitié était des Arkadiens ou des Âcha&ens.
La réputation de Cyrus, sous le rapport d'une conduite honorable et généreuse, était telle que beaucoup de jeune» gens de bonne famille avaient abandonné pères et mères; d'autres, d'un âge mûr, avaient été teûtés de quitter leurs épouses et leurs enfants, et il y en eut même quelques-un» qui avaient engagé leur argent pour un équipement avancé à d'autres gens plus pauvres, aussi bien qu'à eux-mêmes (3). Tous comptaient sur une campagne d'une année en Pisidia, qui pourrait bien être pénible, mais qui serait à coup sûr lu-^ crative, et leur permettrait de revenir avec une bourse bien garnie. C'est ce dont les commandants grecs à Sardes les assuraient tous avec confiance, vantant avec l'emphase et l'éloquence propres à des officiers de recrutement, et la li-
(1) JCénoph.HeUen. III, 1,1.
(2) Diclore, XIV, 21.
(3) Xénoph. Anab. VI, 4, 8. Twv yàp orpaTitorûv ol ii)eï(rToi Y^irofv oO (TTiàvÊi pîou éxTceirXevJxÔTe; èm xavTr.v T^iv (jLiaOoçopàv, àXXà tt^iv Kûpou àpSTiQv &X0Û0VT6Ç, ol (lèv xoci dcvSpo; âyo^te^, ol 6s xal iipo(TavY]).a>xÔT&ç X9'hw^'^<^i ***
TOVTwv Irepoi &ivolE$pax6TEr îtorrépoç xott (jLiQTépa;, ot 6è xai TÉxva xaraXt- TTÔvre;, 6>; xtinfJiaTa aÙTOï; xTriiàpievot ^,ÇovT£; Trà^iv, àxouovreç xa. to'jç àX- ).ouç ToOç irapà Kupou iro).>,à xai àyaOà.
npâTxeiv. ToioÙTOi oùv ôvteç, ÈTrôôouv elc TT^v *EXXafia <itùe;£<reai. Cf. V, 10,
CYRUS LE JBUNE ET tE& DIX MILLE GRECS
béoralité de Cyros (1) et les abondantes promessoi poar toas les hommes eatreprenants.
Entre autres» le Bœôtien Proxenos éermt à son ami Xé&ophon, à Athènes, le pressant vivement de venir à Sardes^ et offrant de le présenter à Cyros, qn^il (Proxenoi^ «c considérait comme un meilleur ami poar lai qne son propre ()ays (2) ^ : témoignage frappant de la manière dont ce service mercenaire étranger étouffait le patriotisme grec, ce que noas reconnaîtrons de plas en plas, à mesure que nous avancerons. Cet Athénien capable et accompli, — • qai a droit à une gratitude respectueuse, non pas à la vérité de la part d'Athènes sa patrie, mais de Tarmée de Cyrus et du monde intellectuel en général, — appartenait à la classe des chevaliers, ou cavaliers, et il servit, dit-on, en cette qualité à la bataille de Dôlion (3). De sa vie antérieure, nous ne savons que peu ou rien, si ce n*est que c'était un ami dévoué et un auditeur assidu de Sokratês, et c'est de sa plume que nous tirons surtout les souvenirs de la conversation de ce philosophe, comme nous en tirons également le r^it de la marche de Cyrus, Dans mon précédent chapitre sur Sokratês, j'ai fait un abondant usage des Memorabilia de Xénophon, et je suis maintenant sur le point d'emprunter à son Aiutbasis (modèle de narration claire et intéressante) le ré-
(1) Cf. des éloges semblables deT^I^ lémée Philadelph«, afiu d'attirer des
mercenaires grecs de Sicile en Egypte (Tl.éocrite, XIV, 50-59).
(2) Xénopb. Anabas. III, 1, 4.
*r7tt(Jxv6îTO ôè owcw (Proxenos à Xénophun) el s/Ooi, çtXov Kupco tcoi^tsiv, 3v oOtôç içT] xpsÎTTO) éauTcj» vofiCÇeiv
(3) Strabon^IX, p. 403. Le récit qui rapporte que Sokratês emporta sur ses ^aoles Xénopbon blessé et renversé de cheval, et lui sauva la vie, — semble trop douteux pour entrer dans la narration.
Parmi les preuves attestant que Xé-
nopbon ^tait au nombre des cavaliers ou imrsic d* Athènes, nous pouvons faire remarquer, non - seulement aa grande habileté comme cavalier, le grand intérêt personnel qu'il prît à l'équitation, au service de la cavalerie et à ses devoirs comme commandant de cette arme, et à tout ce qui a rapport aux chevaux, oorome on le voit dans ses ouvrages publiés, — mais encore le fait que son fils GiyUos servit plus tard parmi les cavaliers athéniens dans le combat de cavalerie qui précéda la grande bataille de Mantineia (Diogen. Laërt. Il, 54).
cit des aventures de l'armée de Cyrus, que nous sommes heureux de connaître par une autorité aussi authentique.
En recevant l'invitation de Proxenos, Xénophon se sentit très-disposé à s'y rendre. Comme membre de cette classe de chevaliers, qui trois ans auparavant avait été le principal appui des atrocités des Trente (jusqu'à quel point y fut-il mêlé personnellement? c'est ce que nous ne saurions dire), il est probable que la résidence à Athènes ne lui était pas particulièrement agréable à cette époque. Il demanda Topinion de Sukratês, qui, craignant que le service sous Cyrus, l'ennemi mortel d'Athènes, ne l'exposât à l'impopularité auprès de ses concitoyens, lui recommanda de s'adresser à l'oracle de Delphes. Xénophon y alla; mais, pour dire vrai, il avait déjà arrêté sa pensée à l'avance. Ainsi, au lieu de demander « s'il devait aller ou refuser, » — posa-t-il simplement cette question : « Auquel des dieux dois-je sacrifier, afin d'obtenir sûreté et succès dans un voyage auquel je songe actuellement? »» La réponse de l'oracle indiquant Zeus Basileus comme le dieu auquel il convenait de sacrifier, — fut rapportée par Xénophon ; alors Sokratès, bien que mécontent que la question n'eût pas été bien posée quant à l'ensemble du projet, conseilla néanmoins, puisqu'une réponse avait été donnée à ce moment, d'y obéir littéralement. En conséquence, Xénophon, après avoir offert les sacrifices prescrits, partit d'abord pour Ephesos, et de là pour Sardes, où il trouva l'armée prête à se mettre en marche. Proxenos le présenta à Cyrus, qui le pria instamment de prendre du service, promettant de le congédier aussitôt que la campagne contre les Pisidiens serait finie (1). Il fut ainsi amené à rester, toutefois seulement comme volontaire ou ami de Proxenos, sans accepter aucun poste spécial dans l'armée, soit comme officier, soit comme soldat. Il n'y a pas lieu de croire que son service sous Cyrus ait eu réellement l'effet redouté par Sokratès, de le rendre impopulaire à Athènes. Car, bien qu'il fût banni plus tard , cette sentence ne fut
(1) Xénoph. Anab. III, 1, 4-9 j V, 9, 22-24.
CYRUS LB JBUNB ET LES BIX MILLE GRECS
rendue contre lui qu'après la bataille de Korôneia eh 394 avant J.-C, où il combattait comme officier remarquable sous Agésilas, contre ses propres compatriotes et leurs alliés thêbains, — et nous n'avons pas besoin de chercher plus loin les motifs de la sentence.
Quoique Artaxerxês, soupçonnant en général les vues ambitieuses de son frère, eût envoyé diverses personnes pour le surveiller, cependant Cyrus s'était arrangé pour gagner ou neutraliser ses espions, et avait masqué ses préparatifs si habilement qu'aucun avis ne fut porté à Suse avant que la marche fût sur le point de commencer (mars ou avril, 401 av. J.-C.)v Ce fut alors seulement que Tissaphernês, voyant le siège de Milêtos abandonné, et la vaste armée rassemblée à Sardes , devina qu'on songeait à quelque chose de plus qu'à combattre simplement des maraudeurs pisidiens, et il alla en personne avertir le roi ; celui-ci commença ses préparatifs immédiatement (1). Ce que Tissaphernês avait deviné était un secret pour tous les hommes de l'armée, pour Proxenos aussi bien que pour le reste, quand Cyrus, après avoir confié l'administrafion provisoire de sa satrapie à quelques parents persans, et à son amiral, l'Égyptien Tamos, commença sa marche dans une direction sud-est en partant de Sardes, et en passant par la Lydia et la Phrygia (2). Une marche de trois journées, distance fixée à vingt-deux parasanges (3), Tamena au Maeandros : une marche additionnelle
(1) Xénoph. Anab. I, 2, 4; II, 3, 19.
Diodore (XIV, 11), citant d'aprèa
Ephore, affirme que la révélation à Ârtaxerxêa fut faite par Pharnabazos, qui Vavait apprise grâce à la finesse de Texilé athénien Alkibladês. Que ce dernier y ait été mêlé en quelque chose, cela semble improbable. Mais Diodore, dans plus d'une occasion, confond Pharnabazos et Tissaphernês.
(2) Diodore, XIV, 19.
(3) Ia parasange était une mesure de longueur chez, les Perses, mais, selon Strabon, n'ayant pas une valeur
T. xm
uniforme dans toutes les parties de l'Asie; dans quelques parties, on la regardait comme équivalant à 30 stades, dans d'autres à 40, dans d'autres à 60 (Strabon, XI, p. 618; Forbiger, Handbuch der Alten Geograph. vol. I, p. 555). Cette variabilité de sens n'est nullement extraordinaire, quand nous nous rappelons les différences entre les miUes anglais, irlandais et aUemands, etc.
Hérodote nons dit d^une manière distincte ce qaUl entendait par une parasange, et ce que le gouvernement
mSTOIRB DE lA CHIÈCB
de hait parasanges, après qa*il eut traversé ce fleuve, le^ conduisit à Eolossse, ville florissante de Phrjgia, où Menôn le rejoignit avec on renfort de mille hoplites et de cinq cents
penan de son temps reconnaissait oomme tel dans son mesorage de la grande route de Sardes à Sose, aussi bien que dans son mesurage de territoire dans des vaes de tribnt (Hérodote, V, 53; VI, 43). C*était 30 stades ^ecssaprès de 3 1/2 milles anglais ou près de 3 milles géograpbiqaesj(aB5kilom. 630 met.}. La distance de denx «D deux stations suocessiTement, sur la route de Sardes à Suse (qui était «c toute babitée et toute sûre, » fità oU x£0(jcé»ri{ Te &TC3(r« xal àtfçaXéoc), semblerait avoir été mesurée et^ marquée en para- anges et fractions de parasange. Il paraît probable, d'après le récit que fait Hérodote de la marche de Xerxês (VIT, 26), que cette route, partant de Kappadokia et francbissant le âenve Halys, passait par Kelsen» et Kolossaa jusqu'à Sardes, et par conséquent que la route que Cyrus prit pour sa marcbe, depuis Sardes jusqu'à Kelsense au moins, a dû être mesurée et marquée ainsi.
Xénophon aussi, dans son calcul des étapes de la route (II, 2, 6; VU, 8, 26), suppose que la parasange équivaut à 30 stades, tandis qu'il donne, pour la plupart, chaque journée de marche calculée en parasanges. Or, même an début de la marche, nous n^vons aucune raison pour croire qu'il y eût un mesureur officiel des routes accompagnant l'armée en marche, comme Bsetôn, à BT](AaTt<rr9|i; 'AXelàvdpou, dans l'invasion d'Alexandre : V. Athénée, X, p. 442, et Geier, Alexandri Magni Histor. Scriptt.
p. 3>7. Cependant Xénophon, dans teutc la marche, même jusqu'à Trapézonte, compte par parasanges les journées de marche de l'armée, non-seulement en Asie Mineure, où il y avait des routes, mais dans le désert de l'A-
rabie entre Thapsakos et Pylœ, -* par les neiges de l'Arménie, — «t par le territoire des barbares Chaly bes. II nous dit que dans le désert de l'Arabie elle fit 90 parasanges en treize jours, ou.
tout près de 7 parasanges par jour, «-^ et cela aussi dans l'extrême chaleur del'été. Il nous dit de plus que dans les n^ges profondes de l'Arménie, et au CQSur de l'hiver, elle fit 15 parasanges en trois jours; et à travers le territoire (également couvert de neige) des belUqueux Chalybes, 50 parasanges en sept jours, ou plus de 7 parasanges par jour. De telles marches, à trente stades par parasange, sont impossibles».
£t comment Xénophon mesura-t-il Ui distance parcourue ?
Les plus intelligents investigateurs et voyageurs modernes, — le major Rennell, M. Ainsworth, M. Hamilton,.
le colonel Chesney, le professeur Koch, etc., n'offrent aucune solution satisfaisante de la difficulté. Le major Kennell compte les parasanges comme égales à 2*25 milles géographiques ; M. Ainsworth à 3 milles géographiques; M. Hamilton (Travels in Asia Minor, c. 42, p. 200) à un peu moins de 2 1/2 milles géographiques. Le colonel Chesney (Euphrat. and Tigris, ch. 8, p. 207) à 2*608 milles géogra-phiqnes entre Sardes et Thapsakos, -<* à 1*98 milles géographiques entre- Tbapsakos et Kunaxa, — ^ à un peu moins, sans spécifier la quantité, pendant la retraite. 11 est évident qu'il n'y a pas de base certaine sur laquelle on> puisse s'appuyer, même pour la première partie de la route, encore bien moins pour la retraite. La distance' entre Ikonion et Dana (ou Tyana) est une des Quantités sur lesquelles M. Hamilton fonde son calcul ; mais nous ne ' sommes nullement certain que Cyinis-*
CYRUS I,E JEUNE ET LES DIX MILLE GRECS
peltastes, — Dolopes, iEnianes et Olynthiens. Il marcha ensuite trois jours dans la direction de Kelaense , autre Tille phrygienne « grande et florissante » avec une citadelle très*
ait pris la route directe de imirehe; il aemUe platôt s*être détoanié de son cbexuin, en partie pour piller la Lykaonia, en partie pour conduire la princesse kilikienae ches elle. L'autre point, sur lequel insiste M- Hamilton, est la distance entre Kelsen» et Kolossœ, deux villes dont la position semble bien prouvée, et qui sont sur les meilleares cartes modernes séparées par 53 milles géograpMques. Xénopbon appelle la distance 20 parasanges.
3Ën admettant que la roate par laquelle il marchait ait été la même que celle que Ton suit aujourd'hui « cela mettrait la parasange de Xénophon à 2*6 milles géogn^hiqTMs. J'ai fait remarquer auparavant que la route entre Kolossaa et.Kelaense était probablement mesurée et comptée en parasanges ; de sorte que Xénophon, en donnant le nombre da parasanges entre ces deux villes, parlerait d'après une autorité officielle.
-. Même un siècle et demi plus tard, le géographe Ëratosthène ne trouvait pas possible d'obtenir desmesurages exacts dans une grande partie du pays traversé par Cyras (Strabon, II, p. 73).
Le colonel Cbesney fait remarque^ :
•— « De Sardes à Runaxa, ou aux montagnes de Mohammed, il ne peut y avoir beaucoup au-4essaa ou au-ndessous de 1365 milles géographk)aes, faisant 2*364 milles géograpiiiques pour chacune des 5^5 parasanges données par Xénophon entre ces deux endroits. »
Cofmme mesure de distance, la para^ sauge de Xénophon ne mérite évidemment MïcuDe oonfianee. Estnil admissitile de croire, dans la deseriptîon de eette marche, que les parasanges et les stades de Xénophon soient des mesurages plutôt de temps que d^espaoe?
De Saides à K^aense, il avait me route mesurée d^ot les distances étaient
comptées en parasuiges; il est pn> — hable que la n^^ne manière de mesn^ rer et de compter se continuait plus • loin, jusqu'à Keramôn — Agora et à Kaystru-Pedion (vu que j'imagine que^ la route de Kelœns vers THalys et la Kappadokia doivent avoir passé par ces deux endroits), — et il se peut qu'elle se soit continuée même jusqu'à.
Ikonion ou à Dana, Par là, au moyen de ces premières marches, XénophofD eut l'occasion de se former en gros uneidée du temps (mesuré par le cours du soleil) q^'il fallut à l'armée pour faire une, deux ou trois parasanges; et quand il arriva aux portions ultérieures de la route, il appela cette iongueur de temps du nom d'une, dedeux ou de trois parasanges. Cinq pa-rasanges semblent avoir signifié pour lui une pleine journée de mardie; troia ou quatre, une faible journée; six, sept ou huit, une longue ou très-longue journée.
Nous devons nous rappeler que les^ Grecs du temps de Xénophon n'avaient pas de moyens portatifs pour mesurer les heures, et ne divisaient pas habi* tuellementle jour en heures, ni en aucune autre fraction reconnue. Les astronomes alexandrins, près de deux siècles plus tard, furent les premiers à employer âpYi dans le sens d'heure (Ideler, Handbuoh der Chronologie,, vol. I, p. 289).
Ceci peut servir à expliquer le sens, de Xénophon, qnaud il parie de mar* ches de cinq ou de sept parasanges dans les neigesprofondes de l'Arménie-;, toutefois, je ne suppose pas qu'il eût ee moyen à l'esprit d'une manière uniforme et constante. Parfois, à ce qu'il semblerait, il a dû se servir du moi ■ dans son sens habituel de distance.
forte taut par la nature que par Fart. Là il s'arrêta non moins de trente jours, afin d'attendre l'arrivée de Klearchos, avec sa division de 1,000 hoplites, de 800 peltastes thraces, et de 200 archers krêtois : en même temps Sophaenetos arriva avec 1,000 nouveaux hoplites, et Sosias avec 300. Ce total de Grecs fut passé en revue par Cyrus en un seul corps à Kelaenae ; 11,000 hoplites et 2,000 peltastes (1). Jusqu'à Kelaenae, sa marche avait été dirigée droit vers la Pisidia, territoire près des frontières duquel cette ville est située. Jusque-là donc on entretint l'illusion que Cyrus avait fait naître lors du départ. Mais, en quittant Kelaenae, il s'écarta dans sa marche de la Pisidia, dans une direction presque septentrionale; d'abord en deux jours il fit dix parasanges jusqu'à la ville de Peltse ; ensuite, en deux jours encore, douze parasanges, jusqu'à Keramôn — Agora, la dernière ville dans le district adjacent à la Mysia. A Peltae, dans une halte de trois jours, le général arkadien Xenias célébra la grande fête de son pays, les Lykaea, avec ses jeux et ses combats habituels, en présence de Cyrus. De Keramôn — Agora, Cyrus parcourut en trois jours la distance inaccoutumée de trente parasanges (2), jusqu'à une ville appelée Kays-
(1) Xénoph. Anab. I, 2, 8, 9. Sur Kelaenae, Arrien, Exp. Al. I, 29, 2; Quinte-Curce, III, 1, 6.
(2) Ces trois marches, chacune de dix parasanges, de Keramôn- Agora à Kaystru-Pedion, — sont les plus longues consignées dans l'Anabasis. Il est assez surprenant de les trouver telles, car il ne semble pas que Cyrus ait eu des motifs pour accélérer la marche en avant. Quand il fut arrivé à Kaystru-Pedion, il s'arrêta cinq jours. Koch (Zug cler Zehn Tausend, Leipzig, 1850, p. 19) fait remarquer que les trois journées de marche qui semblent avoir disparu du calcul de Xénophon, en comparant les articles avec le total, pourraient convenablement être placées hi ; de sorte que ces trente pa-
rasanges auraient occupé une marche de six jours au lieu de trois : cinq parasanges par jour. Toute la marche que Cyrus avait faite jusqu'ici en partant de Sardes, comprenant la route de Keramôn -Agora à Kaystru-Pedion, suivait la grande route de Sardes vers le fleuve Halys, la Kappadokia et Suse.
Cette route (comme nous pouvons le voir par la marche de Xerxês, Hérodote, VII, 26 ; V, 52) passait par Kelaenae et par Kolossae, bien que oe soit un prodigieux écart de la ligne droite.
A Kaystru-Pedion, Cyrus semble avoir quitté cette grande route, prenant un chemin différent dans une di* rection presque sud-est vers Ikonion, Au sujet du point, à peu près vers Synnada, où ces diverses routes se
CYRUS LE JEUNE ET LES DIX MILLE GRECS
tru-Pedion (la plaine du Kaystros), où il s'arrêta pendant cinq jours. Là son repos fat troublé par les murmures des soldats grecs, qui n'avaient pas reçu de paye pendant trois mois (Xéaophon nous avait dit auparavant que c'étaient pour la plupart des hommes qui avaient quelques moyens personnels), et qui maintenant se pressaient en foule autour de sa tente pour réclamer leur arriéré. Cyrus était si appauvri par des déboursés antérieurs, — peut-être aussi par des remises de tribut faites dans le dessein de se populariser, — qu'il était absolument sans argent, et qu'il fut obligé de lea renvoyer encore avec des promesses. Et sa marche aurait bien pu finir là, s'il n'eût été tiré d'embarras par l'arrivée d'Epyaxa, épouse du prince Kilikien Syennesis, qui lui apporta une somme d'argent considérable, et le mit à même de donner aux soldats grecs quatre mois de paye à la fois. Quant aux soldats asiatiques, il est probable qu'ils reçurent peu de chose au delà de leur nourriture.
Deux jours suivants de marche, encore à travers la Phryr gia, amenèrent l'armée à Thymbrion; deux de plus à Tyriaeon. Chaque journée de marche est appelée cinq parasanges (1). Ce fut là que Cyrus, s'arrêtant trois jours, passa
croisaient, V. M. Ainsworth, Trav. in the Track, p. 28.
Je ne partage pas les doutes qui ont été élevés aU sujet de l'exactitude de Xénophon, dans sa description de la route de Sardes à Ikonion, bien que plusieurs des endroits qu'il mentionne ne nous soient pas connus autrement, €t que leurs positions ne puissent pas être exactement identifiées. Cfest un grand écart de la ligne droite.
Mais nous attachons plus d'importance aujourd'hui à cette circonstance qu'on ne l'aurait fait du temps de Xénophon.
Des routes droites, s'étendant systématiquement sur une région considérable, ne sont pas de cette époque; les communications étaient probablement toutes faites dans l'origine, entre une ville voisine et une autre ville, sans .qu'on songeât beaucoup à manager la
distance, et sans qu'on songeât du tout à favoriser le commerce entre des endroits éloignés.
C'était précisément vers ce temps que le roi Archelaos commençait à « ouvrir des routes droites >• en Macedonia, — ce que Thucydide semble signaler comme une chose remarquable (II, 100).
(1) Ni Thj'-mbrion, ni Tyriœon ne peuvent être identifiés. Mais il semble que ces deux viUes ont dû être situées sur la ligne de route parcourue actuellement par les caravanes de Smyme à Konieh (Ikonium), ligne de route qui suit une direction entre les montagnes appelées Emir Bagh, au nord-est, et celles appelées Sultan Dagh, au sudouest (Koeh, Der Zug der Zehn Tausend, p. 21, 22).
soa armée en revue pour ùire plaisir à la princesse kilikienne Epyaxa, qui accompagnait encore la marche. Il ât d'abord défiler ses troupes asiatiques en ordre devant lui, cavalerie et infanterie dans leurs divisions séparées; ensuite lui-même dans un char, et Epyaxa dans une harmamaxa {sorte de voiture ou litière couverte avec un pavillon qui s'ouvrait ou se fermait à volonté), passèrent tout le long du front de la ligne grecque, rangée séparément. Les hoplites -étaient placés sur quatre de profondeur^ tous en grande tenue, casques d'airain, tuniques de pourpre, jambières ou grandes guêtres, et les boucliers frottés, brillants, tirés récemment des enveloppes dans lesquelles on les portait peu* dant une simple marche (1). E^earchos commandait la gauche et Menôn la droite, les autres généraux étant distribués dans le centre. Après avoir terminé sa revue le long de toate la ligne et» pris place avec la princesse kilikienne à une
(1) ET/ov de icdvTK xp^vT] x^^^^ xai x'^'^^'^^ çoivtxouç, %a\ xvY](iTfi(xc, naX ràc àaniboLç èxx£xa6ap[xé-
Quand Thoplite était en marche, flans qu*on attendît un ennemi, le bou- -clier semble avoir été porté derrière lai, avec Fenveloppe qui y était attachée {V. Aristoph. Acharn. 1085, 1089-1149); il était retenu par la «omToie autour de son cou et de son épaule. Parfois, il est vrai, il avait roccasion de se soulager du fardeau, en mettant le bouclier dans un chariot de bagages (Xénoph. Anab. I, 7, 20).
lies officiers en général, et sans doute quelques soldats, pouvaient ordonner à ^es serviteurs de porter leurs boucliers (IV, 2, 20; Aristoph. l. c).
A roccasion de cette revue, les boucliers furent tirés de leurs enveli^pes, frottés et rendus brillants comme avant nne bataiUe (Xénoph. Hellen. VU, 5, 20), ensuite suspendus autour du cou ou 4e8 épaules, et soutenus par le bras ^uche, qui était passé par les azmeaux
on courroies attachés k son odté «en* cave ou intérieur.
Relativement aux. étuis on enveloppes du bouclier, voir un curieux stratagème du Syracusain Agathoklês (Diodore, XX, 11). Les soldats romains portaient aussi leurs boucliers dans des enveloppes de cuir, quand ils étaient en marche (Plutarque, Lucull.
Il est à remarquer qt^e Xénophon, en énuméraut les armes des soldats de Cyrus, ne mentionne pas de cmrasMt qui (bien que portées quelquefois^ Y. Plutarque, Dion, c. 30) ne l'étaient pas habituellement par les hoplites, qui avaient de lourds boucliers. Il est tout à fait possible que quelques hommes de l'infanterie de Cyrus aient eu des cuirasses aussi bien que des boucliers, puisque chaque soldat se fournissait ses prières armes; mais Xénophon ne dit que ce qui était commun à tous.
Le» cavaliers grecs portaient communément une lourde cuirasse, mais n'avaient pas de bouclier .
CYRUS LE JEUNE ET LES DIX MILLE GRECS
«certaine distance en face d'elle, Cynis envoya son inter^ prête aux généraux , et exprima le désir de , les voir •charger. En conséquence, les ordres furent donnés, les lances tendues, les trompettes sonnèrent, et toute Tarmée grecque s'avança en ordre de bataille avec les cris de guerre accoutumés. Â mesure qu'elle avançait, le pas devenait accéléré, et elle alla droit contre la portion du campement asiatique cii se trouvaient les vivres. La terreur causée par cette vue fut telle quêtons les Asiatiques s'enfuirent sur- le* champ, et abandonnèrent ce qu'ils avaient, — Epyaxa ellemême parmi les premiers, quittant son palanquin. Quoiqu'elle eût au nombre de ses gardes personnels quelques Orecs d'Aspendos, elle n'avait jamais vu auparavant une armée grecque, et elle fut frappée d'admiration aussi bien que de terreur, à la grande satisfaction de Gyrus qui vit dans cette scène un augure de son prochain succès (1).
Trois jours d'une nouvelle marche (appelés vingt parasanges en tout) amenèrent l'armée à Ikonion (aujourd'hui Konieh), la dernière ville de Phrygia, où Cyrus fit une halte de trois jours. Il marcha ensuite pendant cinq jours (trente parasanges) à travers la Lykaonia, contrée qu'il permit aux Grecs de ravager, vu qu'elle était ea dehors de sa satrapie, et même hostile. La Lykaonia étant immédiatement sur les frontières de la Pisidia, les habitants en étaient probablement regardés comme Pisidiens, puisqu'ils avaient le même caractère de pillards (2); de sorte que Cyrus réalisait en partie le prétendu dessein de son expédition. Il approchait aussi par là du mont Taurus, qui le séparait de la Kilikia, et là il envoya la princesse kilikienne, avec Menôn et sa division, franchir la montagne par un défilé plus court et plus direct, mais vraisemblablement peu fréquenté et trop difficile pour toute l'armée, afin qu'ils pussent aller droit en Kilikia (3), à l'arrière de Syen-
(1) Xénophon, Anab. 1, 2, 16-19. trayerse le Taurus par Kial — Chei-
(2) Xénoph. Anab. III, 2, 25. meh, Alan Buzuk et Mizetli : il oon-
(3) Ce défilé plus court et plus direct duisait directement à la ville kilikieimt
nesis, qui occupait le défilé régulier plus vers le nord. Ayant l'intention d'entrer avec le gros de son armée par ce dernier défilé, Cyrus s'avança d'abord par la Kappadokia (marche de quatre journées, vingt-cinq parasanges) jusqu'à Dana, ou Tyana, ville florissante de Kappadokia, où il s'arrêta trois jours, et où il mit à mort deux officiers perses, accusés de conspirer contre lui (1). .
Ce défilé régulier dans le Taurus, les célèbres Tauri-Pylse ou Portes kilikiennes, était occupé par Syennesis. Bien que route carrossable, il était cependant à mille mètres au-dessus du niveau de la mer, étroit, escarpé, bordé de hautes terres de chaque côté, et traversé par un mur avec des portes, de sorte qu'il ne pouvait être forcé, quelque faiblement qu'on l'eût défendu (2). Mais le prince kilikien, alarmé à la nou- «velle que Menôn avait déjà franchi les montagnes par le défilé moins fréquenté sur ses derrières, et que la flotte de Cyrus longeait la côte, évacua sa position imprenable et recula jusqu'à Tarsos, d'où il se retira encore, accompagné de la plupart des habitants, et se rendit à une place forte et inaccessible sur les montagnes. En conséquence, Cyrus, montant sans opposition le grand défilé ainsi abandonnée parvint à Tarsos après une marche de quatre jours, et il y rejoignit Menôn et Epyaxa. Deux lochi, ou compagnies de la division de Menôn, s'étant dispersés pendant leur marche pour piller, avaient été taillés en pièces par les indigènes :
de Soli, qui était un port de mer, et Minor, vol. II, ch. 30, p. 70-77; et
fut plus tard appelée Pompeiopolis. Il Koch, Der Zug der Zehn Tausend,
est donné dans les Tables de Peutin- p. 26-172, pour une description de ce
ger comme la route d'Iconium à Pom- 'mémorable défilé,
peiopolis (Ainsworth, p. 40 seq.; Ches- Alexandre le Grand, aussi bien que ney, Euph. and Tigr. II, p. 209), , Cyrus, fut assez heureux pour trouver
(1) Xénoph. Anab. I, 2, 20. ce passage imprenable abandonné, à c&
(2) Xénoph. Anab. 1,2,21 ; Diodore, qu'il semble, par la pure stupidité ou XIV, 20. V. M. Kinneir, Travels in la pure insouciance du satrape qui Asia Minor, p. 116 ; le colonel Ches- aurait dû le défendre, et qui n'avait pas ney, Ëuph. and Tigr. vol. I, p. 293- pour ^abandonner la même excuse 354 î et M. Ainsworth, Travels in the qu'avait eue Syennesis à l'approche de Track of the Ten lliousand, p. 40 569.; .Cyrus (Arrien, Exp. Alex. II, 4; ei son autre ouvrage, Travels in Asia Quinte-Curce, III, 9, 10^ 11),
CYRUS LE JEUNE ET LES DIX MILLE GRECS
aussi le gros de l'armée grec prit-il alors sa revanche en pillant et la ville et le palais de Syennesis. Ce prince, bien qu'invité avec Cyrus à revenir àTarsos, refusa d'abord ; mais il fut enfin décidé par les conseils persuasifs de son épouse à retourner avec un sauf-conduit. Il fut amené à contracter une alliance, à échanger des présents avec Cyrus, et à lui donner une somme d'argent considérable pour son expédition, plus un contingent de troupes : il fut stipulé en retour que la Kilikîa ne serait plus ravagée, et que les esclaves enlevés pourraient être repris partout où on les trouverait (1).
Il semble évident, bien que Xénophon ne nous le dise pas directement, que la résistance de Syennesis (ce fut le nom ou titre constant des princes héréditaires de Kilikia sous la couronne de Perse) était une pure feinte; que la visite d'Epyaxa avec un secours d'argent pour Cyrus, et l'admission de Menôn et de sa division dans le Taurus, étaient des manœuvres faites en collusion avec lui, et que, pensant que Cyrus réussirait, il était disposé à appuyer sa cause, s'appliquant toutefois à se donner l'air d'avoir été accablé, dans le cas où Artaxerxês serait victorieux (2).
Toutefois, on put croire d'abord que la marche de Cyrus était destinée à finir à Tarsos, où il fut obligé de rester vingt jours. L'armée avait déjà dépassé la Pisidia, but ostensible de l'expédition pour laquelle les troupes grecques avaient été engagées; aucun d'eux, ni officier, ni soldat, n'ayant aucun soupçon du contraire, à l'exception de Klearchos, qui était dans le secret. Mais tous virent alors qu'on leur en avait imposé, et reconnurent qu'on les conduisait contre le
(1) Xénoph. Anab. I, 2, 23-27.
(2) Diodore (XIV, 20) représente Syennesis comme jouant un double jeu, bien que contre sou gré. II ne fait pas mention de la conduite d'Epyaxa.
C'est ainsi que Tite-Live dit, au sujet de la conduite des courtisans macédoniens, par rapport à l'inimitié entre Perseus et Demetrios, les deux fils de
Philippe II de Macédoine : « Crescente in dies Philippi odio in Romanos, cui Perseus indulgeret, Demetrius summà ope adversaretur, prospicientes anime exitum incauti a fraude fraternâ juvenis : — adjuvandum^ quod futurum erat, rati, fovendamque spem potentioriSj Perseo se adjungunt, » etc. (Tite-Live, XL, 5).
26 BISTOIBB DE LA ORÈCB
roi de Perse. Outre le ressentiment que leur causait cette tromperie, ils reculaient complètement devant le danger» non par crainte des armes persanes» mais à cause des terreurs que leur inspiraient une marche de trois mois, à partir de la côte, pour s'avancer dans l'intérieur, et l'impossibilité du retour, ce qui avait si fortement affecté le roi Spartiate Kleomenès (1) un siècle auparavant; la plupart 4'entre eux (comme je l'ai fait remarquer plus haut) étant <les hommes de position et de familles honnêtes dans leurs villes respectives. En conséquence, ils déclarèrent leur détermination de ne pas avancer plus loin, vu qu'ils n'avaient pas été engagés pour combattre contre le Grand Roi (2).
Des officiers grecs, chacun (Klearchos, Proxenos, Menôn, Xenias, etc.) commandait sa division séparée sans généralissime, si ce n'est Cyrus lui-même. Chacun d'eux partageait plus ou moins le ressentiment aussi bien que la répugnance des soldats. Mais Klearchos, exilé et mercenaire de profession, était sans doute préparé à cette mutinerie, et avait assuré Cyrus qu'on en pourrait triompher. Qu'un homme tel que Klearchos pût être toléré comme soldat volontaire et non de profession, cela prouve combien les hoplites grecs étaient susceptibles d'accepter la discipline militaire. Car bien qu'il eût de grandes qualités militaires, étant brave, résolu, plein de ressources à l'heure du danger, prévoyant pour la subsistance des soldats, et ne reculant m devant la fatigue ni devant la peine, — cependant ses manières étaient dures , ses punitions perpétuelles aussi bien que <3ruelles, et il n'essayait ni ne se souciait de se concilier se» soldats , qui en conséquence restaient avec lui, et étaient remarquables par leur exactitude à obéir à la discipline, tant que des ordres politiques l'exigeaient d'eux, — mais qui préféraient servir sous d'autres commandants quand ils pouvaient l'obtenir (3). Voyant qu'on désobéissait à ses ordres 4e marcher en avant, Klearchos se mit aussitôt en devoir.
q^ V. Hérodote, V, 49. (3) Xénoph. Anab. U, 6, 5-15.
(3)Xénoph. Anab. I, 3, 1.
CYRUS LE JEUliE ET LES BIX MILLE QRECS 27
selon son habitude, d'employer la rigueur et les punitions. Mais il rencontra une résistance universelle ; lui-même , avec les bètes de somme qui portaient son bagage, fut assailli à coups de pierres quand il commença à avancer, et peu s'en fallut qu'il ne perdît la vie. Ainsi désappointé dans sa tentative de coercition, il fut obligé de réunir les soldats en assemblée régulière et d'essayer la persuasion.
En paraissant pour la première fois devant les soldats as* semblés, cet officier dur et impérieux resta longtemps silencieux, et même il versa des larmes, point remarquable dans les coutumes grecques, — et propre à faire une extrême impression sur les soldats, qui le regardaient avec surprise et en silence. Enfin il leur dit : « Ne soyez pas étonnés, soldats, de me voir profondément mortifié. Cyrus a été pour moi un ami et un bienfaiteur. C'est lui qui m'a accueilli comme e'xilé, et qui m'a donné dix mille dariques, que j'ai dépensés non à mon profit ni pour nçion plaisir, mais pourvous, et pour défendre les intérêts grecs dans la Chersonèse contre des déprédateurs thraces. Quand Cyrus m'a appelé, je suis venu à lui avec vous, afin de reconnaître de mon mieux son ancienne bonté. Mais aujourd'hui, puisque vous ne voulez plus marcher avec moi, je suis dans la nécessité ou de renoncer à vous ou de lui manquer de parole. Fais-je bien ou non? c'est ce que je ne puis dire ; mais je resterai avec vous, et je partagerai votre sort. Personne ne dira de moi qu après avoir conduit des troupes grecques dans une terre étrangère, j'ai trahi les Grecs et préféré l'étranger. Vous êtes pour moi une patrie, des amis, des alliés : tant que vous êtes avec moi, je puis aider un ami et repousser un ennemi. Comprenez-moi bien ; j'irai partout où. vous irez, et je partagerai votre fortune (1). »
Ce discours et la déclara,tion distincte de Klearchos qu'il ne voulait pas marcher en avant contre le roi furent entendus par les soldats avec un grand plaisir, que partagèrent
(1) Xénoph.. Anab. I, 3, 2-7. Ici, tradnig le sens plutôt que les znots.
«eouue cUms d^aatres occasions, je
ceux des autres divisions grecques, d'autant plus qu'aucun des autres commandants grecs n'avait encore annoncé une semblable résolution. Ce sentiment fut si fort parmi les soldats de Xenias et de Pasiôn, que deux mille d'entre eux quittèrent leurs commandants et passèrent sur-le-champ, ' avec armes et bagages, dans le campement de Klearchos. Cependant Cyrus lui-même, effrayé de la résistance qu'on avait rencontrée, envoya demander une entrevue avec Klearchos. Mais ce dernier, sachant bien le jeu qu'il jouait, refusa de se rendre à son appel. Toutefois il dépêcha en même temps un message secret pour encourager Cyrus en l'assurant que tout finirait par aller bien, — et par le prier en outre de lui adresser de nouvelles invitations , afin que lui (Klearchos) pût répondre par de nouveaux refus. Il réunit ensuite de nouveau en assemblée et ses propres soldats et ceux qui avaient récemment abandonné Xenias pour se joindre à lui. « Soldats (dit-il), nous devons nous rappeler que nous avons maintenant rompu avec Cyrus. Nous ne sommes plus ses soldats, ni lui notre trésorier; en outre, je sais qu'il croit que nous l'avons ofiensé : — aussi éprouvé-je de la crainte et de la honte d'aller auprès de lui. C'est un bon ami, — mais un formidable ennemi, et il a une puissante armée à lui, que vous voyez tout près d'ici. Ce n'est pas pour nous le moment de nous endormir. Il nous faut délibérer avec soin si nous devons rester ou partir ; et si nous partons , comment nous nous en irons en sûreté , et comment nous nous procurerons des provisions. Je serai charmé d'apprendre ce que chacun a à suggérer. »
Au lieu du ton péremptoire habituel à Klearchos, les soldats se trouvaient alors pour la première fois, non-seulement délivrés de son commandement, mais privés de ses avis. Quelques soldats parlèrent à l'assemblée, proposant diverses mesures appropriées à la circonstance; mais leurs propositions furent combattues par d'autres orateurs, qui, à l'instigation secrète de Klearchos lui-même, exposèrent les difficultés qu'il y avait soit à rester, soit à partir. L'un de ces partisans secrets du commandant aflfecta même de prendre le parti opposé et de désirer impatiemment un départ immé-
CYRUS LE JEUNE ET LES DIX MILLE GRECS 29
diat. « Si Klearchos ne yeut pas nous ramener (dit l'orateur), choisissons immédiatement d'autres généraux, achetons des' provisions, tenons-nous prêts à partir et envoyons ensuite demander à Cyrus des bâtiments marchands, — ou en tout cas des guides dans notre marche de retour par terre. S'il refuse d'accéder à ces deux requêtes, nous devons nous mettre en ordre de marche pour nous frayer un chemin en combattant et envoyer sans retard un détachement en avant pour occuper les défilés. » A ce moment, Klearchos intervint pour dire que, quant à lui, il lui était impossible de continuer à commander ; mais qu'il obéirait fidèlement à tout autre commandant qui pourrait être choisi. Il fat suivi par un autre orateur, qui démontra l'absurdité d'aller demander à Cyrus soit un guide , soit des vaisseaux, au moment même où ils faisaient échouer ses projets. Comment pouvait-on espérer qu'il les aiderait à partir? Qui pourrait se fier soit à ses vaisseaux, soit à ses guides? D'un autre côté, partir à son insu ou'sans son concours était chose impossible. Ce qu'il y avait de mieux à faire, c'était ,de lui envoyer une députa tion, composée d'autres Grecs avec Klearchos, pour lui demander ce qu'il voulait réellement, ce que personne ne savait. Sa réponse à cette question serait rapportée à l'assemblée, afin qu'elle pût prendre une résolution en conséquence.
Les soldats accédèrent à cette proposition ; car il n'était que trqp évident que la retraite n'était pas chose facile. La députation alla poser la question à Cyrus, qui répondit que son but réel était d'attaquer son ennemi Abrokomas, qui était sur le fleuve de l'Euphrate, à douze jours de marche en avant. S'il y trouvait Abrokomas, il le punirait comme il le méritait. Si ^ d'autre part , Abrokomas avait fui , ils pourraient délibérer de nouveau sur ce qu'il serait convenable de faire.
Les soldats, en apprenant cette réponse, la soupçonnèrent d'être une déception, mais y acquiescèrent néanmoins, ne sachant quelle autre chose faire. Ils demandèrent seulement une augmentation de paye. Pas un mot ne fut dit au sujet du Grand Roi, ni de l'expédition contre lui. Cyrus accorda
une augmentation de paye de cinquante pour cent sur lé taux antérieur. Au lieu d'un darique par mois pour chaque soldat, il consentit à donner nn darique et demi (1).
Cette remarquable scène à Tarsos jette du jour sur le caractère du soldat-citoyen grec. Ce qu'il faut surtout signaler, c'est l'appel fait à leur raison et à leur jugement, -— l'habitude, établie plus ou moins dans une portion si considérable du monde grec et atteignant son maximum à Athènes, d'entendre les deux côtés et de décider ensuite. Les soldats sont indignés, justement et naturellement, de la fraude pratiquée à leur égard. Mais, au lieu de s'abandonner à ce mouvement que fait naître le passé, ils sont amenés à considérer les actualités du posent et à mesurer ce qu'il y a de mieux à faire pour l'avenir. Rebrousser chemin du lieu où ils se trouvaient, contre la volonté de Cyrus, était une entreprise tellement pleine de difficultés et de dangers que la décision qu'ils finirent par prendre était commandée par les meilleures considérations de la raison. Continuer était la chose la moins dangereuse des deux, outre les chances qu'elle présentait d'une récompense illimitée.
Comme les autres officiers et soldats grecs suivirent l'exemple de Klearchos et de sa division, toute Tarmée partit de Tarsos et atteignit Issos, la dernière ville de Kilikia, en cinq jours de marche, — et en franchissant les fleuves Saros (2) et Pyramos. A Issos, port de commerce florissant à l'angle du golfe de ce nom, Cyrus fut rejoint par sa flotte de 60 trirèmes, — 35 lacédaemoniennes et 25 persanes, amenant un renfort de 700 hoplites sous le comman-
(1) Xénoph. Anab. J, 3, 16-21.
(2) La largeur du fleuve Saros (Scihun) est portée par Xénophon à 91 mètres, ce qui s'accorde presque areo les rapports des voyageurs modfimes (Kocb, Der Zug der Zehn Tausend, p. 34).
Cf. , pour la description de ce pays, le Journey throu^ Asia Mlnor, p. 135, de Kinueir: le colonel Chesney, Euph.
and TJgr. II, p. 211 ; M. Ainsworth,
Travelsîn the Track of the Ten Tbousand, p, 54.
Le colonel Chesney afBrme que ni le- Saros, ni le Pyramos, ne sont guéables.
Il y a dû y avoir des ponts, ce qui, dans Tétai florissant alors de la Kilikia, n'est nullement improbable. Toutefois, lui et M. Ainsworth différent quant à la route qu'ils su^M>sent que Cyrus a prise entre Tarsos et Issos.
CYRUS LE JBUKE BT LBS mX MILLE GRECS 31
dément du Lacédasmonien Cheirisophos, qae Ton disait avoir ét^ envoyé par les éphores Spartiates (1). Il reçut aussi un nouveau renfort de 400 soldats grecs, qui portait le total de son armée à 14,000, dont il faut déduire les 100 soldats de la division de Menôn tués en Kilikia.
L*arrivée de ce dernier corps de 400 hommes était un fait de quelque importance. Ils avaient été jusque-là au service d*Abrokomas (le général persan, qui commandait une vaste armée que Ton disait être de 300,000 hommes, pour le roi, en Phénicie et en Sjnrie), service qu'ils abandonnaient à c^ moment pour passer à Cyrus. Cette désertion était à la fois la preuve de leur répugnance à combattre contre le grand corps de leurs compatriotes qui s'avançait dans le pays et du découragement général qui régnait dans l'armée du roi. En effet, ce découragement était si grand qu'Abrokomas s'enfuit alors de la côte syrienne dans Tintérieur, abandon* nant trois positions défendables successivement : 1. les portes de Kilikia et de Syria; 2. le défilé de Beilan, sur le mont Amanos; 3. le passage de l'Euphrate. Il paraît avoir été alarmé par le passage facile de Cyrus de Kappadokia en Kilikia, et plus encore, probablement, par la collusion évidente de Syennesis avec l'envahisseur (2).
Cyrus s'était attendu à trouver les portes de Kilikia et de Syria vigoureusement défendues, et il avait pourvu à cette éventualité en amenant sa Hotte à Issos, afin qu'il pût être en état de transporter une division par mer sur les derrières des défenseurs. Le défilé n'était qu'à une journée de marche d'Issos. C'était une route étroite pendant la longueur d'un demi- mille, entre la mer d'un côté et les falaises escarpées terminant le mont Amanos de l'autre. Les deux entrées du côté de la Kilikia aussi bien que de celui de la Syria étaient toutes deux fermées par des murs et des portes : à mi-chemin entre les deux, le fleuve Kersos s'élan-
(1) Dîodore, XIV, 21. ijxoue Kûpov év KiXixiqt 6vTa, àva-
(2) Xénoph. Anab. I, 4, 3-5. "ÀSpo- <TTpé4'a;èx<^oivCxyi(;,wapàpa(jiXéa àiz-fix6{iaç Ô' où TOÛTO èTCOiTiffEv, àXX* èTtet Xauvsv^ etc.
çait des montagnes et se jetait dans la mer. Aucune armée ne pouvait forcer ce défilé contre des défenseurs ; mais la possession de la flotte permettait sans doute à un assaillant de le tourner. Cyrus éprouva une extrême joie de le trouver non défendu (1). Et ici nous ne pouvons nous empêcher de signaler Thabileté et la prévoyance supérieures de Cyrus, en tant que comparé aux autres Perses opposés à lui. Il avait songé à l'avance à cette difficulté de sa marche, aussi bien qu'aux autres , et il avait pourvu aux moyens de les surmonter, tandis que, du côté du roi, tous les nombreux moyens et les occasions de défense sont successivement abandonnés. Les Perses n'ont confiance que dans de vastes nombres, — ou, quand les nombres font défaut, dans la perfidie,
A cinq parasanges, c'est-à-dire à une journée de marche, de ce défilé , Cyrus atteignit la ville maritime phénicienne de Myriandros, place très-commerçante, avec son port rempli de bâtiments marchands. Pendant une halte de sept jours qu il y fit, ses deux généraux Xenias et Pasiôn le quittèrent ; ils engagèrent secrètement un navire de commerce à les emporter avec ce qu'ils possédaient. Us ne pouvaient oublier le tort que leur avait fait Cyrus en permettant à Klearchos de conserver sous son commandement ces soldats qui les avaient abandonnés à Tarsos, à l'époque où ce dernier exécutait sa trompeuse manœuvre. Il se peut que les hommes qui avaient déserté ainsi aient été peu disposés à retourner à leurs premiers commandants, après avoir fait une démarche aussi blessante. Et cela peut expliquer en partie la politique que suivit Cyrus en sanctionnant ce que Xenias et Pasiôn ne pouvaient s'empêcher de ressentir comme un tort grave, sentiment que partageait une partie considérable de l'armée. La croyance générale parmi les soldats était que Cyrus dépêcherait immédiatement quelques trirèmes pour atteindre et ramener les fugitifs. Mais, au lieu de cela, il convoqua les autres généraux, et après
(1) Piodore, XIV, 21.
CYRUS LE JBUNB BT LES DIX MILLE GRECS
leur avoir communiqué le départ de Xenias et de Pasiôn, il ajouta : — « J'ai une quantité de trirèmes pour atteindre leur bâtiment marchand, si je le voulais, et pour les ramener. Mais je ne veux faire rien de pareil. Personne ne dira que je me sers d*un homme pendant qu'il est avec moi, — et qu'ensuite je le saisis, le dépouille ou le maltraite, quand il désire partir. Bien plus, j'ai leurs épouses et leurs enfants gardés comme otages à Trallês (1); mais ils leur seront même rendus, en considération de leur bonne conduite jusqu'au jour actuel. Qu'ils partent, s'ils le veulent, sachant bien que leur conduite envers moi est pire que la mienne à leur égard. » Cette manière d'agir, à la fois judicieuse et conciliante , fut universellement admirée et produisit sur l'armée le meilleur effet : elle donna une confiance en Cyrus qui contribua beaucoup à triompher du découragement dominant dans la marche inconnue qu'ils étaient en train d'exécuter (2).
A Maryandros, Cyrus quitta définitivement la mer, renvoya sa flotte (3) et s'avança avec son armée de terre à l'est, pour entrer dans l'intérieur. Dans ce dessein, il fut nécessaire d'abord de franchir le mont Amanos, par le défilé de fieilan, route éminemment difficile, qu'il fut assez heureux pour trouver ouverte, bien qu'Abrokomas eût pu facilement la défendre, s'il l'eût voulu (4). Une marche de quatre journées amena l'armée au Chalos (peut-être le fleuve d'AJeppo), plein de poissons réputés sacrés par les habitants du voisinage; cinq autres journées, aux sources du fleuve
(1) Xénoph. Anab. I, 4, 6.
Demander les épouses ou les enfants des généraux en service, comme otages répondant de leur fidélité, paraît n'avoir pas été rare chez les rois Perses. D'autre part, on regarda comme un trait d'une soumission extrêmement obséquieuse dans l*Argien Nikostratos, qui commandait le contingent de ses compatriotee, servant sous Artaxerxês Oohus en Egypte, qu'il offirtt d'amener son fils au roi, comme otage, sans qu'il fût
demandé (Théopompe, Fragm. 135 (éd. Wichers) ap. Athenas. VI, p. 252}.
(2) Xénoph Anab. I, 4, 7-9.
(3) Diodore, X1V,21.
(4) Y. les remarques de M- Ainsworth, Travels in the Track of the Teu Thousand, p. 58-61 ; et d'autres citations relatives à la route difficile par le défilé de Beilan, dans les bojmes notes .de Mutzel sur Quinte-Curcei III, 20, 13, p. 101.
nBTQSDKB M %k CtticaB
BaxMfax^ ainsi cpi^an padais et ^a paire ds. aatrapa sjYiea Bekays ; trois jommées esoeore^ à Thapsakoa» sar rEaipharate. C'était ittie TUla gcadula et florissante» eentare de eeaxtQterce «nriicM par le gaé on passage^ impcwtant dm ûa\x^e de TEupj^rate tonA prèsd'ellie:, à eaa^ison 35^ 40? de iatkad& làoità (1)^ Quand les sûMa^ks de G jnia a^iièreat^ le fleuve avait quatre atadas de korgear 9u mit peu ladua d'ua dâmi-milLe anglais (=:;8O0 iniàibreâ)r.
Cyrus resta à Tlftapâakoe ciu^ joursv II fat aloura obligé de 6âr« connaître Sonoa^lemeAt à ses aeldats Tol^et réel de la Biarofaiev d^aisé jusH^iiie^lày du moiints^ q^uaut aii miia. En cooraéqiseuee, il fit v^eniir les géaéaraas grées et les pria de CQm-nuHii^er pnèliquemenis le fait ^u'il a>'avaiLcaît vers Bal>y« liane coaAre acan feère^ — ee dont euannêmes pxebablesfteut
(1) Ni le Chalos, ni le Daradax, ni dons le fait la loute suûsrift par Gjras qvand il traversa la Syrie de la mer à l"8uphrate, ne peuvent §tre recoonna d^iios. manière sal^isiGuBooito (Koeh, Zng:
der Zakn Timsend, p. 36,. 37).
Relativement à la ntnation de Thapadlios — placéie dfnne^ m&mèire enoml^ pot-RiiiBuedli ^lus en arral cbi iilfiiuie,, à, 0QiSy où elle est marquée même dans la carte* annexée an I^pport du c(dV>nel Clrasney, sur FËup&mte, ev par- Boiahard i^ns en anwnt du fleuve^piës de Bir — "V". Rîtter, Erdkunde, part.
X, r. IIî; West-Asien, p. 14-17, arecla discussion élaborée, p. 972-978, dans fe même- volume; ainsi que l'ouvrage de M. Àinsworth, cité plus haut, p. 70.
Ia sitEUPtâon de TtenpsakoB ea&pdMéaexaxH^ntentr dans le «^ernâepavuvTage du colonel Gheaiey (Bnpiir. and Tigr.
p. 213), et dan» l'excellen^Sa oaxte qui aoQompagne cet onnnmg^, l>i8n qua» je nfàdopte pas son idée de la mardue d« €yrtts entre le* déiilér de BasiLm %t lîkepsaito».
Tliapsakos paraît amaivété le pneagai ]j» plus- f¥équenté et le mieux oomiix sur TEuphrate, pendant toute Jsl duréeida»
rois Séleukldes, jusqu'à 100 avant J.-C.
Il fut choisi comme ii&j pnat:
auquel on pouvait canvenablement rapporter des. observations et des calciils pSE Eratostiièiie et aatre» géegrspdi«s (V. Straboa, IT^ pk7a^)'. Après le tamfft où Tempire romaim sa- fut étendu jusqu'à l'Euphrate, 1<8 nouveau Zeugma, plus en ajmiaat d!m ûemr% pràstd^-l^r ou Bihvejek (.vesa Is 37« paBaUèla da Iktitude), devint plus employé et mieux connu, âa moins pour les éerivans roaiain»;.
La passage à ThapsaJios était dans Ia ligne de route de Palmyre à Karrhœ, dans Ifr Mésepfttarmie saptentrionaSa ; également de Seleukeia (sur le Tigre, au-dessous de Bagdad) aux autres villes fondées dans la Syrie septentrionale par Seleukos Nikatao et aas anoocisaBUfSy AAtiadi» suc l^Ovontô», Sdenkeia- en Pispiar Laodikaia^ AnJâsche adi TaumiiiT «te.
Le.' gué: à TlafsakQE (V. M.. AiaswcETth, pà 68,. 7<)y «< est eélèbse jusqu'à (m joue eomm«; là* gué> des AnesBeh on BëldoninaL. Sov la viw. ànMàa- de! l'Eu.plttntov ili y a llss nei^af d«'uae dhanaséff pàff éft COTnhiimiA aaa rîwe» mdmaa d»
flsuve^etttMifciaaéenai le c&té apposé. »
CYRUS LE JEUKE E.T LES- I>IX MiLLE GRECS 35
avaient eu coBtnaâssaace de{Madâ qibelqiie temps.. Tontefoisr» parmi les soldats» la première auoinosiee exeita de bruyaats murmuzres » accomi^gBés d^i&ne accusatioa coatre ks gêné-raux àB les avQÎr trahis, avec lat participation de Cyms*. Mais cette explosion fut très^différente: de Ténergique ré]M3i^ gaancé qu'ils avadent oi^aifestée aiiperayaat à Tarsoa. EyI* demment ils SiO«ipçoimaieiit la vérité réeUe et s*y étaient presque résignés, de sorte que le«ra plaintes ne tardèrent pas à- se changer en une demande de gratification pour chatqisLe homme ^ aussitôt (|a*ils seraient arrivés à Babytone». autant que ee que Cyrus avait donné auparavant à son détachement grec pour pajTvenix où ils étaient. Cyrus s'empressa de leur promettre environ cinq mioies par tête (environ 481 fr. 25), égales, k plus^ d'une année? de paye, au taux réeeakment stipulé d'un darique et demi par mois- En outrey. il sei^âgea à leur donner le taux complet de paye jusqu'au ce qu'ils euâsent été ramenés à la côte ionienne. Des affres si libérales satisfirent les Gr^& et servirent à contre-balaAcer au moins, sinon à efiacer, les terreurs causées par cette région inconnue dan^j Laquelle ils. étaient sur le poini de s'ei^ager.
Mais> avant que le corps général des. soldats grecs eist déclaré son acquiescement formels Menôn^ avec sa division* séparée, était déjà dans l'eau, en train de traverser le fleuve. Car Menôn avait poussé ses soldats à prendre une décision séparée et à l'exécuter avant que les autres eussent donné lise réposâe quelconque. «- En agissant ainsi (ditril)^ vous reidrez un service spécial à Cyrua, et vous gagnerez une récompense correspondante.. Si les autres vous suivent et passent reau« il supposera. qu'ils le- font parce que vous. avez: donné l'exemple. Si, au contrairev les aiitres refusent, vous serez tous obligés de faire retraite; mais il n'oubliera jamais que, pris séparément, vous avez fait tout ce que vous pouviez pour lui. >» Cette atteinte à l'action commune et cette avidité pour un gain séparé, à un moment où c'était une questiofî vitale pour to>iis les soldats grecs d'agir tous de concert, étmeat une démarche conforme au caractère égoïste et {i^rflde^ de. Men&a>. Toutefois ,^ il eu arriva complètement
à ses fins; car Cyrus, en apprenant que les troupes grecques ayaient réellement traversé le fleuve, dépêcha Glus, Tinterprète, pour leur exprimer ses remerciements les plus chaleureux et pour leur assurer qu'il n'oublierait jamais cette obligation ; et en même temps il envoya sous main des présents considérables à Menôn séparément (1). Il passa avec toute son armée immédiatement après, personne n'ayant de l'eau au-dessus de la poitrine.
Qu'étaient devenus Abrokomas et son armée, et pourquoi ne défendit-il pas ce passage où Cyrus aurait pu si facilement être arrêté? On nous dit qu'il y avait été peu auparavant et qu'il avait jugé suffisant de brûler toutes les embarcations à Thapsakos, dans la pensée que les envahisseurs ne passeraient pas le fleuve à gué. Et Xénophon nous apprend que les Thapsakéniens affirmaient que TEuphrate n'avait jamais été guéable auparavant, — qu'on le traversait toujours au moyen de bateaux; au point qu'ils considéraient l'abaissement actuel des eaux du fleuve comme une intervention providentielle des dieux en faveur de Cyrus : « Le fleuve lui fit un clmmin pour venir prendre le sceptre. » En voyant Abrokomas arriver ensuite trop tard pour la bataille de Kunaxa, nous serons amené à soupçonner que lui aussi, comme Syennesis en Kilikia, jouait un double jeu entre les deux frères royaux, et qu'il se contenta de détruire ses embarcations, qui formaient le moyen ordinaire de communication entre les deux rives, sans s'occuper de s'assurer si le passage était praticable sans elles. L'assertion des Thapsakéniens, en tant qu'elle n'était pas un simple trait de flatterie à l'adresse de Cyrus, n'avait pu guère avoir d'autre fondement que le fait qu'ils n'avaient jamais vu traverser à gué le fleuve (qu'il fût praticable ou non), tant qu'il y avait des bacs réguliers (2).
(1) Xénoph. Anab. I, 4, 12-18. d'Alexandre, affirmant que la mer
(2) Xénoph. Anab. I, 4, 18. Cf. près de la Pamphi lia lui avait fait une (PJutarque, Alex. 17) des expressions route providentiellement — des habianalognes de flatterie — des historiens tant» des rives de l'Ëuphrate, quand le
CYRUS LE JEUNE ET LES DIX MILLE GRECS
Après avoir franchi TEuphrate, Cyrus s'avança, par une marche de neuf journées (1}, au sud le long de la rive gauche, jusqu'à ce qu'il arrivât à son affluent, la rivière Araxès ou Chahoras, qui séparait la Syrie de rArabie. Dans les villages nombreux et bien garnis qui étaient situés là, il se fit un fonds considérable de provisions, pour afifronter la marche pénible à travers l'Arabie, qu'ils étaient sur le point de commencer, en suivant les rives de l'Euphrate encore plus loin dans le sud. Ce fut alors qu'il entra dans ce qu'on peut appeler le désert, — étendue ou succession sans fin d'ondulations, « comme la mer », sans aucune culture ou même sans aucun arbre ; rien que de l'armoise et divers arbustes aromatiques (2). Là, les Grecs étonnés virent aussi, pour la première fois, des ânes sauvages , des antilopes, des autruches, des outardes, dont quelques-uns procurèrent un divertissement, et, à l'occasion, de la nourriture aux cavaliers, qui s'amusaient à les chasser, bien que l'âne sauvage fût plus vite qu'aucun cheval et l'autruche complètement inabordable. Une marche de cinq jours les amena à Korsôtê, ville
fleuve fut traversé par les légions romaines et le prince Parthe Tiridatês, sous le règne de l'empereur Tibère (Tacite, Annales, VI, 37) : et par Lucullus encore plus tôt (Plutarque, Lucuil. c. 24).
Le moment où Cyrus passa l'Euphrate a dii être probablement vers la fin de juillet ou le commencement d'août. Or l'époque de la hauteur la plus grande des eaux de ce fleuve, près de cette partie de son cours, est du 21 au 28 mai« L'époque où elles sont les plus basses est vers 1q milieu de novembre (V. Report on the .Euphratês, p. 5, du colonel Chesney).
RenneU par erreur avance qu'elles sont les plus basses en août et en septembre (Expedit. of Xenophon, p. 277). Les eaux étaient ainsi à une sorte de hauteur moyenne quand Cyrus passa.
M. Ainsworth dit qu'il n'y eut que Tingt pouces (50 centim.) d'eau dans le
gué de Thapsakos, d'octobre 1841 à février 1842 ; les vapeurs Nimrod et Nitocris touchaient alors (p. 72;, bien que les vapeurs l'Euphrate et le Tigre l'eussent franchi sans difficulté en mai.
(1) Xenophon donne ces neuf jours de marche comme équivalant à cinquante parasanges (Anab. I, 4, 19).
Mais Koch fait remarquer que la distance n'est pas de moitié aussi grande que celle de la mer à Thapsakos, que Xenophon évalue à soixante-cinq parasanges. Il y a ici quelque confusion ; avec la difficulté ordinaire d'assigner une distance donnée quelconque comme l'équivalent de la parasange (Koch, Zug der Ten Tausend, p. 38).
(2) V. le témoignage remarquable rendu par M. Ainsworth, après une observation personnelle, à l'exactitude de la description que Xenophon fait du pays, même au temps actuel.
HISTOIRE BS lA OltÈCB
qoi'aTaient abandonnée ses habitants, — en laissant toute* fois probablement derrière eux les marckands de comesti- Mes, comme cela était arrivé auparavant à Tarsos, en Kilikia{l); puisque Tarmée y augmenta ses provisions pour la marcbe en avant. Elle mit en réquisition tout ce qu'elle put oMenir ; mais ce fut dans le fût insuffisant pour le pénible voyage qui l'attendait. Pendant treize jours successifs, évalués à quatre-vingt-dix parasanges, les soldats marchèrent le long de la rive gauche de l'Euphrate, sans provisions «et même sans herbages, excepté dans quelques rares endroits. Leur farine était épuisée, de sorte qu'ils vécurent pendant quelques jours uniquement de viande, tandis que beaucoup des bêtes de somme mouraient de faim. De plus^ le terrain étsdt souvent gras et difficile, plein de collines et de vallées étroites, exigeant les efforts personnels de tout le monde pour pousser les chariots et les fourgons d^^ns des cas particuliers , efforts auxquels les courtisans persans de Cynis, sur ses ordres exprès, prirent une part empressée, travaillant dans la boue avec leurs riches costumes (2). Après ces treize jours de peine, ils arrivèrent à Pylae, près de l'entrée • du territoire cultivé de la Babylonia, où il semble qu'ils s'ar- .rètèrent cinq ou six jours pour se reposer et se refaire (3).
(1) Xénoph. Anab. I, 2, 24.
<2) Xénoph. Anab. I, 5, 4-8.
(3) Je conclus que Tarmée ^'aTfSta là innq ou six jours, de ThistoiTe racontée plus tard relativement k î'ambrakiote Siianos, le prophète de Tannée, qui, '■ en sacrifiant, avait dit à Cyrus que son frëre ne combattrait pas pendant dix jours CI, 7, 16). Ce sacrifice a dû être offert, j'imagine, pendant la halte — non pendant la marche désolante qui précéda. Les dix jours indiqués par Silanos expirèrent le quatrième jotir après qu'ils quittèrent Pylae.
C'est au sujet de cette partie du cours de l'Euphrate, depuis le Chaboras «u sud jusqu'auprès d'Anah et de Hit (l'ancienne Is, mentionnée par Hérodote et célèbre encore à cause de sa
quantité inépuisable de bitume), entre le 35 l/2«» et le 34« de latitude — que le colonel Chesney, dans son Report on the Navigation of Euphratês (p. 2) fait les remarques suivantes :
« Le paysage au-dessus de Hit, €3i lui-même très-pittoresque, est fort «nibelli, à mesure qu'on est porte le long du courant, par le retour fréquent, à de très-courts intervalles, d'anciens aqueducs d'irrigation : ces beaux spécimens d'art et de durée sont attribués par les Arabes au temps des ignorants, c'est-i-dire (comme on l'entend expressément) les Perses, quand ils adoraieat le feu et possédaient le raosde. Us couvrent littéralement les<deux rives, et prouvent que les bords du fleuve étaient jadis habités par une popnlatioii.
cYRus LE vjsmm ST Les mx. «sx^lb grecs
H y avait ^lar îte t)*té «opposé éa fleuve, à «ce padnt om miçtrè», une ville florissante nommée Charmundè; kNS soBflbtts s*j rentrent ^e«i passant Teaa (a« sue^n 4« pcMix ëotsmées «de
•dense trës-a-vancëe en effet dans IVipl^ootlon Ae rbyâianiliqiiB 4 >â«i Vntfl dameBt%ufis de la jpremièas et de Ja plus grande utilité — le transport de Peau. La ïôi» grande Tpartie-ewttRij oiil>d'imi iihis DU Boins «n niinefi ; «mis quelques-uns ont été réparés et entretenus pour servir soît à moudre le iDlé, soit à «iTMer. Les afoeftucB sont as pierre, fortement «cimeavtés, m rétrécissant an sommet à environ soixante ou cinquante centimètres; ils sont placés -à «ivgles droits «par rnpport au courant, et dirigés à diverses distances vers rintérieur, de cent quatre-vingtdeux martres à un kilomètre quatrcvingt-dixtse^ mètres.
« Mais ce qui conaerne surtout le sujet de ce mémoire, c'est Texistence -d*un parapet on Tenipart de pierre dans le âeuve, précMément au-deasos des divers aqueducs. En général, il y a nn parapet attaché a cliacnn des aqueducs. Et presque invariablement, entre deux moulins sur les rives opposées, l'un d'eux traverse le courant d'un •o&té à IViutpe, à r«s:oevtion d'un passage baissé «n contre povr le passage €e8 bateaux qui remontent et <iesieendei^. L'objet de ces nrars eoiis Teav vembleraH êta»e es?eliisi<vement d*élevQr l'eau siiffîeaBnnent wix saieooB Ibasses, •de lui^ionner une impulsion, aussi biesi qne de foirnrir «ux rones «sme quantité plue alM»Bdante. Et leur 'effet à ces époques est de créer une chute dam; toutes les parties de la largeur, à Tex- •oeptjon de l'euvertnre laissée pour le «ommerce^ par laqueille l*e»a se précipite av^ctme surface assez irrégwlifere.
Ces harrages -avaient probablement ^ans Toiigine de quatre à huit pieds de haut; mais ils«oirt aujonrd'lrai souvent »«e lèîgtte 'de pierres qra trouble Tégalité dn couratrt, mais qui ftremit tou^
Ôonrs tm passage si!ffî8ant pyoc lie»
granDyds IwteftnK taux «aiBoas ibânes.)»
Les marques ^xie j%nale le colonel Chesney d'une population et d'une îndasptrie «ntérienres sur les rsres as îL'EiLphmte à MXMe y aartie de eon oonss; sont extrêmement intéressantes et jcurieuses, quand on les compare avec Ib déstdotônn •âéODîike par XéDoq»hQB^ qu mentionne qu'il n'y avait pas d'anitres habitants que quelques gens qui vi- Taient en 'taiHant des meules esrtrirïtes d.esiQai3ièresvoifiiiifi&, et^ -envciyaicot à Babylone en échange de gra4n. Il est évident que la population, dont le colonel Ohesney vît les signes qui mttaieo^, ou .avait déjà cessé «d'êtne depuis longteiiips, ou qu'elle ne commença d'exister, ou de construire ses barrages et «es a^psèacs, qa*à une é^peqne postérieure À Xénophon. Elle se forma probablement pendant la période des rois Séleukidés, après l^aimée 300 avamt J.-C. Car cette ligne déroute le long de l'Euphrate commença alors à 'acquérir une grande importance comme ino3^en de «cjammaaicstion entre .la grande cité de SeUeokeia (sur le Tign% an-desBcms d« iBagdad) et les antses TÏi^ fondées par âeleukos JiimEtttar frt 8ts saceessen», rdans le novd d« la êyrie iet4e TAsie Mineure — SeleoèRÛi en Pieria, Aotiocha, Laodikeia, Apar* meia, etc. €efcte ^vambe coSBoide prân* «ipalameot avec la route actuelle de Bagdad à Alep, traversant TEiapiuraiie à Tliapsakos. 0«"Eieipeizt.gaène dcniter q«e le omsps de PEupiirate nefûtvoéeux pFOté^ pendaaet (Les deux siècles des iHÀB Séleukidés <30»-10@ &\mab J.^^ pour parler en nombres rends), qm^sL «e Tint à t'dtoe plus tard, quivndee <flenv« devint la ligne &ronti^ entve les Branams et iks Baiiâies. Toatte^ek, même k ^époque del^xrvaiMndperflsnv
foin), et s'y procurèrent d'abondantes provisions, surtout du vin de dattes et du millet (1).
Ce fut pendant cette halte en face de Charmandè qu'éclata une dispute entre les Grecs eux-mêmes, menaçante pour la sûreté de tous. J'ai déjà mentionné que Klearchos, Menôn, Proxenos et chacun des chefs grecs, jouissaient d'un commandement séparé sur leurs propres divisions, sujet seulement au contrôle supérieur de Cyrus lui-môme. Quelquesuns des soldats de Menôn en étant venus à une querelle avec ceux de Klearchos , ce dernier examina le cas , prononça qu'un des soldats de Menôn s'était mal conduit, et le fit fouetter. Les camarades de l'homme puni ainsi ressentirent si vivement ce procédé que, quand Klearchos retournait à cheval des rives du fleuve à sa tente, accompagné seulement de quelques gens, en traversant le camp de Menôn, ' — l'un des soldats qui par hasard fendait du bois, lui lança sa hache, tandis que les autres le huèrent et se mirent à l'assaillir de pierres. Klearchos, après avoir échappé à ce danger sans avoir reçu de blessure et être revenu à sa division, ordonna immédiatement à ses soldats de prendre les armes et de se mettre en ordre de bataille. Il s'avança lui-même à la tête de ses peltastes thraces et de ses quarante cavaliers, dans
pereur Julien, Ammien Marcellin décrit la rive gauclie de FKuphrate, au bord de la Babylonia, comme étant bien cultivée dans plusieurs parties, et fournissant une ample subsistance (Amm.
Marc. XXIV, 1). A Tépoque del'Anabasis de Xénophon, il n*y avait rien pour donner beaucoup d'importance aux rives de l'Ëuphrate^ au nord de la Babylonia.
M. Ainsworth ^représente le pays sur la rive gauche de TËuphrate, avant d'arriver à Pylae, comme étant aujourd'hui dans le même état qu*il était quand Xénophon et ses camarades le traversèrent — « rempli de collines 'et de vallées étroites et offrant de nombreuses difficultés aux mouvements 4'une armée. Le narrateur fut, par un
accident curieux, laissé par le vapeur l'Ëuphrate sur cet^e partie même du fleuve, et sur le même côté que l'armée perso-grecque, et il eut à marcher un jour et une nuit à travers ces contrées inhospitalières : de sorte qu'il peut parler, pour les avoir éprouvées, des difficultés que les Grecs eurent à surmonter » (Travels in the Track, etc., p. 81).
(I) J'incline à croire que Charmandè a dû être presque en face de Pylae, plus bas en descendant que Hit. Mais le major Kennell (p. 107) et M. Ainsworth (p. 84) supposent que Charmandè est la même ville que la moderne Hit jl'Is d'Hérodote) Il n'y a pas d'autre ville connue avec laquelle nous puissions l'identifier.
CYRUS LE JEUNE ET LES DIX MILLE GRECS
une attitude hestile, contre la division de Menôn, qui de son côté courut aux armes, avec Menôn lui-même en tête, et se rangea eîi ordre de défense. Le moindre accident aurait causé alors un désordre et une effusion de sang irréparables, si Proxenos, arrivant en ce moment avec une compagnie de ses hoplites , ne se fût placé en ordre de bataille entre les deux parties en dispute , et n'eût supplié Klearchos de renoncer à une nouvelle attaque. Ce dernier refusa d'abord. Indigné de voir traiter si légèrement son insulte récente et l'extrême danger de mort qu'il avait couru,. il pria Proxenos de se retirer. Sa colère n'était pas apaisée quand Cyrus en personne, informé de la gravité du danger, arriva au galop avec son escorte personnelle et ses deux javelines à la main. « Klearchos, Proxenos, et vous tous Grecs, dit-il, vous ne savez pas ce que vous faites. Soyez assurés que si vous en venez maintenant aux coups, ce sera l'heure de ma perte, — et de la vôtre également, peu de temps après moi. Carsi Dotre armée est détruite, tous ces indigènes que vous voyez autour de vous deviendront plus hostiles à votre égard même que les hommes qui servent actuellement avec le roi . » En entendant ces mots (dit Xénophon), Klearchos revint à la raison, et les troupes se dispersèrent sans en être venues à une lutte {1).
Après qu'on eut passé Pylae, on entra dans le territoire appelé Babylonia. Les collines qui bordaient TEuphrate, et que l'armée avait franchies jusque-là, cessèrent bientôt, et de basses plaines d'alluvion commencèrent (2). On décou-
(1) Xénoph. Anab. I, 5, 11-17.
(2) Les commentateurs s'accordent à croire que nous devons comprendre par Pylœ une sorte de porte ou de défilé marquant Tendroit où la contrée déserte au nord de la Babylonia, — avec ses ondulations de terre et ses rives escarpées le long du fleuve, — se changeait pour devenir le terrain d'alluvion plat et fertile qui constituait la Babylonia propre. j?eut-être y avait-il une
ville près du défilé dont elle prenait le nom.
Or il paraît, d'après l'examen du colonel Chesney, que ce changement dans la nature du pays s'opère quelques milles au-dessous de Hit. Il fait observer (Euphratês andTigris, vol. I, p. 54) ; « Trois milles au-dessous de Hit, les restes d^aqueducs disparaissent, et les sinuosités deviennent plus courtes et plus fréquentes, à mesure que le fleuve
HlS'ndl&E BS Ul 0SÊÈCE
yrit alors les itraces, les premièaTfte penâaai knur loa^ne marche, d'une araa&tée ieD(ii>eBxiite qai éiaàt «ai mmi^eniÈnt lor devant ks Ojpecs, raiç^agieait J^e pays et br&lait l^es à'erbage&. Ce Iftiit là iSfUB 'Cymis décoa'VTit la trahis^ai 4'^un imb\e P*ci»e lïommé OroQibès, qn'il iistemôgoa dans sa tfemte, nen présence de divers Persms possessears ée Ba cenfiatnoe intime, mm. . bien que de Klearcbos avec «ne garde de trois mille ibo{>- Irtes. Oroditês fut interrogé, (pec®nn« ooapable, et ©ecretemeiat isàs à mort (1).
AfHrès trois j^un^s Ae marche^ testimiées jDAr XéiDiop8K«i à deaze pamsanges, Cyrus fut aiuteité par le* pireia"v*es «cpi'il aTaît devant d^i, <ovl par les rapports des déserteurs, à crodre que i'arna^e ezinfensoie étaift à m^ très-laible distance, et q^i'qme baifcaille était imminente. En conséquetEhce, &r mlieu de la cnuiit, il passa «en revue éon^ son armée, les Grec» aussi bieal que les bari3areB; mais r>eiuaiemi ine parut pas comme on s'y était attendu. On oompla à cet lendrodt le Hombre de ses troupes, et on trouva qu'il y a^ait 10,lfiûi6 boplites^et 2,500 petostes grecs; 1Ô0,*OOO baa:teres ou soldats asiatiques de Cjm&s, at^ec 20 *chars ^aurmés «de faux. Le nombre des Grnecs avait été im peu dimiLuoé pendant ia inardbe par maladie, d^eirticm -(mi autres causes. Sui'Vïaiftt les rapports des déserteurs, l'armée d'Artaxerxês montait «à 1,260,000 homiaes, outre les 6^006 gardes à cheval ccwnmà»dés par Ârta^ersès, ^et 300 chars armés de faios:, sous le commandement d'Abrokodaas, de îTissaplierjaès et de deux autres. Toutefois, il fut prouvé plus tard que l'arinée d'Abrekomas n'avait pas encore rejoint, et des rapports postérieurs
coule à travers une étendue de ipayâ presque plat. » C*est à peu près là ^ne j'incline à placer Pylae.
Le colonel Chesney la place çIibb bas, .à vingt-cinq milles («• 40 kilom.^ de Hit; le professeur Koch (Zug der Zehn Tanseud, p. 44) encore plas 'bas en descendant. SumratM AinBwotAh, ^e est cte «oixsnlB-dix miHeB géogra-
phiques plus .bas '^ne JEïit rTravek ia theTraok of lÂie TenThousand, p. -ei)* G£, Ritter, Ërdkunde, Westasien, jt, p.it6; XI, p.7S5-7e3.
(1) La description qae X'énophaiL fait de cette scène (connue des Greca par les connnunioatifHis de IQearoho^ est 'extrêaaAsneaat intéressante (Anab.
il, (6). .Je JîaDiete à caœe de Tenace.
CYRUS LE TBXmt ST LBS DIX VILLE GRECS 43
représentèrent restimatioii Anmériiiiie carnnie trop grande d'unqaart. '
Dans l'attente d'ace action, Cyras réomit ici les gëaéraox ayee les locbagi (ou capitaines) des Grecs, afin de ^libérer sur les arrangements convenables, et de émuler leur zèle pcmr sa cause. Peu de points dans ce récit sont pfais finappants que le langage tenu aux Grecs par le prince persan, dans cette occasion aussi bien que dans d'autres.
« Ce n'est pas par manque de forces indigènes, homines de la fiellas, que je vous ai amenés ici; mais parce que je vous regarde comme plus braves et meilleurs que quelque troupe indigène que ce soit. Montrez-vous aujourd'hui dignes de la liberté dont vous jouissez; cette liberté que je vous envie, et que je voudrais avoir, soyez-en sùrs^de préférence À toutes m'es possessions mille fois multipliées. Apprenez maintenant de moi, vous qui le savez bien, tout ce que vous aurez à affronter, — des quantités d'bommes immenses et be^tticoup de bruit, mais si vous les méprisez, je rongis de vous dire de quelle misérable matière vous trouverez que sont faits les gens de notre pays. Conduisez-vous bien, — comme des hommes braves , et fiez-vous â moi pour ymxs renvoyer dans un état tel que vous ferez envie à vos amis dans votre patrie , bien que j'espère décider beaucoup d'entre vous à préférer mon service à leurs propres foyers.»
« Quelques-uns de nous font cette remarque, Cyrus (dit un exilé samien, nommé Gaulitès), que tu es prodigue de promesses à cette heure de danger, mais que tu les oublieras, ou peut-être que tu seras hors d'état de les remplir, quand le danger sera passé... Quant à la possibilité (répondit Cyrus), l'empire de mon père atteint au nord la région du froid intolérable, au sud celle de la chaleur intolérable. Tout ce qui se trouve au milieu est actuellement partagé ea satrapies réparties entre les amis de mon frère; si bmmis sommes victorieux, elles seront toutes à distribuer entre les miens. Je ne crains point de n'avoir pas assez à donner? mais plutôt de n'avoir pas assez d'amis pour recevoir de moi. De plus, à chacun de vous autres, Grecs, je ferai présent d'une couronne d'or, »»
44 HISTOIRE I>E LA GBÈCB
Des déclarations de ce genre, répétées par Cyrus à beaucoup de soldats grecs, et circulant parmi les autres, les remplirent tous de confiance et d'enthousiasme pour sa cause. Le sentiment de force et de supériorité qu'elles inspirèrent fut tel, que Klearchos lui demanda : — « Penses-tu réellement, Cyrus, que ton frère combattra avec toi? » « Oui, parZeus (fut la réponse) ; assurément, s'il est le fils de Darius et de Parysatis, et mon frère, je ne gagnerai pas ce prix sans une bataille. » Tous les Grecs le prièrent instamment en même temps de ne pas exposer sa personne, mais de se placer à l'arrière de leur corps (1). Nous verrons bientôt comment ce conseil fut suivi.
Les déclarations rapportées ici, aussi bien que les expressions employées auparavant pendant la dispute entre Klearchos et les soldats de Menôn près de Charmanâè, — étant en réalité véritables et authentiques, et non une composition dramatique comme celle d'Eschyle dans les Persae, ni une amplification historique comme les discours attribués à Xerxês dans Hérodote, — sont au nombre des témoignages les plus précieux relativement au caractère hellénique en général. C'est non-seulement le courage supérieur et la discipline militaire des Grecs que Cyrus ^atteste, comparés avec la lâcheté des Asiatiques, — mais encore leur fidélité et leur sentiment du devoir qu'il oppose à la perfidie servile des derniers (2), rattachant ces qualités supérieures à la liberté politique dont ils jouissent. Entendre ce jeune prince exprimer une admiration et une envie si fortes pour la liberté grecque, et une préférence personnelle pour elle si ardente qu'elle l'emporte sur toute la splendeur de sa position, — c'était sans doute le plus flatteur de tous les compliments qu'il pouvait faire aux soldats-citoyens qui l'écoutaient. Qu'un jeune prince persan fût capable de concevoir un tel sentiment, ce n'est pas une faible preuve de son élévation intellectuelle au-dessus du niveau tant de sa famille que de sa nation. L'opinion naturelle des Perses est exprimée par la
(1) Xénoph. Anab. I, 7, 2-9. (2) Xénoph. Anab. I, 5, 16.
CYRUS LE JEUNE ET LES DIX MILLE GRECS
conversation entre Xerxês et Demaratos dans Hérodote (1). Pour Xerxês, la conception du droit de citoyen libre et d'un courage régulier qui se suffit à lui-même, établis par une discipline publique créant le patriotisme aussi bien que l'égalité, — était non-seulement répugnante, mais incompréhensible. Il ne comprenait qu'un maître donnant des ordres à des sujets soumis, et stimulant les soldats à la bravoure au moyen du fouet. Son descendant Cyrus, au contraire, avait appris au moyen d'observations faites par luimême à entrer dans le sentiment de dignité personnelle qui dominait parmi les Grecs autour de lui, et qui reposait sur la conviction qu'ils se gouvernaient eux-mêmes, et qu'il n'y avait pas un homme qui eût de droit sur eux, — que leur seul maître c'était la loi, et qu'en lui obéissant ils ne travaillaient pour personne si ce n'est pour eux (2). Cyrus savait quelle corde il devait toucher pour exciter le sentiment d'honneur hellénique, si fatalement éteint après que les Grecs se virent enlever leur liberté politique par les Macédoniens, et qu'ils l'échangèrent contre cette activité intellectuelle, combinée avec une dégénération morale, qiie Cicéron et ses contemporains signalent comme le trait caractéristique de ces communautés, qui jadis avaient parlé avec tant d'autorité.
Après avoir concerté le plan du combat avec les généraux, Cyrus s'avança en ordre de bataille avec circonspection pen-
(1) V. Hérodote, VII, 102, 103, 209.
Cf. les observations du Persan Achaemeuês, c. 236.
(2) Hérodote, VII, 104. Demaratos <lit à Xerxês, relativement aux Lacé- •dsmoQÎeHS : 'EXeuOÉpoi yàp èovTs;, où îcàvra èXeuOepot elai • îmaxi ydcp açi S6(nc6t7)ç, vofioç, xàv Oiro§ei{i.aivov(Ti 7coXX(j) {taXXov f) ol aot aé.
£t encore Thistorien fait observer an sujet des Atbéniens et du développement extraordinaire de leur bravoure après qu^ils eurent secoué le despotisme d'HippidS (V. 78) : — Ay)Xoï ô' où ata6' Iv {lovov àXXà Ttavtaxou, -ti Iffïj-
yoptiT) (àç ê<TTt XP^t^Q^ (TTCOv6aiov * si xai 'AÔTivaîo: tDpavveuôixevoi (lèv, oOSo^xûi>v Twv (T^éa; itepitoixeovTwv ïjaav xà izo- X£(xta àjneivou;, àTcaXXaxOsvxs; Se tdpctvvcov, (taxpà) TcpûTOt êyévovTO. AiqXoi M-^ xaOra, ôxi xaTexofJLevot jisv èÔeXoxaxéeov, <î>ç ÔeffiTOTid èpfaÇofievot ' éXevQepcûOÉvKov 6s f aOràç êxaaroc êcoûTio TrpoOupiseTO épYoi^eaOai.
Cf. Ménandre, Fragm. Incert. CL, ap. Meineke, Fragm. Cora. Grœc.
vol. IV, p. 268 :
'£XeuÔ£poc TCÂ; évl ôeâouXfa>Tai, v6^ * Avdîv 6è 6o^)Xoc, xsi^ yo\uù xal ôea-
BISTOIBE B£ lA COIÈGS
dant le jour smÎTsnt, s'atteudast à voir paraître leâ forces du roî. Gependant on ne vit rien de pareil, bien que de mMnhreuses marques de leur marche de retraite fussetti ém-dentés. La journée de marche (appeLée troisr parasanges) s'étant terminée sans bataUle, Oyrus appela à hki le prepkète Ambrakieie Sikinos» et lui fit présent de trois mille dari<|iies^ soit dix talents attiquies (= 55,609' £r.). Silanos l'avait assuré, onze j<Mirs arant, qn il n'y aurait pas d'engagement dans les dix jours qmi suivraient: sar ce, G yros lui avait dlit : — » Si ta prophétie se trouve vraie, je te. donnerai trois mille dauriqnes. Mon frère ne ceiiaibattra pas da tout, s'il ne combat pas dans les dix jours (1). »
Malgré l'opinion énergiquëqu'il avait exprimée en réponse à KleftTchos, G jrtis coommença alors, à croire réellentei^t queses em^emis ne hasarderaient pas de bataille, d'autant phisr que dans le eonrs de la marche de cette dernière journée» il arriva à vn fossé large et profood (liarge de 9 n^tre» et pro* fond de 5), s'approchant si pr&Si de TEaphrate qu'il oe resrtait qu'an intervalle de six mètres pour le passage. €e fossé avait été êreosé par ordre d'Ârtaxarxês en travers de la plaine , dans ane longmar de' dmze paxasanges (environ 43 milles anglais (= 67 kilom. 500 met.), si l'on compte la parasange à trente stades), de manière à ce qu'il touchât à son antre extrémité ce qu'on- appelait le Mvr de Médie (2).
(1) Xénoph. Anab. I, 7, 14-17.
fesÊtàn^ il y eut tros»joom«fls entières de marclke et une parti* de jcxiTné^, car il serpréseata âaoK» le qfoatnème j««ir .
Xénoplitm appelle les tieis. jouraées entiffires dc^oze parasang» eft tout.
Ceei iDdîqEe< da» maitdiies eeavtes et non> eompîètes. £t 3 b* semble pas que Tespace de terrain trarcfrsé pendant Pime d^eîles puisse avwr été eooaidélaiMe. Car elles Iwreiit towle»- entreprises avec des preuves visibles d'int emrasii nnvnédiatemeiit es fiee-, cîrccnstaifeee qm fut roeeasioB àe la tfahîeoB d^Orontês, qui demanda à Cjrus
un corps de cavalerie, sous prétexte d'attaquer les tireape& ïé^^ns de l'enne«i deicant Pariaée, et qui écrivit ensuite une lettre pour iBiarmey Artaserxês qu'il était sar le pcÀnt de déserter ave« eette^divisien. La lettre fut remise à Cyme, (\m découvrit ainsi la trabiaoa.
Maiccluiiit avec- im eimeni connu à pe\L de distance devant lui,, Cjnis a dû maintenir son anoée dans wos état cpii ressemblait à un cwdre de bataille, et ooiiséquemment ses mouvements ont àù. être lents. De plus, la déoeaveite de la trahiaoa d'Orontêa doit eiW>]BêiA« avoir été un incident alanuuit, bien
CYRUS LE JBCNE ET LES IRX IKILLK GRECS
Il aTait. été eveosé œmmft mefiore apiciale d& àâf^ise eontie lies efafrabissewrs qui approcbaîent. Gepen^aidi non» apfceiMwrs arec amrpme, et 1&» en^ahâssettra e^x-mèmes trôii-* W£«nt apfec one surprise égate que pas un homme n'ét^t à Yeaùffoii povr k* défesaiâre; de aorte c^ue. towte TaFiu^ de Cjrtcs et k»; bagages patssèareat aans résistance par Fétroît ifitenralle* àe six mètres. C'est la prœziiéra ntefitioA d'une mesure défensive que'Iconqfiie adoptée pouor repousser rinyasiofi^ — à Texceptioa de la précautûoiQ) prise par Abrokomas qfoarad it brwta^ les baieanx à Thapsakoe* Gjhrus avait pa tra* verser tout cet esfieice iottiiLeiiâer et passer peer tant de poed-* tions défendables, sans avoir encore frappé ua coup. Et à ce moiiBeiLt Ârtaxeraês^. après arahr ouvert une tranchée d'une étenduie si predigieisatt au prix, de tant àe travail, — pourvu à un excellent moyen de résistance, surtout contre des soldats grecs pesamment armés, — et avoir occupé cette tran-
fait pOÊLT x«ndi» et C]^raB«t JQesschos dvÊhiameïA eii«on«pecte pwnr ks s»^ BWBtL Et Is' pEMès m^me'd'Qrantô» p«xflit smM été dvigà Ênnn iea fomes qeà eat àà Bé<Essaûtev v&e balite da l'air^
EsTétuMaKiiit ces cireoDe^BBiccSy zmkis ne poinromt gtsèrc supposaip' que les Grec» tàent îsât «rtantr cpA 48 lildia.
dan» le» trm» jovr» esti«f s d& maTciie.
Le quatrième jcRir, ib' onC âiâ.- faire trèfs» pefi. ds ek«iBiir, jîwaf^KàiKïjfsaM parce q»e> CyrasF s'attendaifr à toub BaagseBt à VfRT paraître le gros de- l'kratée da loi et eoniptait sar ms» bataille gé^ sérale (I, T, 14), mais k eaose éa grand dâaî aéeeaBaire pour passer Is fmsé.
'Hsfitlse son mmée (pki^de 1^,60^ hem- Bies), avee («gage, cBariotff, ete.^ arait à passer par le hofem étreit de six mè^ tses de' lugevr exrtre les fossé et rEnpferate. U n'a guère pu fiiire pios de a kilotaétpe» étifis cette miu-ciie do tCMte me jo ornée, i^ayaaçant de mât sssex loi» pour jcamper à Skîl; 200 m.
«iT k é kiî. 800 m. an delà du; fossé. Nous pouvons calculer la distance par-
eennw eaftie Pjffisa «i le fossé k efiToroii ^1 kilem. ci dena en tout, et trois oa fipmlve' kikomètRS âa pbis peu le canpemaai de la xail soÉvante» P^raèabls^ mmt Cjiaa -vaoiait rester peès du ifenrre sans cependant e» sûvreles détvmn mvec «se précisicB absolue ; de aevts qu'en eatimaat la ^tance, noos dévoila prends» uaift* majreaae entre la dvoit» Mgae et les noaabreuaes sinuosités du âeuve.
J^Smagine qse le foeeé coopait le H»ir de Médie k un aagie beaucoup plus laige qu^en ae ï» Toit dana la caarte du eolein^ Chesoej; de soate que l'espace triaBgalaire compris entre le fosaé^ le* SRir et le fleuve, était beaueotsp plus éteaàn, Ia raison, poimvns-BOus présumer, pour laquelle le feeaé fat ereosé, était âe défembre cette portion du pays de la Bal^oitia bien eakiTée et arrosée, qeâ se trouvait en d«^ors du mur de Médie, — portion qui (oonmie nous le verrons ei -après dans îes mardbes des Grées après la bataille) était trèscoosidérable.
chée vraisemblablement jusqu'au dernier moment même, — l'abandonne maintenant par une panique inexplicable, et laisse toute une armée passer sans obstacle par ce boyau très-étroit. Après avoir surmonté d'une manière inespérée un obstacle aussi formidable, Cyrus aussi bien que les Grecs s'imagina qu'Artaxerxês ne songeait plus à combattre en rase campagne. Tous commencèrent à se relâcher de cet ordre qui avait été scrupuleusement observé depuis la revue faite au milieu de la nuit, au point que Cyrus lui-même s'avança dans son char au lieu d'être à cheval, tandis que beaucoup des soldats grecs posèrent leurs armes dans les fourgons ou sur les bêtes de somme (1). ,
Le surlendemain, après avoir passé le fossé sans défense, ils furent surpris, à un endroit appelé Kunaxa (2), justement
(1) Xénoph. Anab. I, 7, 20.
Le récit fait par Xénophon de cette longue ligne de tranchée, creusée d'abord par ordre d'Artaxerxês et ensuite • laissée sans qu'elle servît et sans qu'on la défendit, diffère de la narration de Diodore (XIV, 22), qui semble être empruntée d'Ephore. Diodore dit que le roi fit creuser une longue tranchée, qu'on borda de chariots et de fourgons comme défense pour son bagage, et qu^ensuite il sortit de ce retranchement, avec ses soldats libres et sans encombre, pour livrer bataille à Cyrus.
C'est ici une assertion plus plausible que celle de Xénophon, en ce qu'elle représente le roi comme ayant agi d'après un plan rationnel, tandis que dans Xénophon, il paraît d'abord avoir adopté un plan de défense, €t ensuite y avoir renoncé, après des peines et des frais immenses, sans aucune raison, autant que nous pouvons le voir. Cependant je ne doute pas que le récit de Xénophon ne soit le seul vrai. Le passage étroit et la tranchée non défendue étaient tous deux des faits du carac- .tère le plus manifeste et le plus frappant pour un soldat observateur.
(2) Xénoplion 'ne mentionne pas le nom de Kunaxa, qui nous vient de Plutarque (Artaxer. c. 8), qui dit qu'elle était à 500 stades (environ 93 kilom.) de Babylone, tandis qu'on apprit à Xénophon que le champ de bataille n'était éloigné de Babylone que de 360 stades. Or, selon le colonel Cheaney (Euphr. and Tigr. vol. I, p. 57), Hillah (Babylone) est éloignée de Felujah de 146 kilom. 400 met. par le fleuve, ou de 98 kilom. 950 met. directement. Conséquemment, en suivant la distance donnée par Plutarque (probablement copiée sur Kt^sias), nous placerions Kunaxa un peu plus bas en descendant le fleuve que Felujah. Cela semble la supposition la plus probable.
Rennell et M, Bailli e Fraser la placent ainsi (Mesopotamia and Assyria, p. 186, Edin. 1842), je pense avec raison; de plus, ce dernier fait remarquer, ce que la plupart des commentateurs omettent, que les Grecs ne passèrent le mur de Médie que longtemps après la bataille. Voir une note un peu plus bas, à peu près au commencement de mon prochain chapitre, par rapport à ce mur.
CYRUS LE JEUNB ET LES DIX MILLE GRECS
quand ils étaient sur le point de s*arrèter pour prendre le repas du midi et se reposer, par Tavis soudain que l'armée du roi approchait en ordre de bataille en rase campagne. Immédiatement Cyrus se hâta de monter à cheval, de s'armer et de mettre ses forces en ordre, tandis que les Grecs, de leur côté, s'arrêtaient et formaient leur ligne le plus rapidement possible (1). Us étaient à l'aile droite de l'armée, adjacente au fleuve de l'Euphrate; Ariaeos avec les forces asiatiques étant à la gauche, et Cyrus lui-même, entouré d'une garde du corps de six cents cavaliers persans bien armés, au centre. Parmi les Grecs, Klearchos commandait la division des hoplites avec des cavaliers paphlagoniens et les peltastes grecs à l'extrême droite, tout près du fleuve; Proxenos avec sa division venait ensuite; Menôn commandait à la gauche. Tous les cavaliers persans qui entouraient Cyrus avaient des cuirasses, de courtes épées grecques, et deux javelines dans leur main droite ; les chevaux aussi étaient défendus par des plaques qui couvraient la poitrine aussi bien que la tête. Cyrus lui-même, armé pour le reste comme les autres, se distinguait en portant une tiare droite
(1) La distance entre le fossé non défendu et le champ de bataille de Xunaxa était d'environ 35 kilomètres 398 mètres. D'abord, 4 kilom. 827 met.
au delà de la tranchée, jusqu'à la première station de nuit, ensuite une pleine journée de inarche, environ 19' kilom. 308 m.; en troisième lieu, nne demi-journée de marche, jusqu'au moment de la halte de midi, environ 11 kilom. 263 met.
La dist^^ce de Pylae au fossé ayant auparavant été donnée à 51 kilom.
588 met., toute la distance de Pylœ à Kunaza sera environ de 86 kilom* 986 met.
Or, le colonel Chesney a établi la distance de Hit au château de Felujah (deux points connus) à 77 kilom.
252 met. en ligne droite, et à 123 kil.
893 m. en suivant la ligne du fleuve,
Déduisez 6 kilom. 436 met. pour la distance de Hit à Pylœ, et nous aurons alors entre Pylas et Felujah une distance rectiligne de 70 kil. 796 m.
La route de marche des Grecs (telle qu'elle est expliquée dans une note précédente, les Grecs. suivant en général, mais non exactement, les sinuosités du fleuve) donnera 80 kilom.
450 met. de Pylœ à Felujah, et 85 kil.
277 met., ou 86 kilom. 986 met. de Pylœ à Kunaxa.
Dans le plan annexé à ce volume, on trouvera une explication des marches de l'armée de Cyrus, teUes qu'elles sont décrites par Xénophon, tant immédiatement avant qu'immédiatement après la bataille de Kunaxa, à partir de Pylœ jusqu'au passage du Tigre.