A PARIS
CiiEi DONOKY-DUPUÉ PÈBE ET FILS, Imp-.Lib., Éditeurs,
Rue St. -Louis , n* 4^ « ^^ Marais ;
Et rue de Richelieu, u' 67, vis-à-vis la lîibliollièque du Roi.
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biSCOURS PRÉLIMINAIRE.
Jlà& sfi%A monument impérissable que Vesprit humain ait érigé à l'immortalitë des nations est sans doute l'histoire , qui prit nai^Kuice avec la société , et grandit , pour ainsi dire , avec elle. Déj^florissantes à l'aurore du monde ^ en supposant sa création aussi voi-« sine de nous que rétablissent les livres sa« crés , rÉgypte et la Ghaldée cconmencèrem leurs annales presque en même tems que leur empire. En effet , ce goût inné d^n$ l'homme de transmettre sa mémoire aux àge$ futurs, cette noble ambition dé se survivre à soi-même , fît sentir aux société» naissantes le besoin de- consacrer à jaiQius les souvenirs glorieux. De là, vwisembld'' blement, les édifices gigantesques destiaiésrk
Histoire des lies Ioniennes , ei Atlas, «
îj DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
rendre témoignage de la prospérité des premiers peuples, et les sculptures sans nombre dont ceux-ci enrichirent la surface de leurs constructions -, mais ce moyen , trop vague et trop dispendiew , ne suffisait pas encore : rien ne retraçait les noms des honmies dont le ciseau de l'artiste s'efforçait d'immortaliser l'im^ j il était permis de craindre qu'après quelques siècles , la tradition ne défigurât la vérité , ou même que , s'oc<î»)pant de grandes actions nouvelles , cette tradition négligeât bientôt les vertus des anciens héros. On eut recours à des signes moins équivoques : l'Indien créa des caractères capables de perpétuer la parole , et l'Égyptien enveloppa se» idées du voile mystérieux des hiéroglyphes.
C'est une licence bien pardonnable sans doute , que de rapporter k l'histoire la dér couverte ingénieuse de l'écriture : on pourrait légitimer cette opinion , en prouvant que le» rois et ks conquérans eurent l'ambition d'é-
DISCOURS P&ÉLIJMINâIRE. îîj
lemîser le souvenir de leur règne et de leurs trioinphes , af^nt que le vulgaire conçût rheuj:euse idée de communiquer d'une extrémité du monde à l'autre > à la faveur de quelques sîgne»^«)nvenus , et connne on communique par la conversation.
Il serait paiement iàcile d'établir que, dans les tems les flus reculés , comme de nos jours > les grands ont été Tobjet de la flatterie et deé. hommages de la fiûblesse ou de la servitude : le- génie de l'adulation in-> venta donc , pour plaire aux dominatetrrs ^ d'abord les hiéroglypbes(i) -, plus tard, TécïfUire cursives^ dont l'usage devint bientôt commun a toutes les classes de la société. Mais
(i) 11 est assez généralement reconnu parmi les savans , que Vécrîture hiéroglyphique a été Técrlture primitive de tous les peuples. Des voyageurs, qui ont rapporté des bords du Gange, du fond de la ^Hbérie, du Groenland et du Mexique, des inscriptions eS caractèt«s hiéroglyphiques, ont, pour ainsi dire , levé tons tes doutes à cet égard. Nous avons nous-même, dans nos Essais sur lès Ues Fortunées , retrôuv]^ les hiéroglyphes jusque chez les Gouanches. < '
if DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
une digression de ce genre nous éloignerait trop de notre sujet ; nous ferons seulement observer , qu'après la découverte de l'art d'écrire y les classes les plus éminentes parmi le peuple , c'ést-à-dire les grand:» et les prêtres , conservèrent long-tems encore im genre distinciif de calligraphie. L'horizon de 1 esprit humain ne s'agrandissan^qu'insensiblement^ ce ne fut que bien des siècles après ce premier résultat ^ que la Gràaè , ^habile k profiter des inventions de ses voisins , perfectionna des ébauches si précieuses (i).
Cependant cet avantage , déjà si grand par lui-même , n'est que VvSf àes moindres titres de l'histoii^e à la reconnaissance des nations, ^e est comme le tronc maternel d'où s'échappent toutes les branches de nos
« liCft Égyptiens doonent diverjMld preuves qui font voir que tous les sages de b Grèce qui àni yojaçé dans leur pays , en ont tiré ce qu'il y a en de piUs oieryeiUeuz dans les arts et dans les sciences qu'ils ont professés. » Diod. Sic. , Hh. 1 ,
s. II, §. XXXVK
DISCOURS PRÉJLIMINAIRE. y
œnnaissancea. Prive de son secours, rhomme abandonné à luî-mem^j^ sans guide et stns soipenirs , traînerait dans une sorte d'obseurit^ morale l^eu iâe }ours ç[m lui sont comptés. Point d'émulation s'il n'y a point d^exemple y point de générosité rd de dévoue^ ment si la vertu naissante n^a point de modèles, et si l'immortalité n'est plus la récom^ pense de l'héroïsme. Presque toujours on a vu ks grands hommes se former aux vertus civiles ou ^guerrières , sans d'autres leçons que celles de Thistoire.
C'est enflammé par elles ^ qu Épam^inondas àéfoettl^t à coup le manteau de philosophe pour revêtir la cuirasse , et s^immortaliser à Le^ctres^ où oe grand homme rendit à sa patrie une gloire long-tems éclipsée .^ '
La lecture des hauts faits du geand Cyrus inspira au jeune fils âé Pkilippe la soif de compiérir le monde ^^ii^'d^ns un âge plus rapproché du nôtre , 4!]harle5 Xlï voulut être
vj DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
conquérant, parte qu'Alexandre l'avait été.
L'histoire est Texpérience des peuples; elle devrait être celle des rois. C'est ellesqui jette dans les eceurs le premier germe des grandes vertus : elle est tout ensemble et le guide et le juge suprême de ceux que la ka> tune élève sûr les trônes , ainsi qu'aux honneur». Justes et terribles, ses arrêts doivent être l\spoir du sage persécuté, et le châtiment des princes persécuteurs^ les premiers fussentils flétris durant leur vie , et les seconds divinisés avant leur mort.
S'il reste encore une multitude de doutes à éclaircir sur plusieurs points obsci&ïi de la haute antiquité , il serait peut-être infuste d'eu imputer la faute à la barbarie ou à la négligence des premières sociétés. Celles-ci eûreiit aussi leurs annales ; mais la furie de la plupart des conquéraos s'est plue à détruire ces fastes respectables , quand le fanatisme n'a pas ré^ pandu sur eux répaiss#ur des ombres à la fa^
DKSCQURS PRÉLIMINAIRE. tiJ
veur desquelles il égare les hommes. Est-ce à TEgypte , par exemple , qu'on peut reprocher une pénurie historique, s'il est permis d'employer ce. terme ?'(^e sont donc les monumens de l'antique Dîospolis, ceux d'Ombos, de Tentyris , et de la ville d'Apollon? ils sont l'histoire monumentale d'un vieil âge.
II n*e* point de ruines, point de vestiges sur les bords du Nil , qui ne portent l'empreinte de cette langue symbolique dont les pontifes seuls connaissaient la combinaison. Les cryptes elles -méoies sont camées , au sein de la terre qoi^ semblait nous les vouloir dérober, d'un nombre prodigieux de tableaux hiéro* glyphiques où se trouve renfermée, sans doute, la chronologie de ces tems reculés. Que dis-je? des volumes entiers se trouvent cachés jusque sous le linceul des morts , et chaque ruine de TEgypte fa^t partie d'une bibliothèque où nous ne savons plus lire. Peut-être qu'un jour la peraévérstnce et le
.^uj DISCOURS JPRÉLIMINAIRE.
zèle infatigable dçs- antiquaires pénétreront le sens de ces livres mystérieux j livres étern^§ y qui pourront indemniser les lettres des dommages que le fanatisme et la barbarie d'un Ojnar causèrent autrefois à la première histoire^ dans les murs de la docte Alexandrie. . .
Les lettrés ^uven^t s'enorgueillir d'une multitude de noms illu$trés par l'histoire. Les Grecs ont eu leur Hérodote et leurThucydide ; les Romains leur Tite-Live et leur Tacite } et notpe .$ièGle » yu j^usieurs écrivains s'élever à Iqi hauteur de ces pères de ThistQirô ^ par la chaleur dp Içur s^yle , p?ir la Yttké des tableau^ qu'Us ont su tracer, cftx par là philosophie et la profondeur deleurs réflexions (i)- Mais, dans cette série de grands hommes dont
(i) Je pourrais citer plusieurs noms célèbres que la postérité associera nécessairement à ceux des historiens que nous venons de rappeler ^ nais comme h plupart de ces auteurs sont encore vîvans, je me tairai pournc pas trahir la modestie de tels contemporains.
DISCOURS PRÉtlMINAIBff:. k
les tFavaux ont obtenu les sufirages de la pos^ térité y cm ne distingue guère*œie les histo^ riens des peuples ; leurs livres Sont comme les annales de leurs siècles : ils sont , comiâe on Fa dit judicieusement , le marty reloge des natiouâ. On regrettera éternellement que le nooodbre de eeux qui ont consacré Jeur plume à l'historique des contrées en particulier , soit peu considérable. i« La chronologie et la géographie float les yeux àe l'histoire ^ » a dit ua auteur cél^^e , et ces deux sciences ont été les moins cidmées par les andens. Les Pai^sanias , les Ptolémée , les Pomponius Mêla , -et qneiques autres suffisent à peine , et l&ars otnncages , si «ailes aux sairans ^ font regretter plus vivement*encore la disette de l'archéologie.
Par la succession des siècles , les contrées changent de face comme de population : les villes anciennes disparaissent j d'autres s'élèvent k leur place et ^'abhnent à leur tour.
.tiïî DISCOURS J^R^I' ""'^ ;,
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. ses ruines solitaires , après a voilée par les cohortes d'Aurèlien j et . les monumens d'Herculanum , si^oL^ ' tems ignorés sous les cendres du Vésuve sortent comme par enchantement de W tombeau, évoqués par la plume savante gui vient de décrire le palais de Scaurus (i)
(0 Je saisis cette occasion pow citer k Iwi
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^LIMINAIRE. xiîj
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multiplier les tém^.
vilisatîon , pour que. l'on pni^ isoler deux choses si étroitement uu.
un mot 9 il serait à désirer , comme )'ai dej. osé le dire , qu'en apportant le plus grand soixk à Tbistoire des nations en particulier , on ne négligeât pas autant celle des contrées et des villes : ce dernier genre de travail ofire des palmes non moins glorieuses à ceux qui s'y livrent ; il demande moins de talent à la vérité, mais peirt^ un^plus grande érudi- ÛQn : il est également susceptible de tous les ornemens du style j il .fournit des réflexions
xîj DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
non moins profondes : un jour peut - être les savans , convaincus de cette véritë , se livreront à cette étude avec une nouvelle ardeur.
Déj^ plusieurs entreprises archéologiques de la plus haute importance ont marqué le commencement de notre siècle : les suffrages de TEuit^e entière ont assez dédom* mage rillustre Commission d^Égypte des fatigues sans n^nbre que tant d*années de iravauît et de recherches lui ont causées. Un succès si flatteur encouragera les jeunes savans : il n'est peut-être pas menus beau de marcher à la gloire par le secours de l'érudition , que de s'immortaliser par Fascendant du génie.
UHîÈteire des Iles fonknnei est du petit nombre des ouvrages modernes où Ton s'est occupé à la fois de recherches topographiques et de documeûs archéologiques. L'auteur, M'. S*** 5 qui joignait à du savoir un
DISCOURS PRÉLIMINAIRE. lîij
esprit distingué ^ un jugement sain et une assez grande facilité de style ^ ne pouvait choisir un sujet plus propre à exciter l'intérêt général.
Donner rhistoiie complète des Iles Ioniennes , c'était réveiller des souvenirs cliers au monde savant } c'étak rendre à ces antiques domaines des arts et de la valeur ^ un tribut d'attention mérité. Choisi par le chef de l'ancien gouvememefnt. pour recueillir sur les lieux mêmes des notions nécessaires à Texé-cution d'un u*avail si précieux , l'auteur ^ aidé par les lumières de l'hisioire ^ a pu s'assurer encore par lui-même d'une jR>ule de détails intéressans qu'un témoin oculaire peut seul bien connaître ; aussi son ouvrage se faitil remarquer, tontensenible, par la précision des dates , Te^ûctitude des faits , et surtout par une érudition sans pesanteur. Il est glorieux poiur moi de pouvoir attacher mon nom à l'eptreprise honorable d'un camarade y et Je
xlv DISCOURS PRELIMINAIRE-
ne doute pas que les circonstances présentes donnant encore un nouveau prix à cet ouvrage , ne rélèvent bientôt à la réputation qu'il a le droit d'attendre.
En effet, que de grandes idées se présentent simultanément à l'esprit au nom seul de ces Iles I Ithaque , Corcyre , Leucade , Céphallénie , Gythère et Zacinthe formaient des royaumes et des états florissans avant même les premières époques historiques , et quand on ne mesurait pas l'importance des états sur leur surface ; on les voit ensuite prendf^e part à tous les grands événemens de la Grèce : plus tard elle jouent un rôle important dans les guen^es des Romains et s'attirent la bienveillance de ces vainqueurs du monde connu : enfin , lorsque l'univers , bouleversé par les hordes du Nord , retombe tout à coup dans une barbarie non moins grande que celle des premiers tems , ces îles se signalent encore : éclairées de bonne heure
DISCOURS PRÉLIMINAIRE. xr
parjies lumières de FEvangile , elles servent long-tems de rempart et d'asile à la foi chré^ tienne. L'empire grec , sapé jusque dans ses fondemëns par tous les élémens possibles de destruction , cède à l'influence de Maho* met n 9 et succombe après une lente agonie : les Iles Ionienne^ ^ cependant y se soutiennent toujours 9 elles reprennent de Tëclat sous la protection de Venise j . leurs soldats et leur marine font souvent pâlir le Croissant ^ mais elles partagent enfin les revers de leur protectrice, comme- elles avaient coopéré a sa grandeur ; leur sort, attaché k celui de la république la plus ingénieuse et la plus habile qui
fut jamais , devint moins heureux sur les
demiers-tems , lorsqu'une occupation étrangère., à la suite d'une grande cpmiiM>tion politique, sembla leur promettre tout à coonp une splendeur nouvelle. Hélas ! cette attente ne fut point réalisée^ et , passant subitement de l'espérance au découragevient et m àései-
svj DISCOURS préliminaire:
poir y les habîtans infortunés des Sept*lles ont éprouvé tant de vicissitudes et d'alternatives, qu'à ce titre seul , l'histoire de leur pays présenterait déjà mille attraits ; des considérations politiques se joignent aujourd'hui à Tintérét historique , et l'époque où le monde a les yeux tournés vers la Grèce et sur les mers qui l'avoisinent , ne pouvait êtr^que favorable à la publication d'un ouvrage qui roule entièrement sur elle.
M''. S**^ a su profiter habilement de la liaison qui existait naguère entre ces provinces maritimes et les divers états hdOiéniens ^ pour donner à son ouvrage un nouveau coioris , puisqu'il est vrai que les souvenirs antiques jettent un charme toujours puissant sur les^ productions du génie. Parcourons avec lui tolitè ia période historique de ces contrées fameujses ; cette espèce de récapitulation offrira 1er double avantage de fdire connaître au iectenrk HMPched^un ouvrage si important/
DISCOURS PRÉLIMINAIRE. xvîj
€t de réunir , dans un même tableau ^ tous les aperçus qui y sont détaillés. Je diviserai mon analyse en deux parties : la première comprendra l'histoire des événemens mémorables dont les Iles Ioniennes ont été le théâtre , depuis les tems fabuleux jusqu'aux premières expéditions des croisés ; dans la seconde y je résumerai les faits qiii s'y sont passés depuis la prise de Corfou par le célèbre Roger y conquérant de la Sicile , jusqu'à nos jour«.
Corcy re , cette ancienne colonie des Phéacîens qui se nomma d'abord Drepanum et Schérie , fut de tous les tems là plus florissante des îles de la mer Ionienne. Homère fait l'éloge du caractère hospitalier de ses hafaîtans, et des vertus de leur roi. Lorsque Ulysse , échappé aux enchâutemens de Calypso , se dirige vers sa chère Ithaque , le poète suppose qu'il est jeté sur. les côtes des Phëaciens , que ceux-ci l'accueillent avcd bie»-
Hist des Iles Ioniennes et Atias, b
zviij DISCOURS PRIÉLIMIMAIRE.
veillance , et que le roi Alcinous et sa fille Nausicaé se distinguent surtout par les égards qu'ils témaîgiient au héros . Cependant ^ avant cette époque y et dès TétahUss^nent des Phéa* ciens à Schérie , la chronologie des tems far buleux cite déjà le roi Nausithoûs , chef de cette nation y comme Vxm des princes qui aocompagnèrcfit Jason dans la Coichide^ et coopérèrent à la conquête de k toison d'ex*. Schérie fut long-temis heureuse et tranquille j enrichie par le commerce et l'industrie de ses habitans , elle fut étnngèœ aux démêles sanglans qui présidèrent a la naissance de la plupart des petites républiques helléniennes. Mais les Corinthiens , encouragés pw le voisinage et séduits par la beauté du climat et 1» fécondité du sol, envoyèrent bientôt dans Il le une cc^onie. nombreuse sous les ordres de Chersocrate. Jamais entreprise n'avait été coQGeriée sous des auspices plus favorables* La famiUe des fois phéaciens venait de s'é-
DISCOURS PRELIMIMAIRB. m
teindre , et les principaux de là nation choisirent le chef étranger pour leur souverain. De là y sans doute , les prétentions de Corinthe sur File de Schërie ; une lutte y terrible par sa durée et racharnement des partis, commença bientôt entre ï ancien domaine des Phëaciens , et la cité grecque qui se regardait comme la créafrice du gou^ernenwnt et de la sjdendeur de Tile. Schërie j sous le nouveau nom de Corcyre ^ s'éleva auplus haut degré de puissance et de gloire ^ alliée de Syracuse j doBt elle se glorifiait de partager Forigine , elle envoya au secours de cette ville , menacée par le tyran de Gela j une flotte puissante y qui délivra momentanément les Syracnsains.
Peu de tems a|»rès , commença la seconde guerre de Corcyre.et de Corinthe j les crimes et les perfidies du tyran Périandre c[ui régnait dans cette ville , et de son fils , élu rci des Corcyréens , donnèrent Heu à ces débats y qui
XX discoursn préliminaire.
se terminèrent k l'avantage de Corcyre. Cependant , il est triste que les Corcyréens , dont les efforts eussent pu seconder puissamment le courage des autres républiques grecques , menacées par les troupes formidables de Xercès , se soient souillés à cette occasion d'une lâcheté que la postérité ne leur pardonnera point ; ils gar(}èrent une sorte de neutralité politique , dont les suites ne pouvaient que devenir funestes à la cause commune.
Peu de tems après la mémorable journée de Salamine , Thémistocle , sacrifié à la haine de ses ennemis , se réfugie à Corcyre , dont il avait déjà mérité la reconnaissance par un jugement favorable à la république. Ce ^and homme ne quitta sa retraite que pour aller mourir en Perse , en donnant à sa patrie un nouvel exemple de dévouement et de magnanimité. Les Corcyréens , dont la politique d'Athènes entretenait la rivalité , remporté-
DISCOURS PRÉLIMINAIRE. . uj
rent encore de grands avantages sur les flottes de Corinihe ; ils se consolidèrent dans la possession de Leucade , qu'ils occupaîejit en commun avec le^ Coriiathiens y et lorsque les ^
débats de Sparte et d'Athènes ,. si fimestes^à * la puissance de cette dernière , embrasèrent le Péloponèse , Corcyre se déclara pour les^ Aihëniens , en entraînant dans cette ligue les insulaires de Zacynthe , sur lesquels l'ancienne Schérie exerçait depuis long-tems une sorte de domination.
Les vicissitudes de la guerre et les intrigues de Gorinthc^ faillirent perdre à jamais les Corcyiîéens ; ceux-ci accompagnèrent Farmée athënieniu^ en Sicile , et leur viHe devint l'arsenal d'Athènes pour cette çxpédipon. La victoire d'iEgos-Potsjmos , qui ouvrît les portes d'Athènes à Lysandi:e ^ réduisit à la demièviB extrémité tous les alliés de cette malheureuse république ; mais les Gonon ^ les Chabrias et les Timothëe rendirent bientôt k
xsij DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
la. ville de Minerve sa spleudeur et sa piiissani^e. Vainement Lacédémone s'efforça- 1elle dans la suite de se venger de Corcyre : ^ Stésiclès et Iphicrate secoururent à tems leur
généreuse atliée , et les phalanges de Sparte furent dissq)ées. La paix succéda à tant d'orages j et les Corcyréens contractèrent de nouvelles alliances : ils s'unirent aux Gorinthiens , ainsi qu'aux habitans de Leueade y pour délivrer Syracuse du joug tyrannique de Deny s le jeune , et Timoléon y qui dirigeait cette entreprise y se couvrit d'une gloire immortelle en triomphant ponr la cause de 1» liberté.
AristDte trouva à Corcyre uh refoge assuré contre la haine des Grecs , et son illustré disciple vint Fy visiter, comme pour préluder ii ses brillans exploits.
Cependant , après avoir usurpé la puissance souveraine à Syracuse y Agathocles y fameux par sa cruauté y sa gloire militaire et son m-
DISCOURS PRÉLlMrRAIRl. xdTi
tttiable ambition , attaqua tout à coup FSIe de Corcyre , qui ne put résister à iltie pareille surprise. Lé tyran y laissa une forte garnison et retourna en Sicile : mais les G^rcyréens , indigttés d'un pareil* af](rom y se sotdevèreni contre les troupes d'Agathocles et recouvrèrent Imit indépendance. Peut-être qu'ils iiMlIfaient payé cher cette généreuse audace j si d'autres spins n'avaient occupé leur ennemi ; celui - ci légua ssl vengeance à Pyrrhms , et ce prince , qui avait épousé la iille du tyran , profita de l'absence des vaisseau?c corcyrëens eniployés à une expédition en Crète , pour s'emparer de l'ile. Bientôt, entraîné par l'amonr des conquêtes, Pyrrhus saidt ^ pour passer en Itafie , Toccasion que lui présentaient les Taremins ; maître de Corcyre , il se fit suivre par la ibtte des vaincus ; mais battu sur mer par les Garthaginms , et sur terre par les Romains , il itu obligé de retourner en Êpire 5 et les CJoreyréens trouvèrent
xriv DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
peu de tems après Foccasion d'échapper k sa domination. Libres encore, ils conservèrent leur indépendance et leur tranquillité jusqu a Fépoque des premières expéditions des Romains en Grèce. Soumis par les troupes illyriennes , Corcyre implora le secours de Rome , et le sénat, déjà irrité. contre les barbares , envoya sur-le-champ une a.r|iiée qui les soumit. L'ile , dont la garde était confiée à un général illyrien , fut délivrée sans com^ bat , parce que le chef livra ses troupes et les forts au consul. Dès- lors Corcyre fut considérée comme l'alliée de Rome j elle prit part aux guerres de cette république contre Philippe II , roi de Macédoine , et plus tard , contre son fils Pewe. Les Corcyréens aidèrent aussi M ummius à s'emparer de Corinthe ; ils contribuèrent à la destruction de cette ville^ toujours leur rivale et leur implacable ennemie. Enfin ,. lorsque toute la Grèce fut réduite en province romaine , Corcyre jouis**
DISCOURS PRÉLIMINAIRE* ut
sait encore d'une ombre de liberté , sous le titre d'alliée des Romains.
Ici finit la période des. prospérités de cette île célèbre : toujours avides de liberté ^ ses habitans embrassèrent le parti de Pompée contre César qui leur pardonna : ils oublièrent ce trait de clémence , et s'unirent aux meurtriers de ce grand homme , contre Octave et Antoine. Vainqueurs sur mer , ils furent obligés de se soumettre après la défaite de leur parti dans les champs de Philippes. Heiu^eux encore si, éclairés par tant de leçons j ils eussent désormais gardé une neutralité politique; mais s'étant prononcée en faveur d'Antoine, dans la guerre des trium* virs , Gorcyre se perdit a jamais. L'empereur irrité l'attaqua , et s'en rendit maître malgré la plus vi^ureuse* résistance. Il se vengea cruellemenc de la légèreté des Gorcyréons : lesplus notables d'entre eux fbrént mis à mort ; les autres réduits en esclavage , et la journée
xzv] DISCOimS PRELIMINAIRE.
d'Acûum vint leur ater tout espoir de délivrance.
Depuis cette «poque jusqu'à leur conversion aa chiistianiame , les Corcyréens purent à peine rœouvrer quelques-uns de leurs anciens privilèges. Le séjour que fit Germanicus dans leur île , semblait devoir leur promettre nvL avenir pkts heureux , sous les auspices de ce prince appelé au trône du snonde; mais la jalousie ombrageuse de Tibère détruisit bientôt de si douces illusions : Germanicus mourut victime de ses vertus et de l'amour des peuples : ses grandes qualités faumUiaient le tyran , qui trouva les^noyens de se délivrer d'un héros dont la réputation &isait sa honte. Caligula se montra d'abord favorable aux Corcyœ^ïis ^ ils obtinrent quelque adoucissement k leurs maux , et sous le règne de Claude ils devinrent à la fois chrétiens et libres.
La république- de G>rcyne , relevée de
filSCOITRS PRÉLIMINAIRE. nyij
QOUTeau , conserva ses privilèges jusqu'au règne de Vespasien. Réduite à employer la flatterie pour se ménager les faveurs des ty* ran$ qui ensanglantèrent tour à tour le trône du monde , on vit le sénat corcyréen frapper des médailles en Thonueur des Néron , des Vitellius et de tant d'autres monstres dont les noms souillent les pages de Thistoire.
Les Gorcyréens prirent part à toutes les gueires que les généraux romains firent en Europe et en Asie. Us combattirent les Parthes sous les drapeaux de L . Y érus , et la part qu'ils eurent au succès de cette campagne miémorable laur fit le plus grand honneur. Us suî* virent plus tard l'empereur Septime Sévère Gcmtre ces mêmes Parthes , et leurs phalanges se trouvèrent à la prise de Babylone , de Sé^ leucîe et de Gtésiphon , capitale des barbares. Le fruit de tant dd 4|ourdge et de dévouement fat , pour les Cofcyréens , une sécurité parfaite et une entière liberté de culte ; avantage
xxviîj DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
bien précieux dans ces tems de troubles où les disciples de Jésus- Christ et de Moïse étaient en butte aux mêmes persécutions. Il n'arriva rien de mémorable à Corcyre y pendant, les règnes successifs de la multitude d'empereurs qui se succédèrent depuis Maximiiien jusqu'à Constantin dit le Grand. Toujours valeureux , les Corcyréens secoururent Tempire dans mille occasions. Eux seuls mirent en déroute l'armée des Goths qui menaçait rAchaïe , et conservèrent cette province aux Romains . Une peste affreuse fut le salaire d'un si beau dévouement : les premiers symptômes de ce fléau éclatèrent dans l'armée victorieuse , qui fut anéantie. Quelques soldats la rapportèrent dans leur patrie , et la florissante Corcyre devint en peu de tems un vaste tombeau. Â peine la malheureuse république commençaitelle à se remettre d'un si grand désastre , que la politique de Dioclétien lui suscita de nouveaux malheurs. Ce pince ne put voir sans
DISCOURS PRÉLIMINAIRE. xxxx
courroux le culte des Corcyréens , lui qui avait proscrit les nouvelles croyances et leurs zélateurs dans ses vastes états ; mais alors oc-
cupé de Texpédition d'Egypte , qu'un rebelle avait soustraite à son empire , il dissimula sa fureur pour ne point exaspérer les Corcyréens, dont il espérait un puissant appui. Ceux-ci lui fournirent effectivement cinquante voiles : la réussite de l'entrepriseidésarma l'empereur , et l'église de Corcyre respira seule au milieu de la persécution universelle qui fit donner par les chrétiens , au règne de ce prince , le nom diere des martyrs.
Enfin Constantin parut , et son avènement au trône des Césars décida du triomphe de la re^iQU nouvelle. Les Corcyréens frappèrent * des médailles en l'honneur de ce prince , qui dut sa gloire et sa renommée au zèle qu'il montra pour fa religion professée par tous les historiens du tems. Personne n'ignore qu'il releva l'antique Byzance pour