LIVRE H, CHAPITRE I
iems reculés , Tesprit des nations florissantes par la ^ m»r^- -^^et par le commerce.
'•publique corcyrëenne, jalousa peut -être de
ire oublier son indice conduite envers les Grecs , ouvrit généreusement ses ports h l'un de leurs plus illustres chefs. 'Victime de Tinconstance et de Vingratitude de ses concitoyens, obligé de se soustraire à d'injustes persécutions , Thémistocle , qui avait sauve la Grèce à Salamine , agrandi son pays , réédifié Athènes, s'estima heureux de trouver un asyle dans l'île de Corcyre ^
Là furent prodiguées à l'auguste proscrit toutes les consolations qui sont dues à la gloire et à l'infortune ; tous les moyens furent mis en usage pour adoucir sa destinée , et réparer les maux que lui causait son pays ingrat. Outre cet intérêt puissant qui suit toujours un grand homme, même dans le malheur, des motifs particuliers augmentaient encore leur affection et leurs égards pour le vainqueur de Salamine. Un différend s'étant élevé entre eux et les Corinthiens, au sujet de l'île de Leucade, ils étaient convenus de s'en rap-<
Plutarch. in Fi'ta Themistocl
48 HISTOIEE DKS ILES IONIENNES,
porter à la décision de Thémîstocle : celui-ci avait condamné Corinlhe à payer ving^t talens et à céder la moitié de ses droits sur l'île aux Corcyréens ; ce jugement, qui favorisait leurs intérêts, leur inspirà'uoe vive reconnaissance pour le héros qui Tavait rendu ; ils saisirent avec ardeur l'occasion de la lui témoigner. L'illustre Athénien ne quitta leur île que pour se rendre à la cour de Perse. Accueilli par le grand roi avec toute la considération qui lui était due, il se trouva placé hientôt dans la cruelle alternative d'être ingrat envers un prince qui le comblait de bienfaits, ou de servir contre son injuste patrie; mais, citoyen fidèle, Thémistocle se donna la mort , pour ne violer aucune des obligations qu'il avait contractées.
Les Corcyréens et les Corinthiens n'ayant plus ua tel arbitre pour les concilier , il s'établit entre ces deux peuples une guerre longue et terrible , qui produisit celle du Péloponèse, et mit toute la Grèce en combustion. L'histoire ne doit omettre aucune des causes qui ont amené de si importans résultats ; elle doit remonter au contraire à la source de ces tempêtes qui bouleversent les empires et changent la face du monde.
IIVRE II, CHAPITRE I. 49
Épidamne, déchirée de factions intérieures et attaquée par les Taulautiens, peuple de riUyrie, eut recours à Corinlhe, qui lui envoya des secours'.
LesCorcyréens, inîtés de voir les Corinthiens s'immiscer dans les affaires d'une de leurs colonies, se préparèrent à soutenir leurs droits. Quarante vaisseaux armés par eux vont s'opposer à la flotte ennemie; taudis qu'avec quarante autres ils entreprennent le siège d'Epidamne; la fortune sourit à leurs premiers travaux, et le même jour fut témoin de la défaite de la flotte corinthienne, au promontoire d'Actium , et de la reddition d'Epidamne. Cette ville fut saccagée , et les habltans réduits en esclavage.
Les Corcyréens dressèrent un trophée sur le cap Leucymne , pour consacrer leur double victoire ; ils égorgèrent , suivant la barbare coutume de ces tems d'ignorance, tous les captifs qu'ils avaient faits ; ensuite, pour punir les alliés de Corinthe, ils ravagèrent Leucade et Céphallénie, et brûlèrent Cyllène, ville des Éléens ^
» Dîod. Lîb. Xn, cap. vi. — Thucyd. Lîb. I. » Thucyd. Lîb. 1.
Hist. des Iles Ioniennes et Atlas, 4
5o HISTOIRE DES ILES IONIENNES,
Cependant les Corinthiens , honteux et indignés ' de l'affront qu ils avaient reçu , cherchaient partout des alliés pour venger leur injure. Les Corcyréens, voulant de leur côté prévenir les chances de la guerre et le retour de la fortune, portèrent leur cause au tribunal d'Athènes*. Les Athéniens, craignant également de voir s'agrandir l'un ou l'autre parti, qui, victorieux, pouvait leur disputer l'empire de la mer, envoyèrent dans le golfe Ionien une flotte de dix voiles seulement ' , avec l'ordre de combattre en faveur du plus faible ; cependant ils la firent suivre peu après de vingt autres bâtimens , sous les ordres de Glaucon et d'Androcide.
Corinthe arma quatre-vingt-dix bâtimens auxquels se joignirent soixante vaisseaux alliés , et toute cette flotte prit la direction de Chiméra , port de la Thesprotie; les Corcyréens, de leur côté, encouragés par
' Diod. Sied. Llb. XII , cap. viii.
* Thucjd. Lib. I.
3 Plutarque (^Vie de Périclès) dit que Lacedemonîos , 01$ de Cîmon, fut chargé du commandement d*une aussi petite flotte, par la jalousie de Périclès contre Cimon et les siens.