DISCOURS PRELIMINAIRE
Tandis que l'île de Corcyre , saccagée par les barbares, prise et reprise tour à tour, luttait vainement contre la destinée^ un orage terrible , prêt k fondre sur FOrient , se préparaît dans les provinces chrétiennes de l'Europe. Les peuples de cette région , dont l'humeur belliqueuse était encore excitée par le plus aveugle fanatisme , brûlaient de se mesurer avec les Sarrazins , et de leur ravir la possession de la Terre-Sainte. La première croisaide , qui ne fut pas moins remarquable par l'immensité de ses préparatifs , que par les grands résultats qu elle eut d'abord , divisa plus que jamais les Grecs et les Latins. Les deux sectes se haïssaient déjà; elles devinrent ennemies implacables , et cette animosité superstitieuse contribua presque autant à la ruine die Constantinople que les armes victorieuses des Ottomans. Bientôt un jeune conquérant, déjà maître de la Sicile , dont il s'était fait proclamer roi, attaqua les Grecs,
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et vînt les menacer jusqu'au sein de leur empire. Corcyre, Céphallénîe, Corînthe , Athèîie^et Negrepont, tombèrent au pouvoir de ce terriBle Roger ^ qui se serait peut-être emparé de la ville impériale elle-même , si les Vénitiens , qui commençaient dès4ors à s'agrandir > n avaient secouru l'empereur Manuel dans un danger si pressant. Mais ces victoires n'eurent aucun résultat^ et les Normands perdirent bientôt ce qu'ils avaient conquis dans la Grèce. Un démembrement de l'empire eut lieu peu de tems après , et Corcyre, ainsi que l'^tolie et l'Épire , furent données au prince Alexis ^ avec le titre de duché.
La révolution qui s'opéra à Constantin nople j sous le règne de Michel I^. ^ fils d'Alexis , et son successeur au duché de
Corfou , suspendit pour un tems le gouvernement des Gtecs en Orient. Corfou ne souffrît point de cette translation d'amorîtéj
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elle s'embellit sous les auspices du prince Michel : de nouvelles forteresse^ s'élevèrent pour la protéger contre toute tentative d'envahissement. Les troupes de Corcyre obtinrent de grands avantages sur les Latins ^ sous les ordres de l'usurpateur Théodore j celui - ci s'empara de Thessalonique et d'une partie de la Grèce. Quelques revers suivirent ces premiers succès : cependant la puissance des ducs de Corfou s'accrut en raison de la faiblesse de Gonstantinople , qui était encore retombée au pouvoir des Grecs. Le duc Michel ly battit souv^t les armées de l'empire , et ajouta plusieurs provinces à ses anciennes possessions.
Dans «t intervalle , FArchipel avait changé de maîtres. Les Vénitiens , formidables par une marine aussi nombreuse que bien dirigée,. s'étaient emparés de Naxos et des îles adjacentes. Un de leurs capitaines, nommé Marc Sanudo , fut reconnu duc de
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FArchîpel , à peu près vers Fépoque où BaU^ doin l^. fondait Fempîre des Latîni à Censtantinople. Ce général , qui joignit' à. de ^ands talens militaires Fart plV^(liffidl8.ven-
oore de se concilier le respect et l'amour des vaincus , parvint en peu de tems k acquérir une puissance assez forte pour oser s'affranchir de la dépendance des Vénitiens. Il leur fit même la guerre dans Tîle de Crète , et après les succès les plus rapides ^ il fut obligé d'abandonner ses conquêtes pour retourner à Naxos. Il laissa ses étals à son fils y jeunC' j^nee qui s'était formé k Wcbîé dfi son père^ «t sous Iq^ yiaux 4^* plus grands cafixàiheS français , daAS les guerres des Latins contreles Grecs.
Céphallénie , Zacynthe et la petite ûé d'Ithaque formèrent aussi une principauté k part y
à Fexceptiôn de Leucade , qui appartint aux eomtes de Tochis , makres d'une partie du Péloponnèse-, elles furent données au prince
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de Tarénle^ à titre de récompense , pour les services qu'il avait rendus aux Latins lors du siège de Gonstantiuople , et passèrent ensuite sous lil;^ro«e$tion de Venise , comme pour servir de théâxre aux guerres sanglantes des Croisés , des Grecs et des Latins.
L'Italie était alors la proie de quelques ambitieux , qui s'en disputaient- à main armée la périlleuse domination. Charles d'Anjou , frère de saint Louis , conquérant de Naples et de la Sicile , où l'assassinat juridique du jeune prince Conradin prépara le carnage afreux des vêpres simiennes , Charles d'Anjou menaça tout à coup les^ ilès et les j^vinces de r Adriatique^ Il réduisit Cprfi^tt , et ^ par des réglemens pleins de sagesse et de mode* ration , ce vainqueur régicide acquit des droits à l'estime et à la reconnaissance de ses nou« veaux sujets. Les Corfiotes demeurèrent fi^ dèles aux Français^ et se signalèrent dans plusieurs combats ^ sous les ordres de Charles
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le Boiteux , fils et successeur de Chvles d'An jou. L'île et ses ^pendances firent partie de la principauté de Tarente j mais la lutte craelle qui s'engagea entre Louis d'Anjou , successeur légitime de Jeanne I". ^ rdne de Naples et princesse de Tarente , «t Charles de Ducas ^ qui s'était emparé de la couronne , firencuraindre aux Corfîotes de parta^er.bientôt eux-mêmes les malheurs d'une guerre aussi désastreuse. Ils se soulevèrent , et aprèft avoir chassé les troupes napolitaines qui &>r« maient leur garnison y ils proclamèrent l'indépendance de leur patrie. Ce nouvel état de choses ne pouvait durer long-tems : Corfou , entourée d'ennemis puissans ^ convoitée par une foule de princes rivaux ^ et réduite à ses propres forces contre tant d'adversaires, de* vait tôt ou tard succomber. Ses chefs et ses principaux citoyens le sentirent : ils étaient menacés par les Génois , et l'empire d'Orient , qui pouvait à peine résister aux coups qu'on
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lui portait de toutes parts , était hors d'état de soutenir ses alliés , dont» il aurait plutôt imploré le secours. De telles circonstances déterminèrent les Corfiotes à prendre un moyen extrême , le seul qui leur restait encore. Ils se donnèrent à la république de Venise , qui leur accorda , en-échange de cette soumission , tous les privilèges qulls réclamèrent. Une longue paix et des jours heureux suivirent cette transaction. Venise devint la reine de la Méditerranée y et les Corfiotes ^ sagement gouvernés , respirèrent enfin à Fombre protectrice de leur nouvelle métropole, v
Cependant les ducs de Naxos se maintenaient avec gloire dans les possessions qu'ils devaient au courage de Marc Sanudo. Le troisième prince de ce nom était venu y à la tête d'une armée , secourir les Vénitiens , que les Grecs de Candie refusaient de reconnaître pour maîtres. Cette révolte eût bientôt été
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apaisée^ si la flotte impériale ne s'était brusquement présentée à la vue de* File : le duc de Naxos , que je nommerai désormais Naxîe , effrayé d'un pareil armement , et craignant pour ses ppqpres états , partit k la hâte avec ses troupes ; il oût promptement son île en état de défense j M étouffa quelques germes de discorde que le . fanatisme avait fait éclore parmi ses sujets. Son successeur sou** tint la gloire de son nom, et prit part à toutes les guerres de ces tems orageux. La marine de Naxie , jointe à celles de Corfou et de Venise, remporta une grande victoire dans le golfe de Lépante , sur les flottes impériales y mais les Grecs s'étant relevés sous le règne de Michel Paléologue , et les désastres de Charles d'Anjou ayant été toute espérance de secours aux Latins d'Orient , Venise et Naxie , qui demeuraient seules exposées à la vengeance de Fempereur , demandèrent et ob« tinrent la paix. L'humeur guerrière du duc de
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Naxie ne lui permît pas de rester dans l'inaction ; il unit ses forces navales à celles des Vénitiens , contre les Génois , et resta fidèle à ses alliés.
Pendant toutç la dur^ Àe la campagne suivante , les Naxiens s« couvrirent de gloire sous les ordres de leur ^ince ; et lorsque les Génois remportèrent sur les Vénitiens la mémorable victoire navale de Corfou , en 1 298^ Sanudo s'immortalisa par des prodiges de valeur, n combattit jusqu'à la dernière extrémité , et ce ne fut qu après avoir vu périr la galère qu'il montait, qu'il se décida à la re* traite. Il revint dans son île sur un léger esquif j après avoir échappé à mille genres de périls. Mais son intrépidité ne put sauver le parti en faveur duquel il s'était prononcé.
Une seconde bataille , aussi malheureuse que la première , lui coûta la liberté : il
n'obtint des Génois la permission de retourlier dans ses états y qu'en jurant solennelle*
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ment de ne plus porter les armes contre eux. Tant de revers n'abattirent pas son courage j il attaqua les musulmans , qui devenaient plus redoutables de jour en jour ^ et fit sur eux des prises considérables. Sa présence décida la reddition da Scio , que les Génois , coQimandés par le célèbre Zacbarie, leur amiral^ assiégeaient en vain depuis long-tems. Ce fut au retour de cette expédition que Sanudo termina sa brillante carrière : il n avait point d'enfans , et l'aîné de ses frères monta sur le trône ducal.
Le nouveau duc , doué de toutes les vertus privées , n'avait aucune des qualités éminentes qui font les grands princes. Il vécut en paix dans son île , après avoir apaisé quelques troubles qui éclatèrent au commence-' ment de son règne y et mourut sans laisser d'enfans mâles. U avait marié sa fille unique h Jean Carciere 5 souverain d une partie de Negrepont j celui*ci monta sur le trône après
k DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
1» mort de son beau-père, et commença une nouvelle dynastie de ducs de FArchipel. Cependant le nom des Sanudo ne s'éteignît point encore : un autre prince de cette famille succéda àCarciere , et se montra digne de la haute réputation de ses ancêtres. Les Turcs et les Grecs jfirent tour à tour l'épreuve de son courage, et ses exploits furent couronnés par une mort glorieuse. Les Carciere ne conservèrent pas long-tems la couronne ducale : une conjuration qui éclata sous le règne du second prince de ce nom , fit passer le sceptre dans une autre famille , qui le conserva jusqu'à la conquête de l'Archipel par les Ottomans.
Enclavés dans les possessions de Venise > les Corfiotes n'avaient rien perdu de leur antique audace. Ils levèrent une armée de dix mille hommes contre les Albanais qui avaient saccagé l'Épîre : cette campagne eut les résultats les plus brillans . Les ennemis , battus
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de toutes parts , perdirent la plus grande partie de leur territoire , et les Corfîotes ne rentrèrent dans leur patrie que pour donner bientôt a Venise de nouvelles preuves de dévouement. Les Génois s'étaient présentés devant Corfou sous les ordres du maréchal de Bouclcault ^ ils formèrent le siège du châtean Saint-Ange , et la place était sur le point de se rendre , lorsque les habitans de Fintérieur se réunissent , fondent sur l'ennemi , Fétonnent par leur courage et par l'impétuosité de leur attaque et le forcent a se rembarquçr.
Dans l'intervalle , Naxie , gouvernée par un nouveau prince , meurtrier du dernier duc y se maintenait indépendante au milieu du désastre des Latins en Orient ; ce prince ^ nommé Crispo , se distingua contre les Turcs j il obtint sur eux plusieurs avantages : ses successeurs , constamment unis aux Vénitiens , firent tous leurs efforts pour soutenir les Grecs , dont la chute devenait imminente ;
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enfin , lorsque Mahomet II s'empara de Constantînople , le duc de Naxîe obtint la paix 5 et se fit reconnaître comme souverain de l'Archipel , par le sultan des Turcs. Les îles de Leucade y de Zante ^ de Céphallénie et dlthaque , que les Musulmans avaient enlevées au dernier comte de Tochîs , rentrèrent peu après sous la domination vénitienne ; mais la république ne conserva d'abord que Céphallénie , par suite d'un traité qui se fit entre les deux puissances.
Corfou , qu'une longue paix avait enrichie 5 voyait depuis long-tems la gueiTe à ses portes sans en partager les désastres } mais elle fiit tirée d'un si long assoupissement par un choc terrible. Soliman vint l'attaquer à la tête d'une armée formidable , et après avoir épuisé , sous les murs de la citadelle , toutes les ressources de l'art des sièges , îl se retira , honteux d'une résistance qui arrêtait le cours de ses victoires. Il se vengea en
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barbare , indigné d'avoir enfin rencontré des bommes courageux j toute Tîle , saccagée par ses ordres , n offrit à son départ qu'un monceau de ruines et de cendres. Géphalonie partagea le même sort , et le cruel Barberousse y laissa des traces sanglantes de sa , férocité et du courroux de son maître.
Naxie eut encore des jours de gloire. Ses ducs , tantôt alliés aux Vénitiens , tantôt aux Génois , prirent part à toutes les grandes opérations des chrétiens contre les Turcs; mais le désastre de Corfou et la supériorité de Soliman forent comme le signal de leur décadence. En effet le sultan^ à son retour de l'Adriatique , envoya Barberousse avec sa flotte contre Nàxîe ; le duc sentait toute l'impuissance de st^ moyens pour résister à un pareil adversaire : il eut recours aux supplications , ne pouvant rien espérer de la force , et il n'éloigna l'ennemi qu'en s'engageaûtà Rii payer un tribut annuel. Dès ce moment le
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duché de l'Archipel n eut plus qu une existence incertaine ; il fut enfin réuni aux possessions maritimes des Turcs , et rentra , sou« l'influence de ces barbares , dans le honteux oubli d'où le brave Sanudo l'avait si glorieusement tiré.
Il ne restait plus dans les mers de la Grèce que les Iles Ioniennes , qui dépendissent encore! d'un gouvernement chrétien. Chypre avait été envahie , le Péloponnèse était devenu la proie des Ottomans , et Candie devait bientôt tomber en leur pouvoir. Corfou eut souvent de rudes attaques à soutenir j la mémorable victoire navale de Lépante la sauva une fois j Zante et Céplialonie , plus malheureuses 5 furent entièrement dévastées j Leucade , qui , dans les premiers tems du moyen âge avait reçu le nom de Sainte-Maure , appartenait aux Turcs , et les*" victoires de Morosini la soumirent à la république de Venise , ainsi que l'ancienne Cythère , que les bar-
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bares avaient nommée Cërigo. Toutes les conquêtes des Vénitiens le\u: furent garantie» par la paix qui suivit les déss^stres des Otto* mans en Hongrie , où le prinoe Ëagèoe^ le premier , dévoila aux yeux dfi l'Europe ta véritable faiblesse des armées turques. Zante était libre et e^i^enipte du tribut qu'elle avait payé au sultan jusqu'à ce jour. Mais l'ambi* LÎon de la Porte , réveillée tout à coup par quelques succès obtenus sur Pierre le Grand y ^ lui fit bientôt rompre un traité si ignominieux pour elle* Toutes les .possessions de Venise dans FArcbipel et dans la Grèce furent at7 taquées presque en m^e tems, et avec une telle furie » qu'une seule campagne suffit aux Turcs pour rjegagner tout le territoire que Tintrépide Morosini leur avait enlevé vingt ans auparavant. Corfou y assiégée par une armée de plus de trente mille hommes ^ ne dut son salut qu'à la constance des habitans ^ et à l'héroïsme du brave Schulembourg. Les
UUtcirt des lits Ioniennes , et Atlas, t
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Vénitiens ^ depuis cette époque , ne purent récupérer leur ancienne puissance : quelques succès les rendirent maîtres de Zante , de Sainte-Maure et de ' Gérigo ; maïs ces îles , dont Us conservèrent la domination , n'étaient rien en comparaison des riches provinces dont les Barbares les avaient à jamais dépouillées.
liçs Iles Ioniennes appartinrent à la république jusqu'à la fin du siècle dernier. Elles ne se distio^uaient plus par le courage de leurs citoyens. Venise , si long-tems formidable ^ ai^h perdu tout son éclat j cette fièrc ennemie des Ottomans , qui avait souvent dicté des lois au divan y ne subsistait déjà plus que par la sorte de pitié dédaigneuse que les Barbares affectaient pour ses débris. Mais la révolution française, en itnprin^nt à l'Europe une commotion générale , fut k prélude de F extinction totale des petites républiques italiennes. Grénes et Venise j au-
DISCOURS PRÉLIMINAIRE. bvi)
irefois rivales, furent envahies, et reçurent des garnisons républicaines . Toutes les îles de r Adriatique subirent le même sort y et les flottes russes et ottomanes combinées y profitant d^ quelques revers qp^les «rmées fran* çaises avaient essuyés en Italie , réns^irent à s^emparer des Iles Ioniennes , après une Ion* gue résistance. Les insulaires s'abusaient jusqu'à croire que la domination russe leur rendrait le bonheur ; ils se joignii'ent aux ennemis de la France , et déplorèrent bientôt leur funeste aveuglement : enfin la paix de Tilsiltt, en 1807 , raqpiena de géoèreux vainqueurs dans l'Adriatique j ils s'y jnAiiMinjent jusqu'en 18149 et les Ai^Jais leur succadèreat.
Telle est la marche de l'ouvrage que nous présentons au public ; il est tout ensemble une espèce de chronologie raisonnée des an* nales de la Grèce , dans tous les tem? y et I9 description la plus parfaite qa'on puisse don-
kviîj DI&COURS PRÉLIMINAIRE.
ner des îles de F Adriatique. L'auteur n'a rîen négligé : topographie, numismatique, mœurs, caractère, tout a été Fobjetde son attention et de ses recherches. Les villes modernes , que les Grecs et les Vénitiens ont hérissées tour k tour de fortifications nouvelleis , dessinées avec le plus grand soin , présentent , dans un Atlas dont l'exécution est parfaite , l'ensemble bien entendu de la géographie et de Thistoire. Des tables analytiques de la population de chaque île, qui suivent louvrage, le compétent sous les rapports de la statistique , au point qu'il ne laisse plus rien à désirer.
L'auteur, qui semblait déjà présager la régénération prochaine de la Grèce , n'a pu entendre sonner cette heure glorieuse, si ardemment attendue , si vivement déskée par les amis de la raison , de Thumanité et de la morale. Je dois donc suj^léer à cette lacune involontaire : les intérêts nouveaux
DISCOU&S PRÉLIMINAIRK* Ixix
qui s'agitent aujourcrhaî dans Taotique patrie des Hellènes ont une liaison trop directe avec cet ouvrage , et leur influence peut être trop active sur le sort futur des Iles Ioniennes , pour que je ne hasarde pas quelques réflexions relatives à Févënement le pins mémorable du siècle qui s'ouvrit devant nous ; siècle dëjàsi jfécond en grandes choses. Quel avenir brillant semble se préparer pour les peuples de là Grèce , si les palmes de la victoire couronnent leur héroïqiK va** leur ! Athènes , tu renaîtrais eiicôre aux. beaux arts ; Lacédémone ^ tu serais de nouveau Tezemj^ des vertus civiques. Déjà^ m^le faits d'armes glorieux ont annoncé à FEur rope que' Ii^5 Hellènes de nos j6nrs n'étaient pas indignes- de leurs anoetres : ceux qui, dans les Ages reculés ^ confondirent à Salamine l'orgueil présomptueux du grand roi de l'Asie , ne désavoueraient pas les triom* pl^s et la constance des braves de Spezzia
Ixx DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
et d'Hydrîe. Maïs cette lutte si inégale , qu'une petite nation 5 opprimée pendant tant de siècles , a osé engager, seule contre unt despote entouré de la toute-- puissance , est elle-même un de ces faits prodigieux qui peuvent supporter le parallèle avec le dévouement de Léonidas et de ses braves. Lia chance ne pouvait point être douteuse , une guerre contre de barbares dominateurs devait avoir pour résultat le succès ou la mort j et cette guerre^ des Grecs seuls pouvaient Tentre* prendre.
La naissance d'unq république hellénienne , ou d'un gouvernement quelconque , dans €ette belle partie de l'Europe , terre classique des arts , de la valeur et du patriotisme , apporterait de grands changeraens dans la situation présente des îles de l'Archipel et de l'Adriatique. C'est en vain qu'à l'ombre d'une puissance maritime formidable , ceux qui ont usurpé quelques lambeau >: de la dépouille de
DISCOU«.S PRÉLIMINAIRE. Ixiij
Venise , croiraient pouvoir y maintmir long^ tems leur odieuse donûuation : Athènes re^ naissante se rappellerait les antiques services de Corcyre , et lui tendrait une main secourable. Toute la Grèce affranchie ne pourrak voir froidement des contrées jadis civilisées par elle, et peuplées encore aujourd'hui par ses propres enfans , gémir sous le joug d'un insulaire étranger. Non, sans doute, auenne considération n'arrêterait le$ Hellènes ^ on pavillon libre flotterait sur les ruines de Chersopolis et de Palée , si , des bords de la Macédoine aux confins de FÉpire, Tind^pen^ dance de l'ancienne Grèce était consolidée. Les IpDdines que nous voyons combattre avep tant d'enthousiasme, datis leur dénuement , et malgré leur faiblesse ^ contre ces Barbares qui menacèrent l'Europe d'une invasion flétrissante 9 ne comptent déjà fJiu& le nombre de leurs ennemis , ils en bravent partout la gigantesque renommée.
li»j DISCOURS PRÉLIM1NA.IRE.
L'Angleterre convoitait depuis iong-tems la possession des Iles Ioniennes. Presque souveraine de la Méditerranée , depuis Foccupation de Malte , il lui fallait encore dans cette mer des établissemens plus nombreux ^ afin ày exercer cet empire absolu auquel on la voit partout prétendre. Elle voulait imposer des lois à FArchipel , comme elle en imposa à toutes les îles qui se trouvèrent à sa conveâance dans les deux bémisplières. UAngleierre , d ailleurs , en agissant dans ses propres intérêts , avait paru trop faire pour la cause du pouvoir en Europe dans ces derniers tems, pour que les agens de ce pouvoir lui pussent refuser Corfou , CéphaiMnie et Cérigo, quelle était en mesure 4'exîger. Ses prétentions parui^ent justes k des diplomates qui , ne calculant pas Tavenîr , se hâtèrent d'accéder atout ce que T Angleterre demanda.
La Grande-Bretagne ne promettait-elle pas que les Grecs des Iles Ioniennes , régis
DISCOURS PRÉLIMINAIRE. luHj
par leurs propres loî^ , jouiraient de. ce bour heur durable dont ^espoir les avait berpés tant de fois ? Mais que Fe^et yépopdit peu à de vaines protestations.! Habitans de Zame. et de Corfou . vous les connaissez mainte*
nant ^ vos prétendus protecteurs !
C'est moins encore la richesse du sol et la beauté du climat de ces îles, que leur importance politique et maritime , qui leur do^^me \m haut intérêt aux. yeu^ d'un cabinet sou- . deux du futur. Dans les mains d'un peuple industrieux , ces îles peuvent devenir nonseulement le boulevardinexpugnable de l'Archipel e$ du Bosphore , mais encore le centre d'un cxmunerceLiifiSerlope cowidérable. Que Venise ne l'ait .point senti à l'époque de sa ^ s{l0ndeur> rien de plus natureif on savait conquérir, alors j mais oci connaissijdt rarement tout le prix des conquêtes : que Venise n'ait rien fait dans ^s derniers tems pour tirer
'Histoùt dis Ihs Icniermês , ei Atlas* î
îfOiW ÔISCOURS PRÉLIMINAIRE-
de ses possessions de TAdriatique ce qu elle en pouvait attendre , la raison en fut dans? sa caducité ; mais aujourd'hui l'Angleterre , à fapogée de la puissance , n'occupera pas inutilement pour elle des positions si dangereuses enire ses mains. Les rochers de Cérigo peuvent se hérisser de canons comme le rocher de Gibraltar y et malheureusement les relations stvec TOrient , que les Anglais
ont déjà à peu près envahi , semblent devoir éire pour toujours le domaine exclusif d'un
peuple de marchands.
Ce peuple , ennemi par essence de l'industrie de tous les autres peuples ^ doit y dans sa politique égoïste , s'opposer à la naissance de cette industrie , partout où une liberté sage en pourrait seconder la fécondité. Ainsi s'expKque la prédilection toute particulière dés philantropes d'Albion pour le Croissant ^ et toute nation qui compte sur l'appui de tels
DISCOURS PRÉLIMINAIRE. Inv
amis de rhumanîlé pour consolider des îns^ titniions libérales au berceau , doit nécessairement apprendre tôt ou tard à ses dépens , ainsi que l'ont fait les Iles Ioniennes , de quelle nature est l'appui qu'on doit espérer du peuple anglais.
Habitans des lies Ioniennes , repoussez cette onéreuse alliance ; l'heure du dénoûment approche pour vous i bientôt vos longs malheurs auront cessé ^ ou le cours tardif des siècles pourra seul apporter quelque soulagement à vos peines. Si la Grèce se relève , vos lauriers reverdiront avec les siens , et vos annales s'enrichiront de nouveaux souvenirs. Heureux alors celui qui pourra rassembler tous les faits épars de votre histoire , sans que sa plume s'arrête tristement sur ses dernières lignes ! Nul de notre génération ne pourra peut-être célébrer vos hauts faits j mais assez d'écrivains généreux s'empresse-
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ront d'offrir à la postérité Is tableau de vos prospérités futures. Corcyre , Ithaque et Cythère ont acquis déjà trop de titres à l'intérêt des hommes , et doivent en acquérir trop en< core , pour qu'elles puissent désormais manquer d'historiens.