‹ Histoire de la Grèce. Description des îles Ioniennes, Corfou, Paxo, Leucade, Ithaque, Céphalonie, Zanto, Cérigo et Naxos; depuis les temps fabuleux et héroiques jusqu'à ce jourChapitre 6 sur 197 · PREFACE DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

PREFACE DE L'AUTEUR

Quand TEurope , étonnée des prodiges qui venaient de s'accomplir en Italie , crut ses destins fixés par des traités mémorables , résultat des plus, brillans exploits : je regardai comme une chose utile à mon pays , de présenter au chef du gouvernement l'histoire d'une république^ qui devenait un des trophées de nos victoires. Je pensai qu'on ne verrait pas ^ sans quelquç intérêt , la fidelle peinture d^? Ilê^Iomennes^ qui joint à tant d'importance politique ^ 4oii6 les genres d'illustration.

Mon espoir ne fut pas trompé : on m'encouragea dans mon travail j et pour y mettre la dernière main , je fus envoyé en mission dans Tîle de Corfou. L'influence de ce beau

ciel échauffa mon imagination ^ et je reconnus qu'il était impossible de ne pas s'abandonner aux charmes des plus doux souvenirs , à la vue des ces rivages fameux , chantés par le prince des poètes et célébrés par les premiers historiens.

En effet , dans chacune des lies Ioniennes , on retrouve le berceau des plu$ gracieuses fictions mythologiques. Cythère dut sa célébrité à la naissance et au séjour de la déesse de la beauté, qui fut aussi la mère des | Amours i . Naxos était le pays de prédilec- ' tion de.Bacchus ; on lui rendait sur ses bords un culte particulier j la puissante Nérite », Samos 5, Zacyuthe * aux doux ombrages j joignirent leurs troupes à celles qu'Ulysse,

■ Hésiode, Homère.

' Leucade ou Ste.»Maure.

^ Céphalonie.

♦ Zanlc. '

DE l'AUTÏUR. 7

roi d'Itha^e j conduisit au siège de Troie, Schëiîe ' donnatin généreux asyle à ce héros , et lui fournit les moyens de revoir sa chère pau-i«, après vingt années d'ahsence et de travaux .

Les écrivaius les plus distingués de Tantiquité ^ ont pris soin de nous faire con naître l'importance de ces îles , leurs riches ses , leurs guerres et leurs relations avec la Grèce. Tous les auteurs ont vanté la marine de Corcyre , qui ne le cédait qu'à celle d'Athènes. Naxos exdt^ vivement Vintérêt par

les ëvénemens qui en firent la plus puissante des Cyclades^ et la mirent en état de résister seule aux entreprises de Darius ^ fils tfHystaspe.

Dans la guerre du Péloponèse , les Iles

' CorCoa.

• Hérodote, Thucydide, Xénophon, Diodore, Polybe^ Plntarque, Tite-Iive, Eusèbe, Dion-Cassios.

Ioniennes furent appelées à Joufer un rôle encore plus marquant. Une' querelle entre Corinthe et Corcyre fit naître Tétincelle qui alluma ce vaste incendie j la Grèce tout entière en fut embrasée; chacun de ses différens états se rangea du parti qui favorisait le plus son ambition ou ses intérêts particuliers ; mais tous recherchèrent avec le même empressement l'alliance des îles.

Corinthe , désespérant de vaincre les Corcyréens , ne rougit pas de susciter des révo: lutions au sein de leur pays, en y jetant les brandons de lai guerre civile ; politique odieuse 5 trop fréquemment employée depuis l

On vit plus d'une fois ces îles hospitalières recueillir d'illustres proscrits , et les consoler de ringratitude de leurs concitoyens. Thémistocle et Démarate y trouvèrent un asyle contre lespersécutionsd' Athènes etde Sparte.

DE l'auteur. 9

Âristote et Alexandre lui-même, vinrent y chercher quelques distractions aux grandes pensées c[ui les occupaient.

Les causes qui appelèrent les Romains en Grèce , et qui leur soumirent enfin ce beau pays 9 se rattachent encore à l'histoire des Iles lonienxie».

On voit Corcyre rester fidelle alliée de Rome 5 dans ses guerres contre Philippe , Persée et Ta ligue achéenne. Céphallénie et Zacynthe , au contraire , embrassent et défendent le parti de ces rois ou des Ëtoliens leurs alliés.

Plusieurs des grandes scènes qui composent l'histoire dés maîtres du monde , se sont passées dans ces lies ou dans leurs colonies ^ Epidamne , ApoUonie ' ont été le théâtre de

» L'une en Épîre, IWre en Macédoine : toutes deux colonies de Corcyre.

lO PRÉFACE

la lutte de Pompée et de César , de Brutus et d'Antoine. La bataille d'Actium , qui décida des destins du monde , se donna entre Leucade et Corcyre , et Theureux Auguste recueillit les premiers fruits de sa victoire , en s'emparant de ces îles qui avaient combattu pour la cause de son rival.

Ce fujt par de grands services rendus à des empereurs romains , qu'elles méritèrent plus tard de recouvrer leur liberté et leurs priviléges. Avec leur indépendance, elles reprirent une partie de leur antique grandeur, et y quand le colosse romain s'écroulait de toutes parts , elles étaient encore dans un état florissant, et seules, elles purent résister aux torrens de barbares qui alors inondaient l'Europe.

On trouvera moins de détails curieux dans riiistoire de ce pays, durant tout le moyen âge j son sort , lié k celui du Bas-£m-

DE l'auteur. II

pire 5 demeure à peu près ignoré ; quelquesunes des îles , tombées sous lé joug ottoman , ont langui oubliées depuis dans un cruel asservissement 'j il dure encore pour elles sous la protection anglaise.

J'ai puisé dans un auteur italien la suite des fiiits qui forment l'histoire de Corfou > , jusqu'à Tépoque où elle fut cédée à la république de Venise. Les îles de Leucade , de Céphalonie , d'Ithaque , de Zante et de Cérigo furent réunies à cette puissance , à peu près dans le même tems , leur histoire , dès-lors , n'est plus guère que le fastidieux détail des incursions et des ravages des Turcs et des pirates ; cependant , quelquefois elle retrace des événemens qui ne laissent pas de donner de l'importance aux Iles Ioniennes. Candie trouve dans leur proximité une grande partie

' Isioria di Corfu^ descriUa da Andréa Marmora, nobik Cardrense» — Feneûa, 1671. lÀbri VUI.

de ses moyens de défense ; Zante et Cérigo offrent aux vaisseaux chrétiens qui vont y porter du secours , des points de relâche avantageux ; Corfou devient Farsenal de la marine vénitienne , et la place d armes des Européens pendant ce siège mémorable.

La belle défense de Schulembourg contre les Turcs est encore une époque célèbre ; c'est le dernier succès obtenu par la république de Venise , qui , dès ce moment , étrangère aux guerres continentales et aux grands intérêts de l'Europe , perdit sa force , sa consîdération, et bientôt sa liberté.

Une ère nouvelle semblait sur le point de commencer pour les Iles Ioniennes : tombées au pouvoir de la France à la suite d'un traité , fruit de nombreuses victoires , elles voyaient luire enfin un rayon de bonheur. Ces malheureux sujets de Venjse crurent leur tranquillité et leur défense assui^s sous Fé-

DE l'auteur. i3

gidë d'une puissance respectable ; mais un gouvernement stupide ne sut , dans ses faux calculs , mesiu-er la valeur politique de ces îles qu'à leur peu d'étendue sur la carte , et on abandonna à leurs propres forces quelques braves , q\)i ne purent conserver des pays convoités par l'Angleterre et la Russie ; il fallut donc céder à l'impérieuse nécessité j et à des ennemis que favorisaient et la force et le grand nombre. Cette cession ne se fît pas toutefois sans quelque résistance : la défense de Nicopolis et de Prévesa , celle de la ville de Corfou , offrent de beaux exemples d'intrépidité et de dévouement j ils méritaient qu'une nation guerrière en consacrât le souvenir dans ses fastes.

J'ai trouvé, dans l'ouvrage de M. Bellair, sur Texpédition des Français dans les Iles Ioniennes , le précis de ces événemens y et plusieurs détails curieux sur l'état actuel des m.€eurs et des coutumes de ces insulaires.

En ce qui tient à l'origine ou à rétymologie des noms, j'ai pris pour guides Lucanus, Strabon , Pline , Pomponius Mêla , Etienne le Géographe, Bochart, ejc. i ils mont fourni les moyens de donner une description, assez exacte des lieux tels qu'ils étaient, dans l'antiquité. O'Dapper, Coronelli, Sppn, Wheler et Marmora m'onl indiqué les antiquités , les médailles et les inscriptions qui , se rattachant au sujet que je veux traiter , y ajouteront un nouvel intérêt.

L'histoire des ducs de l'Archipel, par le P. Sauger , m'a fait connaître la nomenclature des ducs de Naxos , et les événemens arrivés dans cette île , depuis la conquête de Constantinople par les Latins , jusqu'au règne de Sélim qui mit fin au gouvernement de ces ducs.

Quant à la connaissance de la topographie . et de la statistique , je l'ai acquise moi-même

DE l'auteur; i5

sur les lieux ^ et je m'y suis peufiectîonné , soît à l'aide jd^mémoires particuliers qu'on a bien voulu me confier , soit en consultant les excellens ouvrages de Toumefort , de Scrofani ^ et autres voyageurs ou historiens.

Les plans et cartes ont été lèves par des officiers habiles , et complétés avec les meilleurs matériaux que j'aie pu réunir dans le pays même. Je dois également à ces officiers , ainsi qu'à plusieurs habitans, des développemens sur les divers rapports de ces îles entre elles , et sur les considérations militaires qui leur donnent maintenant tant d'importance.

En effet , leur position sur les côtes d'un pays qui vient de secouer le joug , l'empire qu'elles peuvent exercer sur le golfe Adriatique et sur les anciennes possessions de Venise^ les ferniens de révolte qui , récemment encore , étaient près d'y éclater, l'incertitude attachée au sort de la plupart des îles de la Mé-

l6 PRÉFACE D£ l'AUTEUR.

diterranée , tous ces motifs doivent répandre un grand intérêt sur les destinées de ces îles j qui présenteront toujours aux puissances de l'Europe, jalouses de consolider leur domination, de bons ports, d'excellens marin$ et une place d'armes inexpugnable.

HMBBlBBaaBSaBaaBBaHBBaHBI

Page 1